‹ Pansement des plaies chirurgicalesChapitre 4 sur 22 · CONDITIONS DE LA RÉUNION IMMÉDIATE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE LA RÉUNION IMMÉDIATE

Les conditions qui en autorisent l’emploi et en favorisent la réussite sont l’état récent de la plaie, la netteté de ses bords, la conservation de la vie dans les tissus divisés, le contact facile des deux lèvres. L agglutination s'’obtient d’autant plus aisément que le rapprochenieut suit de plus près la blessure. Si la plaie date de plusieurs heures, il n’y a pas de contre-indication; mais, faite après vingt-quatre ou trente-six heures, la réunion a peu de chance de réussir. Lorsipi il s est

écoulé un certain temps avant le pansement, l’exsudation de lymphe plaslif|ue qui succède à l’hémorrhagie s’cst effectuée en pure perle, et de plus la surface de la plaie a été plus ou moins exposée à l’action irritante de l’air. Aussi l’hahilude de laisser la plaie découverte avant de procéder au pansement, si elle a un avantage au point de vue de la réunion, celui d’éviter toute hémorrhagie consécutive, a un inconvénient sérieux, celui de rendre l’adhésion moins facile et moins sûre. La limite de celle expectation doit donc être restreinte, et, suivant les cas, le chirurgien attendra pour se mettre à l’abri de l’hémorrhagie, ou réunira tout de suite si cet inconvénient lui semble peu à craindre. Loin d’aider à l’adhésion, ainsi que le pensait Hunier, Je sang épanché est au contraire un obstacle qui tend à écarter les lèvres de la plaie, comme le ferait un corps étranger, et celles-ci restent séparées lorsque le caillot interpose se détaché sous l’influence de l’absorption qui s exerce d abord sur sa partie sereuse, puis sur sa portion solide. Les caillots sanguins, au lieu d’être résorbés, subissent une transformation qui leur donne les qualités du pus; et c’est là une circonstance qui compromet la réunion primitive. Aussi, avant de la tenter, le chirurgien veillera soigneusement à leur enlèvement. C’est, dans les opérations d’anoplastie surtout, une condition essentielle pour la réussite. Les corps étrangers venus du dehors doivent être soigneusement extraits. On a vu, il est vrai, des fragments de veiie, de métal, des projectiles assez profondément

engages el la plaie se cieatriser au-dessus d’eux, mais ce sont là des fails exceptionnels, c|ui ne sauraient infirmer le sage précepte de débarrasser ta plaie des corps étrangers susceptibles d’en entraver la réunion.

La réunion primitive réussit d’autant mieux (juc les bords de la plaie sont nets et dans un état sain; elle est difficile ou meme impossible s ils sont fortement contus. Mais dans les plaies contuses,en réunissant les parties (jui ne sont pas trop atteintes, on diminue d\autant Létendue de la surface qui ne doit se cicatriser (ju’après suppuration. Larrey et Roux, dans des cas semblables, ont enlevé avec le bistouri des parties qui étaient destinées à être éliminées et ont obtenu, par cette modification de la plaie, des réunions immédiates. Une autre condition favorable à l’adhésion, c’est que les deux lèvres de la plaie soient en communication facile d’innervation et de circulation avec les centres nerveux et circulatoires. Dans les opérations d’autoplastie et dans certaines plaies à lambeau, la réunion est parfois compromise, parce que cette coiidition est inégalement réalisée par les surfaces traumatiques. Cette condition d’ailleurs n’a riend absolu, car des parties détachées complètement du corps ont pu se réunir, si l’adhésion a été tentée assez tôt pour prévenir le mouvement de décomposition. Depuis Garengeot les faits de ce genre se sont multipliés. C’est une question qui, du reste, appartient plutôt à la pathologie chirurgicale qu’au pansement des plaies. On pourra essayer la réunion dans ce cas, sans croire

beaucoup à sa réussite; en effet, comme unedespartiesne jouit plus de la vie, ragglutination suivra rarement sa réapplication.

L’adhésion est d’a niant plus exactement obtenue que les tissus réunis sont homogènes, que l’os correspond à Los, le muscle au muscle, le lissu adipeux au tissu adipeux, et que la peau est contiguë à ellemême. Le tissu cellulaire et la peau sont doués au plus haut degré de la propriété de s’agglutiner ; d’autres tissus au contraire, comme les cartilages, se prêtent diflicilement à la réunion, même avec des tissus dont l’adhésion est aisée. Nulle partie du corps n’offre au même degré que la face les condiiions favorables à la réunion immédiate -, en effet, les tissus cutané, cellulaire et musculaire y constituent comme un seul et même tissu parcouru par un très-grand nombre de vaisseaux sanguins. Du reste, l’affrontement des tissus homogènes, qu’on ne peut pas toujours effectuer, n’est pas une condition nécessaire pour le succès. Harement aussi les lèvres de la plaie peuvent arriver au contact parfait dans toute leur étendue ; le chirurgien doit chercher à le rendre aussi exact que |)ossible, mais en évitant les tiraillements qu’un rapprochement trop intime ne manquerait pas de produire. Le gonllemenl que les bords doivent présenter bientôt, tend naturellement à tes rapprocher; cette tuméfaction augmenterait parle fait de la constriction, et il pourrait en résulter des accidents graves. Aussi lorsque dans une amputation il n’y a pas assez de peau ou de par-

B. ANGER. 3

— Ml —

lies molles poni' que le oonlaol soit aise entre les lèvres de la [)laie, l’opératciir ne doit-il pas tirer fortement sur les parties molles pour produire une réunion immédiate impossible. Ce serait exposer le malade à des souffrances pénibles, à l’inflammation et à la suppuration du moignon et aux conséquences les plus graves, si la tentative n’était pas abandonnée pour un autre mode de pansemeiit.

Page 1