‹ Panier fleuri: prose et versChapitre 37 sur 74 · CONTE DE CARNAVAL · texte numérisé non relu

CONTE DE CARNAVAL

a ^ignonne, allons voir si les huîtres Sont ouvertes au restaurant.

A ton amour j'ai quelques titres ; Fixe ce soir mon cœur errant.

Il n'est genre de sacrifices Que je n'accomplisse aussitôt; J'irai jusques aux écrevisses, Je pousserai jusqu'au clicquot! »

C'est un Pierrot couleur de neige .

Qui, dans ce style plein de feu, Sur l'escalier d'un bal assiège Une Écossaise au noir cheveu.

Après un bout de résistance,

— Juste ce qu'on doit à qui plaît, —

La belle, abrégeant la distance.

Lui dit : « Rattachez donc mon plaid 1 »

Les voici tous deux tête-à-tête Dans un cabinet, chez Verdier.

Le Pierrot, fier de sa conquête, Déjà se sent irradier.

Sur la nappe aux effluves blanches Il se couche, souple et fluet, * , Et son bras dans ses longues manches Exécute le moulinet.

Bientôt les plats aux plats succèdent; Lesquels, je ne sais; les meilleurs! * Où sont les vertus qui ne cèdent Devant la truflfe et les primeurs ?

Le Pierrot avait le vin tendre ; II veut se jeter à genoux.

Mais l'Ecossaise, sans l'entendre.

Demande : a — Quel âge avez-vous? »

«^ Que t'importe, reine des brunes.

Pourquoi me railler, farfadet?

J'ai vingt-deux ans, viennent les prunes.

Les pinines d'Alphonse Daudet.

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