‹ Pamphlets politiquesChapitre 6 sur 21 · VIII NOTICE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE

les vainqueurs font suhir aux marbres antiques, il s'apitoie S2ir chaque passage de 'manuscrit déchiré: « Je pleure encore, écrit-il, un joli Hermès enfant que j'avais vu dans son entier, vêtu et encapuchonné d'une peau de lion et portant sur son épaule une petite massue... Il n'en rfSte que la base sur laquelle j'ai écrit avec un crayon : Lu- (jete, Vénères, Cujndinesque. » Et plus loin, il ajoute: Des soldats qui sont entrés dans la bibliothèque du Vatican ont détruit, entre autres raretés, le fameux Terence du Bembo, manuscrit des plus estimés, pour avoir quelques dorures dont il était orné...

Son (joût net et bien décidé ne transige pas; avant tout il veut que Von respecte les antiques grâce auxquels il a réussi à se former vn idéal de beauté et d'harmonie que, selon ses moyens, il s'efforcera de réaliser dans chaque œuvre sortie de sa plume. N'avions-nous pas vu déjà le jeune lieutenant d'artillerie installé avec sa compagnie dans un ancien couvent et s' opposant à tout pillage et à toute mutilation du monument? Pour ce qui est de la Jiévolution qu'il traversera, sa préférence pour les nouveaux, principes ne l'aveuglera pas. Peuple il sera né, peuple il demeurera certes, et la seconde partie de &a vie, il la consacrera à la défense de quelques-uns des principes dont il aura vu la floraison dans sa jeunesse. Seulement, alors que la flamme sainte animait chaque soldat de la Bèpublique, et que, mime dans la Grande Armée, certaines idées généreuses n'avaient pas cédé la place à la pure idée de conquête, Courier restera, soinme toute, froid et cette froideur ira jusqu'à l'indifférence — à moiyis que ce ne soit le mépris — a2)rès le coup d'Etat de Brumaire. Il n'aimera ni la guerre, ni son métier, il ne ven-a pas le germe de liberté que les armées françaises semaient dans les campagnes qu'elles arrosaient de leur sang; il ne retiendra que le désordre, mal inhérent à chaque guerre, et une bataille livrée pour la liberté d'un peuple lui semblera trop chèrement payée au prix d'un bas-relief réduit en poudre.

Il faut même dire 'p^ns: Courier possède au plus haut point V incompiréhension de la guerre, ce qui revient à dire, dz son époque ou à peu près. Il a nié que la guerre fût un art, il n'a jamais rien compris ,çux savantes manœuvres qui

'préparent un An^tcrlitz, aux marches et conire-marches qui, à Ulm, faimient dire aux troupiers: « L'empereur a battu V ennemi avec nos jambes/ » Selon lui, la guerre est pur îiasard, il faut toujours qiiil y ait vn vaincu et un rainqueur et que ce soit Frédéric ou Bonaparte, le Te Deum victorieux ne doit s'adresser qu'à la Fortune ou à la Bonne Etoile.

Il faut bien le re-connaitrc d'ailleurs, Courier fut toujours tenu à l'écart des grandes opérations militaires; alors que d'autres obéissaient à un Davoxit ou à un Ney et assistaient à des campagnes terminées par de foudroyantes victoires; lui, il guerroya en Calabre contre des paysans, sous les ordres de généraux incapables. La malchance le poursuivit: quand il voulut voir de près ce qu'était une belle manœuvre, il n'assista qu'au carnage de Lobau et ne connut j)as les mouvements qui précédèrent Wagram.

Aussi Sainte-Beuve a-t-il raison de dire qu'il n'avait embrassé ni senti à aucun moment l'esprit et le génie de cette grande époque: le côté héroïque comme le côté social lui échopjya; il ne vit partout qu'excès et désordres, bassesses ou ridicules.

Et ceci oblige à dire qtie Courier fut, somme toute, un esprit étroit. De même que nous l'avons vu nier ce qu'il ne comprenait pas ou ne voulait pas comprendre durant la première période de sa vie, celle des Lettres, de même nous le retrouverons après 1815 dans ses Pamphlets, homme de parti, buté, entêté, détestant furieusement certaines choses et certaines gens, ne voyant que le but à atteindre, et mêlant à tout cela une forte pointe d'orgueil. Reconnaissons d'ailleurs à sa décharge que son temps par ses outrances prêtait peu à un jugement équitable: Terreur Bouge en 93, Terreur Blanche en 1816, séparées par vingt années de dure autocratie napoléonienne, raidissaient et guindaient les esprits. De la première période de sang qu'il vit à vingt ans, il ne sentit pas et ne comprit jpas les effets.

Il n'en fut pas de mêma quand, plus tard, dans son âge mûr, paisible vigneron de la Chavonnière, tranquille bûcheron de la Touraine, il se heurta aux tracasseries des légiiiinistes enragés.

I^onis XVIII était à peine revenu de Gand, les alliés

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