Village, bourg : du latin populus
pour attaquer un second village situé sur un tributaire en amont, mais à peine a-t-on rame quelques lieues sur la rivière que les pirogues se trouvent arrêtées par des arbres que les Indiens ont abattus et fait tomber entravers du cours d'eau. Embusqués sous le couvert, les sauvages tirent sur les caucheros au moment où ceux-ci essayent de porter leurs embarcations pardessus le barrage. La panique s'empare de « l'armée j> ; les plus braves réussissent à passer, le reste jette ses fusils et se sauve dans la forêt vierge. Bon nombre d'entre eux sont tués par les Indiens ou périssent de faim et de fatigue ; les autres, après une huitaine de jours de fuite éperdue vers le sud, parviennent à gagner Yaviza, presque les seuls survivants d'une expédition ridiculement lamentable.
Depuis cette époque, le Darien est redevenu pauvre et misérable comme devant ; les bois, il est vrai, fournissent encore la tagua, mais c'est à peine si dans une pénible journée de cueillette des « noix d'ivoire » un homme robuste peut gagner quelques medios. Or, sous ces climats, la nourriture est le seul besoin matériel, et, presque sans culture, la terre donne du riz et des bananes ; en conséquence, un Dariénite ne se met à la besogne que si le travail est assez largement rétribué pour que quelques heures de labeur lui assurent toute une semaine « d'anisado ».
Le Darien n'est pas sans quelques jolies femmes, lesquelles ne se trouvent d'ailleurs que parmi les métis de sang indien et de sang blanc. Mais elles se fanent bien vite par la maternité précoce et fréquente, par l'excès de fatigue, l'absence de soins, l'ignorance
absolue de Thygiène, la mauvaise nourriture et la passion de Tanisado, à la vérité moins forte et moins universelle que chez les hommes. A Tâge où d'ordinaire la femme est dans toute la floraison de la jeunesse et de la santé, les Dariéhites sont déjà usées, vieillies, éreintées, malades, et suivant le sang qui domine dans leurs veines, obèses ou décharnées. Elles abusent du tabac et ont la curieuse manie de fumer en tenant dans la bouche le bout tout allumé du cigare, les dames du Darien prétendant qu'il n'est que cette façon de trouver du goût au tabac. L'apprentissage commence de bonne heure; j'ai vu des bambins jeter la cigarette pour prendre le sein de leurs mères. Du reste, les négrillons tettent ici généralement fort tard et ne se sèvrent qu'à volonté.
Meilleurs que dans beaucoup d'autres pays plus civilisés, les hommes ne laissent à leurs compagnes ni le dur labeur des champs, ni aucun ouvrage pénible. Jamais on ne voit une femme porter des fardeaux ou ramer dans une pirogue. Bien que les maîtres et seigneurs passent la plus grande partie de la belle saison loin de leur case, à la recherche du caoutchouc, à la cueillette de latagua, ils reviennent au village pour les semailles ou pour la récolte du riz; lors même que les terrains propres à la culture sont éloignés de leur demeure, ils n'y emmènent point leurs femmes, qui n'ont autre chose à faire qu'à cuisiner un peu, à laver les nippes et soigner les enfants : de ce dernier souci elles en prennent à leur aise, affaire de climat peutêtre. Allaiter leur progéniture jusqu'à quatre ans et plus, savonner les robes des petites filles, battre de temps en temps la marmaille, voilà la somme des de-
voirs maternels ; les bambins ne savent pas encore marcher qu'on les laisse grouiller dehors, au soleil ou à la pluie, avec les chiens et les cochons. Aussi la mortalité du premier âge est-elle effrayante au Darien et Taccroissement de la population à peine sensible, malgré une natalité fort élevée. J'ai connu des femmes qui, sur une douzaine d'enfants, n'ont su en conserver un seul ; les épidémies de petite vérole, les accidents, et surtout les insolations, emportent le plus grand nombre ; les survivants ont tous les membres grêles, couverts de cicatrices et de plaies; leurs jambes flé chissent sous le poids d'un ventre monstrueux. L'observateur le moins attentif est frappé de la quantité de bambins affectés de hernies ombilicales ; ils sont affreux à voir, mais, plus rapidement développés que les petits blancs, leur physionomie pétille de vivacité. Pour aller vite ils n'en vont pas plus loin, car dès l'âge de huit ans, où leur corps se forme et se fortifie, leur esprit s'alourdit et leur intelligence cesse de se développer. Le très peu, le trop peu de soins qu'on donne aux enfants a du reste d'autres causes que le climat : l'insouciance des parents, le relâchement des mœurs et la facilité avec laquelle se nouent et se dénouent les unions y sont aussi pour beaucoup.
Les femmes portent encore l'ancien costume créole, un jupon d'étoffe blanche et légère, orné de plusieurs volants sur lesquels sont imprimées de petites guirlandes rouges ou violettes. Sur leur corsage à manches très courtes, trois garnitures semblables s'étalent autour d'une encolure excessivement échancrée qui laisse toujours l'une ou l'autre épaule à découvert. Leurs cheveux, partagés par une raie au milieu de la tête.
forment deux longues nattes, quand ils ne sont pas trop crépus; s'il est impossible de les tresser, on les divise en une dizaine de gros «flocons» que Ton roule ensuite en coques. Des boucles d'oreilles massives, de grands peignes d'or, fabriqués dans le Choco et garnis de perles de peu de valeur provenant des pêcheries voisines de Panama, quelques fleurs naturelles dans les cheveux, voilà leur parure favorite. Elles portent un chapeau de paille en tout semblable à celui des hommes, et si, le plus souvent, elles marchent nu-pieds, on réserve des petites savates roses ou vertes pour les jours de gala.
Sauf le mouchoir, les dames du Darien paraissent ignorer complètement l'usage du linge; elles sont pourtant très propres et ne font guère œuvre de leurs mains que pour laver et repasser leurs robes.
Au village, la défroque des hommes est simple : une chemise, un pantalon, voire même des souliers ; plus sknple encore quand ils vont au travail; dès qu'ils ont dépassé la dernière paillotte, ils se débarrassent de ces vêtements, les cachent sous une brousse quelconque pour les reprendre au retour et se contentent d'un modeste pagne attaché autour de la taille par une petite corde, une ficelle plutôt, et «d'abarcas», sandales consistant en une semelle fixée au pied par des languettes de cuir qui saisissent le gros orteil; le chapeau de paille est remplacé par un mouchoir roulé, bien serré autour de la tête. Ils ne se séparent jamais de leur machete.
Au bois, d'aucuns écourtent encore ce costume presque primitif ; le pagne se réduit à un minuscule lambeau, la « pampilla » ; parfois même celle-ci dis-
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lualt, mais la ficelle reste toujours à son poste. Celte ficelle est la partie la plus importante de l'accoulrement d'un Dariénite, c'est la « première culotte » des petits garçons ; de cinq â dix ans, ils ne portent pas autre chose; de bonne heure ils doivent
■habituera cette ceinture économique; il faut qu'elle durcisse et parcheminé la peau des reins, car plus tard elle soutiendra le poids du pagne, le briquet, le couteau, la bourse à labac, en un mot tous les objets indispensables que nous portons à la main ou gardons dans nos poches.
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Malgré tout, la corde entame souvent le derme, et, comme de vieilles haridelles usées sous le harnais, la plupart des hommes ont aux flancs de nombreuses cicatrices.
Au renversement delà marée, qui eut lieu vers neuf heures du soir, rembarquement de notre matériel^ étant terminé, nous partîmes avec le flot. Notre escouade remplissait plusieurs pirogues ou « champas » et une grande r canoa ». Je monte dans celle-ci avec la majeure partie du personnel blanc. Notre embarcation, de 20 mètres de long sur 2 mètres de large, est faite d'un seul tronc d'arbre, la coque ayant une , forme presque cylindrique; aussi manque-t-elle d'équilibre; et au moindre changement dans la distribution de notre groupe, elle s'incline — d'une façon plus désagréable qu'inquiétante, car au-dessus de la carène proprement dite se dressent des murailles élevées qui en assurent la stabilité et lui permettent de porter un chargement considérable. En arrière, une sorte de plancher forme une petite terrasse où l'on s'assied plus confortablement que dans la chambre au-dessous, tout encombrée de nos eff'ets.
La société est fort nombreuse, et l'espace fait défaut pour dormir; du reste, le sommeil serait impossible, à cause des hordes de moustiques qui nous assiègent toute la nuit. Sans cet insupportable fléau, les explorations au Darien seraient, pendant la saison sèche, une vraie partie de plaisir. Malgré l'ardeur du soleil, la température est très agréable, grâce à la bise qui règne toujours à cette période. La vie fatigante qu'on mène retrempe la vigueur du corps ; les paysages va-
ries qui se déroulent successivement devant les yeux, fleuves puissants, rivières aux belles eaux, rapides dangereux, forêts mystérieuses et sombres, gorges obscures, sommets d'où la vue s'étend sur des pays inconnus..., tout cela, brodé des mille aventures d'un voyage, tient l'esprit en éveil et l'on supporte avec entrain, presque avec joie, les privations et les mécomptes. Mais il y a les moustiques !
Aussi bien, puisqu'ils se trouvent sous ma plume, ces abominables insectes, ces « moucherolles pernoxieuses » que le Sémite donnait pour fils à Béelzébuth, prince des Démons, eh parlerai-je une bonne fois afin de n'y plus revenir avant que les cruelles tortures qu'ils nous réservent encore remportent la victoire sur notre résignation.
Siméon Stylite, assure-t-on, passa plus de vingt ans sur le sommet d'une colonne : au Darien, les hordes enragées qui nous assaillent l'auraient précipité bien vite à bas de son légendaire piédestal. La première affaire de l'explorateur avisé doit être de se munir de moustiqiiaires à l'épreuve du moucheron ; la seconde, de prendre d'icelles le soin le plus minutieux pour qu'un malencontreux accroc, un trou, si petit qu'il soit, ne livre point passage à ces buveurs de sang.
Le naturaliste Lyonnel a usé vingt ans de sa vie à étudier la chenille du saule ; quel statisticien nous dira les siècles de siècles qu'il faudrait pour décrire les cousins, les tipules, les œstres, les mouches, les taons, toutes les troupes, si diverses d'armes et d'uniformes, de cette légion d'insectes qui, dans les pays du soleil, montent à l'assaut du roi de la création? Qui
nombrera, non pas les individus, mais les variétés, les espèces différentes de ces affreuses bestioles, toutes plus venimeuses les unes que les autres, et dont chacune a son heure choisie, son lieu particulier? Celle-ci vous harcèle la nuit, celle-là vous poursuit le jour; Tune vous attend à l'ombre de la forêt vierge, l'autre sonne la charge au grand soleil ; certaines naissent et meurent dans le marécage, d'autres y accomplissent seulement leur première métamorphose; d'autres encore déposent leurs œufs sur la chair vivante. Je mentionne en passant les imperceptibles « jejenos », les énormes « maringoas », les (( zancudos », ainsi baptisés d'après leurs longues pattes, les « aludas », les « tabanos », les « congos », grands taons noirs à reflets métalliques, les «bravos » et les « rodadores », dont les noms indiquent suffisamment les qualités : les bravos sont des « féroces » et les rodadores des « bourreaux ».
Les «gusanos» appartiennent à différentes espèces; leurs œufs, pondus tantôt isolément, tantôt par groupes, produisent des larves qui, noyées profondément dans la chair, y creusent des sillons et des trous. Il faut, pour les extraire, verser du jus de tabac sur l'orifice de la plaie : les vers, inquiétés par le poison, montrent leur tête au dehors ; on les retire alors un par un. J'ai vu des bœufs ayant sous la peau des poches de larves plus larges que les deux mains. On se sert, pour les guérir, d'un procédé sommaire : au moyen du lasso, l'animal est séparé de ses compagnons ; on lui attache les pieds, on le renverse, puis, avec un morceau de bois taillé en forme de spatule, on fait tomber de la plaie béante cet amas grouillant de
vers, de sanie et de chair décomposée ; l'ulcère vidé, on le mastique avec de la bouse. Cette opération se renouvelle souvent, car si habile que soit le praticien, il laisse toujours quelques larves. Le gusano est un grand obstacle à l'élève du bétail ; tout veau est perdu qui n'est pas recueilli le jour même ou le lendemain de sa naissance; les œufs déposés sur son ombilic éclosent en quarante-huit heures et pénètrent dans ses intestins.
Un autre de ces affreux insectes est pire encore : il pond dans le nez de l'homme ou des grands animaux; d'atroces souffrances et une mort inévitable en sont la suite ; mais comme ici on ne dort jamais sans moustiquaire, ces accidents sont fort rares, et je n'en ai pas vu d'exemple.
Les « niguas » ne sont pas des diptères, mais les mœurs de ces puces des tropiques (Fulex penetrans) leur donnent toute espèce de droits à être rangées avec les gusanos. La femelle ne se contente pas de piquer la peau pour sucer le sang. Quand le moment de pondre arrive, elle s'enfonce tout entière dans la* chair des pieds, de préférence sous les ongles des orteils. Les œufs. se développent peu à peu et distendent le ventre, qui acquiert la dimension d'un gros pois; l'animal n'est plus qu'un appendice de son ventre et meurt bientôt. Jusque-là, c'est à peine si l'on se doutait de la présence de cet hôte ; mais la poche venant à se rompre, une multitude de larves s'en échappent, rongent les tissus avoisinants et ne tardent pas à former une plaie purulente. Les douleurs sont terribles, les accidents fréquents ; on ne rencontre que gens ayant les pieds déformés pour cause de niguas. Aussi,
tous les soirs, faut-il livrer ses orteils à des hommes experts dans Tart difficile d'extraire les sacs d'œufs. Cette petite opération, faite avec une épingle, est loin d'amuser le patient; de son côté, le pédicure doit user d'une adresse extrême pour ne pas crever la membrane et ne point laisser d'oeufs dans la cavité ; puis il remplit celle-ci de cendre de cigare, afin de tuer les germes qui pourraient être restés.
Les indigènes assurent que le tétanos saisit infailliblement toute personne assez imprudente pour se mettre à l'eau aussitôt après l'extraction. Cette croyance est tellement enracinée, qu'un jour, à Pinogana, M. Wyse étant allé se baigner en sortant des mains du praticien, le village en émoi se précipita sur les bords de la rivière pour le supplier de revenir à terre ; les plus zélés voulaient le ramener de force sur la plage. Notre ami n'était point encore au fait de la science locale; intrigué de ces objurgations pressantes, il regardait autour de lui, cherchant quel péril le menaçait.
Sa baignade ne lui causa pas la moindre incommodité ; mais parfois ce qui est mortel pour un nègre peut ne pas offrir de danger pour un homme d'une autre race, et réciproquement.
PANAMA ET DARIEN lit
La Tuyra et ses palétuviers. — Lagune de Matunsacrati . — Les caïmans dariénites, leurs « cuevas »; comment on les tue, comment on les noie. — Plnogana, Chepigana. La Palma. La famille, la propriété, la religion en terre de Darien.
Dans sa partie inférieure, le fleuve de la Tuyra, dont la profondeur dépasse presque toujours sept mètres, a souvent plus d'un kilomètre de large ; ses berges sont basses, fangeuses, quelquefois inondées à de grandes distances, coupées à chaque instant par des confluents de petits ruisseaux qu'élargit l'action corrosive de la marée. Le palétuvier seul pousse dans ces marécages.
Cet arbre, qui atteint ici de grandes dimensions, n'enfonce dans la vase que ses radicelles et ses racines secondaires; au-dessus de l'eau, celles-ci se réunissent deux à deux pour en former de plus grosses, qui, successivement, s'anastomosent de même et deviennent les racines maîtresses s'insérant sur le tronc à des hauteurs très variables ; elles convergent ainsi en un dôme surbaissé qui a parfois 10 mètres d'élévation, et de dessous lequel partent souvent des branches qui vont chercher le grand air entre les enfourchures de celte charpente. Çà et là, on voit un même fouillis de racines porter plusieurs arbres réunis par des ramifications nourricières.
Sur la rive droite du fleuve, lorsqu'on a dépassé le large bassin en amont de Ghepigana, il se fait de
temps à autre une trouée à travers les arbres, et bientôt il ne reste plus qu'une lisière de forêt entre la Tuyra et une lagune immense, celle de Matunsacrati, qui s'allonge parallèlement au fleuve sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Elle inspire une indicible terreur à tous les « hijos del pais ». Aucun des imprudents qui s'y sont aventurés n'est revenu, dit-on, sauf quelques soldats espagnols qui la traversèrent au siècle passé, en s'échappant d'un poste attaqué par les Indiens. Fuyant au sud pour rallier Chepigana, longtemps ils errèrent dans la forêt, puis ils furent arrêtés par la lagune. Construisant un radeau, ils arrivèrent sains et saufs sur l'autre rive, après un passage dont ils contèrent force merveilles : ils avaient vu des alligators monstrueux, d'énormes serpents aquatiques, des monstres de toute espèce, et rien n'était plus terrible et plus traître que ces eaux mortes.
Aussi les plus braves des braves y regardent-ils à deux fois avant de chasser ou pêcher dans les arroyos qui aboutissent au lac. Les esprits forts haussent les épaules quand on leur parle des monstres du Matunsacrati. D'après eux, l'endroit est tout simplement enchanté : dès qu'on approche des rives de la lagune, on est perdu, disent-ils, si l'on se sépare les uns des autres, car le mauvais esprit qui hante les échos croise et recroise tellement le bruit des voix des chasseurs, qu'ils ne peuvent répondre aux cris d'appel du patron et qu'il leur est impossible de retrouver leur pirogue.
Nous eussions vivement désiré débrouiller le mystère. Dans l'hypothèse d'un canal au Darien, cette
nappe d^eoiu comme le» Laes^ Jkmers^ (ie la.
Iruiciiée de Soez^ aurait pu msnm «myrir on. passa^ et éviteff pin» tard à Ea (îlbmpaipiie Le«i^ Iravaiis. tf amélionÉBHL de La Tiiyra.. lai» le temps mm» a tnojrHirs moBuapé ponr La visiter..
IK'ailieiir»^ il est probable ipie Le XatanaarratL n'est «fB^naii liaci» de fanâse» rmêre». eflauue en. pcéseateni: tant ée- cùwn à'eau^ et avant tout L" Amazone, roi deif iewe»^ si lon^mp» ai!t!omp:i^pié iHf^éirupé*; «caor iMEt mm» prottve^ t^iie Le» «iépiacemenis de Ha Toyra ^wA freinent» mi eette vaste plaine.
J»5<|a'â l'Ile de» Alligators, la Tuyra est eii«»fltbrw de khoe» ^i Fendeat la aann>ati<oflL assex dïâkîie. Le jvsant oKam^TLç^it déjà, et eloiz» IfàiBies f<Mnres de iiMwilkr Ter» Faobe. Les Tasiêres «ipiî estoaieal Tiie s^assédkaîeat peu à pea. et bîentdl cm nMNitbre fort respeelalyle de ealimans vinrent se préla<!<er aa soleU. Antast que possible, ce saorieD ne net>te à Teau que ie temps de s> procurer son diner. Il aime passionnément la chaleur; sa jouissance suprême est de s*allonger paresseusement sur une pla«:e consistante ; ici cette ^ve sableuse étant, à plusieurs kilomètres en amont et en aval, la seule qui réponde à ces exigences, les seiîroeurs caïmans s'y donnent rendez-vous de très loin. Les forts et puissants y dévorent volontiers les petits^ et nul individu de moins de quatre mètres n'oserait se présenter à cette assemblée de gros mangeurs. Les vénérables patriarches ont toute la place nécessaire à leur auguste somnolence, et on ne les voit pas s'entasser les uns contre les autres, comme leurs congénères moins fortunés à Tembouchûre des fleuves. Le lit entier de la basse
.^'- iU PANAMA ET DARIEN
Tuyra ne leur offrirait nulle part un semblable « terrain d'élection».
C'est que la rivjère, resserrée ici par Tîle, forme un coude très brusque ; l'eau est profonde, les berges immergées de la rive droite sont à pic, et probablement criblées de a cuevas », superposées comme les niches mortuaires d'un cimetière espagnol.
La cueva est un trou très étroit que l'animal se creuse et où il n'entre qu'à reculons. Il s'y cache tout entier. C'est là qu'il guette patiemment sa proie. On trouve surtout ces excavations dans les « charcos >, gours profonds où tournoient les remous ; partout ailleurs il n'y a pas de caïmans, on peut nager et plonger sans crainte. Puis, si défendus qu'ils soient par leur cuirasse à l'épreuve de la balle, malgré leur mâchoire formidable, la vigueur de leurs membres et la force de leur queue, dont un coup briserait l'embarcation la plus solide, ces sauriens sont si lâches, qu'ils ne s'attaquent jamais à l'homme. Wyse a trouvé la formule de leur « courage » : « Quand on se jette à l'eau, dit-il, c'est le caïman qui a peur. » Ce « cuirassier » gigantesque est ici le symbole de la couardise.
Les pêcheurs de manatis (lamentins) de la Loma de Cristal, dans les lagunes de Cacarica, m'ont conté comment, s'étant aperçus que les alligators profitaient de leur sommeil pour leur enlever des lanières de chair en train de boucaner, ils se mirent aux aguets et chassèrent les maraudeurs à grands coups de bâton. Il faudrait voir pourtant les énormes monstres qui peuplent ce marais !