C.E0RGETTE
J’y suis depuis un an ; — la peine se prolonge.
SAINT-CHINON
EL! madame, vengez-vous.
GEORGETTE
J’y songe.
SAINT-CHINON
Laissez-moi donc à vos genoux...
GEORGETTE, se levant.
Cela n’est pas indispensable.
J’entends me venger autrement,
D’une façon moins aimable.
Je serai, jusqu’au bout, fidèle à mon serment.
SAINT-CHINON
C'est de l’héroïsme.
Pourquoi pousser nos vertus Jusqu’au fanatisme?
Restons dans les sentiers battus.
GEORGETTE, passant h gauche. *
S’il me trompait, je serais dégagée ;
Mais sa passiorr sage et sans emportement,
Avec soin aménagée,
Peut vivre éternellement.
Je suivrai l’ordre et la marche De cet amour tempéré,
Bon gré mal gré.
II a des mœurs de patriarche,
* Georgetto, Saint-l'.Uinon.
Il adore les jardins,
Les tulipes, la citronnelle.
Les sabots et la flanelle,
La campagne sempiternelle,
Tous les plaisirs anodins.
SAINT-CHINON
C’est odieux !
GEORGETTE, sévèrement.
Mais légitime.
SAIN T-CH I NON
C’est un crime Dont la bêtise me confond.
Vengez-vous de confiance.
GEORGETTE
Et ma conscience?
SAINT-CniNON.
La conscience est bonne fille au f< nd.
GEORGETTE
Je resterai toujours irréprochable,
S’il plaît à Dieu,
Passant à droite. *
Pour être intraitable Et mettre la maison en feu.
Quand on est coupable,
Cela gêne un peu.
SAINT-CHINON
On vit très à l'aise Avec quelques légers torts.
Dieu sait ce que cela pèse :
Rien n’est plus doux à porter qu’un remords.
GEORGETTE
N’insistez pas, monsieur, ou je me scandalise.
* Suiut-Chiuouj Georgette.