CaRo veut dire elieiml, ruisseau
peu grosse pour notre bateau : certes, jamais Terabarcation de notre ami Mono n'aurait pu nous amener à bon port. Malgré plusieurs menus accidents et un abordage avec une autre barquetoiïa, la traversée du golfe ne nous prit que quelques heures.
A midi, nous accostions à Pisisi. Ce village, misérable entre les misérables, se compose d'une poignée de paillettes au fond d'une petite anse 1res sûre et bien abritée. Lui aussi eut son heure de richesse, au bon temps du caoutchouc. La tagua Taide à vivoter, il tire en outre quelque profit du passage des grandes barques qui font le commerce entre Carthagène et la vallée de l'Atrato.
Pisisi doit être fort malsain. Pendant la saison sèche, les deux ruisseaux qui l'avoisinent ne sont que des canaux de boue putride, et l'on est forcé de boire Teau conservée par des trous creusés dans la terre glaise. Dès le premier jour, nous reconnûmes par expérience combien ce breuvage est dangereux.
Un citoyen de Carthagène, ami de M. Recuerè^ et principal négociant du lieu, nous offrit l'hospitatHê.- Après un excellent dîner, nous fûmes conduit3^par M. Burgos dans une vraie chambre, qui, aprèîs rio^ deux mois de séjour dans les cases, ranchos, pirogues et barquetonas, nous parut le suprême du confortable. Ses parois de pisé étaient blanchies à la chaux ; deux couchettes de sangle, se donnant chacune le luxe d'un drap de lit, allaient recevoir les Tortunés voyageurs. Pas de moustiques. Nous pouvions compter sur une excellente nuit. Mais voici qu'en admirant notre logis, nous voyons les cloisons peuplées d'énormes araignées noires : une surtout, au ventre aussi gros
qu'un œuf, aux pattes de longueur proportionnée, nous semble d'une société malpropre. Armés, qui d'un balai, qui d'un coutelas, nous lui faisons la chasse, mais avec tant de dégoût, tant de prudence, qu'elle a le temps*de se sauver sous les chaises. Enfin un coup de machete la coupe en deux, et, comme le plancher, nos vêtements sont vilainement éclaiboussés d'un liquide noirâtre.
Le lendemain, je reste à soigner mon indisposition, tandis que Wyse reconnaît les environs et après beaucoup de mal parvient à se procurer les hommes et la pirogue nécessaires pour faire l'hydrographie de la JDarre à la. bouche de Uraba. Il lui faut, pour ainsi dire, acheter les inozos * en payant d'avance toutes leurs dettes.
Le 29, au matin, nous repassons la baie, presque sans provisions pour le retour, et, après une étude aussi approfondie que possible des abords du chenal où aurait débouché la grande voie de nos songes, nous nous retrouvons dans l'Atrato, non sans une foule de ces incidents, menue monnaie des voyages, qui vous ennuient sur l'heure et dont on est tout consolé le lendemain. Ainsi, par exemple, nos voguas, malgré' les ordres reçus, avaient oublié de mettre du sable dans celle des pirogues où devait se faire la cuisine : par suite, impossibilité absolue d'allumer du feu pour notre marmite; près de ces rives indécises, tout boue et tout vase, où trouver seulement une poignée de terre? Il fallut en pécher à un demi-mètre sous l'eau,