‹ Panier fleuri: prose et versChapitre 20 sur 74 · IMPOSSIBLE DE MOURIR DE FAIM. <)I · texte numérisé non relu

IMPOSSIBLE DE MOURIR DE FAIM. <)I

il fallait Tattendre chez moi, tranquillement, patiemment. La mort est femme ; elle a ses coquetteries et ses caprices comme toutes les femmes. Je m'immobilisai donc dans ma mansarde, et je crus un instant toucher au comble de mes vœux.

Par malheur, la clef était restée sur la porte.

Un créancier entra.

Je ne m'en émus pas plus qu'il ne le fallait. Les grandes situations engendrent les grands héroïsmes. Mais lui, intrigué par mon attitude marmoréenne :

— Qu'est-ce que vous faites là? medemandat-il.

Je lui répondis fort naturellement, avec un commencement de râle :

— Je meurs de faim.

— Ah ! pas de çà ! s'écria-t-il ; vous n'êtes pas dans votre droit; vous ne vous appartenez pas, mon bonhomme! Vous vous devez à votre pays et à vos dettes, à la gloire et à mes factures. Je ne vous lâche plus, venez avec moi, chez ma femme ; nous avons justement aujourd'hui un superbe gigot. Pauvre jeuiie homme ! Aimez-vous le gigot ?

Et mille autres discours.

' Cette fois encore, le hasard eut raison de la vieille Mob.

Dè&lors, je renonçai à ma détermination, pénétré que j'étais de l'inutilité de mes expériences, — puisque je n'avais jamais autant et mieux dîné que pendant cette période critique.

Et j'acquis delà sorte la conviction qu'il est impossible de mourir de faim à Paris.

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