CHAPITRE IV
me
Les anastomoses de la vésicule biliaire Etude fonctionnelle de la cholécystogastrostomie
Une guérison parfaite, prolongée, inattendue, à la suite d’une anastomose de la vésicule fut, souvent, le seul signe certain de la nature inflammatoire d’une tumeur du pancréas.
Quelle doit être la place des anastomoses dans le traitement de ce syndrome? Faut-il les réserver ainsi aux cas où semble impossible un diagnostic opératoire, ou bien est-on en droit, lorsque l’hypothèse de pancréatite chronique paraît légitime, de recourir d'emblée à l’anastomose biliaire, selon la formule de Tietze et de Kelly, comme à l’opération de choix. Peut-on dire, avec Lejars : « l’indication la meilleure pour ainsi dire de l’anastomose bilio-intestinale, c’est la pancréatite chronique interstitielle ».
Jaboulay, qui fit tant pour la défense et l’illustration de la cholécystogastrostomie, réservait cette opération aux occlusions complètes et directement irré-
médiables du cholédoque. Ce que nous avons dit de l’état du cholédoque pancréatique, comme de lévolution de la tumeur inflammatoire après drainage biliaire, indique de suite la position du problème. Il s’agit de savoir si l’anastomose non seulement réalise une dérivation de la bile, mais assure encore un drainage suffisant pour résoudre l’inflammation du pancréas el bien souvent aussi de la vésicule.
Parmi les différents types d’anastomose de la vésicule biliaire, la cholécystogastrostomie a aujourd'hui conquis la première place : c’est d’elle seule que nous nous occuperons.
Bannie tout d’abord au nom des principes physiologiques, elle fut, par une sorte de paradoxe, bientôt réhabilitée par les physiologistes eux-mêmes, qui renversèrent le dogme classique de l’arrêt de la digestion gastrique par l’arrivée de la bile dans l'estomac. Jaboulay fut le premier chirurgien qui, s'inspirant de ces données toutes récentes, pratiqua systématition gastrique par l’arrivée de la bile dans l’estomac. Dans ses publications, dans celles de Duchamp, dans les travaux de notre Maître le Professeur Patel et dans la thèse de Perrin, se dégagent la facilité de l'opération, l’excellence des résultats immédiats, la possibilité de prolongations notables, et on y trouve amorcée, voici bientôt 25 ans, l'étude de l’oblitération des bouches de cholécystogastrostomie.
A lire ce qui fut écrit si longtemps sur cette opération, il semble bien que c’est à Jaboulay et à l’école lyonnaise qu’elle doit de ne pas avoir été définitivement abandonnée,
Aujourd'hui, certes, il est bien admis partout que la cholécystogastrostomie constitue le type des anastomoses vésiculaires. Les Américains en ont repris l'étude, et reconnaissent de façon formelle que cette - opération est la plus rationnelle des anastomoses bi- liaire, toujours possible, toujours réalisable avec un
minimum de dangers (Congrès de Chirurgie améri-
cain, 1921). A Lyon, elle avait toujours conservé droit
de cité, comme en témoignent les importantes statis-
tiques publiées (Delore et Wertheimer), et les dis-
cussions de la Société de Chirurgie qui revint à plu- . sieurs reprises, au cours de ces dernières années, sur les résultats de cette opération. L'accord unanime semble s'être fait au Congrès de Chirurgie de 1923 (Villard, Mathieu).
Jaboulay, qui avait deviné, il y a 25 ans, la place de choix que prendrait cette merveilleuse opération, a joué dans l’évolution des idées chirurgicales un rôle absolument capital.
Nous avons pu examiner 9 malades opérés de cholécystogastrostomie et restés guéris.
__ Nous avons cherché comment se comportait l’anastomose et tout particulièrement si elle réalisait un drainage biliaire, et avons été amenés à reprendre, avec ces documents, l’étude de la physiologie des bouches de cholécystogastrostomie.
A. — Essai de physiologie des bouches de cholécystogastrostomie
Les données cliniques affirment déjà les résultats physiologiques parfaits de cette opération : les opérés, sauf dans quelques rares exceptions, ne présentent aucun trouble digestif qui puisse être rapporté à l’arrivée de la bile dans l’estomac.
Cette notion est confirmée par des faits expérimentaux précis; nous joindrons à leur analyse succincte celle de documents recueillis chez l’homme : documents anatomiques, données radiologiques et recherches chimiques.
Depuis les recherches classiques que l’on trouve, par exemple dans la thèse de Perrin, les travaux expérimentaux de Radziewsky, Smith, Mocquot, Wiedeman, Grey, Gatewood et Poppens, Lehman, ont apporté ou confirmé les notions suivantes :
I. — Absence de troubles de la digestion gastrique après cholécystogastrostomie.
IT. — Pas de modifications histologiques de la muqueuse gastrique, réaction notable au contraire de la muqueuse vésiculaire.
IT. — Grande fréquence de l'infection ascendante limitée généralement à la cavité vésiculaire. Rareté des complications hépatiques dans la cholécystogastrostomie.