Pâturage : de potro, poulain
le rio Calmito; au loin, sur la mer étiilcelante, se détache le groupe des Tabogas ; à notre droite, dans le lointain bleuâtre, on devine le profil des hautes Cordillères du Cerro Trinidad. Le soir, nous retournons chez Silveiro Gonzalès.
Le lendemain, nous procédons à Tétude de la variante par le rio Cope, affluent principal du rio Bernardine : à ses sources correspondent, sur l'autre versant de la ligne de faîte, les sources du rio Paja, tributaire du Cafio Quebrado, lequel se jette dans le fleuve Chagres à quelques kilomètres en aval du pont de Barbacoas.
Ce travail nous occupe à peine deux jours, car là aussi la combe se rétrécit bientôt, les rapides se pressent, puis viennent les cascades resserrées entre de hautes murailles à pic. En arrière de la première chute est un bassin dont les eaux paraissent noires, tant sont rapprochées les abruptes parois qui la dominent; plus loin, contraste charmant, la gorge s'ouvre un peu et la lumière du soleil fait étinceler la seconde cascade, flot d'écume blanche haut d'une dizaine de mètres.
Nous revenons chercher notre attirail et dire adieu à notre excellent hôte pour nous rendre par la savane à la hacienda de Constancia, sur le bord de l'Âguacate. Cette rivière, dont nous devons étudier la vallée et tracer le cours, a son origine près des sources da rio Mandingo, qui se réunit à l'Obispo un peu en amont du confluent du Chagres.
Laissant à gauche le fameux Camino Real qui. dQ Panama conduit à David, dans la province ^..Cihvtqui, nous arrivons bientôt à la lisifa"
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deux côtés, borde le Bernardine. Après la traversée du rio, une nouvelle prairie s^étend devant nous, fort ondulée et couverte de gracieux bosquets. Au sommet d'une colline, à deux kilomètres à peu près, nous apercevons une grande maison à un étage, couverte de tuiles : c'est la grande hacienda de la Constancia.
Cette magnifique propriété appartient à M. Francisco Hurtado, membre d'une des familles créoles les plus anciennes et les plus estimées du pays : avec sa parfaite courtoisie, il a bien voulu la mettre au service de la Commission.
Sur le vu de notre lettre, le majordome nous présenta toutes ses clefs et nous aida à choisir nos chambres. La vieille formule : La casa es a su disposicion de Vd. — ma maison est à votre disposition, — qu'on' a l'habitude de citer comme exemple d'exagération castillane, n'était ici que la vérité vraie. Sur la table de notre hôte absent, nous mangeâmes ses provisions ; nous nous étendîmes, qui dans son lit, qui dans son hamac, et cela tout le temps que dura notre séjour dans la vallée de l'Aguacate; chaque soir, au retour du travail, nous étions sûrs de trouver le vivre et le couvert. Ce monde serait trop beau s'il était plein de ces maisons hospitalières, et si l'on pouvait toujours voyager !
Le dimanche suivant, M. Hurtado poussa même l'amabilité jusqu'à venir de Panama avec M. de Lacharme et à nous rendre visite sur son propre domaine. Nos remerciements les plus cordiaux ne réussirent pas à lui faire comprendre que nous pouvions nous regarder comme ses obligés, il voulait absolument être le nôtre. La politesse espagnole est admi-
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rable lorsqu'elle est sincère et, quoi qu'on dise, c'est souvent le cas.
Ce dimanche honoré par la visite de M. Hurtado nous fut bien agréable. Le propriétaire nous fit visiter en détail, je ne dirai point sa propriété, car elle a plusieurs milliers d'hectares, bois et savane, mais les bâtiments de cette exploitation riche et prospère.
Et d'abord, la maison de maître: elle contient cinq ou six chambres, toutes au-dessus du rez^e-chaussée • au nord, un large balcon commande le plus gracieux des paysages, la savane, les bois, le Cerro du Tigre et l'amas des Cordillères. A côlé s'étend le corral vaste enclos de murs, de barrières, où l'on rassemble les troupeaux pour en visiter les bêtes ou choisir la saca c'est-à-dire les animaux à expédier au marché de Panama.
En arrière du corral s'élèvent la case du majordome et les autres dépeiidaiioes; l'immtMise cour est plantée de totuniiers et de cocotiers; au nord est un jardinet plein tic fleurs, et, tout autour des bâtiments, des arbres à pain dont les feuilles ressemblent, en très çrrand, î^ celles des aralias du Japou. Je suis tout étonné de voir une auge taillée dans la pierre vive un de ces timbres de nos provinces du Sud-Ouest. Personne ne peut m'en apprendre Torigine : sans doute il fut transporté ici quand le Chemin Royal était une roule pavée, bien entretenue, et uofi, comme aujourd'hui, un chaos de fondrières et depedregales *, un cassis hérissé de blocs où les chevaux et les bœufs ne passent pas sans peine.