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CuevUt mot espagnol, veut dire cavCt caverne, grotte

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On raconte — et ce n'est pas seulement au Darien, — qu'au seul cri du tigre, c'est à qui parmi eux plongera le plus vite pour gagner le sombre et tranquille asile de la cueva. On dit plus encore : le maître félin lui dévorerait la queue, sans que lui, si puissant animal, ose bouger ni pied ni patte, — un lion qui se laisserait arracher les dents, car la queue du caïmaa est son arme défensive par excellence.

Les deux frères Verbrugghe, mes braves amis, pour qui l'Amérique, si grande qu'elle soit, n'a plus guère de secrets, m'apprerinent que ce dire se retrouve partout; on peut donc croire que le fond en est vrai.

On assure que les alligators ont une longévité extraordinaire et qu'ils ne cessent jamais de grandir. Arrivés à un certain âge, ils se couvrent de mousse verdàtre, de verrues et d'excroissances; ils ressemblent alors à s'y méprendre à quelque vieille souche vermoulue et envasée. Moins agiles, ils ne peuvent plus happer facilement le poisson au passage, et, pressés par la faim, ils deviennent dangereux pour le bétail et même pour l'homme. Un certain Juan de Pinogana, frère d'un de nos macheteros, naviguant dans une pirogue, vit tout à coup un de ces alligators se précipiter sur lui, l'énorme gueule entr'ouverte. Instinctivement, il épaula son fusil et tira : trop hors de lui pour bien comprendre ce qui s'était passé, notre homme se retrouva barbotant dans Teau, sa pirogue brisée; par grand bonheur le coup était parti, et le monstre, blessé ou surpris, l'avait laissé gagner la rive à la nage.

Sur le Rio Bayano, assez grand tributaire du golfe

de Panama, près de Jésus Maria, plantation de cannes

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à sucre du docteur Cralochvill, un caïman de neuf mètres de long et de deux pour le moins de tour obligeait les habitants du village à se tenir constamment en garde : malgré toutes les précautions, il en dévora deux. Quand un homme s'aventurait seul dans une petite pirogue, Talligator rôdait tout autour, puis posait la patte sur le plat-bord pour essayer de la faire chavirer; si une canoa était au mouillage, on le voyait tout près, levant au-dessus de l'eau ses épaules et sa gueule énorme pour flairer avidement la chair fraîche. Une balle bien dirigée délivra le pays de ce terrible commensal.

Quand un de ces vieux scélérats devient dangereux, on s'en débarrasse au moyen d'un solide hameçon amorcé d'un canard, le péché mignon de l'alligator. Le bout de la corde est amarré à un arbre de la rive; dès que le monstre a mordu, on haie sur la corde, et on le tire à terre, si fatigué, qu'on l'achève à loisir sans qu'il ose même remuer ses pattes et sa formidable queue ; le plus souvent, on se contente de lui soulever la tête hors de l'eau et de le tuer à coup de hache, sans plus de précautions qu'on ne ferait d'une simple brebis.

Autre recette : A l'une des extrémités d'un gros fil de fer, on fixe un morceau de bois léger ; à l'autre, un croc bien enveloppé des tripes d'un animal quelconque ; on jette le tout à Teau. Le caïman, ayant avalé l'appât, se fatigue longtemps à traîner l'incommode bouée qui s'embarrasse dans les herbes et le force de tirer sur le croc, et celui-ci lui déchire les entrailles.

Djepuis quelques années, l'industrie utilise le cuir

de ces grands sauriens, mais les Dariénites, recroquevillés dans leurs petites vallées, ne sont guère au fait de ce qui se passe ailleurs dans le monde, et laissent généralement l'alligator vivre en paix sur ses grèves.

Il est assez difficile de le tuer sur le coup ; la balle doit frapper dans la tète, près de Tœil, ou atteindre quelque organe vital à travers la peau du ventre, beaucoup plus molle qu'ailleurs. On se contente, en général, de tirer à chevrotines : l'alligator a « mauvaise chair >, et ses moindres blessures guérissent difficilement ; il suffit qu'un plomb ait pénétré le dessous du ventre ou du cou pour que la mort arrive au bout de peu de jours.

Les caïmans dorment la bouche ouverte, la mâchoire supérieure presque verticale. Le moindre bruit les réveille ; alors, si quoi que ce soit les inquiète, ils se traînent péniblement vers l'eau en rampant en zigzag ; mais s'ils fuient ou s'ils poursuivent quelque proie à terre, ils détalent à grande vitesse, sans éprouver, bien qu'on en ait dit, la moindre difficulté à tourner h droite ou à gauche. Ils sont alors terribles, et je ne pense pas qu'un homme leur échappât facilement à la course. Dans l'eau, ils nagent de fort vive allure, sans faire usage de leurs pattes, qui restent collées au corps ; leur queue seule est en mouvement, à la fois rame et gouvernail.

Dans les « cienagas », palus où les eaux sont peu profondes, on se divertit souvent à noyer des caïmans. On en choisit un dont la taille ne dépasse pas trois ou quatre mètres, et à force de le tarabuster avec une gaffe, on le décide à décamper; il se cache alors

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SOUS les herbes aquatiques ou sous le tapis mouvant des feuilles de nénuphar ; on le chasse de cet asile, on le harcèle de retraite en retraite sans jamais lui laisser le temps de remonter pour respirer à la surface des eaux. L'animal est bientôt à bout. Mais cet amusement a ses dangers. Parfois les « tapons » ou amas d'herbes dissimulent quelque colosse, qui, au lieu de s'enfuir quand il se sent piqué par la gaffe, détache un coup de queue et peut briser l'embarcation. Les rôles sont alors changés, le chasseur, chassé à son tour, est presque infailliblement perdu. M. de Lacharme, qui adorait ce « badinage », a manqué plusieurs fois d'en être victime. Il avait beau jeu pour ces distractions dans la cienaga de Betenci, vaste lagune traversée par le Rio Sinu et prodigieusement peuplée de caïmans : à la saison sèche, me disait-il, lorsque les eaux sont basses et que les bandes de poissons ont émigré vers le cours inférieur du fleuve, pour un malheureux petit fretin qui s'égare dans le voisinage de leur retraite, plus d'une soixantaine de monstres s'élancent la gueule béante à sa poursuite. Ce sont des batailles terribles, des enchevêtrements de museaux à crocs formidables, des chocs de grandes queues qui battent l'eau et la font rejaillir en écume.

Vers midi, le courant du flot s'établit et nous appareillons. En amontde l'île des Alligators, la largeur de la rivière diminue considérablement, pour n'être bientôt que de trois cents mètres en moyenne; la Tuyra devient plus sinueuse, elle fait des coudes brusques, les berges s'élèvent et ne sont plus submer-

, le 11

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;es que par endroits, et seulement à la marée haute, lors des crues ; ies rnangliers sont remplacés par à formes plus régulières, les lianes ap- 'aissent, et en certains points leur végétation est si lissante, que la forfii entière, troncs, branches et lilles, est recouverte d'un tapis qui cache la forme arbres et leur enlève toute individuiilité. Parfois, verdoyant tissu, piqué de fleurs brillantes, descend [lie dans l'eau ; à la lon^rue, il devient aussi motone à nos yeux ijue la ramure sur laquelle il lend.

Un peu avant la rencontre du Chucunaque et de la Tuyra, les pointes vaseuses se peuplent de plantes à feuilles cordiformes, longues de plusieurs pieds. On longe une petite ile, le Real Viejo, excellente position militaire où les Espagnols avaient un fortin. Les deux bras de rivière que ce forlin commandait, sont coupés de bancs entre lesquels le courant est très rapide. Toute Irace de murs a disparu, la forêt vierge a repris possession de ses domaines. Au confluent, le ~ luve s'élargit de nouveau ; la plaine basse et maré- [geuse se prolonge sur les rives du Chucunaque, tère maîtresse de la Tuyra, celle qui devrait im- ;r son nom. Dès qu'on entre dans le val supérieur la Tuyra, le paysage change soudain, le fleuve ^esl plus qu'une jolie rivière dont les bords se relèvent, drapés d'une végétation riante et variée; les montagnes de Pirri se lèvent majestueusement dans le lointain, flous passâmes la nuit au puehlo du Real de Santa ria, chez de braves gens qui nous permirent de 'pendre nos hamacs dans leur paillutle : là. sous 'ahri <le nus moiisli(]iiaires,iious noua refinies de nos

insomnies dans la pirogue. A deux heures du matin, nous fûmes sur pied afin de profiter du flot pour remonter la rivière ; mais trois heures bien comptées se passèrent à rallier les « vogas » ou mariniers de Chepigana et les hommes de peine que nous avions emmenés de Panama. Ces derniers se montraient déjà aussi désobéissants qu'exigeants, aussi paresseux que bêtes. Au jour, nous étions devant Molineca, le plus misérable des misérables villages du Darien. M. Recuerom'a conté que, lorsqu'il arriva dans le pays, les habitants de ce pueblo étaient très pauvres; bien desjours se passaient sans qu'on allumât du feu pour cuire des aliments, on se contentait de bananes et de racines crues. Notre ami leur apprit à saigner le caoutchouc, à recueillir la tagua, et fut pendant quelque temps le seul vrai négociant du Darien. C'est lui qui organisa contre les Indiens sauvages la malheureuse non moins que risible expédition dont j'ai dit plus haut la triste issue. C'est un homme à réussir dans tout ce qu'il entreprend, mais il fut alors trop mal secondé, et presque toute sa fortune y passa.

Vers dix heures du matin, j'arrivai à Pinogana, village de deux cents âmes.

Wyse y était depuis la veille avec le reste du personnel. On procéda' aussitôt à la formation des brigades. Déjà, dans ce pueblo, le plus propre et le mieux situé de tout le Darien, on avait installé la jolie paillotte qui fut notre quartier général et organisé le magasin et le service des approvisionnements. Le 18 décembre, au matin, les préparatifs étaient achevés, les instruments réglés, et une douzaine de pirogues

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de YÎvres et de matériel. L'équipe de sondeurs avait déjà coupé le bois nécessaire pour fabriquer la cbèvre destinée à manœuvrer les trépans, et elle était en train de les ajuster sur le bord de la rivière, un peu en avant de Pinogana,

Ce jour-là, M. Wyse me donna ses instructions pour les études d'hydrographie quMl me confiait sur la Tuyra maritime et sur le régime des marées à Ghepigana. On m'adjoignait M, Balfour, un Écossais au service du gouvernement de l'Isthme, et Lenoan, quartier-maître de manœuvre.

Le lendemain, de bonne heure, M. l'ingénieur en chef Celler commençait les travaux avec ses deux brigades, comprenant trente-huit indigènes et quinze membres de la Mission. La première, conduite par M. Millat, devait faire le nivellement de précision au niveau à bulle d'air et le piquetage de la rivière ; la seconde était chargée du plan de la Tuyra, M.Gerster et M. Musso un jour, et l'autre jour M. Barbies et M. Sosa, ingénieur d'Etat de la Colombie, faisaient les levés; le lendemain, ils calculaient leurs observations et dressaient la carte du pays. A M. Bixio était confiée l'organisation des camps et celle du service général.

Dès que les opérations furent en bonne voie, M. Wyse rejiionta la Paya pour s'assurer un accueil sympathique des Indiens et chercher le col le plus facile de cette partie de la Cordillère. Quant à moi, ma mission d'études me ramenait à Chepigana, en refaisant le chemin déjà fait sur les eaux du fleuve Tuyra *.

1. Il y a en France, dans le Midi, département de rAriège, un lorrent qui parte ce même nom, le Touyre; il passe a

Je ne puis partir qu'à deux heures de raprès-midi. Ma pirogue n'étant louée que de la veille au soir, toute la matinée se passe à installer un « toldo » pour nous préserver du soleil et de la pluie et à embarquer instruments et vivres. Comme nous devons être plusieurs jours à descendre la Tuyra, il me faut une de ces caisses décrites plus haut et faisant fonction de foyer, du bois pour ladite et une ou deux casseroles. Quelque réserve que nous ayons mise à notre équipement , la pirogue est chargée à couler bas; la moindre brise nous obligera à jeter à Teau une partie de ce bagage, et nous voilà condamnés à la sage lenteur, à l'extrême prudence.

Dès le départ nous commençons le travail, sondages, mesures d'angles, profils en travers de la rivière ; à la nuit tombante, nous ne sommes encore qu'au village du Real de Santa Maria.

A peine débarqués, nos hommes s'occupent du repas; mais nous sommes tous fort novices dans l'art du cuisinier et quatre longues heures s'écoulent avant que le souper puisse être servi, et alors nous n'avons plus faim. Accompagné de M. Balfour, je me rends chez le sieur Juan de la Cruz Espinosa, qui nous a offert une place pour nos hamacs. Le vieux bonhomme lisait le catéchisme et sa famille répétait les oraisons; on me fait place sur un banc où je m'installe à mes calculs. Afin d'échapper aux questions indiscrètes de mes hôtes, j'ai l'air de comprendre à peine l'espagnol; aussi, au bout de quelques minutes, l'assistance

Lavelanet et se perd dans l'Hers, affluent de l'Ariège, qui eUe-même tombe dans la Garonne, à quelques kilomètres en amont de Toulouse.

entière se juche dans ses perchoirs ; moi Je monte dans le mien, après m'être frotté d'eau phéniquée pour calmer la douleur brûlante causée par la piqûre des « coloradillos » et essayer d'occire ces insectes, tellement petits que la chasse en est presque impossible.

Le lendemain, mêmes travaux que la veille pour la confection du dîner, et résultat plus lamentable encore. De guerre lasse, nous partons sans autre chose dans le corps qu'une tasse de café : mes nègres, il est vrai, en prennent à leur aise de toutes mes recommandations ; ils y gagnent de me faire perdre la moitié de la journée, partant, d'avoirmoins à travailler. Leur calcul est bon.

Nous nous livrons au passe-temps assez brutal de tirer sur les alligators qui dorment à la plage, la gueule grande ouverte ; nos fusillades n'ont d'autre succès que d'éveiller l'animal, qui referme précipitamment les mâchoires. J'en viens à croire possible la façon suivante de crocher ce vilain gibier : un homme courageux s'approche du caïman pendant son sommeil et lui place verticalement dans la gueule un long morceau de bois pointu aux deux extrémités, fixé solidement à une corde à laquelle s'attachent des camarades. Le chasseur pousse un cri qui réveille soudainement l'alligator ; celui-ci ferme le museau, s'enfonce le hâtelet dans les deux mâchoires ; on haie sur le filin; le monstre, la touche traversée départ en part et clouée ferme, n'essaye pas de se défendre ; on le traîne, on le tue, sans rien craindre de sa queue. Tous les gens du pays affirment que la chose se fait, mais je n'en connais point qui l'ait vue.

Le soir, au mouillage, un grain épouvantable nous

arrose pendant une demi-heure. Grâce à nos ponchos, nous ne sommes pas trop mouillés. Nos nègres, eux, avant les premières gouttes, se dévêtent complètement, placent avec s6in leurs effets sous les grandes feuilles de bananier qui recouvrent la cargaison, prennent une de ces feuilles pour s'abriter la tête et attendent en paix que Torage soit passée Décidément nous n'avons pas de chance aux fourneaux ; la pluie éteint notre feu, plus d'espoir d'un souper réconfortant ; il faut recourir au biscuit et aux sardines : ce n'est pas la première fois, ce ne sera pas la dernière ; mais ce jour-là nous comptions précisément sur un fm repas, récompense de l'habileté de nos chasseurs.

Nous avions dette nuit à débuter dans l'art de dormir en pirogue ; la nôtre était si étroite que je fus forcé de réveiller Lenoan, étendu sur le dos près de moi, et de le prier de vouloir bien se tourner sur le flanc : son épaule m'écrasait la poitrine, quoique moi-même je fusse déjà couché sur le côté.

De grands bancs de brume d'une blancheur éclatante, résultat des pluies de la veille, planent sur la rivière au lever du soleil; tantôt cette brume remonte jusqu'au-dessus des arbres, tantôt elle s'abaisse surlasurfacedereau,etlaTuyra,qui d'ordinaire reflète une lumière dont l'étincellement blesse les yeux, est maintenant noii^ et sombre comme la mer de Bretagne par les coups de vent. Le fleuve paraît immense et terrible ; l'orage a déraciné des centaines d'arbres qui voguent au gré des remous et servent de piédestal à une foule de hérons blancs ou gris, raides comme des soldats sous les armes.

Le quatrième jour, la pirogue accostait à Chepigana, où nous organisâmes sur-le-champ le service des observations de marée. Un Français, Louis Gral, ancien matelot du commerce, échoué dans ces parages par je ne sais quel hasard, nous avait préparé le matériel nécessaire, y compris une paillette quelque peu pourrie, mais, au point de vue de nos études, admirablement située sur une pointe rocheuse, juste au-dessus de nos marégraphes. Ceux-ci sont bien un peu exposés; on pourrait craindre quelque avarie de la part des embarcations allant et venant le long de notre promontoire, mais nous comptons sur le respect, la terreur superstitieuse plutôt, qu'éprouvent les nègres pour tous les objets servant à des recherches scientifiques : ce sont pour eux grigris à maléfices.

Gral se chargea de notre service de bouche. Il s'était créé là-bas une famille à la mode du pays. Sa petite femme, aimable et jolie par comparaison avec ses voisines, avait alors un petit bébé de quatre mois, gentil, solide, ne pleurant jamais : ressouvenir du foyer sans doute, je le pris une ou deux fois pour le faire sauter ; mais comme ici les marmots sont complètement nus, au bout de quelques minutes je ne savais plus par quel bout le tenir, tant mes mains étaient moites de sueur. Je me demande comment on peut manœuvrer sans les laisser choir de petits êtres si glissants ; aussi les porte-t-on le plus souvent à cheval sur la hanche, où ils semblent trôner fort à l'aise, soutenus par le bras maternel, jusqu'à ce qu'ils aient la force de se cramponner eux-mêmes.

J'emploie quelques jours à former M. Balfour aux observations de marée et de météorologie. Je compte

rejoindre M. Wyse à Paya vers le milieu de janvier. Nous sommes à Noël, fête qui dure ici une semaine. Tous les habitants rallient le village ; les « caucheros», fussent-ils en pleine Cordillère, se hâtent d'accourir ; la journée se passe à jouer et à boire, la nuit à boire et à danser. L'amusement favori de la jeunesse est de sonner de la trompe marine, et messieurs les dévots du village manifestent leurs sentiments religieux en carillonnant sur les cloches. Je laisse à penser si le sommeil est facile pendant tout le temps de ces réjouissances.

L'église de Chepigana n'est qu'une grande paillette semblable aux autres cabanes du lieu ; mais pour la circonstance on dresse une. estrade à portée des deux « campanes », et, une pierre dans chaque main, l'homme pieux tape à tour de bras sur l'airain sonore ; d'autres zélateurs l'accompagnent de roulements de tambour et de salves de coups de fusil.

Je reconnus bien vite que l'étude, toute locale, du régime des marées à Chepigana ne suffirait pas à me donner un compte exact de la marche de ce phénomène dans la Tuyra. Je mis donc à profit les quelques jours qui me restaient pour aller à la Palma, où le fleuve forme avec le Sabana un immense bassin, lieu naturellement désigné pour le port intérieur du canal de nos rêves.

Le 2 janvier, la pirogue fut remise à flot et munie du matériel nécessaire pour une absence de courte durée.

De Chepigana à la Palma, la distance n'est que de dix-huit kilomètres. Nous avons un temps superbe, et

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le courant nous mènera sans que les hommes aient à peser sur la rame.

C'est l'époque des hautes marées. La Tuyra porte des flottilles de troncs d'arbres ; quelques gigantesques « bongos » ou « quippos », ayant jusqu'à trente mètres de fût et deux mètres de diamètre, se montrent çà et là, semblables à des épaves ; nous descendons lentement le fleuve sans y tracer la moindre ride ; des tortues et de petits marsouins, trompés par notre apparente immobilité, s'approchent à tout instant ; nos fusils sont prêts, mais le chélonien ne montre son museau que juste le temps de reconnaître son erreur; le coup part, la tête est déjà dans les eaux. A cette époque de l'année, les tortues foisonnent dans la Tuyra, qu'elles remontent pour déposer leurs œufs sur les bancs de sable du haut de la rivière. Leurs nids sont recouverts^de terre et admirablement dissimulés ; ils contiennent de quatorze à quinze œufs à coquille parcheminée, qui fournissent un assez bon manger dont la cuisson ne coagule pas le jaune. On devine les lieux de ponte aux traces que les pattes des tortues ont laissées sur le sable; avec une gaffe ou un bâton, l'on interroge le terrain : s'il cède facilement, on trouve presque toujours les œufs à un pied sous terre.

Le fleuve s'élargit peu à peu ; de temps en temps, sur la rive gauche, on aperçoit deux ou trois « haciendas » plantées de cocotiers, puis les palétuviers recommencent ; nous doublons le cap de Sétéganti sur lequel les Espagnols avaient établi un fortin, puis les deux berges s'écartent rapidement l'une de l'autre et Ton pénètre dans le vaste estuaire formé par la jonction de la Tuyra et du Sabana.

Tant qu'on navigue sur une rivière, même aussi large que la Tuyra, on est sans la moindre inquiétude : quelque frêle que soit l'embarcation, quelque « volage » que soit la pirogue, on sait bien que si les vents viennent à fraîchir et les vagues à bruire, on aura le temps de se réfugier dans une crique ; mais cette sécurité disparaît quand on arrive dans un bassin comme celui de la Palma. Instinctivement on surveille la manœuvre, une anxiété vague vous fait parcourir de l'œil tous les points de l'horizon pour voir si quelque grain ne se prépare pas ; attentif aux moindres variations dans l'aspect de la mer, on se demande si les endroits où elle moutonne un peu plus sont simplement fouettés par une de ces folles risées de vent qui s'abattent au hasard sur la plaine liquide, ou s'ils sont balayés par l'une de ces rafales qu'on doit éviter à tout prix.

A droite, la mer est clapoteuse ; de petites vagues hachées, produites par des lames de fond, lancent des jets assez puissants pour traverser toute la couche d'eau et s'élever en gerbes hautes de près d'un mètre; c'est un remous de courant, la pirogue qui s'y aventurerait serait aussitôt perdue. A gauche, au contraire, les courants de marée deviennent presque insensibles : on avancerait à peine, et au changement de flot, adieu le port ! il faudrait revenir en arrière et attendre une heure moins défavorable.

Aussi, peu à peu, dans notre petite embarcation, les historiettes et les causeries font-elles place au silence. Sans qu'on leur en donne l'ordre, les hommes arriment un peu mieux la cargaison ; ils interrogent la mer et le ciel, puis, spontanément, ils s'emparent des

« canaletes », se courbent sur leurs genoux, et à toute longueur de bras, manœuvrent ces larges pelles qui envoient en arrière d'énormes paquets d'eau. La pirogue vole sur le bassin.

Nos nautoniers ont hâte d'arriver au port. Ils savent que le fleuve est large, l'eau bourbeuse et profonde, qu'elle a des courants et de perfides remous entraînant au fond le meilleur nageur. Chaque débris flottant est pour eux un alligator, un requin ; ils se disent que, réussît-on même à aborder la plage, ce serait pour s'enlizer dans les vases ou mourir de faim dans le lacis des mangliers.

11 semblerait pourtant que les seuls sentiments que puisse évoquer la vue de ce délicieux panorama sont le ravissement et l'admiration, tant ces rives ont de grâce, de paix et d'harmonie ! Derrière la large zone des marécages, si basse qu'on ne saurait dire si c'est du fleuve ou de la terre que sortent les- palétuviers aux dix mille racines et aux ramures puissantes, s'étagent d'élégantes collines et de petites montagnes boisées. Les espèces végétales diff'èrent suivant l'altitude et le sol; elles varient à l'infini les teintes et les reflets de la robe verdoyante de cette nature splendide. Ici, c'est du velours mat et glauque ; là, de petits arbustes au feuillage délicat forment une bordure de satin aux immenses traînées de forêt vierge ; ailleurs chatoient au soleil les éventails vert lumière des « cocos-bellos »; les palmiers aux longs panaches sombres alternent avec les quippos, ces arbres gigantesques, toujours reconnaissables au milieu des plus épais fouillis de verdure ; sur le haut des collines se pressent les platanillosy -semblables aux bananiers. Et comment dire

rincomparable douceur de ces transitions infinies de nuances? Nul contraste ne heurte les yeux dans cette harmonie générale : tous les tons se mêlent sans se confondre. Derrière les collines et de tous côtés se profilent les sommets en dents de scie des Cordillères et les pics moins aigus du massif de iPirri, mais si loin que, malgré la pureté, la transparence de l'air, on ne saurait affirmer la réalité de leur existence : on distingue seulement comme une vapeur d'un bleu plus brillant et plus clair que celui du ciel ; elle semble flotter dans l'azur et rehausse encore la blancheur éclatante des nuages à l'horizon.

Dans cette vaste circonférence, trois trouées livrent passage aux ondes calmes et puissantes de la Tuyra et du Sabana. Les rives de celui-ci sont absolument plates, il parait sortir d'un immense bas-fond de canaux et de forêts marécageuses. Au nord se dressent les dômes arrondis et très élevés du promontoire de Sabana, qui, dans cette direction, forme le nœud central, le point qui attire le plus les regards.

A dix heures et demie la pirogue avait doublé le petit cap qui nous cachait la Palma et contre lequel s'adosse un côté du vilkige. Les maisons occupent un petit vallon, ou mieux une ravine qui s'enfonce à quelque cent mètres dans les collines du Cerro de la Puntita, lesquelles forcent la Tuyra à décrire une courbe très prononcée avant d'atteindre son estuaire, le golfe de San Miguel.

La combe ne suffit pas à contenir toutes les cases, et comme la côte est abrupte, il a fallu construire un certain nombre d'habitations sur pilotis, presque à toucher la berge et au-dessus de la grève de galets. A

marée haute, la plupart de ces paillettes sont entourées d'eau et ne communiquent avec la terre que par pirogue. Quelques senores, plus riches, plus industrieux, ont établi un remblai ou un pont de plainpied avec le plancher de leur demeure.

Le brave senor Gregorio Santa Maria que j'avais rencontré à Pinogana, où il s'était mis à ma disposition, nous attendait au débarqué, et bientôt il nous installait tous, les « mozos » dans une petite étable sur la colline, Lenoan et moi dans ce qui avait été la cuisine au temps de sa défunte femme : il « prenait pension » maintenant chez le seiior Frederico de los Rios, cousin de Caranza, l'interprète de l'expédition pour la langue cuna.

Le senor Gregorio avait reçu de Chepigana la nouvelle de notre voyage, et notre déjeuner était prêt depuis deux heures. La faim nous fit presser notre emménagement, et je m'asseyais bientôt à la table du senor Frederico, où nous étions accueillis avec cette parfaite bonne grâce, cette courtoisie tout espagnole qui se retrouve chez les Américains du Sud, à quelque race ou couleur qu'ils appartiennent. Le senor de los Rios, quoique très fortement teinté de noir, a une belle figure d'Européen, intelligente et passionnée. Il a quarante ans de moins que Gregorio Santa Maria ; celui-ci, d'origine exclusivement africaine, descend sûrement de quelque tribu de Peuls. Son visage ovale a des traits accentués, fort réguliers ; impossible d'imaginer une physionomie plus honnête, plus avenante et douce que cette figure absolument noire, couronnée de cheveux d'une blancheur immaculée, comme les favoris qui l'encadrent. A rencontre de

presque tous ses compatriotes du Darien, Gregorio est un homme religieux. Non par souvenir d'enfance ou par hypocrisie, — il n'y a ici ni éducation d'aucune sorte, ni profit à paraître pieux, — mais par besoin de cœur. Dans un pays où le clergé est généralement si peu estimé, si peu estimable, au milieu de gens absolument indifférents, et lorsque la plus parfaite insouciance est le trait dominant de la race, toute âme préoccupée d'autre chose que de la vie quotidienne est une âme d'élite.... Gregorio est de celles-là. Impossible de ne pas admirer et aimer ce bon vieillard.

Le déjeuner était copieux et recherché pour le Darien : je n'en donnerai pas le menu. Je m'intéressai surtout à la variété des aliments employés pour remplacer le pain : riz bouilli, puis rissolé sur le feu, bananes vertes cuites sous la cendre, « légume » dur, indigeste et sans saveur aucune, — c'est pourtant le fond de la nourriture du pays; enfin des patates douces, des ignames, du manioc. Ces derniers tubercules sont énormes, d'un goût délicieux ; il est dommage que leur acclimatation soit impossible chez nous ; une espèce, l'oto, n'a pas le désagrément d'être remplie de fibres. Pour boisson, de l'eau, toujours. Toutefois, en notre honneur, on avait descendu d'une planche du magasin quelques demi-bouteilles de ce qui fut peut-êh*e autrefois du vin, mais que l'âge, le .climat, et toutes les fermentations successives et possibles avaient transformé en un liquide roussâtre et nauséabond. Au dessert parurent les fruits du pays, peu nombreux et mauvais. Là, comme chez nous, rien ne vaut que par le travail et la culture. Enfin, une tasse

de chocolat non sucré, dont les éléments avaient été piles le matin même.

L'artiste qui de ses propres mains avait préparé notre repas, n'était autre que Isiquerida ^Ansenor Frederico de losRios. Grande et belle fille de dix-huit ans environ, dans toute sa fleur et son éclat, c'est une Zamba (sang-mêlé de noir et d'Indien). Le charme et la douceur de ses yeux, l'expression enfantine et confiante de sa physionomie, sa merveilleuse chevelure noire ramassée en deux grosses tresses, rachètent la proéminence des pommettes, la largeur de visage qu'elle tient de ses ancêtres rouges, la grande bouche, les lèvres épaisses, le nez épaté qu'elle doit à ses aïeux d'Afrique. On remarque surtout la finesse de ses mains, les formes parfaites de ses épaules et de ses bras. Sou teint a conservé la chaude couleur de l'Indien et perdu le pigment fuligineux du nègre : cette nuance plaît extrêmement à l'œil. Comme les autres Zambas à cet âge, elle commence à prendre un embonpoint qui maintenant lui sied à merveille, mais à vingt ans ces courbes gracieuses s'empâteront d'une façon déplaisante ; à vingt-cinq ans, les femmes de cette race deviennent si obèses , qu'on ne s'aperçoit plus des agréments de leur figure. Leurs épaules par trop charnues se continuent par des bras gros comme des jambonneaux. Je n'ose parler du volume énorme de leur poitrine. Et que dire de leur carrure?

La « querida » du senor Frederico avait bien été à la peine, puisqu'elle avait cuisiné notre repas, aidée de trois ou quatre négrillons ou négrillonnes du

1, La chérie, la bien-aimée.

voisinage, mais elle ne fut pas à Tiionneur. Craignant que la présence d'un étranger n'eût relégué la belle Scolastica près de sa caisse de cendres, je m'en ouvris à Gregorio, lui demandant si je ne m'attirerais pas ainsi l'antipathie de la jolie senora. Ma question parut l'étonner ; il ne pouvait croire que dans un pays civilisé comme le nôtre une femme trônât à table vis-à-vis de son seigneur et maître. « En tout cas, au Darien, cela ne se passe pas ainsi, me dit-il; jamais mère, épouse ou fille ne doit faire autre chose que servir le chef de la maison et ses hôtes. »

Ce n'était donc point par suite de sa position dans la case que la charmante Scolastica avait été jugée indigne de prendre place avec nous. En continuant la conversation, j'appris qu'au Darien on n'a pas ces préjugés, et pour cause : le mariage régulier y est à peu près inconnu. Il ne faut pas en conclure que les mœurs y soient plus mauvaises qu'ailleurs, en ce qui concerne du moins la population sédentaire, les « hijos del pais ]» ; la bonne entente dans le ménage, la fidélité réciproque, le respect des compagnes d'autrui, l'amour des enfants y sont des vertus générales.

Je n'en dirai pas autant de la population flottante autrefois appelée dans la contrée par les prix élevés payés aux chercheurs de caoutchouc. Celle-là se compose en grande partie des rebuts de Panama et de Cartagène, et sous le rapport de l'ivrognerie, de la paresse, des mœurs dissolues, il serait difficile de trouver pire ; je dois pourtant leur rendre le témoignage qu'ils ne sont ni brutaux, ni voleurs. Parmi ces gens- ^ là, les unions sont le plus souvent de peu de durée,

et, suivant l'occasion ou le caprice, une femme passe avec tous ses enfants de la paillette d'un Cartagénois dans ceHe d'un Panameno. En général, ce caprice se manifeste au retour d'une expédition fructueuse, et, faut-il le dire, il se porte sur celui qui a le plus gros ballot de caoutchouc.

Ces femmes ne sont pas très nombreuses; on recherche surtout celles qui consentent à accompagner dans la forêt leur maître du moment et la petite troupe de caucheros dont il fait partie. Elles préparent les repas, lavent et raccommodent tant bien que mal, soignent les poules qu'on emporte. Mais la confiance qu'on met en elles est des plus limitées, rarement on les laisse seules, et à tour de rôle un des travailleurs reste au rancho. Précaution bien nécessaire, car, les campements établis sur les berges des rios, et d'autres caucheros venant à passer dans leur pirogue pourraient, de gré ou de force, emmener la ménagère. Et, moins réservée que ces pauvres diables, qui jamais ne s'approprient les paquets de caoutchouc déposés dans les ranchos, celle-ci ne manquerait pas de trouver qu'une bonne part de la récolte doit lui revenir légitimement.

Cette absence d'unions consacrées par la loi ou la religion ne doit point être attribuée au manque absolu de sens moral ou à une répulsion instinctive pour les chaînes du mariage. Le nègre, il est vrai, n'aime guère les contrats et ne déteste rien tant que les atermoieme*nts qui chez nous sont le prélude de la fondation d'une famille. Mais on trouve aisément d'autres causes : civilement, le mariage est inutile, puisque la propriété existe à peine ; les immeubles sont des pail-

lottes; les meubles, tout ce qu'on peut imaginer de plus rudimentaire. Le sol est au premier occupant; quiconque trouve un endroit à sa convenance, défriche, plante, récolte sans que personne réclame même un droit nominal sur le terrain. Pas de questions de dot, de douaire, de testament. Ce qu'un homme laisse à sa mort va tout naturellement à celle qui vivait avec lui et à ses enfants ; de discussions, il ne saurait y en avoir sur des objets de si mince valeur. Du reste, l'alcade ou les amis seraient là pour régler l'affaire sans intervention d'avocats.

Quant au mariage religieux, le pays n'a pas eu de prêtres depuis près de cent ans ; ou du moins ceux qu'on a envoyés de temps à autre étaient l'écume d'un clergé peu respectable, point respecté ; leur influence était nulle ; instinctivement on ne recourait à eux que pour le baptême et l'extrême-onction. Le seul culte que pratiquent les indigènes, c'est de changer les grandes fêtes en jours d'orgie, marmotter quelques prières, faire un signe de croix aux endroits dangereux, posséder dans leur case des gris-gris, de petites idoles de saint Jean-Baptiste, de saint Antoine ou de la Vierge, chargées de préserver des maladies et de faire retrouver les objets perdus. Ils sont « chrétiens sans l'être »,

Depuis quelques années pourtant, un brave moine avait charge des âmes de tout le Darien, de Garachine à Paya, de Tucuti aux pueblos des indiens du Chucunaque. Ce capucin, généralement connu sous le nom de fray *■ Pedro, était un vieillard septuagénaire,

1. Fray veut dire />'ère. ecclésiastiquement parlant : fray Pedro, c est le frère Pierre.

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homme honnête et convaincu, mais ignare, maladroit, violent, sans portée ; ses exhortations et ses prônes scandalisaient les uns par leur grossièreté, faisaient rire les autres, et l'influence du « fraile * )> disparut tout à fait. Sorti d'un couvent de Catalogne, il avait passé successivement en France, en Italie, dans un couvent de l'Equateur ; il était enfin prieur de quelque communauté du Nicaragua lorsque toutes celles-ci furent supprimées dans la République des Nicaraguenos. Ses injures n'avaient pas été pour peu de chose, m'a-t-on dit, dans l'exécution rigoureuse du décret d'expulsion des moines. Il a fini depuis par retourner dans sa patrie.

L'évêque de Panama, prélat des plus remarquables par son zèle intelligent et sa piété, comprend admirablement la situation morale de la région. Il n'y veut envoyer qu'un prêtre qui par ses vertus, sa charité, son exemple, puisse s'acquérir le respect de tous. L'année dernière il avait découvert un missionnaire français prêt à seconder ses vues; mais déjà malade, anémié, notre .compatriote ne parut au Darien que pour y mourir. Il se pourrait que l'évêque eût maintenant longtemps à attendre, — le poste n'a guère de quoi tenter.

Si ce prélat connaît le pays, c'est qu*il l'a parcouru lui-même dans une tournée épiscopale, la première peut-être depuis 1518, année où, par suite de l'assassinat de Balboa, Davila transféra de Santa Maria la Antigua à Panama le siège du primat des Indes. Pour entreprendre cette course il lui fallait un grand cou-

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