OBSERVATION IV (VAUTRIN
Pancréatite de La tête
Mme D..., 40 ans, m'est adressée en août 1904 pour une lésion abdominale de nature indéterminée. Cette patiente, mère de deux enfants bien portants, avait toujours eu une bonne santé jusqu’en janvier 1904 A ce moment surviennent des troubles digestifs caractérisés par des crises de diarrhée et des vomissements, par des douleurs à l’épigastre et dans la région dorsolombaire. Ces malaises d'abord espacés se rapprochèrent de plus en plus, de sorte qu’en juin la malade ne pouvait plus supporter comme nourriture qu'une légère quantité de lait. L'amaigrissement progressait, aggravé surtout par une diarrhée graisseuse presque continue. L'ictère apparaissait en juin avec une intensité croissante et se continuait jusqu'en août 1904, sans que les selles fussent entièrement décolorées. Pas de coliques hépatiques antérieures.
Au moment où j'examinai Mme D.., il était facile de constater au voisinage de l'ombilic et au niveau de la gouttière vertébrale droite une tuméfaction résistante, douloureuse à la pression, qui semblait un cancer du pancréas. La maigreur de la malade facilitait l'exploration. L'estomac était dilaté en état de stase presque permanent, sauf après les vomissements qui rejetaient une ou deux fois par jour la nourriture ingérée. Les selles en partie décolorées étaient graisseuses et mêlées de mucosités. Les urines rares, acajou, un peu d’albumine, mais pas de sucre. L'ictère assez foncé s’accompagnait d'un prurit fatigant. A noter aussi un œdème des deux membres inférieurs, avec développement de la circulation collatérale veineuse simulant une compression de la veine cave.
Malgré la gravité des symptômes, je décidai de pratiquer une laparotomie erploratrice pour exécuter une gastro-entéros- ! tomie pouvant permettre à la malade de se nourrir. Je pensais alors à un cancer du pylore agissant par compression sur le cholédoque et sur la veine cave. Après laparotomie médiane, je tombais sur une tuméfaction saillante disposée sous l'épiploon gastro-colique distendu entre l'estomac et le pylore en haut et le côlon transverse en bas. J'incisai l'épiploon gastrocolique et fus conduit directement sur le pancréas, de la tête, volumineuse et dure, recouverte de veines énormes, comprimant le duodénum, le cholédoque et la veine cave. Je pus sépa-
rer de la masse 2? ou 3 ganglions de la grosseur d'une petite LA
noix chacun placés en bas et à droite. Je ne cherchai pas à décoller la masse indurée et après avoir placé un drain destiné à évacuer le suintement sanguin, je refermai le ventre. Les suites furent remarquablement faciles. Le drainage fut laissé en place six jours, à cause d'un abondant suintement Sél'EUX.
La tuméfaction semblait fondre de jour en jour, de sorte qu'en cinq semaines elle avait disparu. L'ictère n'eristait plus à la troisième semaine, l'œdème des jambes cessait dès les premiers jours.
La guérison s'affirmait bientôt complète et ne s'est jamais démentie depuis.
OBSERVATION V (LAPOINTE et TRÉMOLIÈRE)
Une femme de 40 ans, cuisinière, entre à l'hôpital dans le service de M. le professeur Debove, en janvier 1906, pour pancréatite accompagnée d'accidents infectieux graves. Renseignements très vagues sur le début de la maladie ; néanmoins, elle avoue des excès de bcisson.
En septembre 1905, elle avait été prise d'une grippe infectieuse pour laquelle elle garda le lit pendant deux semaines. A la suite de cette infection la malade a maigri et perdu peu à peu ses forces. En novembre, un ictère de plus en plus fort s'est installé. La malade est abattue et profondément infectée. T. = 38,5. Pouls = 100. Selles diarrhéïques décolorées mais non graisseuses. Foie petit, on ne sent pas la vésicule. La rate est grosse.
On pense qu'il s'agit d’une angiocholite infectieuse peut-être greffée sur une lithiase biliaire latente et après quelques jours d'attention on conclut à la nécessité d’une intervention chirurgicale.
Opération. — Incision de Keher. Vésicule biliaire normale sans trace de péricystite. Dans l'anneau duodénal on trouve la tête du pancréas hypertrophiée en masse, irrégulière et dure. Décollement duodénal-pancréatique : pas de calcul. Diagnostic : cancer du pancréas. Cholécystostomie. La malade succombe vingt-quatre heures après l'opération.
Autopsie. — Pas de péritonite. Pas de trace d'angiocholite suppurative. Pas de lésion des voies biliaires. Le pancréas est tuméfié, mais cette tuméfaction ne porte pas seulement sur la tête du pancréas. Il y a hypertrophie d'ailleurs modérée de
ne
toute la glande pancréatique. Elle est en outre très indurée et toute sa surface est irrégulière et bosselée. Pancréatite chronique interstitielle et pancréatite parenchymateuse nécrosante.
OBSERVATION VI (LEBAT)
Une femme de 40 ans présentait des troubles graves de la digestion, des douleurs continues et un dépérissement tel qu'elle ne pesait que 36 kilos. On pense à une pancréatite chronique.
Opération. — Pancréatite chronique de toute la glande et pancréas annulaire ; le duodénum était englobé dans l'anneau résultant du développement de la tête du pancréas et visiblement comprimé. Résection partielle et libération du duodénum. Guérison.