CASE
Aulopsie. — Pancréas de taille normale, mais complètement sclérosé. Conduits dilatés, pas de calculs, mais deux ou trois abcès gros comme un noyau de cerise. La vésicule grosse, ne renferme pas de calculs. Foie petit et induré.
Examen histologique. — On ne trouve plus, au niveau du pancréas, d’acini glandulaires.
Os. 13. TELEKY, 1902. — H., 51 ans, souffre depuis l’enfance, d’entérite. En 1886, maigrit, perd ses forces. En juillet 1887, glycosurie à 4,4 %, 50 gr. en 24 heures. Traitement diététique abaissant en huit jours le taux à 0,31 % (4,5 gr. par 24 heures), et après quatre semaines : traces de sucres seulement. Pas de polyurie. Selles normales très colorées en bile. En septembre, après les repas, douleurs gastriques, puis ictère, qui va s’accentuant. Urines bilieuses sans sucre. Fèces décolorées. Foie normal, pas de tumeur abdominale. Les selles renferment des aliments non digérés (viande, graisse, lait, amylacées). Le 30 octobre, importante hématurie. Gros amaigrissement. Mort le 28 novembre.
Autopsie (Prof. Weichselbaum). — Foie petit, les voies biliaires intra-hépatiques sont dilatées. Bile presque décolorée. Le cholédoque, gros comme le pouce, contient un liquide semblable. La portion terminale, serrée dans la tête du pancréas, est cathétérisée avec difficulté. Muqueuse saine.
Le pancréas,en entier atrophié, très dur, montre partout à la coupe une structure glandulaire ; mais, on note entre les lobules, à l’œil nu, des traînées conjonctives. En aucun point, on ne constate de tumeur. Infiltrations hémorragiques des reins. ù
Examen histologique du pancréas. — Substance glandulaire très réduite. Nombreux lobules remplacés par un tissu conjonctif dur, pauvre en cellules, acini atrophiés ou réduits et comprimés et entre eux tissu conjonctif tantôt pauvre, tantôt riche en cellules. Ces modifications existent dans tout le pancréas.
d) Pancréatites spécifiques.
Nous n’entrerons pas dans le détail de l'étude des lésions spécifiqués du pancréas. Cette étude est d ’ailleurs à peine ébauchée. Les faits importants sont les suivants :
1.— Quelle que soit la virulence du bacille de Koch, le fait dominant est la réaction de la trame conjonctivo-vasculaire du pancréas. Il est exceptionnel de trouver des lésions spécifiques : Klippel et Chabrol (1) pensent même que la caséification d’un segment de la coupe doit toujours faire songer à l’existence possible d’un ganglion interlobulaire méconnu. On sait d’ailleurs que le critère histologique de la tuberculose est discutable et que la mise en évidence du bacille de Koch ou l’inoculation au cobaye permettent seuls d'affirmer la nature de la lésion présumée tuberculeuse.
2. — La syphilis est une affection qui atteint souvent les glandes et d'importantes études ont été récemment consacrées aux lésions qu’elle produit au niveau de glandes, dont la structure se rapproche de celle du pancréas, les glandes salivaires en particulier (2).
3. — Nous connaissons de façon certaine des pancréatites spécifiques, ce sont celles que l’on a décrites chez le nouveau-né dans les formes précoces de l’hé-
(1) Kurerez et Cuasroz. Recherches sur la tuberculose pancréatique expérimentale, Revne de la tub. 1911. VIII. 493-205. (2) J. Joux. Contribution à l’étude des déterminations de la syphilis
sur les glandes. Thèse de Lyon 1922-23 "(inspirée par M. le Professeur Agrégé Favre.
ME
rédo-syphilis (3). Certaines d’entre elles sont remarquables par l’extrême diffusion des lésions de sclérose. Nous avons donc la preuve que la syphilis atteignant le pancréas y développe des lésions de sclérose.
4. — Chez l’adulte un certain nombre de faits sont bien établis qui prouvent la réalité des scléroses pancréatiques dues à la syphilis : certaines s’accompagnent d’ictère, d’autres évoluent sans retentissement sur les voies biliaires.
Il faut s'attendre à rencontrer des lésions histologiquement polymorphes, ne pas toujours compter sur la gomme pour affirmer le diagnostic. La syphilis peut évoluer en donnant naissance à des lésions tuberculoïdes ou sous un type plus particulier encore celui de sclérose avec édification épithéliale réactionnelle pseudonéoplasique dont nous rapportons un bel exemple qu’a bien voulu nous confier M. le docteur Favre.
Ogs. 14. M. le Docteur FAVRE.
F., 60 ans, venue pour un ictère ; arrivée très cachectique, avec un foie dur. Ictère par rétention, apparu subitement quinze jours auparavant, ayant régressé pendant le séjour à l'hôpital, et très atténué au moment de la mort de la malade, survenue peu de jours après son entrée, subitement.
Lors de son entrée, on avait cru découvrir une tuméfaction de la vésicule, qui ne put être retrouvée par la suite. Pas, de température. La malade, très cachectique, ne put être complètement examinée ni longuement interrogée.
Autopsie. — Pas d’ascite. Le point intéressant a été la constatation d’un très gros pancréas, gris, dur, homogène,
(3) Mlle Poroviten. Pancréatite syphylitique fœtale. Thèse Lyon, 1922-23 (inspirée par M. le Professeur CoMManpEuR).
uniformément hypertrophié, sans aucun nodule, donnant Pimpression d’une sclérose massive du pancréas et non d’un néoplasme. | = Foie dur, scléreux. Pas de dilatation nette des voies biliaires, qui ne présentent aucune lésion. L’ampoule de Vater est également saine. Pas de traces d’inflammation péritonéale.
L'examen histologique montre une transformation extrêmement considérable de la glande pancréatique. Les structures normales ont partout disparu. Le pancréas est envahi par une sclérose extrêmement étendue, qui, sur de très vastes espaces, est formée de très larges bandes fibreuses, presque tendiniformes. Ailleurs, la sclérose est moins intense, les cellules inflammatoires plus nombreuses. Dans l’ensemble, l’envahissement par le tissu conjonctif est très marqué et le mot de sclérose pancréatique totale s’impose. Dans ce tissu de sclérose, on rencontre deux dispositifs épithéliaux principaux.
1° Les uns sont de grandes cavités remplies de placards d’un haut épithélium desquamé. L'aspect de ces cavités est tout à fait celui de certains sclérokystes canaliculaires que l’on rencontre dans les cirrhoses d’autres glandes, dans les cirrhoses syphilitiques du foie en particulier, où on les a signalées depuis longtemps.
2° Un autre groupe de dispositifs épithéliaux est représenté par des cavités plus petites, très nombreuses, creusées dans le tissu de sclérose : elles sont tapissées par un épithélium beaucoup plus bas, dont les cellules sont acidophiles ; en nombre de points, cet épithélium a un aspect cubique. Ailleurs, les cellules, un peu plus hautes, prennent un aspect prismatique. Cet épithélium est remarquable par son uniformité, par l’absence de signes de multiplication cellulaire et par le développement de ces cavités kystiques en pleine sclérose dense. Il existe des lésions vasculaires manifestes, portant sur les artères et les veines. Certains vaisseaux sont totalement oblitérés. nn
La lésion pancréatique coexistait chez le malade avec une cirrhose du foie, qui ne tenait Pas Sous sa dépendance Pictère et qui, d’ailleurs, est beaucoup ‘plus ‘nette et plus
étendue à l’examen microscopique que ne le faisait suppo-