A BAS PERRAULT
J'ai arraché ce matin avec colère des mains de mon jeune fils les Contes des Fées,
Je veux bien que les compositions de Ma • Mère VOie, en collaboration avec Charles Perrault, soient très-divertissantes et d'une fine originalité, mais je nie qu elles aient été écrites particulièrement pour Tenfance.
Dans tou&les cas, je ne vois pas quels profits ces petits êtres peuvent retirer delà lecture ou de Taudition de ces scènes de meurtre e^t d'effroi. On ne trouve que massacres, cadavres, mares de sang, dans les Contes des Fées.
Vous souriez, vous, hommes mûrs, de Togre du Petit-Poucet, mais les enfants sont loin d'en sourire, eux. Ils se serrent avec effroi contre
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leur.bonne, au récit que cette sotte leur en fait. Cette odeur de chair fraîche, ces régals d'anthropophage, ce coutelas sans cesse levé, ces filles égorgées silencieusement dans la nuit, toutes ces drôleries sont de nature à agir trop fortement sur les imaginations naissantes.
Mes .premières convulsions datent du Chaperon rouge ; cette grand'mère étranglée et jetée dans la ruelle, ce loup s'affublant de sa cornette et s'installant, à sa place, hideux, les dents souillées, les pattes velues ; cette enfant dévorée, — c'en était assez pour déterminer dans tout mon être un ébranlement dont je fus assez longtemps à me remettre.
Un autre cauchemar encore, c'est Barbe- 'Bleue. Une création immonde ! Fincarnation de la luxure et de la férocité ! Sept femmes assassinées stupidement ! sept cadavres pendus dans un cabinet! Du sang à une clef, comme à la main de lady Macbeth ! Toujours du sang ! Ces aimables contes ne sortent pas de là. Une pauvre créature traînée par les cheveux et rampant dans l'escalier d'une tour sous l'éclair d'un fer nu.
Voilà les tissus d'horreur qu'on rencontre inévitablement à côté de tous les berceaux.
Que voulez-vous? Il est convenu depuis plus de deux siècles que les contes "de Perrault