‹ Pansement des plaies chirurgicalesChapitre 14 sur 22 · ALCOOL · texte numérisé non relu

ALCOOL

Dès le temps d’Iïippocrate, l’usage du vin, qui doit en grande partie ses propriétés à l’alcool pour le traitement des plaies, était conseillé et suivi. Depuis bien longtemps l’alcool a été considéré comme efficace, tantôt mélangé à des onguents résineux, substances astringentes, tantôt pur, tantôt enfin sous la tonne d’un de ces produits que les progrès de la chimie oiganique nous donnent comme d’utiles succédanés de lifjueurs alcoolicjues proprement dites.

L’alcool, produit de la fermentation des liquides sucrés, peut être obtenu à l’état de pureté absolue en rectifiant l’esprit-de-vin du commerce par des substances avides d’eau.

Les premiers alchimistes arabes connurent le produit inflammable de la distillation du vin, cependant on attribue généralement la découverte de l’alcool à Arnaultde Villeneuve, qui vivait à Montpellier vers 1300.

Liquide incolore doué d’une odeur spiritueuse, agréable, il se mêle à l’eau en toute proportion, dissout un grand nombre de corps liquides et solides ; des solutions médicamenteuses dans l’alcool portent le nom de teintures alcooliques. Nous rappellerons seulement ici la teinture d’iode et les solutions d’alcaloïdes naturels, etc.

L’action de l’alcool sur les tissus est la suivante : employé pur à l’extérieur, il détermine sur la peau recouverte de son épiderme une sensation de fraîcheur - suivie d’une réaction modérée. On perçoit alors de la chaleur au point d’application du liquide, et de plus il se produit presque toujours une injection vive des vaisseaux capillaires. Sur les muqueuses et à la surface des plaies, l’alcool détermine de la douleur, il y aresserrement des capillaires, pâleur des tissus, il peut même y avoir destruction superticielle ; on constate la coagulation des liquides situés à la surface de la plaie. Étendu d’eau, les effets sont amoindris, ils sont d autant plus affaiblis que la quantité d’eau est plus considérable. L’alcool est un hémostatique précieux, il a de plus l’avantage de maintenir la plaie dans un grand état de propreté. Ses propriétés excitantes peuvent être utilisées par le chirurgien pour exciter la surface alonique d’une plaie.

L’iilcool, enfin, est antiseptique; c’est dans ce liquide que l’on conserve les pièces anatomiques : sur une plaie qui suppure, il modère la quantité de pus, ce qui exerce sur l’opéré celte induence heureuse de le moins affaiblir ; pour quelques chirurgiens même, l’alcool supprimerait entièrement la suppuration. On le considère comme agent [»réservalif de la pourriture (rhôpilal, de ïénjsipèk, do Vinfection purulente, et par CCS propriétés il masque et détruit l’odeur parfois intolérable des moignons et des vastes plaies suppurantes, odeur qui contribue à faire perdre l’appétit à l’opéré. C’est par celle action indirecte sur l’état général que le pansement à l’alcool peut, dans un grand nombre de cas, rendre d’utiles services.

L’alcool a de plus une action directe sur l’économie : xM. le docteur Cbedcvergnc, professeur à l’École de médecine de Poitiers, notre ancien collègue d’internat à l’bôpital des Clinifjucs, a rapporté dans un remar- (piable travail une observation qui prouve que les [)anscments par l’alcool peuvent déterminer une véritable ébriété.

Voici la relation de ce fait intéressant, dont nous avons été témoin pendant notre internat à l’bôpital (les Cliniques :

Dufresne (Victor), âgé de vingt-sept ans, entre, le 5 décembre 18()3, dans le service de M. le professeur Nélaton, pour une énorme tumeur du mollet. Je passe immédiatement à l’opération.

Elle est exécutée le 11 décembre. La masse est sphérique et son diamètre n’est guère moindre que la longueur de la jambe. Elle est sous- et intra-musculaire. Quelques portions très-petites, qui pénètrent profondément entre le tibia elle péroné, sont laissées et réservées pour être détruites plus tard par le caustique, La partie dure est constituée par des dépôts fibrineux comme ceux des sacs anévrysmaux, et par des plaques calcaires, phosphate et carbonate de chaux. Le reste est formé par un kyste sanguin trèsconsidérable.

Après l’extirpation, il reste une énorme cavilé béante aussi longue que le tibia, qui est comblée par de la charpie imbibée d’eau-de-vie camphrée.

- Le 13 décembre, le malade va bien, mais il a eu de la fièvre la veille. La plaie, pansée à l’alcool, a un excellent aspect, elle est rosée ; une abondante couche de lymphe plastique la recouvre.

Le 14. C’est à peine si les objets de pansement sont souillés de pus. Le malade ne prend encore avec plaisir que des bouillons et des potages; il se sent un peu étourdi et a une certaine tendance à la loquacité, quoique d’un naturel peu parleur.

Le 16. A la fin delà journée, il a eu une véritable ivresse alcoolique^ tout à fait comparable à celle qui suit l ingestion des liqueurs dans l’estomac. Il veut se lever, il se croit guéri, il cause beaucoup et haut, il se préj)are a chanter. Dans la nuit, il tombe de son lit. Ces phénomènes, curieux dans l’espèce, ne peuvent

être attribués aux boissons i)rises par le malade, nous CM avons la certitude a peu près complote , il tant les rapporter à l’alcool absorbé par la vaste surface dénudée de la jambe. Cette surface est rutilante, elle est toujours baignée par la lympbe coagulable ; elle ne fournit réellement pas de pus; elle est très-ume. Sa régularité n’est troublée que par l’existence de portions de tumeurs qui ont été laissées entre les deux os de la jambe et (pii semblent d’ailleurs avoir déjà

diminué.

I^e 17. Tremblement des lèvres. On employait chaque jour, pour son pansement, un demi-litre

d’eau-de-vie.

Le 18. Les symptômes d’ébriété ne se sont pas montrés de nouveau ; il est vrai qu’une certaine ([uanlité d’eau a été mélangée à l’esprit-dc-vm. Sous le pansement à l’alcool la plaie est rouge, mais elle n’a (pie peu de tendance à granuler, ou du moins les granulations qui la recouvrent sont très-fines et n ont nullement besoin d’être réprimées, comme cela est si fréquent. Ce qu’elle a de rcmanpiable aussi, c’est qu’elle ne répand, même lorsqu’elle est a nu, aucune mauvaise odeur, et ne déverse sur les pièces de pansement (pi’infiniment [teu de pus.

Les choses marchent ainsi avec la plus grande régularité jusqu’au commencemeiil de janvier ^86/i. l.a plaie se rétrécit cl continue à ne donner qu’une Itublc quaiilité <lc li.pndc purulent ; l’eaii-de-vie camphrée des liôpitaux est mélangée de moitié d’eau pour être

appliquée au pansement. Le malade dort beaucoup.

Le 1" janvier. La cavité à combler est encore considérable ; des parties malades laissées au fond, il ne reste plus qu’un bourgeon brunâtre, gros comme le pouce; presque tout a disparu. L’état général'de l’opéré est toujours bon, il mange une portion avec appétit.

Le 15. Il maigrit un peu, cependant on lui donne du vin de quinquina ; mais il est pansé avec de la charpie imbibée d’un mélange d’eau et d’eau-de-vic carnpbrée. La plaie est toujours belle; elle donne seulement du pus d’une façon apparente, quoique en faible proportion, eu égard à l’étendue de la surface sécrétante. Ce n’est pas que l’alcool affaibli ne soit suffisamment actif ici, mais le pansement devrait être renouvelé deux fois par jour.

Le 2 feviier. Le malade continue à maigrir; il dit avoir un peu de diarrhée, mais il est impossible de savoir dans quelle mesure, tant son intelligence est obtuse. Il porte une légère excoriation à la peau de la région sacrée. Il est en effet, depuis l’opération, presque constamment dans le décubitus dor.sal.

Le 18. Le tubercule que nous avons signalé au fond de la plaie a disparu peu à peu, il n’existe plus; celle-ci se rétrécit tous les jours ; elle se cicatrise du fond vers la superficie; sa couche granuleuse est toujours presque imperceptible.

Le 15 mars. L’élat général est redevenu llorissant ; les joues se remplissent et se colorent; la petite

escliQrc a guéri par l6 pansRiiienl a l alcool, rpii conlinue à être appliqué à la grande plaie. Celle dernière est d’ailleurs presque complélement fermée. Elle ne consiste plus qu’en un sillon longitudinal, dans lequel on loge chaque jour quelques bourdonnels de chai pie.

I^e 21 . Le malade est en parlait étal : il se lève et

marche avec des béquilles.

Le 12 mai 186^1. Il part aujourd’hui pour son pays, ne portant plus sur la face postérieure de la jambe qu’une cicatrice étroite et un mollet (pii a singulièiement diminué de volume.

L’alcool peut donc être absorbé par une plaie récente et passer dans le torrent circulatoire ; celle introduction a lieu par imbibilion, malgré la rétraction des petits vaisseaux, malgré la coagulation de 1 albumine à la surface des plaies (Chedevergue).

D’après le même auteur, la situation de la plaie, son étendue, son âge, et bien des conditions individuelles

peuvent modifier celte absorption.

Le pansement des plaies à l’alcool peut se faire soh avec l’alcool rectifié à 36% soit avec de l’eau-de-vie camphrée. Le liquide peut être employé en lotions, comme dans le cas de plaies réunies par première intention ; il faut alors laver la surface saignante du lambeau ; on peut même laisser quelque temps en contact une éponge imbibée de ce liquide, ce qui arrête les. hémorrhagies en nappes. Après le rapprochement des lèvres de la plaie, un tampon de charpie trempe dans l’alcool sera maintenu toujours Immide en

l’arrosant souvent, ou bien par l’enveloppement dans du taffetas gommé, ce qui empêche l’évaporation. Dans les plaies qui doivent suppurer, toute la surface saignante sera couverte de gâteaux de charpie imbibés d’eau alcoolisée pénétrant dans les anfracluosités ; un bandage médiocrement serré les fixera : On enveloppe le tout d’un taffetas gommé qui conserve l’humidité en retardant l’évaporation ; dans ces conditions, il est facile de renouveler le pansement, la charpie ne contractant aucune adhérence avec la plaie ; il n’y a donc pas de tiraillements douloureux, pas d’irritation pénible à la surface de la plaie.

La charpie peut, dans quelques cas , être remplacée par des comiiresses imbibées d’alcool.

Le pansement à l’alcool se fait rapidement, et de plus il laisse constater les modifications survenues dans l’état de la plaie. Par son usage, la plaie conserve une surface régulière, la lymphe coagulable est abondante, la suppuration est amoindrie , et enfin il n’y a pas de mauvaise odeur. L’alcool versé sur du pus infect le rend inodore ou à peu près; il attaque le globule purulent, et cette action, s’unissant à ses propriétés astringentes, concourt à amoindrir les quantités de pus secrétées par une plaie. Au nombre des avantages des pansements par l’alcool , il faut rappeler dans (juel état de propreté ils permettent de maintenir les plaies. Ce point de vue devient de la plus haute importance lorsque plusieurs opérés se trouvent dans une même salle, toujours très-peu vaste, où l’air

qu’ils respirent est altéré par des émanations putrides.

L’alcool loutel’ois, continué pendant trop longtemps, a l’inconvénient de rendre, au bout d’un certain temps, les plaies blafardes. On voit souvent alors les bourgeons charnus s’arrêter dans leur dévclopi)cment, et la plaie qui, dans les premiers temps, semblait mareber vers une rapide cicatrisation, devenir blanchâtre, comme pseudo-membraneuse et ne plus faire aucun progrès. Dans ce cas, il faut suspendre l’api)lication de l’alcool cl chercher un autre modificateur. Du reste, c’est une observation qui n’est pas particulière à l’alcool, que cet état d’atonie des plaies à la suite d’un pansement continué longtemps sans modifications. Prc.sque toujours un pansement, quelque parfait qu’il puisse être, demande à être varié de temps en temps, et l’on peut dire, sans crainte d’être démenti , que le meilleur pansement , à un certain moment, peut devenir le plus mauvais à un certain autre. Cette pensée que les pansements doivent être variés de temps en temps mérite d’être prise en très-sérieuse considération ; elle expli(iue les insuccès avec des topiques qui paraissaient avoir roussi dans d^autres mains et qui n’échouent alors que parce qu ils se trouvent expérimentés dans des conditions différentes.

L’alcool modère l’inflammation; condition importante de la réunion immédiate. Il concourt au succès seul ou associé aux différents moyens d’union (sutures, agglitunalifs, etc.).

Les expériences de M. Batailhé (1) sur les animaux, montrent que l’on obtient ainsi la réunion immédiate, et jamais, dit-il, de suppuration diffuse.

Nous avons fait, dit M. Bataillié, des plaies simples des membres et du tronc par instrument tranchant, des plaies allant jusqu’à l’os avec blessures du périoste. Après avoir lavé avec beaucoup de soin les lèvres de la plaie avec de l’alcool ou un liquide alcoolique (eau-de-vie, alcoolat vulnéraire), nous avons réuni les parties profondes par la suture enclievillée, les parties superficielles par la suture entrecoupée ou du pelletier; nous avons toluocrs obtenu la réunion immédiate dans les vingt-quatre lieures, nous ne comptons pas un seul insuccès.

^ La clinique ne donne pas toujours d’aussi heureux résultats.

En résumé, le pansement par l’alcool remplit plusieurs des conditions indispensables pour obtenir la réunion immédiate.

1° Absence des liquides accumulés dans le fond de la plaie, ce qui est obtenu, avons-nous dit, par l’oblitération des petits vaisseaux à la surface de sections.

2” Contact direct et absolu des lambeaux, absence de corps étrangers irrilanls, diminution du travail inflammatoire.

Nous trouvons dans la thèse de M. de Gaulejac,

(1) Batailhé et Guillet, De l'alcool et des composés alcooliques en chirurgie.

ancien inlernc de l’hôpital des Üini(pies, une observation qui vient démontrer rulilité des pansements à l’alcool dans une plaie sur laquelle on ne peut contester son elTicacilé.

Un jeune homme de bonne constitution entre a l’hôpital des Cliniques, le 1" juin. La veille, il a reçu une lourde pierre sur le doigt indicateur droit, qui a presque entièrement été coupé au point Irappé. La phalange moyenne est écrasée, l’os brisé en plusieurs fragments, et il ne reste plus pour retenir en place l’extrémité du doigt (lu’un lambeau cutané à la face palmaire. Les bords contus de la plaie sont légèrement tuméfiés et salis par des débris de pierre. Le lavage ayant fait disparaître tous ces corps étrangers, on met le doigt dans l’extension sur une petite attelle de gutta-percha, placée à la face palmaire, et on l y maintient par des bandelettes qui ne cachent pas la plaie. Celle-ci est pansée comme à l’ordinaire avec do l’eau-de-vie camphrée.

Le 2. La tuméfaction des bords a disparu, ils paraissent vouloir se réunir malgré leur irrégularité.

Pas de douleur ; même pansement.

Le 5. La région des parties molles a eu lieu sans a moindre trace de suppuration ; quelques points trespetits se sont mortifiés.

Le 17. La cicatrice est complète. Le malade sort en conservant son attelle pour préserver la soudure

des os encore peu solide.

L’alcool a paru concourir au succès dans le cas

presque unique de désarticulation coxo-fémorale, pratiquée à l’Hôtel-Dieu de Paris, par M. Maisonneuve* en 1866.

R... (Charles), 26 ans, typograplie, entre à l’Hôtel- Dieu, le 7. mai 1866, service de M. Maisojineuve, salle Saint-Jean.

II y avait trois ans environ que le malade était atteint d’une coxalgie suppurée. De nombreuses fistules s'étalent produites autour de l’articulation et fournissaient une grande quantité de pus. Ses forces étaient épuisées; il était amaigri, toussait, avait fréquemment la diarrhée. L’auscultation n’indiquait rien du côté de la poitrine. Traitement réconfortant pendant quelques semaines.

„ Injections, dans les trajets fistuleux, de teinture d’iode et de liqueur de Villatte. A l’intérieur, 1 gramme d iodure de potassium. Aucune amélioration.

Le 18 juin 1866, on fit la désarticulation coxofémorale, par la méthode à lambeau antéro-interne. fa perte de sang fut insignifiante, grâce à la précaution

•le comprimer l’artère dans le lambeau avant d’achever la division.

La plaie fut épongée avec soin, puis lavée à grande eau avec de l’alcool pur à 36 degrés. On fit quelques grattages dans la cavité cotyloïde, dont la surface était érodée et remplie de détritus.

On réunit les lambeaux par quelques points de suture et par des bandelettes de diachylon, par-dessus d« la char|)ie et des compresses imbibées d'alcool.

B. ANGER

La j’éunion par première intention ent lieu dans la plus grande partie de la plaie. U s’établit de la suppuration, uni.pieinent sur les deux extrémités, lune supérieure au niveau des trajets fistuleux, l’autre inferieure qui renfermait les lils à ligature. ^

l.e 31 août, il sortit de riiopital comidétement guéri, sans avoir eu la moindre complication pendant tout le temps de sa maladie.

L’obligation de renouveler fréquemment le pansement est uiT véritable inconvénient du pansement par Talcool. Lorsque le chirurgien militaire a bcaiicoui) ( c blessés à soigner, à l'eine pcut-il sullirc a panser ses malades, et cependant il doit, sous peine de perdre tout le bénéfice de la méthode, renouveler Irctiuemmenl la charpie imbibée d’alcool ; sans (pioi elle se dessèche, elle irrite la plaie. Qu’imporicrait cette piatique, si le malade devait tonjoiirs en tirer un gran bénéfice? Mais malhcurcuscmeni, comme nous le rappelions plus haut, le pausemeut Iréqueut est souvent une cause de crainte de douleurs, de fatigues, si la plaie est large, si le malade est irritable.

Nous croyons avec Malgaignc (pi’uu pansement nui diminue la quantité des liquides einpeclie leur altération et les met ti l’abri du contact de 1 air vicie ; nu tel pansement, disoiis-iioiis. peut préserver de 1 mlec- ,ion purulente, l-bisieiirs de ces iiidiealibiis se trouvent

réalisées par l’alcool. .Même

PiPire d’büiiital, tout au moins au point de mio

Pauliou curative .le eel agent. Voici un tableau statisli-

que emprunté à la thèse de M. le docteur de Gaulejac ; il montre l’aetion si utile de l’alcool pour le traitement des plaies.

Plaies pansées par l'alcool pendant l’année 1863 et six mois de 1864.

Plaies accidentelles, contuses ou non 8 — 8 guérisons.

Plaies, suites d’amputation (2 doigts, 2 gr.

orteils, 1 jambe, 2 pieds partiellement). 7 — 7 —

— d’ablation de tumeurs du sein 12 — 12

— de fistules à l’anus 6 6

— d’ablation de tumeurs diverses 15 — 15

— d’extraction de séquestres 2 — 2

— — de balle 1 — i

— d’autoplastie du nez 2 2

— d’amputation de la verge l — 1 mort.

En tout, 54 malades dont 53 guérisons. Une mort à la suite d’une amputation de la verge et probablement par infection purulente.

Etudions maintenant les inconvénients du traitement par l’alcool.

11 est impossible de nier qu’il en existe. Ce sont : la douleur; l’irritation ; la fréquence du pansement.

La douleur est parfois intolérable, elle suit immédiatement le contact de l’alcool, elle arrache des cris au malade. Ceci serait de peu d’importance, parce que cette douleur se calme peu à peu et devient bientôt [dus tolérable ; mais outre qu’au moment même du pansement, le patient peut taire des mouvements

(1) De Gaulejac, Thèse pour le doctoral, p. 75.

brusques par lesquels il peul gêner l’opcraleur, de plus, son esprit se trouve fraf)pé à la pensée que chaque jour ou deux fois par jour, il devra endurer une pareille souffrance. Sans vouloir exagérer l’importance de cet inconvénient, il est utile de le rap- [)eler, car le calme de l’esprit de l'opéré est nécessaire à la cicatrisation régulière des plaies ; chacun sait qu’a|)rcs le pansement, souvent les malades accusent un mouvement de fièvre. Il ne faut pas entretenir cette surexcitation de l’organisme, il faut éviter toute cause de débilitation, et la douleur en est une. On y arrive en ne se servant que d’alcool plus ou moins étendu d’eau, en continuant l’anesthésie du patient jus(ju’après le pansement, ou bien encore en agissant directement sur la plaie, comme le lont quelques chirurgiens par l’anesthésie locale : les uns agissent directement sur la surface saignante; d’autres, comme M. Félix Guyon, chirurgien de i’iiopital Necker, appliquent des vessies pleines de glace au-dessus des [)lumasseaux de charpie imhibee d alcool, ce qui amène un grand soulagement (1).

PEIICHLORURE DE EER.

Dans une des séances du Congrès médical international tenu à Paris en 1807, iM. Bourgade, professeur

(1) G'izelle des hôpitaux, 1870, p 5^.

à l’École préparatoire de Clermont-Ferrand, répondant à l’une des rjueslions posées par la Commission du Congrès, venait exposer un nouveau mode de' pansement des plaies, par un agent fort connu déjà, le perchlornre de fer. Aux raisons physiologiques qu’il invoquait en faveur de cette innovation, il ajoutait un argument d’une grande valeur. C’était une statistique de 95 observations de toutes sortes, en général des plus graves, pratirpiées avec le plus grand succès dans un hôpital de province, où la mortalité par opération en était arrivée à être très-grande. Cependant, après avoir formulé ses conclusions, il en appelait à l’expérimentation ultérieure.

A Paris, M. le professeur Gosselin fut le seul chi- ■' rurgien des hôpitaux a répéter les expériences de M. Bourgade.

Ces expériences ont été reprises dernièrement sous la direction de M. Demarquay et dans le service de notre collègue à la Maison de santé, par M. Prosper Fouilloux, pendant deux années d’internat.

Les expériences paraissent avoii' amené un bon résultat; cependant cet agent de pansement a encore été SI peu employé, que nous ne pouvons porter sur sa véritable valeur un jugement définitif.

Nous nous bornerons à rapporter quelques conclusions terminant la thèse de M. Fouilloux (1).

(1) Prosper fouilloux, Essai sur le pansement immédiat des plaies d‘ amputation par le perchlorure de fer. Thèse pour le doctoral. Paris

1 fi 70 ’

<( Dans les cas (Vinfection parla plaie, deux éléments sont indispensables :

» La production d'un agent toxi(|ue; la résorption

de cet agent. ^

» Le pansement au perchlorure de fer s adresse a

ce double élément :

» r Par une action mécanique d’occlusion, il soustrait la plaie au contact du milieu ambiant.

» 2° Par son action caustique, il débarrasse la surface de la plaie de ces débris de sang coagulé, de lissu cellulaire, de graisse, qui dans les pansements on inaircs, donnent lieu, en se décomposant, à des produits lélidcs. En se combinant avec eux, il en fait une escbare sèche, 11 s’oppose donc à la production de l’élcment infectieux. Quant à la réaction chimique qui préside il ce phénomène, je croirais volontiers a une décomposition du persel en deux composants : dune part le fer réduit en poudre impalpable, qui imbibe en noir les pièces è pansement : d'autre part l’acide chlorhydrique naissant en présence de rbiimiditc delà plaie, acide dont le conlact produirait les douleurs souvent si vives au moment de l’applicaliom

„ 3- 11 provoque, comme l’ont démontre les expériences de M. Bourgade sur les animaux, l’obbleration rapide des vaisseaux jusqu’à une eerlaine hauteur de la surface de la plaie. De sorte que 1 eschare protégé d’abord la plaie, et celle-ci éliminée, dût tieux s’êtrc produit, il oppose une barrière a sa re-

sorplion.

» Ainsi, par rocclusion et l’escharitication qu’il produit, le perchlorure de fer épargne au malade les dangers de cette redoutable période qui s’étend depuis le trancliement du bistouri jusqu’à l’établissement du bourgeonnement de la plaie et de la suppuration. »

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