‹ Pansement des plaies chirurgicalesChapitre 12 sur 22 · GLYCÉRINE · texte numérisé non relu

GLYCÉRINE

P;irmi les subslances employées dans les pansemeiils des plaies, il en est une dont le monde médical et cliiriirgical s’est occupé surtout depuis un certain temps, nous voulons parler de la glycérine.

Découverte par Scheele en 1779, elle a été d’abord utilisée dans l’industrie et ce n’est qu en I8/1/1 que Thomas de la Rue l’employa dans un cas de brûlure. Noiis’ne ferons point ici l’iiistoire thérapeutique de la glyeérine, nous dirons seulement que depuis cette date jusqu’en 1855, époque à laquelle M. Demarquay comjnença à l’expérimenter sur les plaies de son service, elle avait été tour à tour employée dans les maladies cutanées, la scrofule, la tuberculose, et comme moyen de conserver les substances végétales et animales, etc.

La glycérine est, comme l’a démontré M. Berthelot, un alcool triatomique. On l’obtient en l’extrayant des eaux qui s’écoulent dans la fabrication des bougies après la saponification des corps gras. Mais à cet étal la glycérine n’est pas parfaitement pure, et l’on peut attribuer à cette impureté les insuccès si nombreux ([u’on a obtenus lorsqu’on a commencé à l’expérimenter. Ceci nous amène naturellement, avant d’entrer en matière, à dire quelques mots des qualités que doit avoir ce corps, non pas que nous prétendions pj'cc-oniser cxc)usivçinf*nl ce mode de pansement, mais

parcft (jii6 nous croyons fjii on ne peut denaandei a une substance, f[uelle rpi’elle soit, une action unifoiine, (|u’autai»t qu’elle réunira, toutes les fois qu’on voudra l’employer, les qualités qu’elle doit avoir a 1 état de

pureté. , ,

La glycérine est souvent impure, soit qu’elle ait ete

mal préparée, soit qu’on ait voulu la falsifier. Quoi qu’il en soit, si elle est pure, elle doit réunir les conditions suivantes : elle doit être sans odeur et complètement incolore-, sa consistance doit être celle d’un sirop épais et sans action sur la teinture de tournesol; elle ne doit pas changer de couleur si on la lait bouillir avec de la potasse caustique. Telles sont les qualités principales d’une bonne glycérine. Disons on terminant qu’elle demande à être parfaitement à l’abri du contact de l’air, si l’on ne veut pas qu’elle s’hygrornélrise et qu’elle perde sa consistance sirupeuse. Nous engageons les expérimentateurs qui auraient quelques doutes sur la fabrication de celle dont ils se servent a s’assurer iiar eux-mêmes de sa bonne .lualité : ils échappent ainsi aux objections (lu’on pourra leur faire si leurs résultats ne sont pas conformes à ceux qii ont obtenus les chirurgiens qui préconisent ce corps.

l.a glycérine s’emploie, soit pure, soit a 1 état c e «Ivoérolé, dont les plus employés sont le glycerole d’amidon et le glycér-olc de tannin. Nous laisserons de côté ees dernières préparations très-peu usilees dans le trailement des plaies ciiirnrgieaies : ce serait nous éioigucr de noire point de dépari, cl eoinine la

glycérine n’entre ici que comme excipient, il serait facile d’objecter que les bénéfices obtenus sont dus à . la matière médicamenteuse ({u’ils contiennent. Nous dirons cependant que nous avons employé à riiopital Cochin le glycérolé de tannin dans les gerçures du sein et dans les plaies que nous avions faites au périnée pour en éviter la rupture, et que dans ces cas il nous a parfaitement réussi.

Comment agit la glycérine? Dans la séance du 18 novembre 1 855, la Société de chirurgie n’a reconnu à la glycérine aucune propriété spéciale : elle n’agirait que comme tous les corps gras, c’est-à-dirc en mettant les plaies à l’abri du contact de l’air. M. Demarquay s est élevé contre ces conclusions, et pour 4ui, la glycérine se rapproche beaucoup plus de l’alcool que des corps gras; il lui reconnaît la propriété : i" d agir sur les éléments des tissus organiques et sur les globules de pus ; 2“ de conserver les matières organiques, soit animales, soit végétales; « elle aurait un pouv(»ir conservateur et antiputride» . Nous ne suivrons point ce savant chirurgien dans ses démonstrations. Nous nous demanderons seulement si l’on peut rigoureusement s’appuyer sur les propriétés que M. Robin reconnaît à la glycérine pour conclure que « les tissus vivants reçoivent des modifications identiques et qu’ils peuvent être ramenés à l’état normal alors que la vie y a été troublée par quelque influence morbide » .

Le pouvoir conservateur et antiputride de la glycéline paraît même prouvé, si nous consultons les expé-

rieuces (jiii ont été (ailes par lui avec le concours de . M. Lulon. Mais son action est-elle la même sur les tissus vivants et par conséquent sur les plaies chiruigicales? Avant de répondre, résumons eu (pielques

mots la manière de l’employer.

Le pansement à la glycérine se fait absolument comme le pansement au cérat. Comme pour celui-ci (M, se sert d’un linge (cnôtré, de charpie, de compresses et d’une bande. Le linge Icnêtré est soigneusement trempé dans la glycérine et même exprimé plusieurs fois, comme on le ferait d’une éponge, afin (jue toutes les parties soient partailement imbibées. M. Demarquay recommande avec soin ce detail, qui, selon lui. serait d’une très-grande importance, en ce sens que s’il était négligé, le linge pourrait se coller à la plaie. « Après l’avoir laissé égoutter on l’applique sur la plaie, et lorsque la glycérine est pure, le malade n’éprouve à son contact aucune sensation douloureuse, il ressent seulement une légère ardeur beaucoup moins désagréable (pie le froid produit i»ar le cérat (1). » On couvre le linge d’un gâteau de cbaïq.ie qu’ou maintient avec plusieurs compresses sur lesquelles on enroule une bande ordinaire. M. Demarquay conseille, si la plaie est récente, d’imbiber également la charpie

(jue recouvre le linge tenêtré.

Ce pansement sera nuiouvelé aussi souvent .lue

(i) Demarquay, De la glycérine ol de ses applications à la chirurgie (,l à la médecine, Paris, 1755.

rabondüiice de la suppuration le réclamera. 11 semble meme qu’on puisse le laisser en place plus longtemps, la sécrétion du pus paraissant diminuer un peu sous son inlluence. Les avantages de ce pansement sont incontestables, la glycérine a sur lecérat l’immense avantage de déterger, de nettoyer la plaie au lieu de la salir. Nous savons tous (|ue le cérat s’accole à la plaie, qu’on est obligé, tous les deux ou trois jours, d’employerla spatule pour enlever cette couche quelquefois assez é[)aisse que recouvrent les bourgeons charnus. Le linge glycériné laissé en place môme trop longtemps se dessèche bien quelquefois, mais s’il est bien imbibé il faut encore un certain temps pour qu’il soit coiujilétement sec, et même alors on peut l’enlever en le .mouillant un peu sans qu’il reste rien sur la plaie.

La glycérine semble avoir une action directe sur la plaie. « Les plaies offrent le plus bel aspect et sont d’un rouge rosé et humide, indice d’une vitalité robuste, leurs bourgeons charnus n’ont jamais besoin d’être réformés et fournissent une cicatrice régulière (Demanpiay). » Cependant ce bel état de la plaie n’a pas été toujours observé, etM. le baron Hippo’yte Larrey, dans les nombreuses expériences qu’il a faites au Val-de-Grace, a constaté que « la teinte rosée que revêtent les plaies dans les premiers temps ne tarde pas à piilir et à devenir quelquefois blafarde, en même temps (pie leur surface, d’un bon aspect d’abord, finit par se couvrir d’une pellicule d’apparence épithéliale, qui en impose pour un tissu cicatriciel et qui n’est en réalité

(ju’uiie exsudation mécanique ou de produit inerte, dépourvu de vitalité, comparable à une couche de gomme ou de collodion et incapable de se vasculariser, de s’organiser et de constituer, en déliiiitive, un véritable tissu de cicatrice. » Celte pellicule est-elle formée par une exsudation, comme le croit M. II. Larrey, ou par un dépôt de sullate de chaux ou de cliaux libie contenu dans la glycérine, comme le suppose M. De-

marquay, c’est ce que nous ne pouvons savoir.

La glycérine aurait encore une inlluence très évidente sur la cicatrisation des plaies ; celle-ci se ferait beaucoup plus vite et serait rarement accompagnée d’accidents (érysipèle, inlcction purulente, pourriture d’hôpital). Ces faits observés et publiés par M. Demarcpiay doivent être pris en très-sérieuse considération, mais nous sommes porté à nous demander si les avantages de la glycérine sont aussi grands que le veut ce chirurgien distingué; car si nous plaçons a côté des observations qu’il a recueillies les expériences que iVl. le baron Larrey a faites au Val-de- Grâce, nous voyons que tout en ayant des avantages incontestables, la glycérine n’a pas tous ceux qu’on lui prete et qu’elle a même des inconvénients.^ Nous rapporterons ici les conclusions du ra[iport inédit de M. Lai -

rey à l’Académie de médecine.

r La glycérine pure et bien préparée est

moins altérable (pie le cérat pendant (piebpie temps et elle se prêle mieux aux approvisionnements et aux transports nécessaires, surtout aux hôpitaux de ar-

mée. Mais si elle est mal préparée, elle s’altère facilement, elle devient rariee et contracte une mauvaise odeur.

2“ La glycérine comparée au cérat est plus propre à manier et à renouveler; elle ne salit pas les pièces d’appareils et dispense, dans les premiers temps, du lavage delà plaie, mais sa dessiccation prompte lui ôte bientôt les avantages recherchés dans l’application d’un corps gras et onctueux.

3" L avantage réel, incontestable de la glycérine, est de nettoyer les plaies de mauvais aspect, de les déterger, de les ramener même à l’état de [)laies récentes si elles sont anciennes.

Le résultat promptement obtenu a certainement • motivé les éloges trop exclusifs accordés tout d’abord à cette substance, car une fois produit, l’eUèt ne se soutient pas, il n’est plus le même et la plaie ainsi détergée ^irrite parfois, s’enflamme, ou reste stationnaire.

S’il est vrai (jue la glycérine diminue la suppuration, supprime la membrane des bourgeons charnus et favorise l’élimination des eschares superficielles, en produisant la dessiccation des plaies, elle n‘‘opère en général ces heureux effets qu’cà des conditions regrettables et nuisibles ; c’est ainsi qu’elle provoque successivement des sensations de picotement, de démangeaisons et d irritations vives, de cuisspn et de chaleur, de douleur enfin, qui rendent pénible et souvent insupportable ce mode de ‘pansement, à tel point que les

nv.iinilcs en réclnmcnl la suppression avec inslance.

5“ La glycérine, plus favorable au pansciueal des ulcères et des escliarcs su[)erlieielles (ju’au pansement des plaies récentes, inodilie aussi utdemcni, mais oonmic bien d’autres substances, la forme simple, bénigne et sporadique de la pourriture d’hôpital ; elle est au contraire sans aucune eflicacité contre la (orme

compliquée, maligne. é[)idémi(pie et conlagieuse de CO redoutable accident de blessures.

8" La cicatrisation n’est point accélérée, comme on l’a es()éré, par ce mode de [lansement; elle s’annonce d’abord, il est vrai, d’une manière favorable, mais plus lard elle n’avance plus, clic se trouve retardée quebiuefois.

Comme on peut le voir d’après ces conclusions, M. Larrey, tout en reconnaissant à la glycérine certains avantages, lui attribue cependant dans certains cas des inconvénients et dans d’autres ne lui trouve aucune supériorité sur les autres corps gras ordinaires. Ces divergences d’opinion sont-elles dues, comme le pense M. Demarquay, à l’impureté de la glycérine employée? C’est ce que de nouvelles expériences viendront nous apprendre. Nous ne saurions trop recommander dans ce cas de ne négliger aucun des procédés cités plus haut pour s’assurer de la bonne qualité de ce produit; c’est le seul moyen de juger défiuili veinent la question.

DÉSINFECTANTS.

Toutes les substances organiques animales ou végétales, placées dans des conditions spéciales, peuvent se décomposer et donner naissance à des produits nouveaux qu’il faut le plus souvent détruire ou neutraliser.

En effet, ces substances en décomposition développent une odeur infecte, sont une cause d’insalubrité permanente et constituent de véritables foyers d’infection putride, d’où s’exhalent des effluves, des miasmes, des germes, des spores, qui, propagés et transportés mécaniquement sur d’autres substances organiques, les altèrent et déterminent des décompositions analogues.

Ces miasmes et ces germes putrides produisent aussi chez les êtres vivants des altérations graves de l’organisme et des fonctions vitales.

C’est pourquoi les médecins et les hygiénistes ont recherché des substances antiputrides, antiseptiques, désignées sous le nom général de désinfectants.

On désigne sous le nom de désinfectants toute substance qui, par une action mécanique, catalytique, chimique ou physique, masque, neutralise ou détruit les mauvaises odeurs produites par les matières organiques en décomposition. Le nombre des substances désinfectantes est très -grand. Nous les classerons en trois groupes :

B. ANGER. U

r Les (.lésiiilectants mécaniques ; corps poreux.

2“ Les désinfectants chimiques.

3“ Les antiseptiques.

Il faut ajouter à cette classification les désinfectants physiques : ventilation, élévation ou abaissement de la température ; vide ou soustraction du contact de l air. Mais ces agents, d’une efficacité réelle, ne sont pas

de véritables désinfectants.

Leur action n’est (jue momentanée, ils ne peuvent réagir à la façon des substances proprement dites désinfectantes, ce sont [)lutôt des moyens qui ressortent de l’hygiène générale.

Parmi les désinfectants, il y a aussi a faire une distinction. Les uns sont plus spécialement destinés « purifier l’air, à assainir les appartements. Nous citerons le chlore (fumigation guytonienne), ou les corps qui en dégagent; les fumigations nitreuses (ou de Smith) ; les vapeurs d’iode, de brome, d acide

acétique, les vapeurs aromatiques.

Les autres sont plus du ressort de la thérapeutique, elles n’ont pas seulement pour mission de faire disparaître les odeurs putrides, mais encore elles doivent s’opposer à la pyogénie, empêcher la décomposition de la matière purulente et modifier les surtaces suppurantes de manière à faciliter la réparation des tissus et la cicatrisation.

Désinfectants mécaniques. — Corps poreux, absorbants. Le véritable type des corps désinfectants ab-

sorbnnts, c’est le charbon Irès-divisé, obtenu de la calcination du bois ou des os en vase clos. Le charbon récemment calciné et pulvérisé possède, comme tous les corps poreux, mais à un degré plus élevé, la propriété d’absorber plusieurs fois son propre volume de gaz ou de produits odorants de toute espèce.

C’est le charbon d’os qui possède le plus grand pouvoir absorbant, à cause de la grande quantité de phosphate calcaire qu’il renferme.

Si l’on mélange à une masse liquide putréfiée du charbon pulvérisé en quantité convenable , tous les gaz produits par la putréfaction : acide carbonique, ammoniaque, hydrogène sulfuré, sulfhydrate d’ammoniaque, etc., seront absorbés et neutralisés dans les pores du charbon.

On peut de cette manière rendre inodore la matière la plus infecte. Une couche très-mince de charbon peut aussi désinfecter une substance solide, putréfiée, et c’est sur cette propriété que Malapert et Pichot ont ba.sé leur fabrication de suaires carbonifères, destinés à ensevelir les cadavres et à combattre l’odeur putride qu’ils dégagent. Les mêmes auteurs ont proposé, pour certains pansements, une charpie carbonifère.

La parfaite innocuité du charbon, sa production, son mode d’emploi si facile, ses propriétés désinfectantes si rapides et souvent si complètes, en font un agent aussi utile à l’hygiène qu’à la thérapeutique.

Les filtres à base de charbon sont, comme on sait, employés journellement à la purification de l’eau des- -

tinéeaux usages domestiques. .Tusqu’à présent, aucune expérience n’a démontré que le charbon agisse autrement qu’en condensant et en absorbant les gaz de la putréfaction, sans agir sur le mouvement moléculaire de la décomposition : c’est en cela que le charbon présente une véritable infériorité vis-à-vis des autres désinfectants.

Dhinfectanls chimiques. — Lus premiers, parmi les ilcsinl'eclants chimiques, sont les corps métalliques, tels que les sels (le fer, (le cuivre, de maugauèse, de ulomb, de zinc, tous sels à base d’oxydes luetal- 11, mes. L’action de ces différents sels est identique, ils agissent tous spécialement sur l’acidc siilfbyt riqiic et rammoniaqiic, (pie l’acide et l’ammoniaque soient combinés sous forme de sulfbydrate d’ammoniaque, ou (Ui’ils restent libres ou combines avec 1 acide carlm „i,,ne. Par suite, tous les sels à base d’oxyde melalli. oequi produisent des sulfates insolubles et dont l’acide pont saturer l’ainmoniaiiue on le carbonate de cet alcali, réussissent à enlever aux matières letides l'acide suiniydrique et l’ammoniaque qu elles con-

Cette double décomposition s’opère instantanément, et si les sels métalli(|ues sont employés en quaidite convenable, e’est-à-dire en excès par rapport a a

(luantitéde matière à désinfecter , non-seulement .

“infection est obleuue, mais encore la putrefa^’ . elle-même est enrayée. C’est en ce fait que ces des-

— lââ -

infectants métalliques se rapprochent des véritables antiseptiques. Ce sont les sels de fer et de zinc qui sont les plus usités. Viennent ensuite, comme désinfectants chimiques proprement dits, le chlore, le brome, l’iode (dont Duroy et Boinet ont si bien démontré l’action désinfectante', les hypochlorites alcalins. Les manganates et les permanganates doivent leur action à la forte proportion d’oxygène qui entre dans leur composition et qui les aide à produire la combustion des éléments organiques putréfiés.

Le chlore, l’iode, le brome, les hypochlorites, les permanganates, agissent sur l’ammoniaque et l’aeide sulfliydrique, soit en les saturant, soit en les déeomposant, soit enfin en brûlant la matière organique et ^n la rendant ainsi tout à fait inactive. C’est l’eau saturée de chlore ou les hypochlorites de soude ou de chaux qui sont usités en thérapeutique, en fumigations, en lotions, en injections, à cause du dégagement de chlore obtenu de ces préparations. On peut dire que le chlore est le désinfectant le plus eomplet, car il agit très-rapidement et il détruit et paralyse tous les ferments ou organismes infectieux.

L’iode, qui est moins actif, est surtout employé sous la forme de soluté alcoolique simple, ou additionné d’iodure de potassium.

Le brome a une action intermédiaire entre celles du chlore et de l’iode. On peut, d’une façon générale, reprocher à ces trois désinfectants leur action trop irritanle sur les organes respiratoires.

Les permanganates et manganatos de potasse ont été employés pour la première t’ois en 1859 par Condy, à la désinfection de l’air. Ils ont été employés depuis avec succès par Demarquay comme désinfectants dans le pansement des cancers, des abcès j)rofonds et gangréneux, des plaies et collections purulentes et fétides. Pour l’usage thérapeutique, les permanganates doivent être prescrits cristallisés et en solution dans l’eau distillée pure, toute matière organique, sucre, glycérine, alcool, les décomposant instantanément. C’est à la charpie d’amiante qu’on devrait avoir recours pour l’emploi de ces sels. Pour l’usage externe la solution se pré[)are à 10 degrés.

L’action oxydante énergique des permanganates alcalins sur toutes les substances organiques en tout les agents de désinfection les plus actits et les [)lus précieux au point de vue thérapeutique.

Les acides azotique et chromiciue ont été regardés à tort comme agents de désinfection ; ils doivent, a notre avis, être rejetés et considérés pour ce (ju ils sont réellement, c’est-à-dire des caustiques énergiques.

Désinfectants antiseptiques. — Ces corps sont des désinfectants d’un ordre spécial. Leur action ne se borne pas à modifier ou à détruire les odeurs intectieuses; mais ils s’opposent de plus a la décomposition initiale des matières organiijucs et ils peuvent alors conserver la matière décomposahle en empêchant

son altération. C’est ainsi que pour la conservation des cadavres, des pièces anatomiques, on emploie les sels métalliques, les alcalis concentrés, les acides forts.

Mais les véritables antiseptiques réservés pour la thérapeutique chirurgicale sont presque tous volatils. Nous citerons : l’alcool, l’éther, l’acide sulfureux, les huiles volatiles, les carbures d’hydrogène, tels que la benzine, le pétrole, la créosote, l’acide phénique, les goudrons de bois, de houille, le coaltar, etc.

Les différentes substances que nous venons d’énumérer sont partout et depuis longtemps employées dans la pratique médicale et chirurgicale, pour détruire ou amoindrir les mauvaises odeurs qui se pro- ' duisent dans certaines affections organiques, et aussi pour désinfecter les matières purulentes décomposées qui sont sécrétées par les plaies ou les ulcères. Le médecin et le chirurgien sont tes seuls appréciateurs* du choix de ces diverses substances , qui doivent être appropriées, et à la nature même des produits infectieux, et aux surfaces avec lesquelles on doit les mettre en contact. Pour l’usage interne, on s’adresse de préférence aux substances dont l’innocuité sur l’économie est démontrée, tels sont le charbon, la magnésie, le sous-nitrate de bismuth. Pour le pansement et la désinfection des plaies on emploie l’alcool, la glycérine, la teinture d’iode, les solutions d’hypochlorite ou d hyposulfite de soude, les lotions aromatiques. Nous ne ferons qu’indiquer l’alcool, l’acide phénique,

les hypochlorites de soude et de chaux ; leur usage est tellementrépanduel cela depuis si longtemps, qu’il n’est plus nécessaire d’y insister. Nous signalerons d’une façon plus particulière les sulfites et les hyposulfiles alcalins : les expériences des professeurs Polli, Mariano Semmola , les observations publiées par le docteur Constantin Paul, ont démontré le pouvoir désinfectant de ces composés chimiques. — Ces faits sont faciles à comprendre. Les sulfites arrêtent les fermentations, grâce à leur action réductrice, et celte propriété désoxydante qu’ils possèdent à un haut degré leur fait par suite conserver la matière organique sans altération.

Nous placerons aussi parmi les désinfectants antiseptiques, l’essence d’Eucalyptus, l’eucalyptol et les préparations qui en renferment *. alcoolature , eau distillée d’Eucalyptus, c’est un produit nouvellement introduit dans la thérapeutique (Gimbert, Cloez, Gubler). M. Demarquay a tout dernièrement reconnu l’action éminemment désinfectante et réparatrice de l’alcoolature et de l’eau distillée d’Eucalyptus. De nombreuses observations lui ont démontré la puissance remarquable de l’essence d’Eucalyplus pour combattre les infections produites par la décomposition des matières purulentes. Nous avons nous-même constaté ces résultats en employant les préparations d’Eucalyptus pour le pansement de plaies à suppuration fétide.

M. Emile Delpech, ancien interne des hôpitaux.

explique ainsi l’action désinfeclanle et antisepticjue de l’Eucalyptus : c’est l’essence qui donne ses propriétés à l’alcoolature et à l’eau distillée. Si l’on se reporte à la composition chimique de l’eucalyptol on voit qu’elle participe à la fois de la composition des huiles essentielles et des camphres. Or, on sait que les essences et les camphres s’opposent au dédoublement des substances organiques fermentescibles et putrescibles, et cela par une simple action de présence.

L’essence d’Eucalyptus agit de la même manière, en arrêtant par son contact avec les produits organiques coagulables tout travail de fermentation. Le pus est comme enveloppé en quelque sorte dans une atjnosplière qui s’oppose à sa décomposition, et cela aussi longtemps que la matière putrescible est à côté de l’essence ou des corps qui tiennent l’eucalyptol en solution.

Il nous reste à citer les agents de désinfection dits agents mixtes. Ce sont des corps qui agissent et par leur porosité et par action chimique, et aussi par des aromates qui masquent les mauvaises odeurs; tels sont :

Le coaltar (Corne et Demeaux).

Le coaltar saponiné (Lebœuf).

Le vin aromatique.

L’émulsion de thérébentine (Verneuil).

L’essence d’anis mêlée à la glycérine.

La teinture de Quillaya saponaria additionnée de benjoin.

La baume du commandeur.

Les préparalions employées par Lister, dont le mode de pansement a beaucoup occupé les chirurgiens depuis deux ans, sont :

1® Huile phéniquée.

Huile de lin bouillie 5 parties.

Acide phénique 1 partie.

2® Emplâtres phéniqués.

Huile phéniquée.

Blanc d’Espagne au sous*carbonate de chaux.

En proportion sufTisante pour faire une pâte à consistance du mastic de vitrier.

3® Lotions phéniquées.

Acide phénique solide 1 partie.

Eau parties.

Pour y tremper tout ce qui doit être en contact avec la plaie.

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