‹ Panégyrique du révérend Edouard Crevier, V.G. [microforme]Chapitre 4 sur 16 · PRE TR · texte numérisé non relu

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Aux accents vénérés de cette voix amie, bien souvent des larmes ont mouillé votre paupière. Vous vous snrpreniez à répandre vos douces joies sous les dehors trompeurs de ce que le monde croit n'être que l'expression de l'amertume ! Comme si la joie n'avait aussi parfois ses larmes ! Comme si le cœur humain n'était pas une lyre multisonore, apte à rendre tous les sons en même temps ! à reproduire tous les sentiments à la fois !

Le bonheur est plus expansif ; la douleur plus concentrée : celui-là se manifeste à l'extérieur; celle-ci agit à l'intérieur. Et, si les grandes joies, —filles de la satisfaction, n’ont jamais assez d'éclat, les grandes douleurs, —enfants du souvenir,—ne semblent jamais assez muettes.

Les plus poignantes de toutes sont celles qui se réfugient dans le plus profond de l'âme, où il est plus difficile de les en arracher, pour les exprimer par la parole humaine.

Le silence, la stupeur, la consternation en sont quelquefois les signes les plus éloquents et qui seuls leur conviennent.

Ces douleurs muettes et inconsolables, anciens amis, nous les ressentons tous à la pensée du nouveau cerceuil qui contient les restes de celui que nous avons aimé comme un bienfaiteur ; que le monde a honoré comme un grand ; que les pauvres ont chéri comme un père ; que les fidèles ont vénéré comme un apôtre.

Son éloquente voix demeure silencieuse ; mais ne vous semble-t-il pas encore entendre son retentissant écho se répercutant sur les murs de cette salle, dans la chaire de Ste-Marie, au sein des grandes assemblées religieuses et jusque dans le sanctuaire le plus

intime de vous-mêmes,—votre propre conscience ? Ainsi, pourquoi ne vous contentez-vous pas de vos souvenirs ?

Que me demandez-vous de plus? des larmes ? elles perlent déjà à votre paupière. De la reconnaissance ? tout ce qui vous entoure en témoigne. Des consolations ? la mémoire de ce juste doit vous suffire.

Ah ! pourquoi faut-il, après une si longue absence, nous rassembler autour d'une tombe ? Vous, mes anciens amis, que cette mort seule a pu réunir, que venez-vous faire ici? Quel est le tourbillon qui vous a emportés si loin? quel est le vent qui vous pousse? quelle est la vague qui vous rapporte ?

Vos illusions sont-elles les mêmes qu'il y a vingt ans? Vos espérances d'alors ne sont-elles pas évanouïes comme vos rêves ? Vos gais

de ce bon franc rire d'écoliers,—reviennent-ils encore?

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Vous, pieux lévites du sanctuaire qui avez choisi la meilleure art de ce monde, et probablement de l’autre ; vous magistrats Fe avocats habiles, médecins inquiets, notaires dffairés ali cn “ mentés—dites, qui vous a conduits ici? si ce est he de encore une prière commune,—-salutaire aumône des vivants : Ne verser encore une larme silencieuse, —suprême no morts, —Sur celui que nous avons aimé et qui, en partant, d sphères froides du tombeau, nous disait encore : 5 Mes amis je vous laisse pour un peu de temps, au ciel nous nous reverrons.” L

Edouard Crevier, quatrième et dernier enfant d'Antoine Crevier et de Françoise Chevrefils, naquit le 5 novembre 1799, au Cap de la Magdeleine, près des Trois-Rivières, P. Q., au milieu de ces paisibles campagnes, où les grandes notions chrétiennes s'étaient parfaitement conservées. Sa famille, venue de France, s'était établie à Québec dès 1639; un de ses ancêtres, seigneur de St-François, marié à une de Hertel, y avait péri aux mains des Iroquois. Jeanne Crevier (1652), épouse du gouverneur des Trois-Rivières, Pierre Boucher, devint la souche des DeBoucherville, des Taché, des Hertel de Rouville, des Baby, des Montplaisir, des LaBroquerie, des de Niverville, des Montbrun, des DeGrosbois, des DeGrandpré, des Duvernay et des Laperrière, tous alliés au Rév. Messire Crevier, qui ajoutait à son nom celui de Bellerive, qu'avait adopté son ancêtre Christophe, sieur de la Meslé, fixé aux Trois-Rivières en 1667.

Sa famille jouissait de belles distinctions et avait occupé plusieurs charges honorifiques et importantes à cette époque. Son père occupait le poste distingué de capitaine de milice et de juge de paix de Sa Majesté, —charges qui ne s’octroyaient alors qu’au vrai mérite.

Par sa mère, Françoise Chevrefils,—tante de l'excellent et patriotique curé de Ste-Anne du bout de l’Ile,—le futur fondateur de ce Petit Séminaire, qui est nôtre par le cœur, par la reconnaissance et par l'amour, se trouvait aussi allié à l’une de nos plus chrétiennes et de nos meilleures familles canadiennes. La mère est la véritable éducatrice de ses enfants ; ceux-ci seront, dans la suite, règle générale, ce qu’elle les aura faits pendant leur enfance.

Quelques années avant sa naissance, un malheur irréparable, aux veux du patriotisme, était venu fondre sur cette colonie. Les armes victorieuses des Montcalm, des Lévis, des Bourlamarque, des Bougainville et de leurs héroïques compagnons, en y jetant leur dernier mais sanglant éclat, n'avaient fait que précipiter notre chûte !

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L’Angleterre avait comploté depuis longtemps notre ancantisse. ment complet ; aux yeux des sages d'alors, notre ruine était certaine, Mais quand Israël était sans roi, Dieu lui suscitait encore des Prophètes, et ces chefs naturels de son peuple étaient appelés à lui

commander, à le conduire, à le Préserver d’une complète destruction.

Moïse résume en sa personne tous les mandement etseulil sauve son peuple 'I renouvelées pour nous, lors de la con« nous étions à jamais perdus, m

attributs du suprême com- 8 Merveilles antiques se sont uête ! Humainement parlant, ais comme si Dieu eut voulu manifester plus clairement sa protection, comme s’il eut voulu démon se chargeait seul de notre avenir nation terre bénie du Canada, nous fûmes s le découragement dans l'âme, les Grands, les Seigneurs, les ( nous abandonnerent, Mais si les Joas ne sont plus, des Joi restent : et, avec eux seuls :

trer qu’il al et religieux, sur ce coin de auvés providentiellement ; car, iuerriers ada nous

# Nous sommes tous restés, nous, fils de la roture, ‘“ Pour cultiver ces champs noblement défendus,

“ Pour donner à nos morts la sainte sépulture

“ Et receuillir partout nos vieux drapeaux perdus,

Le célèbre homme d'état anglais qui avait précipité notre abandon de la part de notre mère-patrie, William Pitt, n'était qu'un instrument dans les mains de Celui duquel toutes les nations relèvent, pour nous faire éviter l’abîme moral où la France révolutionn du temps allait nous précipiter infailliblement.

Dans un moment de crise, de malheur, de difficultés ou de catas. trophes publiques, ce qu’il faut à un peuple, c’est un autel, premier étai sur lequel s'appuie son existence morale, qui est alors s force, l’unique gage de son avenir national.

Or, l’autel réclame le sacrificateur qui ne saurait être

aire et corrompue

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autre que le

ans toute sa plénitude.

Médiateur entre le ciel et la terre, s’il touche aux hommes par ses

sens, il atteint les anges par ses facultés spirituelles, dépouillées de … toutes les attaches d'ici bas.

sance, son grand prestige.

JT commande au Ciel ! et À l'instant celui-ci s’abaisse !

Voilà sa grande force, sa grande puis-

Il parle aux peuples, et ceux-ci obéissent à sa voit qui est l'écho du verbe éternel. Aussi, le prêtre de tous temps, a-t-il été le symbole de la Puissance, l’objet de la vénération, l'intermédiaire du salut, le rempart protecteur des nations, contre les torrents de maux qui venaient fondre sur elles, pendant le déroulement successif de la

longue chaîne des âges.

Les sages d'ici bas, contre Dieu, commettent parfois de singulières

méprises.

L'Angleterre avait juré la ruine dn peuple canadien, et elle lui

laissait ceux qui pouvaient seuls le défendre et le sauver efficace- ] ment—ses pasteurs, ses guides, ses consolateurs, ses apôtres ses À ; prêtres.

Le ciel se jouait ainsi des vains complots ; il se moquait ainsi de # ] ses pervers desseins, car, la croix avait vaincu le monde, et le prêtre | $ portait la croix. Et son cœur était rempli de patriotisme; de son | e âme irradiait la mansuétude, et ses mains étaient pleines de bé- î le nédictions, qui se répandaient dans l’âme de nos pères, comme la bienfaisante rosée du matin, au sein de nos prairies en fleur. | al

Et avec le prêtre, le peuple espéra de nouveau ; et avec lui il com- et

battit, sans courber la tête. La dernière vertu qui meurt chez nous,

est toujours l'espérance !

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Mais à cause de la sublimité de leur vocation, Dieu prend un soin q extrême de ceux qu'il appelle, du haut de Sa Majesté, à un si saint | mais si redoutable minis ère. Il orne même le cœur de leurs parents à de toutes les grandes vertus. à

Aussi ceux de feu Messire Edouard Crevier, en sont-ils de parfaits modèles : sa mère était une femme forte par le cœur, grande qu par l'humilité, charitable comme un apôtre, dévouée comme un ange. .

Rien ne fut négligé par elle pour inculquer au cœur, encore tendre # du jeune Edouard, les grands principes de vertu, d’abnégation, d'hu- | qu

milité, d'amour du travail qui seront l’arôme de sa vie, et surtout cette ardente charité qui ornera à jamais sa couronne d’un si brillant M 4e

éclat.

Car, les premières impressions subsistent toujours ! D de Quand Edouard naîtra, son frère Joseph, déjà âgé de treize ans, : s'é en sera le parrain. Et, vous savez, si plus tard, il ne lu: a pas rendu }, tous les devoirs mêmes d’un bon père. D

Joseph donnera son dévouement et receuillera de l'or. Edouard

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