JtMi, i
maternel. Et pourquoi ce personnage aurait-il tant exagéré que Jésus-Christ n'est né ni du sang, ni de la volonté de la chair ou de l'homme, sinon parce qu'en la personne de Notre^igneur il y a une chair, que selon la notion commune chacun prendrait sans doute pour une chair née par l'opération de l'homme et de la femme? Niant donc qu'elle soit née par l'opération de l'homme et de la femme, il n'a pas nié qu'elle soit née de la chair; au contraire, il a établi qu'elle est née de la chair, puisqu'il n'a pas nié qu'elle soit née de la chair, comme il a nié qu'elle soit née de l'opération de Thomme et de la femme. Mais dites -moi, je vous prie : si l'Esprit de Dieu est descendu dans le ventre maternel , sans qu'il dût prendre la chair da ventre maternel, pourquoi est -il descendu dans le ventre maternel ? car la chair spirituelle a pu être produite hors du ventre maternel, bien plus facilement qu'il n'était facile que ce qui était dans le ventre maternel en sortit dehors par la naissance. Certes , c'est sans cause qu'il est entré dans le ventre d'où l'on dit qu'il n'a rien reçu. Mais nous disons qu'il n'est pas descendu dans le ventre sans cause; d'où, nous concluons qu'il en a reçu quelque chose. En effet, s'il n'a rien reçu du ventre maternel, c'est sans cause qu'il y est descendu , n^ayant pas besoin d'y descendre, s'il devait avoir une chair de telle qualité qu'elle n'eût rien de commun avec le ventre maternel , c'est-à-dire une chair spirituelle.
XX. Mais quelle est votre manière d'agir, pleine d'illusions et de chicane ? Vous voulez ôter une syllabe qui sert de proposition , et y en substituer une autre, qui ne se trouve poini en ce sens dans les Écritures saintes. Vous dites que Jésus-Christ est né par la Vierge et non pas d^ la Vierge, au ventre, et pas ^ ventre, parce que l'ange dit à Joseph durant son sommeil : «Ce qui est né en elle est une opératior du Saint-Esprit ^ »et que l'Écriture neportepas «Ce qui est né d'elle.» Mais quand l'Ëcritun porterait:acequiestnéd'elle,vce serait <x>inmi si elle avait dit, ace qui est né en elle; » paro que ce qui était d'elle était en elle. C'est donc l même sens , soit qu'il soit dit en elle, ou qui soit dit d'elle, puisque ce qui était en elle étai
« S. Mattli^ 1.
DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST
aussi d^elle. Certes, c'est un g^rand bieu que saint Bfatthien parle comme nous; car rapportant la généalogie de Notre-Seigneur, depuis Abraham jusqu'à Marie : «Jacob, dit-il, a engendré Joseph, mari de Marie, de laquelle est né Jésus-Christ ^ » Saint Paul même impose silence à ces grammairies ; « Dieu, dit-il , a envoyé son Fils Eait d'une femme. i^A-t-il dit, par une femme, ou en une femme ? et même, pour user d'une expression plus forte, il a plutôt dit, fait d'une femme que né d'une femme. Il pouvait s'énoncer plus simplement, disant :«iVi^ d'une femme;» mais disant «/2ziY d'une femme,» il a marqué ces paroles de l'Écriture -.«Et le Verbe a été îdL\i chair,» et a confirmé que la véritable chair de Jésus-Christ a été Faite de la chair de la Vierge. Nous avons encore en ceci pour nous les psaames,non pas deValentin le platonicien, cet apostat et cet hérétique, mais du très-saint prophète David, dont l'autorité est.si reconnue. Ce prophète, par qui Jésus-Christ s'est chanté soi-même, nous chante aussi Jésus-Christ. Prête donc l'oreille à Jésus-Christ, et écoute le Seigneur qui parleà Dieu son Père^ :« Cest vous, dit-il , qui m'avez tiré du ventre de ma mère ; » voilà un premier passage :c Des mamelles où f ai pris nourriture, vous êtes mon espérance, et sortant du ventre de ma mère, j'ai été jeté sur vous ; » en voilà un autre : « Du ventre de ma mère, vous êtes mon Dieu ; » en voilà encore un autre. Exerçons -nous maintenant sur les sens de ces passages :« Vous m'avez, dit-il, tiré du ventre. » Qu'est-ce queFon tire, sinon ce qui est attaché à qnelqae chose; ce qui est joint et uni étroitement à quoi que ce soit , on l'en tire si Ton veut l'en séparer. Que si Jésus-Christ n'a pas été attaché au ventre de sa mère , comment en a-t-il été tiré; et si celui qui a été tiré du ventre y avait été attaché , comment y avait-il été attaché , sinon en ce que le fruit qui Fait partie du ▼entre, et qui est une portion des entrailles de la mère, y est lié, tant par cet enchaînement de veines et d'artères qui conduisent au nombril le sang pour lui porter l'aliment et Fair pour le feire respirer, que par la communication qu'a le nombril avec les veines et les artères du ventre ou de la matrice, d'où il prend •on origine? Lors même que deux choses étran-
tg.|iatui.>l.^spiauiiie21.
gères l'une à l'autre se collent ensemble, elles se confondent de telle sorte que, quand on veut en arracher une, Ton ne peut empêcher qu'elle n'emporte quelque morceau du corps d'où on l'arrache, comme un reste qui lui demeure de la dissolution de l'unité qui s'était faite par cet assemblage de deux corps séparés. Au reste^ quelles sont ces mamelles de sa mère dont il parle ? sans doute ce sont celles qui l'ont nourri, et dont il a sucé le lait. Que les sages-femmes, que les philosophes qui font leur étude de la nature, répondent ici de la nature des mamelles, si elles ont accoutumé de donner du lait sans que la femme ait conçu et soit enceinte, ses veines retenant alors le canal ordinaire du sang, et le convertissant, par la coction qui s'en fait, en la matière agréaÂ>le du lait maternel. D'où vient que durant que les mamelles sont pleines, le cours naturel du sang des femmes est arrêté? Que si le Verbe a été fait chair de soi-même, et non par la communication et le ministère de la matrice, comment est-ce que la matrice n'y ayant point coopéré, n'ayant h\l aucune action, n'ayant reçu aucune impression, elle a néanmoins fait remonter la source du sang aux mamelles, où elle ne bit point de changement, si elle n'a du sang pour faire le lait P Or elle ne pourrait avoir du sang pour iaire le lait, si elle n'avait celui que la nature y a destiné et sans qu'elle eût souffert que sa chair, s'arrachant d'elle-même, eût formé le corps de Jésus-Christ. 11 parait donc clairement quelle nouveauté il y a eu en Jésus- Christ de naître d'une vierge : elle consiste seulement en ce qu'il est né d'une vierge, selon que nous en avons déjà expliqué les raisons; mais nous pouvons ajouter qu'il est aussi né d'une \ ierge , afin que notre régénération fût vierge, qu'elle fût nettoyée de toutes nos ordures, et sanctifiée spirituellement par Jésus-Christ , qui est vierge lui-même, et même selon la chair, comme ayant pris naissance de la chair d'une vierge. XXI. Que si nos adversaires prétendent qu'il fallait, pour rendre cette naissance nouvelle et extraordinaire, que le Verbe de Dieu ne fût point fait chair de la chair d'une vierge , comme il n'a point été fait de la semence de l'homme, pourquoi ne pouvons-nous pas dire qu'en ceci se renferme toute la nouveauté de cette naissance adorable , que la cbair qui n'est point née
TERTDLLIEN.
4e la semence, prit naissance de la chair P Mais j^ veui les combattre encore cje plus près, a Voici, 4it le prophète, une vierge concevra dans son ventre ^ » Qu est-ce qu'elle concevra ? le Verbe de Dieu, et non pas la semence de Thomme. Mais elle concevra pour enfanter un fi|s;car le prophète ajoute : «Et elle enfantera un fils. 9 Donc comme c'est son acte propre i elle d'avoir conçu, ce qu'elle a enfanié est aussi ^ elle, quoique ce qu'elle a conçu n'ait pas été à elle. Au contraire, si le Verbe a été fait chair de àû-mème, il s'est déjà lui-même conçu et en^ Famé ; et cela étant , la prophétie manque et n'a point de vérité; car la Vierge n'a ni conçu ni enfanté, si ce qu'elle a enfanté par la voie de la conception du Verbe n'est pas sa chair. Mais n'y aura*t-il que cette prédiction du prophète qui sera sans effet? n'en sera-t-il pas de mé^e de ce que les anges ont annoncé de la conception et de Teniantement de la Vierge, et de toutes les Écritures, autant qu'il y en a qui prononcent qu'elle est mère de Jésus-Christ^? Et certes comment est*elle mère , sinon parce que son fils a été dans soi| ventre ? On veut que du ventrç de cf lie dans le sein de laquelle il a été enfermé il n'ait rien reçu qui la fit mère ; mais le nom de mère n'est point la dette d'une chair étrai^re ; il n'y a que la chair que le ventre a formée et qui en est comme la fille, qui donne au ventre le nom de ventre de la mère. Enfin si la chair n'est redevable de sa naissance qu'à soi-même, le nom de fille du veotre ne lui convient pas^. Il faut doncqu'ÊUsabeih qui porte dans son ventre un prophète, se taise, elle qui est enceinte d'un enfant qui reconnaît son Seigneur. C'est sans cause que cette femme pleine du Saint-Esprit dit : «Qui me fait cette grâce que la mère de mon Seigneur vienne me visiter?» El si Marie portait Jésus dans son venire, comme un hôte et 00a pas comme son fils, comment est-ce qu'Elisabeth dit : «Le fruitde voire ventre est béni?»Quel est ce fruit du ventre qui n'est pas un rejeton du ventre, qui n'a pas pris racine dans le ventre , qui n'est pas à celle à qui est le ventre^ ?Et qui est ce fruit du ventre? c'est Jésus-Christ. Est-ce
' Itale, 7. -- * S. Matth., I, 2, 12, 13; 8. Marc, 5; & Ljic« 1.2, 8;& Jcsa. 2,6^ t9; Mtes, t. »S.Luc,1, — *l«aïe,1î.
parce qu'il est la fleur d'un rejeton poussé de la racine de Jessé? La racine de Jessé, c'est le sang de David; le rej[eton de la racine, c'est Marie, qui descend de David; la flevr du rejeton, c'est Jésus-Christ, fils de Marie. Et il est aussi le fruit, car la fleur est le fruit de la tige, et par la fleur et de la fleur tout le fruit s'avance et croit jusqu'à ee qu'il ait toute sa bonté. Quoi donc , les hérétiques veulent ' ôter au fruit sa fleur, à la fleur son rejeton , au rejeton sa racine, et envient à la racine qu'elle s'attribue par le rejeton la propriété de ce qui vient du rejeton, qui est la fleur et le fruit ! Car pour établir une sqccession de race, on remonte du dernier descendant au chef de la race. Et selon cette règle, la chair de Jésus -Christ i^e tient pas seulement à Marie ^, mais elle tieqt aussi à David par Marie, et par David à Jessé. Ainsi Dieu jure qu'il honorera le trône de David de ce fruit qui sortira de ses reins, ç'ei^-à-^ire de sa postérité et de sa chair 2. S'il sort des reins (|e David, combien plutôt des reins de Marie, à cause de laquelle il est dans les reins de David 3?
XXU. Mais que les hérétiques qui combattent cette extraction effacent donc le témoignage des démons qui s'écrient «que Jésus-Christ est filsde David. » Que si leur témoignage n'est pas digne d'être reçu, ils n'effaceront pas le témoignage des apôtres. Saint Matthieu est le premier que j'alléguerai. Ce fidèle évangéliste qui était de la compagnie de Notre-Seigneur, n'ayant autre dessein que de nous donner connaissance de l'origine de Jésus-Christ, selon sa chair, a ainsi commencé son Évangile : « Livre de la génération de Jésus -Christ, fils de David, fils d'Abraham ^. »Ce sont là les sources sacrées d'où est sortie cette divine race, que Tévangéliste conduit de degré en degré jusqu'à la naissance de Jésus-Christ. Qu'est-ce donc que cet ordre de g^oéalogie fait autre chose que de marquer comment U chair d'Abraham et de David dans la suite d'une belle lignée, passant par diverses générations et venant à la Vierge » a donnj enfin Jésus-Christ ? L'évangéliste même dit expressément que «Jésus-Christ est né de la Vierge^. 9 Je viens à saint Paul, lui qui
» s. Malth., l.~*S. l,flc,a.-»FMuin# lâi. «Mattb.pl. — «Rom., 1.
DE LA CHAIR DE JÉSUS-CHRIST
comme apôtre de Jésos-Ghrist est aussi disciple, doetear et témoin du même Évangile; il confirme que JésusGhrist est selon la chair de la semence de David : puisque saint Paul le dit. Done la chair de Jésus^Ghrist est la semence de David. Mats selon la chair de Marie, il est de la semence de David. Donc en tant qu'il est de j la semence de David, il est de la chair de Marie. » De quelque fiiçon que lu le prennes, il Faut que tu avoues Tun ou Tautre : ou il est de la chair de Marie, qui est de la semence de David, ou il est de la semence de David qui est de la chair de Marie. Mais le même apôtre termine toute cette question, disant qu*il est de la semence d*Ahraham. S'il est de la semence d'Ahraham, à plus forte raison de celle de David , qui est bien plus récent qu'Abraham ^ Saint Paul rapportant cette promesse de la bénédiction des nations au nom d'Abraham : a En ta semence, toutes les nations seront bénies.» Il n'a pas, dit-il , eiprimé les semences au pluriel comme parlant de plusieurs, mais la semence an singulier comme parlant d'un seul qui est Jésas-Ghrist. cNous qui lisons, nous qui croyons ces vérités, de quelle qualité devons-nous et poovons-nous reconnaître la chair de Jésus- ChrîslP Certes, sous ne devons ni ne pouvons la recoanaltre autre que celle d*Abraham; puisque Jésus^Jhrist est la semence d'Abraham, ni autre que celle de Jessé, puisque Jésus- Christ est une leur de la tige de Jessé^ ; ni autre que eelle de David , puisque Jésus-C!hrist est un fruit des reins de David ; ni autre que celle de Marie, puisque Jésus -Christ est né du ventre de Marie; ni , pour remonter plus haut, autre que celle d'Adam, puisque Jésus-Christ est le second Adam ^. Il s'ensuit donc , ou qu'il faut soutenir qu'ils ont tous une chair spirituelle, ponr attribuer à Jésus -Qirist un corps de même nature, ou demeurer d'accord que la chair de Jésus-Christ n'a point été une chair spirituelle, puisqu'elle n'est pas sortie d'une tige qui ait eu une chair spirituelle ^
XXDI. Ainsi nous voyons l'accomplissement de cette parole prophétique que Sméon prononça sur cet enfant nouveau-né, Notre-Seigneur Jésus-Christ: «Il sera, dit-il, à plusieurs
1 Genèie, 2t et 26; Galat, 3.
* baie, Il ; Psaume 131. ^ > L Cor., là.
un siqet ou de résurrection et de salut , ou de perte et de damnation i, et un signe qui sera occasion de beaucoup de contradictions.» C'est le signe de la naissance de Jésus-Christ annoncé parIsaIe.aPour cela, dit-il, le Seigneur luimême vous donnera un signe , une vierge concevra dans son ventre, et enfantera un fils '.a Nous reconnaissons donc ce signe de contradictions, la conception et l'enfantement de la Vierge Marie, signe dont ces hérétiques philosophant à la mode des académiciens, disent : «Elle a enfanté, et elle n'a pasc^ifanté; elle est vierge, et elle n'est pas vierge ;» comme s'il ne nous appartenait pas plutôt qu'à eux de parler de cette sorte, si l'on devait ainsi parler d'un si grand mystère, puisque nous pouvons dire : que la Vierge a enfanté, parce que le fils qu'elle a mis au monde est de sa chair, et qu'elle n'a pas enfanté parce que le fils qu'elle a mis au monde n'est pas de la semence de l'homme; qu'elle est vierge, parce qu'elle n'avait point connu dlhomme, et qu'elle n'est pas vierge parce qu'elle a mis un enhnt an mmàe. Et enfin Ton ne peut pas raisonner en ceci comme font nos adversaires, et dire comme eux que la vierge qui a enfanté n'a pas enfanté, parce qu'elle n'a pas enfanté un fils de sa chair, et que celle qui n'est pas vierge est viei^, parce qu'elle n'est pas mère du fruit de ses entrailles. De notre part nous ne doutons point, et ce que nous erayoos nest point enveloppé d'une suspension ambîguè; la himière parmi nous est la lumière, et les ténèbres les ténèbres^ ; ce qui est , est ; ce qui n'est pas, n'est pas; tout ce qui n'est pu conforme à cette simplicité vient du malin es* prit. Celle qui a enfiamté, a enfenté; et si elle a conçu étant vierge, elle a été femme dans l'eafiuilemeni, et suivant la Id, son corps a éti ouvert par Jésus-Oirist, en telle sorte néaiH moins que, comme, dans la conception, il n'y i| point eu d'effort du côté de l'homme, dans rcqfantemeat, Jésus^Cbrist est sorti sans vio^ lence du ventre de la Vierge. Enfin, c'est ce ventre à l'occasion duquel il est écrit de tous les autres : iTout enfiautmile qiû ouvre le ventre sera sanctifié et olVert au Seigneur ^. »Qui est-ce qui est vraiment saint, que le Fils de Dieu ? de
« 8. Lao, 1. — * iMie, 7. — < S. MaUh.» &
«Exode, 13; S. Luc, 2.
TERTDLLIEN.
qui est-ce que Yon peut dire proprement qu'il a ouvert le veatre, que de celui qui a ouvert le ventre lequel était fermé P au reste le mariage ouvre le ventre pour la conception de tous les hommes , mais celui-ci qui était le plus Fermé de tous, est celui qui a été ouvert d'une manière la plus admirable. Et c'est ainsi que Ton pourrait nommer cette mère plutôt du nom d'une personne qui n'est pas vierge que du nom de vierge , et l'on pourrait même dire que par anticipation de temps elle a été mère avant cette merveilleuse ouverture du ventre virginal. Mais pourquoi m'arrêterais -je davantage làdessus, puisque sur ce fondement l'apôtre a dit que «le Fils de Dieu a pris naissance d'une femme,» et n'a point dit qu'il fût né d'une vierge, reconnaissant que par cette ouverture du ventre la Vierge a mis au monde Jésus- Christ, de la même manière que les autres mères mettent leurs enfons au monde. Nous lisons ce que ditËzéchiel de cette vache qui engendra et qui n'engendra pas. Prenez garde que le Saint- Esprit n'ait pensé à vous, et n'ait voulu vous toucher par cette figure, prévoyant les disputes que vous élèveriez sur l'enfantement de Marie, et sur l'état de la naissance de Jésus-GhristEn effet , s'il n'eût eu ce dessein il n'en eût jamais parlé en doutant, contre sa manière de s'exprimer toujours simplement ; Isaie ayant dit : « Elle concevra dans son ventre et elle enfantera un fils ^.A
XXIV. H est vrai qulsa'îe jette la confusion sur le front des hérétiques , mais principalement quand il dit : «Malheur à ceux qui font passer l'amertume pour la douceur, et les ténèbres pour la lumière^. » U les note, eux qui ne souffrent pas que les mots conservent leur signification naturelle, en sorte que, quand on nomme l'âme, l'on n'en entende pas une antre que celle qui est connue sous ce nom; que quand on nomme la chair, l'on n'entende pas une autre chair que celle que l'on voit; et que quand on nomme Dieu, l'on n'en entende pas un autre que celui de qui l'on parle quand on parle de Dieu. Ainsi Dieu jetant peut-être la vuesurMarcionuJe suis Dieu, dit-il, et il n'y en a point un autre que moi 3. » Et quand il dit en un au tre endroit : a Û n'y a point de Dieu avant
« iMïe, 7. — • y^wf., 5. ^ > Dent., 32 ; Isaîe , 45 et 46.
moi, Dil attaqueces jenesaisquellesgénéalogies des iEones ou des siècles des Valentiniens. Et quand il dit aussi : «Il n'est né ni du sang ni de la volonté de la chair et de l'homme, mais de Dieu S» il répond à Ébion; et enfin quand il dit : «Quoiqu'un ange vous eût annoncé un autre Évangile que nous, qu'il soit anathème^U il touche les prestiges de Philumène, cette vierge d'Apelles. Gertamement , quiconque nie que Jésus-Christ soit venu au monde dans un corps de chair, celui-là est l'antechrist; mais celui qui prononce que la chair de Jésus-Christ est une chair véritable et toute nue, une chair naturelle, et telle qu'on la peut concevoir par le nom qui exprime simplement la nature de U chair, celui-là détruit tous les adversaires du Fils de Dieu ^ ; celui qui établit que JésusOirist est un, il renverse tous les argumens de ceux qui lui font faire divers personnages, et qui veulent qu'autre soit le Christ, et autre Jésus; autre celui qui s'est sauvé des mains des troupes qui l'environnaient, autre celui que les soldats ont véritablement arrêté; autre celui qui s'est fiit voir sur la montagne à trois de ses disciples au milieu d'une nuée et tout brillant de lumière, autre cette personne commune et qui n'avait rien de noble et de relevé; autre cet homme magnanime, autre cet homme qui a tremblé; et enfin autre celui qui a souffert la mort, et autre celui qui est ressuscité, de qui ils atten» dent même leur résurrection, mais dans une autre chair ^. Certes le même qui a souffert viaidra un jour du ciel , et le même qui est ressnssité paraîtra aux yeux de tous les hommes^. Ceux qui lui ont fait tant de maux, ceux qui d'un cœur inhumain lui ont percé, lui ont déchiré la chair si cruellement, ceux enfin qui l'ont couvert de plaies, le verront et le reconnaîtront; ils reconnaîtront cette même chair qu'ils ont outragée, sans laquelle il ne pourra ni paraître ni être reconnu, pour faire rougir ceux qui osent assurer que la chair repose dans le ciel sans aucun sentiment, et qu'elle est comme un fourreau autour de la personne de Jésus-Christ, ou qu'elle est chair et àme, et autant l'une que l'autre , ou qu'elle est seulement àme, et qu'elle n'est plus chair. XXV. Mais c'est assez parler de cette matière,
» s. Jean, 1. — « Gai., 1. - » I. Jean, 4. * Actet, 1. ^ » S. Jeaoi 19.
DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR
et il me semble que j*ai bien prouvé la chair en Jésus-Christ et la chair humaine que le Sauveur a reçue de la Vierge. J'estime même que cela eût pu suffire, si les différentes opmions qui se sont élevées sur ce sujet ne m'eussent obligé à une dispute plus particulière. J'ai donc examiné les argumens et les passages dont les hérétiques se servent , je les ai proposés moimême pour les combattre, et je crois avoir pleinement montré contre tous , ce que j'ai en-
trepris de prouver, à savoir : de quelle chair Jésus-Christ a été revêtu, et de quel principe sa chair a été formée : ainsi j'ai maintenant à défendre la résurrection de notre chair, et je fais état de la défendre dans un autre livre , où ce que je dirai dès le commencement sera la fin et la conclusion de celui-ci : en effet, j'y ai jeté les fbndemens de notre résurrection, y ayant fiiit voir très^lairement ce que c'est qui a ressuscité en Jésus-Christ.
TRAITÉ
I. La résurrection des morts est l'assurance des chrétiens ; ('espérance que nous en avons coDçae, feit que nous y croyons, et la vérité non» oblige d'y croire d'une foi constante et invariable. Mais c'est Dieu qui nous révèle cette vérité. Cependant le commun des hommes s'en moque. Se persuadant qu'il ne reste rien de nous après la mort, ils ne laissent pas toutefois de rendre des offices funèbres aux morts , et d'apporter sur leurs sépulcres des viandes avec une grande profusion, at de celles mêmes qui avaient été le plus de leur goût, et qui selon la diversité des saisons sont les plus délicates, comme s'ils estimaient que ceux qui à leur avis n'ont plus du tout de sentiment, ont encore de l'amour pour la bonne chère. Pour moi, j'ai sujet de me moquer de ce peuple, lorsque je vois qu'il brûle si cruellement ces mêmes morts qu'il nourrit après si délicieusement et avec tant d'excès, les flammes qui consument les corps étant également des outrages et des devoirs d'amitié. 0 piété farouche et qui se fait un jeu de ce que la cruauté a de plus terrible, quand elle brûle des viandes sur le bûcher de ceux qu'elle a fait dévorer par le feu y est-ce un insulte, ou un sacrifice ? Certes, les sages du monde sont quelquefois de Favis du peuple. C'est une leçon de Técole d'Êpicure,
qu'il n'y a rien après la mort, et Sénèque a dit que tout finit par la mort, et que la mort même finit comme toutes les autres choses. Je pense que ce serait assez pour réfuter cette erreur, d'opposer au sentiment d'Ëpicure et de Sénèque l'opinion de Pythagore et d'Empédocle, qui ne sont pis de moindre autorité parmi les philosophes; mais je passe aux platoniciens, qui soutiennent l'âme immortelle : ils veulent néannooins que les âmes rentrent incontinent dans les corps, quoique non pas dans les mêmes corps, et que ce ne soit pas seulement dans les corps humains qu'elles rentrent, comme ils disent que l'âme d'Euphorbe a depuis été l'âme de Pythagore , et que le corps d'un paon a logé l'âme d'Homère. Ainsi ils établissent le retour de l'âme dans la chair, et il est plus supporta* ble d'avoir changé , que d'avoir nié absolument l'état de son immortaUté : il est vrai qu'ils n'ont pas pénétré jusqu'à la vérité, mais du moins ils ont frappé à la porte pour tâcher de la découvrir, et de cette sorte le monde, lors même qu'il est dans l'erreur, n'est néanmoins pas dans l'ignorance de la résurrection des morts.
II. Que s'il y a dans le culte du vrai Dieu quelque secte qui ait plus de conformité avec les Épicuriens, qu'avec les prophètes ^ ce sont
TERTULLIEN
lesSadducéens^ L'Ecritare nous apprend quel ^ sentiment en avait Jésus-Christ lui-même. Et certes c'était à lui à révéler tout ce qui avait été auparavant caché, i éclaircir les choses dou« teuseSy i donner la perfection à ce qui n'avait été touché qu'imparfaitement, à accomplir ce qui avait été annoncé, et enfin i prouver non* seulement par lui-même, mais aussi en luimême la résurrection des morts. Mais laissant là ces anciens saducéens, j*ai maintenant à en combattre de nouveaux qui n'ont qu'une partie de Terreur des anciens; ils reconnaissent la moitié de l'avantage de la résurrection , à savoir la vie de Fàme, méprisant la chair, comme ils méprisent le créateur de la chair. Il n'y a que ceux qui ont inventé une autre divinité que celle du Créateur, qui envient la résurrection à la substance du corps. Ces hérétiques ne voulant pas reconnaître que Jésus-Christ ait créé cette chair, et pour cela étant contraints de loi attribuer une autre nature, la première de leurs erreurs a été sur la qualité de s» Aair, prétendant ou qoe ce n'était pas une vraie chair, selon Marcion et Basilide, ou qn'eHe avait une qualité propre et singulière, selon les opinions erronées deValentin et d'ÂpeUes. Ainsi, ils nient la conservation de cette substance, à la* quelle ils soutiennent que Jésus-Christ n'a eu aucune part, étant bien informés que c'est un grand préjugé que la résurrection de la chair, si la chair a déjik ressuscité en Jésus-Cbrist. G*est pourquoi nous avons donné par avance un traité de la chair de Jésus-Christ, par lequel nous prouvons que c'est une chair véritable et solide, contre la vaine erreur d'une chair fentaslique, et nous montrons que c'est une chair humaine contre la supposition d'une qualité propre et singulière; et ainsi nous établissons la vraie nature de la chair de Jésus^ Christ qui Ta fait déclarer et homme et fils de Thomme. Et certes, prouvant qu'il avait une chair et un corps, cette preuve est leur conviction, car nous concluons qu'il ne faut point croire d'autre dieu que le Créateur, faisant voir Jésus-Christ, en qui Dieu se manifeste si évidemment, faisant, dis-je, voir Jésus-Christ tel qu'il a été promis par le Créateur. Leur conviction étant évidente sur ces deux points : que Dieu est
l'auteur de la chair, et que Jésus-Christ est le rédempteur de la chair, il est bien aisé de les convaincre sur celui de la résurrection de la chair. Car c'est ainsi, à notre avis, qu'il faut disputer avec les hérétiques. Pour suivre un ordre convenable on doit toujours œmroencer par ce qui est principal dans la question, étant nécessaire de convenir d'abord de ce qui en est le fondement , et que l'on peut considérer comme le principe d'où elle dépend; au contraire les hérétiques, qui connaissent leur faible, ne veulent jamais garder cette méthode, qui est néanmoins la règle ordinaire de la dispute. Ainsi, comme ils savent bien qu'il est fort difficile de persuader les esprits sur l'existence de cette autre divinité qu'ils ont inventée, contre la ms^esté de Dieu créateur do monde , que nous connaissons tous naturellement par le témoignage de ses œuvres toutes merveilleuses, mais qui d'ailleurs a eu ses ministres et ses figures, et a rendu sa gloire manifeste par Tautorité de sa parole dans tous les temps qui ont précédé Tincarnation de son Fils, ils usent de cet artifice, qub sous prétexte de recherdier avant toutes choses ce qui regarde le salut du genre humain , comme étant l'affaire de la plus haute importance et celle qui presse le plus, ils commencent par la question de la résarrec* tion, parce qu'il y a plus de difficulté i croire la résurrection de la chair, qu'à croire une seule divinité; et de cette sorte, changeant l'ordre de la dispote, non-seuleaient ils l'affiii- Missent , mais ils la chargent de scrupules par le mépris qu'ils insinuent de la chair, et fbnt par ce moyen couler adroitement le sentiment d*une autre divinité , dont ils rendent la propo* sition moins étrange à la faveur de la ruine de notre espérance en la résurrection des corps; car l'homme étant ou déchu ou éloigné de cette espérance qu'il avait en son Créateur, il se porte comme de lui-même à soupçonner qu'il est quelque chose de ce qu'on lui propose d'un lautre principe,que Ton fait l'auteur d'une nou« velle espérance. Et en effet la diversité des promesses persuade aisément la diversité des dieux. Ainsi nous voyons que plusieurs se sont laissé embarrasser, ayant été plutôt vaincus sur la question de la résurrection de la ctudr, qu'ils n'ont convaincu les autres sur c^Ue ÔQ l'unité de Dieu. Voilà donc comment nous
DE LA RESURRECTION DE
estimons que Ton doit traiter avec les hérétiques , et repousser leurs efforts , et nous y avons déjà satisfait, ayaut parlé et de Tunité de Dieu et de son fils JésusrGbrist, dans deux de nos livres contre Marcion, et ayant traité dans UQ autre livre de la cliair de Jésus-Christ contre les quatre hérésies qui la eombatteqt , et c'est là que nous avons établi les principes de cette question de la résurrection de la chair qui noKS reste maintenant à examiner , question dont nous parlerons comme d'une chose qui étant tout assurée à Tégard du Créateur, ne laisse pas de recevoir quelque doute à notre égatrd. En effet il y a beaucoup d'esprits rudes et ignorans, il y en a de simples, de volages et dlnoonstans dans la foi, enfia il y en a plusieurs quil faut instruire, redresser et soutenir. Certes, en leur donnant la conduite, la lumière et les forces dont ils ont besoin, nous travaillerons même à confirmer que Dieu est un ; car c'est une vérité que Ton ébranle, en nla^t la résurrection de la chair, et que Ton rassure au contraire en la son* tenant vigoureusement. Je ne crois pas qnil soit nécessaire de rien dire de rimmortalité de Tàme, car la plupart des hérétiques, de quelque sorte qu^ils la conçoivent , ne la nient pas. Il n'y a qn^on certain Lueain, qui ne pardonne pas même à cette substance ; il en admet la dissolution selon Topinion d'Aristote, et hii en substitue une autre, comme si c'était une troisième substance qui dût ressusciter, qui ne fût ni âme ni chair, c'est-à-dire qui ne fût pas un homme, mais qui fût peut-être un ours, animal qui est fréquent danifla province ^ dont cet hérétique porte le nom. Il y a de moi un livre de la nature de rânie, où cette matière est traitée fort amplement; nous y montrons que Tàme est immcNTteile; nous n'y reconnaissons la mort qu'à l'égard de lâi chair de l'homme; et nous y soutenons fortement la résurrection de cette même chair, y ayant même ramassé tout ce qui concerne ce sujet, et que nous avons touché légèrement en d'autres lieux, où nous avons dif^ré d'en p^ler à fond. Car il est quelquefois à propos de ne toucher les choses qu'en passant, et de les réserver pour une autre occasion. Et cela est permis, pourvu que l'on ne manque pas de repdpendre ce qui a été touché l^èrement, et ce