‹ Panama et Darien:Chapitre 15 sur 26 · La très sainte Vierge · texte numérisé non relu

La très sainte Vierge

sèment, semblable à des soupirs ou au râle de certains carnassiers. Nous ne rencontrâmes ni sangliers, ni cerfs, ni tapirs; pas de pécaris non plus, bien qu'ils abondent au Darien, où, dit-on, ils ne sont pas aussi dangereux qu'ailleurs. Ces pachydermes vivent en troupes immenses; leur esprit de solidarité est grand, leur courage aussi. Quand un tigre ou un homme a blessé l'un d'entre eux, cet homme, ce tigre est perdu s'il ne se réfugie sur un arbre pour y subir un siège de plusieurs heures. Lorsqu'une de ces bandés voraces a traversé un coin de la forêt, on peut s'y établir sans crainte aucune des serpents : petits quadrupèdes, reptiles, insectes, rien ne survit à leur passage ; tout est bon à leurs dents affamées.

Le second jour du voyage, j'eus la chance d'apercevoir une famille de petits pumas noirs (felis nigra"^) croisant la trocha à une dizaine de mètres. Ces animaux sont à peu près de la taille d'une panthère ; autant que je pus m'en rendre compte, leurs formes rappellent à la fois celles de la race féline et celles de la race canine ; ils ont le poil d'un noir lustré, la queue longue et bien fournie, les mouvements souples et gracieux. La mère et le petit passèrent sans s'arrêter et se perdirent aussitôt dans le bois ; le mâle s'assit tranquillement et me considéra pendant quelques secondes; je criai à l'un de mes hommes de me passer un fusil, le son de ma voix fit déguerpir la bête. Les pumas noirs sont très rares, assure-t-on, et je suis le seul de l'expédition qui en ait vu.

A rencontre de ce que nous avons remarqué plus tard dans le Mamoni et le Tiati, nous trouvons ici

ÎSt l'AKAMA ET DAItlEN. ^^^^1

fort peu de serpents. Les gens du pays disetil que pendant !a saison sèche ils restent presque toujours dans leurs Irons, Si venimeux qu'ils soient, on ne les redoute guère. A jeun, ils s'enfuient au moindre bruit, et après un bon repas la digestion les plonge dans un tel état de torpeur, qu'on peut débroussailler à côté d'eux, les tuer même, sans qu'ils remuent. Ils ne sont à craindre que quand ou leur marche sur !o milieu du corps assez lourdement pour qu'il leur soit impassible de se dégager : ils se retournent alors, leurs crochets en forme d'alêne, longs de plus d'un pouce, s'enfoncent dans la chair et iuslillent dans la morsure un venin dont l'elFet, quelquefois foudroyant, ■ n'amÈiie généralement la mort qu'après plusieurs jours de tortures; les membres se tuméfient, le corps se couvre de plaques noirâtres, la gangrène se déclare.

Chaque pueblo possède des charmeurs et charmeresses qui vantent bien haut leurs guérisons miraculeuses. M. de Lacharme avait, lui aussi, sa panacée, dont l'ingrédient principal était le sulfate de quinine. Les caucheros préconisent nombre d'antidotes, mais sans ■ beaucoup y croire ; et, au fond, ils ne tiennent qu'aux remèdes permettant de vivre jusqu'à ce qu'on arrive chez le « curador » '. Pour eux, ce qu'il y a de vraiment efficace, c'est l'oracioiicita (petite, oraison) à saint Joseph. Ces oraciuncitas n'ont pas toutes la même vertu : la meilleure, que peu de personnes ont le privilège de posséder, provient de l'ancien monastère de Guatemala, lequel a'fourni d'autres prières magiques,

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