ACTE DEUXIÈME
LE GARDE-CHAMPETRE
Sûrement qu'il y est. Je l'ai vu dans un pommier.
LE SECRÉTAIRE, se levant.
Ah ! le bandit! Attendez !
Il fait mine de suivre le gardechampêtre qui sort.
LE BOURGMESTRE, retenant le secrétaire.
Ce n'est pas possible. Nous devons délibérer.
(Le secrétaire se rassied.) LE BOURGMESTRE
La parole est à M. le curé.
LE CURÉ, poursuivant son idée.
Moi, je ne sais rien. Tout ce que j'ai vu c'est le miracle...
L'ABBÉ
Mais M. le Bourgmestre qui a été sur les lieux...
LE BOURGMESTRE
Oui, cette nuit, vers les 10 heures. Comme je me mettais au lit, le garde-champêtre est venu me trouver en disant que les gipsies levaient leur camp, sans autorisation, et qu'ils se rendaient sur
la montagne d'une façon, qu'il a qualifiée au procèsverbal, d'insolite.
LE SECRÉTAIRE, lisant.
Et de ténébreuse,
LE BOURGMESTRE
Parfaitement; de ténébreuse, car la lune n'était pas encore levée. Comme la nuit était assez claire, je me suis mis à la fenêtre. On les voyait monter en cortège, mais on n'entendait rien. Ils avaient pourtant avec eux leur musique, ainsi qu'il appert du procès-verbal, mais ils ne jouaient pas.
LE CURÉ
C'est étrange.
LE BOURGMESTRE
Ils ne troublaient pas le repos nocturne, et tout aurait été en règle s'il ne leur avait pas été défendu de lever leur camp sans notre autorisation préalable, et d'emmener leurs animaux farouches. Sur quoi, j'ai ceint mon écharpeet je me suis rendu sur les lieux accompagné du garde-champêtre. Ils étaient ici , en effet, à cette place même, couchés par terre, leurs bêtes avec eux.