‹ Panégyrique du révérend Edouard Crevier, V.G. [microforme]Chapitre 8 sur 16 · PEN SE RÉ RU · texte numérisé non relu

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Sur ce nouveau théâtre, Messieurs, contemporains de ses œuvres, témoins de ses travaux, objets de ses constants efforts, vous l'avez mieux connu, vous l'avez apprécié davantage : Vous le bénirez sans cesse. Sa mémoire vit partout, gravée dans le plus intime de vousmêmes, au sommet de votre propre cœur, dans la reconnaissance des pauvres, dans les larmes des orphelins, dans la tendresse de ces anges de charité, qui, pour eux, ont remplacé leurs mères, —comme au frontispice de ces grandes maisons d'éducation qu'il a élevé si haut, que, semblables à cette échelle de Jacob, il a pu s’en faire un point d'appui pour escalader les hauteurs du ciel.

Aussi, pour lui élever un monument digne de lui, n'avez-vous qu'à regarder autour de vous : “SZ monumentum ejus queris creums spice.”

De fait, tout en ces lieux parle le même langage, proclame les mêmes bienfaits, redit les mêmes louanges : les pierres du cimetière, les arbres qui bordent ces avenues, les grands pins qui chantent pendant la tempête, les cloches qui carillonnent la joie et pleurent la douleur, les statues élevées sur les places publiques, l'Hospice Ste-Croix où la douleur s’abrite, ces maisons d'éducation où la science s'enseigne et où la vertu se pratique. ‘Tous ces monuments de sa piété et de sa foi redissent à sa louange toute sa vie de travail, d’abnégation, de sacrifice et d’amour.

En recevant l’ordre de venir, en 1852, prendre possession de la cure de Ste-Marie, Messire Crevier avait eu la généreuse idée d'y établir, dès son arrivée, deux maisons d'éducation supérieure, destinées dans sa pensée à régénérer cette paroisse et à fournir à la famille, à l'Etat et à la religion des sujets utiles, dévoués et capables d’honorer la société et de faire aimer l'Eglise.

Connaissant tous les dangers du monopole de l’enseignement, la routine dans laquelle il consacre les intelligences, l'absence d'activité

et d'émulation qu’il entraîne, M. Crevier veut créer un collège sur de nouvelles bases, offrant des facilités nouvelles à la jeunesse, dans le but de favoriser davantage les études pratiques, agricoles et commerciales.—[L'enseignement n’est pas tout ce qui devrait être en ce pays. —[Le monopole, en creusant le même sillon, en façonnant les intelligences dans le même moule, les force à embrasser les mêmes carrières. Or, les carrières sont comblées ; il faut donc leur ouvrir

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nouveaux horisons, en variant l'éducation.

Voilà l’un des puissants motifs qui ont induit M. Crevier à vous

donner, dans cr Petit Séminaire, ce système d’enseignement pratique que plusieurs autres collèges ont été obligés d'adopter dans la

suite.

Pour être éducateur de la jeunesse, il faut, de nos jours, posséder de grandes connaissances pratiques, connaître à fond le cœur humain, les tendances de nos sociétés, les besoins présents, nos rapports sociaux et commerciaux, la marche des évènements, etc.

Il ne suffit pas seulement d'enseigner à l'élève, il faut lui faire digérer ce qu’il apprend.

En toutes choses il y a des degrés.

A son entrée au collège le jeune enfant a besoin qu’on lui ouvre Thorizon petit à petit. Les yeux de son intelligence ne pourraient contempler un trop vaste espace à la fois : ils en seraient éblouis et même aveuglés. Il faut donc donner, aux jeunes gens, des matières conformes à leur capacité intellectuelle et à leurs aptitudes particulières. M. Crevier a été l'un des hommes les plus perspicaces de son siècle ; 1l en a palpé le mal, mesuré les besoins et s’est efforcé de mettre l’enseignement au niveau des exigences des populations canadiennes. Si notre enseignement classique est ce qu’il y a de mieux, notre système scolaire a encore besoin d'amélioration. Les étrangers, qui nous entourent, arrivent à accaparer toutes les situations ! Pourquoi? Parce que les Anglais, au lieu de se jalouser, s’entr'aident les uns les autres. Eh bien, que nos élèves leur soient supérieurs, ils réussissent moins à accaparer de bonnes situations. Cet aveu est d'autant plus pénible qu’il est plus vrai. Ce n’est pas l'intelligence qui nous manque, c’est la protection politique qui nous fait défaut.

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