DES AGENTS DE PANSEMENT
Nous n’avons pas Tintention de décrire longuement tous les agents de pansement. Plusieurs d’entre eux, tels que les différentes sutures qui assurent la réunion primitive et les agglutinatifs qui servent à celle réunion et au rapproebement secondaire, se trouvent exposés dans les chapitres précédents. Nous indiquerons seulement qnehiues-uns de ces agents ; nous insisterons davantage sur (pielques autres d’un usage plus général et par là mieux connus dans leur action.
Le nombre des agents de pansements est en quelque sorte infini; à ceux dont la description va être présentée dans les pages suivantes, il faudrait pour être complet ajouter un nombre assez considérable de substances employées aux différenles pharmacopées;
il se passe peu d’années que les journaux en médecine ne viennent encore en augmenter le nombre.
Les chirurgiens de l’antiquité et les chirurgiens arabes avaient multiplié à l’infini le nombre des topiques. Leur application successive et variée reposai sur une connaissance très-imparfaite de la plaie. Dans l’ignorance des phénomènes qu’elle présente, on pensait pouvoir commander à la nature et l’obliger par l’emploi de tel agent à répondre à l’indication fixée d’avance par le chirurgien. Une notion plus complète devait ramener à plus de simplicité dans le pansement, eirmontrantque la nature fait tous les frais de la cicatrisation, et que, pour être intelligente, l’intervention doit consister à écarter tout ce qui peut nuire à la réparation et à réaliser les conditions qui la favorisent. On est bien éloigné généralement aujourd’hui de croire à la nécessité des topiques différents répondant aux pliases successives de la plaie; on sourit au précepte de Guy de Chauliac qui veut que le chirurgien ait toujours sur lui cinq onguents : le basilicum comme maturalif, l’onguent des Apôtres pour mondilier, l’onguent blanc pour consolider, l’onguent doré pour incarner, le dialtliœa pour adoucir. Cependant je dois observer que dans bien des cas on a reconnu la nécessité de changer un mode de pansement au bout d un certain temps, alors que dans les premiers jours il avait très-bien réussi. Il m’a même paru quehjuefois que le mode de pansement le |)liis avantageux à un
La réaction qui s’est accomplie contre la diversité et la mutiplicité des modes de |)ansement, si intelligente et si justifiée qu’elle eût été, n’a t-ellc pas, comme beaucoup de réactions, dépassé le but, et, à trop de complication n’a-t-elle pas substitué une simplicité trop grande? Bien qu’ils n’aient pas pénétré dans l’intimilédes phénomènes pbysiologi(iucs de la plaie, les anciens se sont-ils constammeut abusés sur les résultats qu’ils observaient à la suite des applications lopiquesdiverses aux(pielles ils recouraient ? Dans une certaine mesure il est permis d’en douter. Aujourd’hui que la connaissance cojnplcte de la [diysiologic des plaies montre (pie si l’on ne peut plus prétendre à régir le travail de réparation, du moins on peut en réprimer lesécarls, en hâter les phénomènes, en régler la direction : en un mot, il est permis de chercher à obtenir quelipies-uns
des résultats que poursuivaient les anciens et de s’engager dans la meme voie qu’eux, mais avec plus de mesure, moins d’inexpérience et plus de lumière. L’application des gaz aux differentes plaies lait esperei que dans ce sens il y aura des résultats atteints.
Les pansements réduits aujourd hui a des éléments assez simples exigent un certain nombre de pièces dont la réunion constitue ce que l’on appelle un appaieil. Ce sont les instruments de pansement, tels (iiie ciseaux, pince à anneaux, spatule, rasoir, stylet, sondes, drains, fils, aiguilles, porte-mèche, porte-caustiijue, etc. Ce sont les |»ièccs du pansement proprement dites, les topiipics divers et quchpies objets accessoires. Ces derniers consistent dans des vases remplis d’eau tiède.
des éponges fines pour laver et nettoyer, nn on plusieurs bassins pour recevoir les [)ièces d’appareil, des alèzes pour garnir le lit, des coussins, des cerceaux, des bougies allumées au besoin. Le chirurgien devra veiller à ce que ces differents objets soient de la plus grande pi oprete, îi aient pas servi meme si cela est possible; il pourra enfin, à l’exemple de Lister, les désinfecter par les solutions pbénicpiées.
Les pièces de pansement proprement dites doivent séjourner plus ou moins longtemps sur les plaies cl être remplacées j>ar d’autres de même nature. I.a charpie brute est une réunion de filaments emmêlés, plus ou moins longs, de 6 à 10 centimètres environ,
extraits de morceaux de toile de chanvre, blanche de les-
^ sive, modérément fine et à demi usée. La ctiarpie doit être fraîclie, molle et souple. Ses qualités varient suivant les formes diverses qu’on lui donne. Appliquée sèche sur les plaies elle excite légèrement leur surface et en absorbe très-bien le pus. Elle les protège contre les agents extérieurs et les maintient dans nne température égale. Disposée en plumasseaux, c’està-dire en une masse plus ou moins épaisse où tous les brins sont disposés parallèlement dans le sens de leur longueur, la charpie est plus molle, plus douce, plus aérée, [dus légère, s’enlève plus aisément quand le pansement est renouvelé, mais dans cet état absorbe moins bien le pus. La charpie en boulettes, en rouleaux de volume et de consistance variables, sert pour le pansement des plaies profondes dont elle maintient les parois écartées. Les bourdonnets formés par la réu-
B. ANGER
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niüii d’ui» grand nombre de brins de ebarpie parallèles et assez forlement serrons, sont peu utilisés dans les plaies, paree qu’ils gênent l’écoulement du pus. Ils sont [)rineipalement usités dans le tamponnement du vagin et du rectum. La mèche est un amas de longs (ils parallèles que l’on introduit entre les lèvres d’une plaie pour en empêcher la réunion ou pour laciliter la sortie du pus. La charpie râpée, qui se prépare en râpant avec un couteau un morceau de linge bien tendu, est plus fine que la charpie brute, elle fait plus qu’exciter les plaies, elle les irrite. Aussi modifie-t-elle la surface blafarde et les granulations molles d’une plaie atonique. Elle adhère facilement aux tissus et peut former avec le sang d’une plaie récente une croûte sèche et dure sous laquelle se fait la cicatrisation.
Les aigrettes du typha, proposées pour remplacer la charpie, ont été trouvées trop irritantes et pas assez absorbantes et rejetées après les essais tentés par le lebaron J. Cloquet et Velpeau. Le coton, la charpie anglaise ou tissu-charpie, la filasse, l’étoupe, l’éponge, l’amadou, sont presque inusités en France. Le colon peut, dans certaines circonstances, remplacer la charpie; il est utilement employé dans le traitement des
brûlures vastes et superficielles.
L’amadou ou agaric de chêne n’est guère usité que
dans des plaies récentes, profondes, anfractueuses. Il fait partie des agents dits absorbants, qui ont a propriété de se pénétrer du sang qui s’écoule et de former en quelque sorte avec lui un composé solide et adhérent, qui s’oppose à son écoulement ultérieur.
Aussi arrê(e-t-il très-bien le sang donné abondamment par de petits vaisseaux ou par suintement. Il en est de même de l’éponge qui s’attache fortement aux parties comme l’agaric et qui, comme lui, ne s’en détache quelquefois qu’avec difficulté et après un temps assez long. « C’est surtout à l’éponge, dit Sabatier (1), que s’adresse ce reproche ; les larges porosités que présente sa surAice, permettent aux bourgeons charnus qui s’élèvent de la plaie de pénétrer dans les cavités qui la divisent, de s’y développer et d’y végéter; de telle sorte qu’au bout de quatre, cinq ou six semaines, ou même au bout de plusieurs mois, il arrive souvent que l’éponge n’est pas encore détachée. Dupuyiren a plusieurs fois été obligé d’enlever, . par parcelles, avec des pinces et des ciseaux et au moyen d une véritable dissection, des portions considérables d’éponges ainsi adhérentes aux plaies.
Les linges qui servent aux pansements doivent être de toile de chanvre ou de lin, ni trop fine, ni trop grosse^ a demi usée et blanche de lessive. Nous ne décrivons pas les compresses dont les formes varient suivant certaines nécessités du pansement : la compresse carrée, la longue, la longuette, la triangulaire, la croix de xAlalte, la compresse fendue à deux ou trois chels, la fronde, la compresse graduée qui sert à comprimer et à rapprocher légèrement les parties. Les compresses servent à maintenir la charpie sèche ou
(1) Sabatier, Dupuyiren, Médecine opératoire, t. 1, p. 103.
enduite d’un topique, au eontact de la plaie; imbibées d’un liquide, elles sont quelquefois mises en contact direct avec celle-ci. La compresse fenêtrée ou linge troué sert à mettre un corps gras dont une de ses faces est enduite, comme le cérat, ou un topique dont elle est complètement imprégnée, comme la glycérine, au contact d’une solution de continuité. Par les dé coupures, les ouvertures qu’il présente, ce linge livre aisément passage aux lupiides de la plaie qui sont absorbés i>ar la charpie placée au-dessus de lui. 11 peut être enlevé avec celte même charpie à cliaipie pansement sans presque occasionner de douleurs au
malade.
Les meilleures bandes sont celles de toile de chanvre à demi usée; elles doivent être coupées à droit fil, sans ourlets, être à la fois souples et résistantes; leur longueur varie entre 1 et K) mètres, leur largeur entre 3 centimètres et \ décimètre. Houlées en un ou deux globes, on les applnpie sur les pièces d’un pansement pour les fixer. L’application inéthodiipie des bandes constitue cette partie des pansements désignée sous le nom de bandages. Comme nous avons précédemment indiqué les précautions a prendre pour ne pas exercer sur les parties une trop forte striction avec la bande ipii maintient un pansement, et que nous avons recommandé les soins (juc réclame l’enlèvement de la bande lorsque ses circulaires sont collés par les liipiides exhalés de la plaie puur n’exercer sur celle-ci aucun tiraillement tacheux,
nous ne reviendrons pas sur l’application des bandages aux différentes plaies. Nous dirons seulement qu’on ne saurait apporter trop de soins et de minutie dans cette application ; qu’il ne faut pas mettre le premier chef sur la plaie pour éviter la douleur que déterminerait la pression du doigt nécessaire pour maintenir en place ce premier chef, qu’il faut, si le bandage a besoin d’être un peu serré, exercer la constriction au-dessus et au-dessous de la plaie et non pas sur elle ; éviter que les renversés de la bande ne portent sur la plaie et que la bande ne finisse sur celle-ci; enfin avoir soin, en arrêtant la bande avec deux épingles, de les diriger obliquement de chaque angle du bout de la bande vers son milieu, la tête tournée vers l’angle, ^ la pointe vers le milieu et celle-ci piquée dans l’épaisseur des circulaires. Grâce à ce petit détail, non-seulement l’épingle ne peut plus ni piquer ni rien accrocher, te qui serait pour le malade une douleur portant sur sa plaie, mais plus la bande tend à se défaire, plus elle enfonce l’épingle, puisqu’elle tire .sur sa tête, au lieu de tirer sur la pointe. Dans les plaies exposées qui suppurent, la surface est mise directement en rapport avec les topiques qui exercent une action évidente sur elles. .le ne saurais faire la longue énumération des topiqjies cités par les écrivains et dont la plupart sont tombés dans l’oubli, l’onguent napolitain, le digestif, le styrax et les cérats, sont ceux dont l’emploi est le plus fréquent. On les étend par couches plus ou moins épaisses sur des plumasseaux et
des linges troués, de sorte cjue, tout en agissant comme topiques, ils empêchent 1 adhérence des j)ièces qu’ils recouvrent.
Nous étudierons successivement les pansements avec les corps gras, céral cl glycérine; puis les désinfeclanls; enfin l'eau, l'alcool, le pcrclilorure de
ter, etc.
PANSEMENT AU GÉRÂT.
Le cérat de Galien est letopiquegénéralementappliqué sur les plaies qui su[)purent, celui de Goulard est spécial aux brûlures; or, ces topiques si analogues sont doux, n’ont qu’une action peu acüve et paraissent plus destinés, le premier surtout, à être un P^‘’vatif contre l’adhésion des pièces d’a[)pareil qu à etre un dessiccatif. Le sel de plomb qui entre dans la composition du cérat de Goulard lui communiipie une propriélé aslringcnle spéciale. I.’apiilicalion du cérat dans toute l’étendue de la plaie, au moyen du linge feneire, est une innovation due à Larrey rpii, dans sa campagne de 179d, mamiuant de charpie, eut l’idee de recouvrir les plaies d'un linge enduit de cérat et percé de trous par-dessus lequel il plaça, en guise de corps absorbant, de la mousse et des feuilles sèches. Mais ce n’est (pie plus lard (luc l’usage du linge fenêtre se répandu et devint général, grfice au puissant palronage de Dupuytren.
Ce mode de pansement a cependant rencontré des contradicteurs qui préféraient mettre les plumasseaux en contact direct avec la plaie. Ph. Boyer (1) résume en quelque sorte les avantages de ce dernier pansement. « Quelques praticiens», dit-il, « emploient dans le pan- » sement à plat un linge fin fenêtré, enduit de cérat; » ils trouvent que son contact est plus doux, et que la » levée du premier ap'pareil est plus facile. Si cette » opinion n’était qu’une erreur je ne la combattrais » pas, mais elle est une faute, parce que le but que se » propose l’homme de l’art n’est pas seulement de » couvrir 1a plaie et de la préserver du contact de » l’air, il veut encore apporter un obstacle à l’écoule- » ment du sang ; or, le linge cératé, loin de s’opposer '» au cours du sang le favorise, parce qu’il ne peut pas » s’imbiber du liquide qui sort et que celui-ci, coulant » sur le cérat, ne s’épaissit pas en caillot, de sorte » que, si une hémorrhagie survient, elle continue » jusqu’à ce qu’on ait renouvelé le pansement. J’ajou- » terai que, des deux moyens que je conseille, le » premier est bien préférable au second. Par le pre- » mier, vous fermez chaque orifice de vaisseau, cha- » que brin de charpie pouvant s’appliquer sur chaque » point correspondant de la plaie, tandis que, par le » second, vous opposez à une plaie, dont le fond » n est pas très-égal, une surface parfaitement i)lane et » sans aucune saillie. »
(1) Loc. cil., p. 47.
Dans les plaies qui suppurent, le panseinenl au eéral ne laisse pas de présenter de sérieux ineonvénients. Le cérat (pii reste en usage un certain temps, dans une salle d’impital, non-seulement tend à rancir, mais se charge en outre de tous les miasmes, (X’irpuscules, agents morbitiques dégagés et suspendus dans (‘.elle atmosphère et les met ensuite au (îontacl d’une surrace aussi éminemment absorbante que la plaie. Si le linge lenèlré enduit de cérât se détache lacilemcnt lorsqu’on renouvelle le |)ansement, il a rinconvénienl au bout d’un certain temps de salir les bords de la jilaic. On se trouve obligé pour les nettoyer de Uîs ral'ier avec la si*alule en courant le risque de compromettre, dans une ('ertaine mesure, le travail cicatriciel (pii commence seulement, 11 devient necessainî aussi de se servir de lotions d’eau tiède, soit puie, soit émolliente, mais doid l’emploi, au moins inutile, est le plus souvent nuisible à la réparation de la plaie. Le ('éiat d’ailleurs n’a par lui-même aucune action utile
sur la cicatrisation, si même il est employé en trop grande (piantité, au lieu de la lavoriser, il s y oppose (Ml laissant les bourgeons charnus s’hypertrophiei et s’amollir. Aussi dai's lesplaics pansées de cette manière csl-on obligé d’avoir souvent recours au crayon de nitrate d’argent, pour rc|)rimcr la couche des graïuilalions. Ce sont ces inconvénients (pu tendent àfaire abandonner le pansement cératé et (pii ont porté a lui subsliiuer avec avantage, dans ces dernières années, le pansement par la glyi'érine et le pansemiuit alcooliipie.