X NOTICE
campaient encore au centre de notre pairie que déjà les excès réactionnaires commençaient. Pendant six ans la veuve du général Brune avait gardé chez elle le corps de €on époux assassiné sans pouvoir obtenir justice; à Nîmes, des bandes de royalistes fanatiques n'avaient plus rien à envier aux pires égorgeurs de la révolution. Après le crime politique passionnel, le crime légal: le sinistre Fouché, homme à tout faire, dressait des listes de proscrits; place de V Observatoire on fusillait Ney, dans la plaine de Grenelle, Labédoyere. A Orléans, un joueur de clarinette fut traîné en justice pour avoir joué les vieux airs chéris des Français avec peu d' enthousiasme et une mollesse qui peignait son mécontentement /
La Chambre introurable présidait à c<s ciohnces et comme elle trouvait encore trop tiède le zèle des ultra-royalistes, elle supprima, pour les exciter à Vaction, la liberté individuelle et q^unit des travaux forcés les écrîïs, les discours et les cris séditieux. Comme force exécutrice, on vit les cours prévôtales nouvellement instituées prononcer sans appel, sans recours même à la grâce du roi, avec V exécution de jugement dans les vingt-quatre heures. Si Von veut savoir ce qui se passait dans les campagnes, il suffira de lire les pamphlets de Courier. La France redevint pays de mission: le zèle de la Congrégation s'empiloya à rendre au clergé catholique son ancienne puissance et à réduire à Vobéissance, grâce au mouchardage, à la délation, et à la confession, les ouailles égarées par les idées libérales.
Telles furent les occupations des émigrés revenus à la suite des Cosaques et des uhlans de Blucher après vingt années d'exil.
De telles violences devaient infailliblement amener des représailles. Les carbonari, sociétés secrètes libérales, étendirent leurs ramifications sur fout le pays et fomentèrent des soulèvements qui avortèrent: la conspiration de Belfort aboutit à un échec; les quatre sergents de La Rochelle furent exécutés en place de Grève (1822) ; des tentatives en Anjou, à Saumur, ne réussirent pas mieux.
En même temps, le député Manuel se voyait expulsé de la Chambre pour avoir protesté contre Venvoi en Espagne
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de. troupcii françaises chargées de rétablir V autocrate Ferdivand Vil. Bientôt la Chambre trouvée encore trop mi dérée, au gré de M. de Villèle, fut dissoute et remplacée par la fameuse Chambre retrouvée, digne émule de l:i (')iambie intromaljle de 1815.
Donc, la réaction triomphait sur toute la ligne en attendant 1830 et la Révolution de Juillet.
Mais cinq hommes travaillèrent de tout leur pouvoir au triomphe des idées libérales: Benjamin Constant, Casimir Périer, le général Foy à la Chambre, Béranger par ses chansons, Faul-Louis Courier par ses pamphlets.
Sa Pétition aux deux Chambres ouvrit le feu. Nous avons vu déjà quelle ne rengageait pas définitivement dans les rangs de roppositioii : le gouvernement, sentant qu'il allait avoir affaire à forte partie, chercha à s'attacher le pamphlétaire. Il lui fit les yeux doux. Mais Courier savait probablement à quoi s'en tenir sur ce sujet, il connaissait les menées royalistes en province et son éternel honneur sera de n'avoir pas capitulé. Dans son domaine de la Chavonnière, près de Tours, il eut des procès à propos de tout et à propos de rien. On lui coupait los arbres de son bois et, quand il se plaignait, on ne donnait pas suite à sa plainte. Mais ce fut sa Lettre à l'Académie qui gâta tout. Courier prit fort mal son échec et ne se', consola point de se voir q^^'éférer des hommes de minée valeur. Toucher à V Académie, c'était attaquer le gouvernement; le pas était franchi. Désormais Courier était rangé dans l'opposition et il allait se trouver en lutte ouverte avec le^s dirigeants. Différents articles parus dans le Censeur firent de lui l'avocat des paysans, l'ami du peuple, l'ennemi des rois. « Je suis du peuple, je ne suis pas des hautes classes, j'ignoie leur langage et n'ai pas pu l'apprendre. Soldat pendant longten'ps, aujourd'hai paysan, n'ayant vu '\\ie les camps et les champs... »
Il le criera, s'en vantera, mettra tout son orgueil à se dire aimé des humbles et chéri de la foule:
« Le peuple m'aime et savez-vous ce que vaut cette amitié? Il n'y en a point de plus glorieuse, c'est de cela qu'on flatte les rois. »
Avec le Discours contre l'acquisition de ChamborH, il