ACTE DEUXIÈME 5 I
LE CURÉ
C'est extraordinaire,
LE BOURGMESTRE
Ils dormaient, mais ils ne troublaient pas l'ordre. J'ai cru bien faire en fermant les yeux et en remettant l'enquête au lendemain. Du moment qu'ils ne troublaient pas l'ordre... Voilà tout ce que je sais. Je suis allé me coucher. Le vicaire a vu le reste.
Il se rassied.
L'ABBÉ, se levant.
Messieurs, je suis entré ici quelques instants après la visite de M. le Bourgmestre, mais ce que j'ai vu, moi, est plus grave. Je dirai même d'une gravité dont les conséquences ne se peuvent calculer.
Sensation.
Tantôt vous avez été tous témoins d'une partie du scandale, vous l'avez vu de vos yeux, en traversant ce verger, où la graine du démon a levé en une nuit eta'porté ses fruits. Il ne s'agit pas ici d'une simple contravention de police; le sujet qui nous réunit, ce matin, n'est pas de ceux qu'on peut qualifier d'insolite,ou de ténébreux, mais de diabolique !
Nouvelle sensation.
Je l'ai deviné sur-le-champ. Ces mots : Ils se rendent sur la montagne, c'est-à-dire, sur les hautslieux, m'ont frappé comme un coup de foudre.
LE CAPUCIN
En effet, c'est dans la Bible!
LE CURE, saisi.
Vraiment?
LE CAPUCIN, ouvrant son in-folio.
Dans les Rois. Là..., livre III, chapitre XIV, verset 23. « iEdificaverunt enim, et sibi, aras et statuas et lucos, super omnem collem excelsum. »
LE SUISSE
Qu'est-ce que ça veut dire?
LE BOURGMESTRE
Traduisez, s'il vous plaît.
LE CAPUCIN
Ils élevèrent des autels à Satan sur les hautslieux. Ça y est.
L'ABBÉ
Parfaitement. Les Païens, c'est-à-dire les Gip-