CONTE DE CARNAVAL
a ^ignonne, allons voir si les huîtres Sont ouvertes au restaurant.
A ton amour j'ai quelques titres ; Fixe ce soir mon cœur errant.
Il n'est genre de sacrifices Que je n'accomplisse aussitôt; J'irai jusques aux écrevisses, Je pousserai jusqu'au clicquot! »
C'est un Pierrot couleur de neige .
Qui, dans ce style plein de feu, Sur l'escalier d'un bal assiège Une Écossaise au noir cheveu.
Après un bout de résistance,
— Juste ce qu'on doit à qui plaît, —
La belle, abrégeant la distance.
Lui dit : « Rattachez donc mon plaid 1 »
Les voici tous deux tête-à-tête Dans un cabinet, chez Verdier.
Le Pierrot, fier de sa conquête, Déjà se sent irradier.
Sur la nappe aux effluves blanches Il se couche, souple et fluet, * , Et son bras dans ses longues manches Exécute le moulinet.
Bientôt les plats aux plats succèdent; Lesquels, je ne sais; les meilleurs! * Où sont les vertus qui ne cèdent Devant la truflfe et les primeurs ?
Le Pierrot avait le vin tendre ; II veut se jeter à genoux.
Mais l'Ecossaise, sans l'entendre.
Demande : a — Quel âge avez-vous? »
«^ Que t'importe, reine des brunes.
Pourquoi me railler, farfadet?
J'ai vingt-deux ans, viennent les prunes.
Les pinines d'Alphonse Daudet.