‹ Pan, comédie satirique en trois actes, en proseChapitre 69 sur 84 · ACTE TROISIÈME I · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME I

LE BOURGMESTRE

C'est juste. C'est juste.

LE CURÉ

Il s'agit de la santé morale de notre commune. Il n'y manque pas, comme vous le savez, d'êtres faibles, de femmes surtout, pour prêter foi aux plus ineptes légendes, à des histoires de dieux qui défient le bon sens. Que deviendrions-nous le jour où certains cultes s'accréditeraient ici?

LE CAPUCIN

Celui de Priape, par exemple !

LE BOURGMESTRE

L'administration communale deviendrait impossible.

LE CURÉ

Et l'administration des Sacrements aussi.

LE SECRÉTAIRE

Mais comment stipuler ce point?

L'INSTITUTEUR, pédant.

Nous devons exiger qu'il ne dépasse pas, dans

ses propos, le niveau intellectuel de la commune et la situation sociale qu'il occupera parmi nous.

LE BOURGMESTRE

Oui, mais, quelle sera cette situation? (.4 Pierre.) Que comptez-vous faire de votre gendre?

PIERRE

Bah ! Monsieur le Bourgmestre, je ne sais pas... Ce qu'il voudra, assurément. Pour qui veut travailler, l'ouvrage ne manque pas ici.Mafemme et moi, nous avons toujours pensé que notre gendre me succéderait et garderait le bouc communal, ainsi que je l'ai fait moi, et que mon père et mon grand-père l'ont fait ; mais on ne peut pas demander cela au bon Dieu.

L'ABBÉ

On vous a déjà formellement défendu de lui donner ce nom-là.

LE BOURGMESTRE

En tous cas, il faut qu'il travaille. Il n'y a pas place pour les fainéants dans notre commune. Il gardera donc le bouc, et il est bien entendu qu'il ne s'écartera pas du langage et des idées des gens de sa condition.

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