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Mow, garçon, valet, serviteur

238 PANAMA ET riARIEN.

l'étendre au soleil et le repas ne fui prêt qu'à six

heures du soir.

Au conDuentdu Caquirri, Wyse donne congé à la pirogue de Pisisi et nous poursuivons notrfi navigation pénible par-dessus les prairies flottantes. Prés de. la Loma de Cristal, un de nos amis du Darieii vient à noire rencoutre. Il porte des lettres de Paya : M. Brooks est au plus mal.

Nous marchons k contre-courant, mais les traces de notre premier passage facilitent la manœuvre, et notre messager est là pour nous aider avec ses voguas. Nous franchissons lestement les palissades, et le soir du 1" février nous disons adieu aux pirogues et nous campons à l'endroit où le sentier des Indiens tombe dans le Tulegua.

Le 2, nous rencontrons MM. Barbiez et Sosa, occupés à mesurer un col. «Le son lointain du cor mélancolique et tendre » de M. deLacharme nous guide vers la trociia que notre ami est en train d,'ou¥riEavec M. Celler.

M. Brooks est mort le 26 janvier. Son grand âge, le peu de soin qu'il prenait de sa sanlé, ne lui ont pas permis de résister à une attaque de dysenterie, et ■surtout à la perte de sans causée par la morsure d'un vampire. Il repose loin de la patrie, près du rio, au pied d'un arbre.

Les études de nos brigades d'ingénieurs ayanlétabli qu'il ne faut pas songer à creuser un canal interocéanique à niveau dans la vallée de Paya, M. Wyse s'occupe de la ftrande dépression de terrain qui, parlant ■de Pinogana, se dirige vers le Nord-Est, en coupaut terpendiculairement l'isthme dans «ne partie fort

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étroite. Nous n'y pouvons espérer de passage à tranchée ouverte, mais peut-être tomberons-nous sur quelque contrefort dont la faible épaisseur permettra le percemeutd'un tunnel de lougueur non disproportionnée. M. Wyse se propose en outre l'exploration du Tupisa, que les Indiens etlescaucherosles plus intelligents du Darien lui ont signalé comme une rivière à pente très faible dont le bassin communique par des cols peu élevés avec les versants de tributaires de l'Atlantique. Il se réserve la seconde tâche et me confie la première. Pendant ce temps, les brigades d'ingénieurs acbèveront de niveler de leur côté la ligne de faîte entre les versants de l'Atlantique ef du Pacifique séparant le bassin de la Paya de celui du Caquirri*.

Nous retournâmes à notre quartier général de Pinogana pour les préparatifs de ces nouvelles courses. Un de nos premiers soins fut d'organiser un « toldo » pour nous défendre des moustiques. Un toldo, c'est une petite chambre en toile plus longue qu'un liamac; les cordes de suspension passent au travers de manches étroites qu'une coulisse serre toulautour; un système de cordelettes et de bâtonnets soutient le loul. Dans les parages infestés de ces diptères abominables, on travaille, on dîne, on dort sous son toldo.

I. Leurs longues Études dfiii outrèrent qu'il n'y a pas ilc col plus bas que celui du Tihulé, découvert par H. Wyse au mais de décembre précédent.

l'ANAMA tT DARIEN.

[■ île LiulinriDG u( soi six cn^ugÉs. — La triu.li.i, o Loe nuits dans [a forint. — L<!s sl^rpellls. ~ Les Curu|iLil raboniinntion de la dèsohilion.

J'ai di-Jà parlé éc M. île Lniliarm^, igui me fut assigna pour auxiliaire dans mes travaux de nivellement, tm I homme aimable, bon, relij;ieux, esclave du devoir efc.l <lu l'honneur. Engoué de l'entreprise par la Paya, passage ((u'il avait recommaridé le premier, il ne sft i rendait pas un compte exact des difficultés et propor sait pour les tourner des moyens impossibles. Petit, maigre, déjà voûté, il avait de longs cheveux grisonnanls qui lui tombak'rit ^ur les épaules. Jamais il ne portait de chapeau ; un mouchoir ou une liga Jnliienne, cadeau de son compadre, le lélé de Paya, lui en tenait lieu. Tout le temps que nous restâmes au Darien, il n'eut d'autre costume qu'une chemise rouge et un pantalon serré par une courroie où étaient attachés son machete et sa boussole. Depuis plus de trente ans' il n'avait pas revu la France. Pour l'instant il semblait fort empressé de perdre, sur les bords du rio Sinu,une fortune assez rondelette amassée en Californie. Il avait acheté une propriété de plusieurs lieues carrées, et il y essayait successivement, chaque fois avec le même enthousiasme, tantM des plantalions de cannes à sucre, tantôt l'élève du bétail, tantôt l'exploitation des bois précieux.

PANAMA ET DARtEN,

Je ne me lassais point de récouLer. Celait à la Ibis un observateur sagace, un esprit ardent, un inventeur malheureux : il avait trouvé un breuvage infaillible contre les morsures de serpents et une poudre de^^liaues arrêtant instantanément les hémorrhagies et cicatrisanten quelquesjoursleshlessures les plus prorondes. Par bonheur, nous u'cdmes pas à mettre ses découvertes à l'épreuve, mais, en l'absence de notre savant docteur Viguier, nous avions sans cesse recours à son habileté pour les mille incidents do la vie dans les bois. Sou expérience des forêts viarges et l'instinct merveilleux avec lequel il orientailses« trociias» simplifièrent beaucoup nos travaux.

fl nous fournit six travaillleurs amenés par lui du rio Sinu et qu'il employait depuis longtemps. Ces montagnards solides, obéissants et sobres, tirent à eux seuls presque tout l'ouvrage pendant les sin semaines que dura l'expédition.

De ces six hommes, José, le contre-maître, est un gaillard tout à fait splendide, uoe vraie statue de bronze, une image delaforce,maisdR la force souple, facile, élégante, nerveuse; avec cela une figure douce, ouverte et toujours souria.nle.

Son frère Antonio est plus grand, mais d'un caractère sombre ; autrefois, parait-il, il était d'une gaieté folle. Ce changement d'humeur, me dit M. de Lacharme, a succédé à sa guérison radicale de l'ivrognerie : les Indiens du rio Sinu connaissent un merveilleux breuvage qui, durant un jour ou deux, cause d'épouvantables douleurs d'estomac; à la suite de cet empoisonnement, il vient un tel dégoût de toutes les boissons fermcntées, que l'odeur seule en est insup-

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portable. Depuis sixans Antonio n'a irempé ses lèvres dans un verre d'aniaado.

Le troisième des six, Merced, commence à se faire Tieux; ilestunpeu sonrd,ilne manie pointlemacheteavpcl'ailiesse d'Antonio et de José, qui tranchent d'un seul coiipunelianesrosse comme la jambe, et jouent du couteau aiissi bien de la raaîn gauche que de la droite; le portape de grosses charges lui donne des courbatures. Nous lui assignons pour département la fameuse caisse de sable et de cendres, mais cet office de marmiton, it a en acquitte avec une noble répua;nance, s'efforpant de nous prouver, avec succès du reste, que l'art du cuismici est bien audessous de lui. Bien brave homme tout de môme, il a dix-neuf enfants et me parle toujours d\ec orgueil de sa fille aînée; ayant reçu quelque instruction, elle est maîtresse d'École à Lorica : « Croiriez-vous, sefior, me disait-îl d'un ton presque émerveillé, qu'elle a vingt-deux ans^ et qu'on ne lui connaît pas encore de « querido'? »

Pour ce qui est des trois autres, j'ai déjà eu Hipolyto à mon service : il ne vaut pas ses camarades, et, pour faire quelque chose de passable, a besoin d'être encadré dans une équipe de solides travailleurs. Joaquin et Inocenclo sont de tout jeunes gens de dixhuit à vingt ans, des blancs de l'intérieur, ne boudant pas à la besogne.

Outre les six engagés de M. de Lacharme j'ai quatre caucheros du pays. Ni meilleurs, ni pires que leurs pareils, ils m'abandonneront aussit6t que le

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