LE BONBON AUX GRANDS HOMMES
On avait oublié l'article Paris dans Y Encyclopédie, Dans une étude sur les bonbons, je mets au défi d'oublier la rue des Lombards, a II n'est pas un enfant, dit Grimod de la Reynière, qui ne suce ses lèvres au seul nom de cette rue fameuse, le chef-lieu sucré de luni-
EN CROQUANT DES BONBONS. lyS
vers ! » La rue des Lombards doit être regardée comme le berceau de la confiserie ; bien qu'elle ait considérablement perdu aujourd'hui de son prestige et de son action, elle est encore toute pleine du souvenir du Fidèle Berger, — comme la Martinique est pleine du grand nom de madame Àmphoux. La fondation du Fidèle Berger remonte au commencement du xviii* siècle ; des maisons rivales se groupèrent successivement autour d'elle : le Grand Monarque, les Vieux amis, la Renommée de France, la Pomme d'Or, Tous les seigneurs de la cour de Louis XV, le maréchal de Richelieu en tête, avaient dans leur poche une boëte à pralines, • — qui était le pendant de la classique tabatière.
Une des belles périodes dé la confiserie, ce fut la Restauration. Les étalages de la rue des Lombards luttèrent alors de décorations pompeuses et compliquées. On y vit, figurés en sucre, la prise de Grenade et le siège de Gibraltar. M. Du val exposa l'intéressant tableau de la fête de l'agriculture à Pékin, — où l'empereur de la Chine était représenté en pâte glacée, ouvrant lui-même un sillon au milieu de toute sa cour.
Le haèard a fait tomber sous ma main un petit volume de cette époque, intitulé : le Ta-
bleau du premier jour de Van ou Je vous la souhaite bonne et heureuse, ouvrage assez rare, publié « à Tlle des bonbons, chez Friàndet, marchand de caramels. » J y trouve des détails assez curieux sur les bonbons du temps et sur les noms prétentieux et significatifs dont on les affublait. L'auteur anonyme, raconte un songe qu'il a fait la nuit de la Saint- Sylvestre, et dans lequel il a vu se dresser devant lui |e premier de Van sous les traits d un homme en sucre, .
a Un grand et vieux fantôme d'un air assez niais, dit-il, m'apparut, monté sur un char brillant de caramels, attelé de quatre chevaux en stuc, dont les rênes et les mors étaient de miel de Narbonne durci. Sa barbe, longue et blanche comme des dragées de baptême, annonçait son grand âge; sa tête était ceinte d'une couronne de diablotins; il avait des cornets de bonbons aux oreilles; le sceptre qu'il tenait dans la main était de chocolat à la vanille
» Un temple, érigé sur de légers bâtons de sucre d'orge, se voyait en perspective dans ce songe ; le sable semé devant le péristyle, ainsi que le terrain même, étaient d'une belle cassonnade blanche ; et les liqueurs que faisaient jaillir deux fontaines en marmelade d'abricots étaient du sirop de punch et d'ananas. Deux