OBSERVATION II (LERICHE, PONCET
Pancréatite du corps
F..., 58 ans, entre dans le service de M. Poncet, le 16 novembre 1909, pour des douleurs de l'hypochondre gauche.
Habituellement très bien portante, cette malade à vu apparaitre, il y a trois ans, des douleurs d'intensité croissante sous les fausses côtes gauches. Progressivement sont apparus de la constipation, de la perte de l'appétit, le dégoût des matières grasses, la perte des forces ; très obèse, elle a considérablement maigri dans ces derniers temps. Depuis un mois et demi, elle à des vomissements aqueux, non alimentaires, sans rythme d'opposition, et les douleurs ont redoublé d'intensité. A l'examen, on ne trouve rien, sinon de la douleur à la palpation profonde sous les fausses côtes gauches. La radiographie faite par M. Chanoz indiquerait une sorte de sténose médio-gastrique, toute la partie droite de l'estomac est contracturée, étroite, tandis que la moitié gauche est dilatée normalement. On fait donc le diagnostic de cancer des faces de l'estomac, probablement de la face postérieure et, le 19 novembre, M. Leriche fait une laparotomie sous-ombilicale qui montre un estomac normal, en arrière duquel se perçoit une tuméfaction profonde. On effondre le tégument-gastro-colique et on aperçoit sur le corps du pancréas, surtout à gauche, une grosse tumeur, qui laisse libre la queue, mais va jusqu'à la rate. Il est impossible de songer à une ablation et on referme le ventre à un plan. Malgré une suppuration de la paroi, la guérison opératoire se fait sans incident. Le bénéfice de l'intervention est au reste convenable. Dès le soir même, la malade ne souffre plus, les douleurs disparaissent définitivement : l'appétit revient peu à peu, tous les malaises digestifs rétrocèdent et la malade quitte le service au bout d’un mois, très améliorée.
Sept mois après l'intervention, l'état général est parfait, la malade ne ressent plus le moindre trouble, elle mange de tout, ne souffre pius, travaille, bref, la guérison est complète.
De toute évidence, le diagnostic de cancer du corps du pancréas était erroné et il s’est agi d'une simple pancréatite.
OBSERVATION III (P. Savy et LERICHE) Pancréatite subaiquë de la tête
R... Alice, 32 ans, entre à l'Hôtel-Dieu dans le service du professeur J. Courmont, le 16 août 1913, pour des douleurs abdominales qualifiées de coliques hépatiques par son médecin. Dans les antécédents, deux enfants morts de méningite tuberculeuse.
A toujours été bien portante. L'affection actuelle a débuté le 11 décembre 1912 par une violente douleur épigastrique, s'irradiant de l'hypochondre droit, un peu dans le dos, mais nullement dans l'épaule droite. La douleur, très vive, obligeait la malade à se coucher en chien de fusil et s’accompagnait de vomissements bilieux.
Le D' Espenel diagnostique une colique hépatique et prescrit une potion à l'extrait de belladone qui amène un soulagement. Le lendemain la malade ne ressentait plus aucune douleur.
Huit jours après, nouvelle crise un peu plus violente, analogue à la précédente, survenant à 9 heures du soir et calmée par une piqûre de morphine.
Jamais à la suite de ces crises la malade n'eut d’ictère ; les urines ne continrent pas de pigments biliaires et les fèces ne furent pas décolorées. ;
Plusieurs mois se passèrent sans réapparition des douleurs, mais en février 1913, à la suite de pointes de feu pratiquées pour un point de la région scapulaire droite, la malade, très nerveuse, eut le lendemain une troisième crise douloureuse analogue aux précédentes. Deux autres crises se produisirent encore à deux mois d'intervalle, précédées cette fois de quelues troubles digestifs.
La malade se décide alors à rentrer à l'hôpital. L'examen pancréatique ne révèle rien d'anormal aux différents appareils : pas de fièvre, pas d’albumine. Le teint est terreux, mais n'est pas ictérique. Etat général est bon, malgré un amaigrissement de 8 kilog. L’abdomen est souple, le foie n’est pas gros, la rate paraît normale. La pression au creux épigastrique n’est pas douloureuse et ne révèle pas d'empâtement. Les jours suivants la palpation profonde réveille une légère douleur de la région vésiculaire. La malade quitte le service le 20 août, sans avoir repris de nouvelles crises.