INCUBATION
Cette étude serait incomplète si nous n’indiquions pas au moins un mode de pansement un peu exceptionnel, je dirai même presque tombé dans l’oubli, et qui cependant mérite d’être conservé dans la pratique pour répondre à des indications spéciales; je veux parler de l’incubation du traitement des plaies. M. J. Guyot (1 ) a donné ce nom à un mode de traitement qui a pour but d’entretenir autourd’une partie malade une température uniforme et assez élevée, à l’aide de l’air atmosphérique convenablement chauffé. La température doit être constamment maintenue à 36 degrés centigrades; les variations doivent se produire entre 32 et degrés. Robert qui a expérimenté ce mode de traitement des plaies, conseille de ne pas dépasser 28 à 30 degrés. Subordonnée à la gravité delà blessure, la durée de l’incubation varie de dix à vingt jours. IM. Guyot faisait construire des caisses dites caléfactcurs ou boîtes à incubation, de formes variées, dans lesquelles il emprisonnait la
(1) Archives générales de médecine, 2' série, t. Vlll. — Traité de 'incubation, 1840.
partie blessée, à nu, sans pansement. Cette boîte, ouverte à une extrémité, permet l’introduction du membre blessé. Une toile épaisse, fixée au contour de celte extrémité, s’attache au moyen d’un lacet sur le membre. Un tuyau coudé et métallique, qui amène dans l’intérieur de la caisse un courant d’air chauffé par une lampe à alcool tenue allumée à son ouverture extérieure, traver.se une des parois. L’iidérieiir de l’appareil est muni d’un thermomètre; l’une des faces vitrées permet de surveiller la plaie sans rien déranger; et enfin, une soupape adaptée au tube donne la facilité de diminuer ou d’augmenter, suivant le besoin, le degré de température.
De ses premières expériences faites sur des lapins M. J. Guyot était arrivé à établir (|ue la température du corps bumain est la plus favorable à la cicatrisation des plaies; l’air à 36 degrés centigrades, loin d’enllammer la plaie, peut faire disparaître rintlammation existante. La guérison des plaies a toujours été plus rapide dans un pansement au-dessus de 3 degrés sans pansement, (|ue dans une température inférieure avec ou sans pansement. Quelques plaies ont guéri dans la température élevée, qui n’ont pas guéri dans la température ambiante de 1() degrés. La plupart des plaies ont guéri dans l’air à température élevée, sans innammalion ni suppuration, ce (jui n’a pas lieu dans 1 atmosphère à température ordinaire (1).
(1) Arch. gén.dc nu^d., 2® série, t. Vlll, p. 273.
L incubation a été appliquée aux plaies accidentelles récentes et aux amputations, et elle a fourni des résultats différents suivant les observateurs. Les conditions des expériences ont beaucoup varié, et naturellement elles ont dû modifier les résultats. Quoi qu’il en soit, l’influence de l’incubation est la suivante : la douleur, la rougeur et le gonflement ne tardent pas à s’effacer; la plaie prend un aspect vermeil, quel qu’ait élé son état antérieur. Si elle est récente, il s’écoule d’abord une sérosité tres-abondantequi, après un ou deux jours, est remplacée par un pus crémeux. La suppuration, d’après i\L Guyot, fût-elle de mauvaise nature et hors de proportion avec l’étendue de la plaie, est modifiée dans sa nature et dans sa quantité. Le pus desséché par la chaleur forme des croûtes qu’il est utile d^enlever tous les deux ou trois jours, parce que le pus renfermé sous elles compromet la cicatrice. Lorsque la suppuration d’une vaste plaie est très -abondante, il convient de renouveler deux Ibis par jour les pièces d appareil destinées à recevoir le pus. L’incubation aurait pour avantage de soustraire les plaies aux accidents locaux et généraux qu’elles déterminent et d eu bâter la cicatrisation.
Ce mode de traitement peut être appliijué non-seulement aux plaies qui suppurent mais à celles qui ont ete reunies par première intention. Pour celles-ci le bandelcllesetles sutures suffisent; pour celles-là un simple gateau de charpie doit être appliqué à leur surlace avant 1 introduction du membre dans le caléfac-
itMir. Ce Irnilemcnt, essayé par Rreschel, Uoux, Bonnet, Robert, a en la fortune des niétliodes cxee|)tionnelles; ne pouvant être applique au début des plaies comme traitement unique et général, il a disparu de la pratique où ses avantages méritent cependant de lui maintenir une jdace pour la guérison de certaines plaies. C’est en opposition aux idées précédentes, qui admettent l’élévation de la température comme la condition essentielle de la guérison de la plaie, que les pansements à l’eau ont été préconisés comme le
moven de soumettre tes plaies à l’action incessante «
du froid.