‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 24 sur 102 · J.A CHAIR · texte numérisé non relu

J.A CHAIR

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*LaLucaDie

que Ton a difKré de traitear à fond, pour le remettre dans le corps d'ouvrage où il doii entrer et où il est nécessaire,

m. On peut sans doute se conduire, wtme dans les choses divines , par les notions du sens commun, mais il faut que ce soit pour rendre témoignage à la vérité , et non pas pour appuyer la fousseté et la supposition. Il faut aussi que le sens humain ne soit pas contraire, mais plutôt qu'il soit conforme à la loi et à la volonté de. Dieu. Il y a de certaines choses que noua een* naissons par la lumière naturelle, comme la plupart connaissent l'immortalité de l^àme« comme tous les hommes ont conaaissanee de notre Dieu. Je veux même me servir et^ celte occasion de cette parole de Platon :c Toute àae raisonnable est immortelle, m Je veux encoi« me servir de la conscience du peuple qui implofe Tassistance du Dieu des dieux. Je veux enfin me .servir de toutes les autrea preuves que le sens commun nous donne de Dieu,, comme quand lea hommes disent : que Dieu est leur juge, que Dieu les volt , et quHis se recommandent à Dieu. Mais quand d'autre part ils disent : «Qui est mort est mort, viveztandis que vous jouissez de la vie, » ei «tontescbosesfinissent par la mort;» et, «la mort même trouve sa fin comme les autres choses , » alors il me souvient que le eœur du vulgaire, qooiquHl soit IVravrage df la main de Dieu , n'est néanmoins que terre et que cendre, et qu'il est dit que toute la sagesse du siècle n*est que folie. Que si Thérétique a recours aux sen* timens du vulgaire, s'il s'attache aux viees du peuple, ou à l'esprit du «ècle, je lui dirai : «Se* pare-toi, hérétique, d'avec le païen et l'infidèle. Quoique vous soyes tous les mêmes, vous qui vous faites un dieu selon votre caprice t , cependant toi qui oses te feindre une autre divinité sous le nom de Jésus-Cbrist , puisque tu veux passer pour chrétien, sache que tu es autre qu'un païen et un infidèle. Rends-lui donc ses sentimens el considère quMI n'embrasse pas les tiens et qu'il ne reçoit point ta doctrine : si lu as bonne vue, pourquoi prends-tu un guide qui est dans les ténèbres? Si tu es revêtu de Jésus- Christ , pourquoi te fais-tu vêtir par celui qui se trouve dans une nudité toute pleine de luisère'?

» I. Cor., f. — • 8. Malth., 15; aUtorc,?, et H. uic. 6 Gai., 3;Éphes.,6.

TERTULLIEN

Si Tapôtre te prête ses armes, pourquoi te sers-ro du bouclier d'un étranger pour te défendre? Que l'infidèle apprenne plutôt de toi à confesser la résurrection de la chair, que toi de lui à nier cette vérité. «Certes s'il était permis aux chrétiens de la nier, ils devraient se fonder sur leur propre connaissance et non pas sur Taveuglement du vulgaire ignorant; tant il est vrai que celui-là n'est point chrétien, qui nie cette vérité que confessent les chrétiens , et qui la nie par les seuls argumens dont se sert celui qui n'est point chrétien. Otons aux hérétiques ses raisonnemens qui leur sont communs avec les païens, et obligeons-les d'apporter les seules Écritures pour la preuve de leurs opinions, et ils ne pourront tenir contre nous Le sens commun est recommandabie par sa simplicité; il consiste en une association des mêmes pensées, et enunearoiablecorrespondanced'espritetde sentimens; et Ton estime qu'il est le plus sincère et le plus fidèle , parce que les choses qu'il propose sont toutes nues, qu'elles n'ont rien de caché et que tout le monde ne connaisse. Il n'en est pas ainsi de la raison divine consignée dans les Écritures : elle pénètre dans le fond , et ne demeure point à la superficie, et le plus souvent elle est opposée à ce qui paraît manifestement au dehors, et aux connaissances que donne extérieurement le sens humain.

IV. Et de là vient que les hérétiques ont ordinairement recours à ces notions du sens commun. C'est par où ils commencent d'abord; c'est d'où ils tirent leurs fondemens; et c'est enfin ce qu'ils mettent toujours ea vue, parce qu'ils savent que l'esprit s'y laisse prendre facilement. Y a-t-il quelque chose que l'on entende plutôt de la bouche tant d'un hérétique que d'un infidèle? Ne tombent-ils pas incontinent et à tous propos sur leméprisde la chair? Dans tous leurs discours ne la chargent -ils pas d'ipjures? ne déclament-ils pas volontiers contre son origine , contre la matière dont elle est formée, contre toutes les infirmités auxquelles elle est sujette? c C'est, disent-ils, dès son commencement un peu de terre détrempée dans Tordure et dans la boue : » ilsajoutent àrimpuretédecctte origine : qu'elle en prend encore davantage du limon de la semence qui la produit ; qu'elle est faible, infirme , vicieuse , fâcheuse et incommode ; et pour achever k description de tous ses défauts, qu'elle

retourne dans la terre d'où elle est venue, qu'elle prend le nom de cadavre , qu'elle perdra même ce nom , pour n'en avoir plus du tout , et qu'enfin la mort la réduira à tel point qu'il n'y aura plus de terme qui puisse exprimer ce qu'elle est «Quoi! disent-ils encore, un homme sage peut-il se persuader que cette chair qui est disparue à nos yeux , qui est échappée à notre attouchement et même à notre mémoire, doive reprendre son être; qu'elle se remette en son premier état; qu'elle sorte de la corruption, et redevienne ce qu'elle n'est plus; que de morte qu'elle est, elle paraisse de nouveau dans une nature sdide; qu'elle repasse de la poussière à un corps, et du néant à quelque chose; et que les morts puissent ainsi se relever du sein des flammes, des abîmes des eaux, du ventre des bêtes brutes, des entrailles des poissons et des oiseaux, et de la gueule même du temps qui dévore et consume toutes choses ? Mais est-il possible que l'on espère de recouvrer cette même chair qui est périe par la mort, en sorte qu'un boiteux, qu'un louche, qu'un aveugle, qu'un corps couvert de lèpre, ou abattu de paralysie , que toutes ces personnes, dis-je, revivent dans leurs mêmes défauts et leurs mêmes maladies, sans qu'elles aient de la répugnance de retrouver leurs anciennes incommodités? ou si les corps ressuscitent tout parfaits, et sans infirmités, ceux qui en ont eu autrefois, ne craindront-ils point qu'elles ne leur reviennent? Que dirons-nous de tant de suites fâcheuses qui sont inévitables à la chair? sera- t-elle encore sujette aux nécessités de la vie? Faudra-t-il encore qu'elle boive et qu'elle mange ? Les poumons nageront-ils toujours dans ces liqueurs qui les humectent et les rafraîchissent? Une chaleur véhémente eufiammera-t-elle toujours les entrailles ? Le corps sera-t-il sans pudeur pour ces parties qui ne sont pas fort honnêtes? Et tous ses membres seront-ils toujours occupés à leurs fonctions naturelles? aura-t-il encore des ulcères, des blessures, et des fièvres? la goutte le ferat-elle toujours souffrir, et sera-t-il encore réduit à souhaiter la mort? Voilà certes un merveilleux motif de reprendre sa chair, que de vouloir b reprendre pour être obligé d'en vouloir échapper encore unefois. a J'ai rapporté ces objections de nos adversaires avec les termes les plus bon-* nêtcs qu'il m'a été possible , j'ai eu soin que mes

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paroles fussent accompagnées de pudeur et de bienséance; et certes il est incroyable combien il font que nous en souffrions de sales et de déshonnètes, tant des païens que des hérétiques, dans les conférences que nous avons avec eux. y. Gomme donc les esprits rudes et Ignorans n'ont point d'autres lumières que celles du sens commun; que les simples et ceux qui doutent de la vérité des choses divines se laissent encore troubler par ces notions qui leur viennent du sens humain; et que c'est la première machine dont on se sert partout contre nous, que de parler avec mépris de la chair, et de représenter la misère de sa nature, je crois qu'il est nécessaire d'abord de la défendre : il faut dire ses louanges pour repousser le mépris que l'on en faih Ainsi de la même sorte que les hérétiques nous obligent à faire les philosophes avec eux, ils nous obligent aussi à faire les rhétoriciens. Quand même ce corps faible et infirme, qu'ils appellent un mal, sans avoir horreur de ce qu'ils en disent, serait l'ouvrage des anges, selon qu'il a plu à Ménaodre et à Marc de l'avancer, quand ce serait la production de quelque ouvrier tout de flamme, qui fût aussi un ange, suivant la doctrine d'Apelles, puisque nous ne connaissons les anges qu'après Dieu , il suffirait pour la défense de la chair qu'elle eût la protection de leur seconde divinité. Et certes quel que soit ce Dieu grand et souverain que chacun de ces hérétiques se figure, je pourrais justement prétendre qu'il est le principe de la chair, et l'auteur de sa dignité, comme ayant eu en soi-même le dessein et la volonté de la produire; car sachant qu'elle se produisait , il l'eût empêchée s'il n^eût pas voulu qu'elle eût été produite. De sorte que, selon eux-mêmes, la chair est Touvrage de Dieu, parce que toute chose qui est appartient à celai qui a souffert qu'elle soit. Mais nous avons cet avantage, que la plupart des opinions et même les plus saines et les plus solides accordent à notre Dieu tout cet ouvrage de la création de l'homme. Tu sais bien quelle est sa grandeur et sa puissance, toi qui crois qu'il est unique. Que cette chair commence donc à te plaire, puisque l'ouvrier qui l'a produite est un ouvrier si grand. Mais le monde, dis-tu, est l'ouvrage de Dieu. Et cependant ^ selon le témoi-

«Cor.,7

gnage de l'apôtre, cetle beauté de l'univers passe et s*évanouira, cette agréable face du monde finira un jour, et l'on n'estime pas que ce monde qui périra doive être rétabli dans l'état qu'il aura perdu, pour être l'ouvrage de la main de Dieu. Que si tout l'univers étant détruit il ne peut recouvrer son être, que jugerons-nous d'une portion de ce même univers? Certes cet argument serait soutenable, s'il y avait égalité entre cette portion de l'univers et l'univers entier; mais nous disons qu'il y a une grande distance de l'un à Tautre. U faut donc considérer que tout a été fait par la parole de Dieu , et que sans elle rien n'a été fait >. La chair a été aussi produite par cette parole, selon cette forme d'agir que Dieu avait observée dans la création de toutes les autres choses, afin qu'il n'y eût rien qui eût été fait s'il n'avait été fait par la parole de Dieu. «Faisons l'homme, »a-t-il dit, avant que de le créer 2, et puis il a mis la main à louvrage de la création de Thomme, par une prérogative qu'il a voulu lui donner, afin qu'il ne se fit point de comparaisonde lui et de l'univers, a Et Dieu , dit-il, a formé l'homme,» En quoi se découvre une merveilleuse différence selon la diverse condition des choses ; car les choses que Dieu faiisait dans la structure de l'univers étaient inférieures à celui pour qui Dieu les faisait; il les faisait pour l'homme, et Dieu les lui donna incontinent après pour en être le maître. Ainsi les autres parties de l'univers avaient été produites par la seule vertu de la parole de Dieu, comme par un commandement absolu sur des créatures destinées au service de l'homme, et l'homme, au contraire, comme Seigneur de ces créatures, a été créé de la main propre de Dieu, afin que Dieu le formant lui-même, il pût les avoir sous sa puissance. Mais il faut se souvenir que ce que l'on nomme proprement la chair, c'est ce qui a eu la premi^e dénomination de l'homme. Et Dieu a formé l'homme . limon de la terre. Ce qui était encore limon de la terre est déjà Phomme, et il a soufflé en lui l'esprit de vie, et l'homme, c*est-à-dire le limon , a été fait âme vivante. Et Dieu a mis dans le paradis l'homme qu'il a formé, tellement que l'homme a été premièrement un corps fait de terre, et qu'après cela il a

«&Jean,l.*-«G«iiëie,2.

TERTULLIEN

élé rhommc entier : ces vérités que je te représente te doivent apprendre que tous les biens que Dieu a destinés et promis à Thomme, appartiennent non-seulement à Tâme, mais aussi É la cliair, et qu'ils leur appartiennent en comtaun , par le privilège du noin , si ce n'est pas pat* la société de leur origine.

VI. Mais je veux continuer mon sujet de la d^éàtiôn dé la chair, si toutefois il est possible que mes paroles dontlént autant â la chair, que lui a donné celui qui Ta Faite. Certes dès Finstant de sa création elle a été toute glorieuse , de ce que le limon, cette chose si basse et si abjecte , a été mànté par les mains de Dieu. De quelque nature qu'elles puissent être, le seul attouchement des mains de Dieu lui eût été un assez grand bonheur. Dieu ne pouvait-il pas filire rhonime eu un instatit et en touchant le limon seulement, sans apporter plus de façon pour achever son ouvrage P II s'agissait donc d ne opération tout à fait grande et importante, puisqull s'agissait de mettre en œuvre cette merveillettie matière. En étTet , autant de fbis qu'elle reçoit Timpression des mains de Dieu , autant de fois que ces divines mains la touchétit , qu'elles la manient , qu'elles la façonnent, et qu'elles travaillent à lui donner la ligure humaine, autant de fois la bonté de Dieu rélève à un état illustre et glorieux. Relhëts-toi dans la pensée que Dieu est tout entier oCéUpé snr cette teatièk*e; que tout ce qu'il est y est employé; que sa main, son esprit, son action, sa raisûti, sa sagesse, sa providence y travaillent ; mais surtout représente-toi éOh application admirable dans le dessein qu'il avait éU formant sur ce litnoh les ti^its et les linéaménsdu corps humain. Et certes , Dieu, ex- ))rimflnt une fbrme du li mon de la lerré^petlsat t à là nâissâiice future dé Jésus -GhMst dans la chaii"; il considérait qu^uti joui^ le Verbe serait botnmé; et comme la chair dé l'homme est Une expression du limon de la te)*re , il se lrèp^ésentait qu'alors le Verbe serait ce qu'est la ter^e, c'est-à-dire qu'il serait revêtu d'uh corps terrestre; car c'est ainsi que le l'ère parle à son Fils : «Faisons l'homme à notre image et â notre ressemblance.» Et Dieu a fait l'homme, c'est-àdire l'ouvrage de ses mains, il Ta fait à limage

de Dieu, c'est-à-dire de Jésus -Christ; car le Verbe est Dieu, et comme il est l'image de son Père , il n'a point cru que son égalité avec Dieu fût en lui une qualité U!)Urpée. Ainsi ce limon se revêtant dès lors de Timagede Jésus Christ, qui devait naître dans la chair, était non-seulement l'ouvrage de Dieu, mais aussi le gage précieux de l'incarnation du Verbe. Que sert-il donc, pour noircir l'origine de la chair, de représenter qu'elle vient de la terre, cet élément si sale et si abject i car quand même il eût été convenable de prendre une autre tnatière pour feire l'homme, il faudrait considérer en cela la dignité du Créateur qui, en choisissant celle-ci, l'aurait jugée digne d'être employée à un si excelletit ouvrage, et l'en aurait même rendue digne en la maniant. On adore l'ouvrage des ihains de Phidias, qui d'une pièce d'ivoire a fabriqué un Jupiter Olympien ; et cette pièce d'iVoire ti'est plus considérée comme la dent d'une béte brute et encore d'un si lourd animal, mais comme Une souveraine divinité pour qni le monde a tant de révérence. Won ! la révérence qu'on lui t*end n'est pas à cause que la matière est de dents d'éléphant,maisàÊause qUe la forme est de Phidias, ce sculpteur si savant et si admirable. Et le Dieu vivant , le vrai Dieu, eu se servant d'une matière, né l'aurait pd^ nettoyée de tout ce qu'elle avait de souillure et de bassesse, et délivrée de tout ce qui était en elle d'abject et d'infi^me! Sèra-t-ll dit, qu'uh homme ait fabriqué un dieu plus parfaitement que Dieu n'a pu formet l'homme? Mais je passe plus avant, et je dis que si le limon de là telrre est Une si vile matière, nous ne sommes plus en cet état. Ce que nous sommes est autre chose; il s'agit maintenant de la chair, et il ne s'agit plus de la terre ; et quand il est dit de la chair, « tu es terre, et tu retourneras en terre ^P ces paroles marquent l'origine de la chair et ne changent rien en sa substance. Elle a reçu cette prérogative, qu'elle est quelque chose de plus noble que son origine , et que passant à ce qu'elle est de- Venue, elle y a passé avec avantage. Ainsi Vor est terre, parce qu'il vient de la terre, mais il n'est terre que jusqu'au moment qu'il devient or; car dès qu'il devient or, il passe d'une matière rude et grossière à une matière extrême*

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ment noble et éclatante; de la même sorte Dieu a pu tirer de ces ordures , que tu attribues au limon, cette chair précieuse comme l'or, la purgeant , par te feu de son opération divine, de tout ce qu'elle avait de terrestre.

VU. Mais s'il te semble que la chair soit de moindre valebr, parce que la main de Dieu ne Ta pas vraiment maniée, comme il a manié le limon de la (erre , sache que Dieu maniant le limon afin d*en faire la chair, a travaillé en Faveur de la chair même. Ce n'est pas tout, et je veux même Rapprendre quand et par quelle voie la chair a été formée du limon, et en a tiré sa beauté et sa fleur ^ ; car il ne Faut pas croire ce que quelques-uns ont voulu Feindre , que d'abord le limon n'a pas été Fait chair, et qu'Adam et Eve ne reçurent cette superficie de chair et ces tuniques de peau que lorsqu'ils Furent chassés du paradis, puisque quelque temps auparavant Adam avait reconnu la propagation de la sub* stance en la personne de la Femme, selon cette parole qui témoigne que déjà elle était chair : « Ceci est l'os de mes os, et la chair de ma chair ^; » et que la c6te que Dieu tira du corps de l'homme avait été couverte de chair à Tinstant que Dieu en foi^ma la femme. Il me semble qu elle eût été ooaverté de limon si Adam eût été encore limon, et qu'en lui le limon n'eût pas encore été changé en chair. Il s'ensuit donc que le limon a été tout à Fait détruit et comme dévoré par Id nature de la chair, en laquelle il a été converti* Mais quand est-ce que cela s'est Fait? c'est lorsque l'homme a été Fait âme vivante par le souffle de Dieu, comme par une vapeur capable de consumer en quelque sorte le limon, et de lui faire prendre une autre qualité. Gomme le llnoon pouvait être changé en un vaisseau de terre, il pouvait de la mëmemanièreêtrechangé en chair : ainsi le potier irisant agir doucement l'activité du Feu sur son argile, la Fait passer à un autre corps, la convertit en une matière plus dure, et par les diverses Façons qu'il lui donne^ en fait des vases de différentes figures, y impri* mant une forme qui est plus belle que sa pre^ mière Forme, et qui par ce changement commence à Faire un nouveau genre, et à recevoir un nouveau nom. En eFFet, encore qu'il soit écrit « L'argile dira-t-elle au potier ), sc'est-à-dire

l'homme à Dieu, encore que l'apôtre ait dit: « Dans des vaisseaux de terre',» toutefois rhomme est argile, parce qu'auparavant il a été limon, et la chair est terre, par ce qu'elle tire sou origine du limon, qu'elle en a été formée par le souffle de l'esprit de Dieu, et qu'elle a depuis été revêtue de ces tuniques de peau, c'est-à-dire de ce cuir qui l'environne; de sorte que si on lève la peau , on fait paraître la chair toute nue, et que la même chose dont l'homme serait dépouillé si on l'écorchait, a servi à couvrir la chair lorsqu'elle a été formée. Ainsi Tapôtre disant, que la circoncision dépouille b chair', il confirme que cette tunique de peau e'est le cuir dont la chair est couverte. Gela étant donc^ le limon est tout glorieux d'avoûr eu l'impression de la main de Dieu, et la chair est encore plus glorieuse d'avoir reçu le souffle de cet esprit divin, par la communication duquel la chair a été délivrée de la première nature du limon et ornée de la dignité et de la noblesse de l'ame. Crois-tu être plus curieux que Dieu même? Et si tu n'enchâsses pas des pierres précieuses, des diamans de prix apportés de Scythie, ou des Indes, des perles de la mer rouge, d'une blancheur admirable, ou dans du phimb, ou dans de l'airain , ou dans du fer, ou même dans de Targent, et que tu prennes le soin de les faire mettre en œuvré dans de l'or très-pur et parfaitement travaillé; si tu prépares des vaisseaux propres et proportionnés à la qualité des vins eicellens et des liqueurs précieuses que tu y veux verser; et si enfin tu donnes un riche fourreau à une épée d'un acier choisi et d^une bonne trempe, penses-tu que Dieu ait traité moins favorablement l'ombre dé son âme, le souffle de son esprit , l'opération de sa parole , et qu'il l'ait mise dans quelque vaisseau abject et indigne d'elle, comme s'il eût voulu témoigner lé mépris qu'il en foisait en la logeant si mal? Mais, dirons-nous, qu'il l'ait logée dans la chair, ou plutôt qu'il l'ait jointe à la chair, et qu'il ait fait un tel mélange de l'un à l'autre, et mis entre elles une liaison si étroite, qu'elle laisse en doute si c'est la chair qui porte Tàme , ou si c'est l'àme qui porte la chair, si c'est la chair qu* vient à l'âme, ou si c'est l'âme qui vient à la chair, toutefois l'on doit croire que .c'est l'âme qui,

« tiixa.,9, U. Cor., 4. — > Gotoii., 8.

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comme la matlresse vient à la chair, parce qu'elle est la plus proche de Dieu, et c'est une chose qui relève extrêmement la gloire de la chair, de ce qu'elle contient cette âme, toute proche qu'elle est de Dieu, et qu'elle lui conserve la possession de l'empire qui lui appartient. En effet , n'est-ce pas par le ministère de la chair que l'âme jouit de tous les dons de la nature, de tout ce que le monde a de richesses, et de tout ce que les élémens nous offrent de doux et d'agréable? N'est-ce pas par elle qu'elle se sert de tout cet appareil des sens naturels, de la vue, de Toule, du goût, de l'odorat et de FatlouchementP N'est-ce pas par elle qu'elle produit des eflets d'une puissance toute divine, faisant toutes choses par la force de la parole, devancée parla parole intérieure? Et certes, la parole s'exprime par l'organe de la chair; par elle nous viennent les arts et les sciences, par elle l'esprit fait éclater ses inventions; par elle se font tant d'excellens ouvrages; par elle se conduisent les aflEaires; par elle les hommes se rendent mutuellement leurs devoirs. Tellement que comme dans toute la vie de l'âme, tout ce qu'elle a de fonctions appartient â la chair, il s'ensuit qu'en l'âme, la privation de la vie, n'est autre chose que sa séparation de la chair. Ainsi le propre de la chair étant de vivre, il est pareillement de sa nature de mourir. Et enfin si toutes choses sont soumises â Tâme par la chair, elles sont aussi soumises â la chair, car il ne se peut que ce qui sert à faire jouir de quelque chose ne participe pas â la jouissance de la même chose. La chair donc, en tant qu^elle prête son ministère et son service â l'âme, est appelée avec elle â la possession de ses biens. Que si elle est sa cohéritière quant aux biens temporels, pourquoi ne le serait-elle pas quant aux biens éternels?

VIII. Voilà ce que je puis remarquer que la chair possède de plus avantageux des dons communs de la nature humaine; voyons maintenant les dons qui lui sont propres ;^r le nom de chrétien qui lui appartient, et combien cette matière faible et abjecte reçoit de giualités illustres et de prérogatives de la bou^é de Dieu. Certes pour la gloire de la chair il lui pourrait suffire qu'il n'y a point d'âme qui pnisse obtenir le salut , si elle ne croit en Dieu pendant qu'elle vit dans la chair; tant il est vrai que la chair est œ qui soutient l'édifice du salut. M^is je dis

plus , quand l'âme est choisie de Dieu pour entrer â son service, c'est la chair qui fait qu'elle y peut être reçue. En effet on baptise la chair afin que l'âme soit nettoyée de ses ordures ; on donne l'onction â la chair pour opérer la consécration de l'âme, on marque sur la chair le signe de la croix, afin que l'âme en soit fortifiée contre son ennemi ; la chair reçoit l'imposition des mains afin que l'âme soit éclairée d'une lumière spirituelle; enfin la chair est nourrie de la viande céleste du corps et du sang de Jésus- Christ, afin que l'âme soit remplie et engraissée de la substance de Dieu. Cette chair et cette âme donc qui sont jointes dans l'opération, ne peuvent être séparées dans la récompense; car ces sacrifices si agréables â Dieu , je veux dire ces peines et ces afflictions de l'âme, ces jeûnes si sévères, ces viandes toutes sèches, cette abstinence jusqu'au soir, ce sac et cette cendre , cette crasse et ces saletés qui sont inévitables à ce genre de vie, et qui semblent en être des suites et des dépendances, la chair les renouvelle à toute heure sur soi-même au prix de mille incommodités. D'ailleurs la virginité, le veuvage , l'abstinence secrète de l'usage du mariage, la liberté de cette conjonction l^itime bornée à un seul mariage, sont des victimes dont la chair fait de ses propres biens des holocaustes à Dieu. Mais quel sentiment as-tu de la chair lorsque sortant de l'horreur des prisons pour paraître à la vue des hommes , et étant exposée à la haine publique â cause de la fidélité qu'elle garde au nom qu'elle porte, elle livre de si généreux combats; lorsqu'elle est enfermée dans les cachots, ces lieux terribles, où l'on est comme exilé delà lumière, où l'on ne voit rien que de sale et de malpropre, où tout est puanteur et ordure, où ce que l'on donne même pour vivre est gâté et corrompu, et où enfin la chair ne jouit pas librement du sommeil, puisque dans le lit même elle supporte ses chaînes, et que la paille où elle couche la blesse et lui sert de tourmente? Que penses-tu encore de cette chair lorsque étant produite à la lumière du jour, on se sert de tout ce que la rage des bourreaux peut inventer de plus cruel pour la déchirer et la mettre en pièces; lorsque par un généreux effort elle périt peu â peu dans les supplices, pour tâcher de rendre la pareille à Jésus-Christ en mourant pour lui, et bien soa-

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veat mourant sur la croix comme lui, et même par des tourmens qui ont encore plus dinhumanité et de fureur? O chair fortunée et glorieuse^ qui peut satisfiaire à Jésus-Christ par le paiement d'une si grande dette, en sorte qu'il«n'en reste autre obligation, sinon que cette dette est effacée^ et qu'elle ne lui en est plus redevable, mais obligation nouvelle d'autant plus étroite que la première est éteinte et que Jésus-Christ Ten a déchargée !

IX. Ainsi pour reprendre ce que j'ai déjà touché, cette chair que Dieu a créée àson image, et qu'il a formée de ses propres mains, qu'il a animée de son souffle et de son esprit ^, lui donnant une vie semblable à la sienne ; qu'il a préposée à toutes ses œuvres merveilleuses, pour les posséder, pour en jouir, pour en être la souveraine, et pour user sur toutes d'un absolu commandement ; qu'il a revêtue de la robe précieuse de ses divins mystères, qu'il a honorée de la grâce de ses sacremens, et de la sainteté de ses lois ; dont il aime la pudeur et Fhonnèteté ; dont il approuve les mortifications et les travaux; dont il se consacre les passions par le prix inestimable que nous recevons de sa bonté : cette chair, dis-je, qui appartient à Dieu par tant de titres, ne ressuscitera-t elle point ? Non, non, il ne faut point craindre que Dieu abandonne à une mort qui soit sans retour à la vie l'ouvrage de ses mains, l'objet des soins de son esprit , celle qui a reçu le souffle de sa divine bouche, cette reine de toutes ses créatures, l'héritière de tous les biens que sa libéralité a versés sur l'homme avec tant de profusion, cette chair qui porte le caractère du sacerdoce de sa religion toute sainte^ cette guerrière qui soutient de si illustres combats pour rendre à sa majesté le témoignage qu'elle lui doit, et enfin cette sœur de son Fils Jésus-Christ. Nous connaissons un Dieu qui est bon, nous apprenons qu'il y a un seul Dieu très-bon^, et nous en sommes instruits par le Christ de ce seul Dieu souverainement bon. Comme il commande la iilection du prochain, après celle que l'on doit avoir pour lui , il fera lui-même ce qu'il commande; il aimera cette chair qui lui est proche en tant de feçons. Si elle est infirme, la vertu se perfocti<Hme dans l'infirmité ; si elle est

> Genèse, 2. - • S. Luc » 18 ; S. Ilatm.,22 ; II. Cor., 12.

Faible et malade, il n'y a que ceux qui se trouvent en cet état^, qui cherchent le médecin ; si elle a quelque chose de déshonnète, c'est des choses de cette smte que l'on parle avec plus de préfaces d'honneur : si elle est perdue : «je suis, dit'il, venu pour sauver ce qui était perdu 2. j> Si elle est pécheresse :« j'aime mieux, dit-il, le salut que la mort du pécheur^. «Si elle est condamnée : «je blesserai , dit-il , et je guérirai ce que j'aurai blessé^ ». Pourquoi reproches-tu à la chair ce qui attend la gloire et la possession de Dieu , ce qui espère en Dieu, ce que Dieu honore, ce qui reçoit les assistances de Dieu? J'ose dire que si ces accidens ne fussent point arrivés à la chair, la bonté, la grâce, la miséricorde, toute la force, et l'abondance des bienfaits de Dieu fût demeurée inutile et sans effet.

X. As-tu connaissance des Écritures qui déshonorent la chairPapprends aussi celles qui relèvent son honneur. Us-tu les passages des saintes lettres qui portent le mépris de la chair? jette aussi les yeux sur ceux qui marquent sa gloire et son prix. Il est écrit que a toute chair est vile comme de l'herbe^ ;» mais ce n'est pas la seule chose qu'ait prononcée Isaïe^; il a encore dit : « Toute chair verra Dieu le Sauveur^. »()n remarque que Dieu a dit dans la Genèse: «Mon esprit ne demeurera point dans ces hommes-là, parce qu'ils ne sont que chair ^; » mais le prophète Joël a dit : «Je répandrai mon esprit sur toute chair ^. » Il ne suffît pas que tu connaisses l'apôtre, lors qu'il aiguise son stylet contre la chair, comme il fait assez souvent ; car encore qu'il nie qu'il y ait rien de bon dans sa chair ^<>, encore qu'il assure que ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu, «parce que la concupiscence de la chair s'élève contre l'esprit; quoiqu'il exprime d*autres choses semblables, qui toutefois ne vont pas à déshonorer la substance de la chair, mais seulement à découvrir la honte des actions charnelles, nous dirons ailleurs qu'il n'y a rien que l'on puisse reprocher à la chair, sans faire rejaillir le reproche contre Tâme qui se sert du mmistère de la chair. Cependant nous pouvons remarquer que lorsque saint Paul fait entendre sa voix dans ces expressions qui semblent faire

» a Luc, 5. — • 1. Cor., 12.- • S. Luc , 19. *É2éch., c. 18 et 33; Deut.,32. — » l«ffle, 40. — • Ibid. »Gcnè«e, 6. - • Joël, 2. - » Kom., 8. - «« Galat, 6

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TERTULLIRN,

bonté à la chaip, ea même temps il porte sur son oorps les marques des plaies de Jésus-Ghrist, il défend de laisser corrompre ce temple qui est noire temple S oomme il est le temple de Dieu ; il fait de nos corps les membres de Jésus-Gbrist; il nous avertit de porter et de glorifier Dieu en notre corps. Si donc les ignominies de la chair sont des raisons qui excluent sa résurrection, pourquoi ne dironsruous pas et avec plus de justice, que ses prérogatives sont des fbndemens assurés qui établissent Tespérance de cette même résurrection? Certes, il est plus convenable à Dieu de sauver ce qu'il semble avoir eu quelquefois en aversion, que de laisser tout à hit périr ce qu'il a aussi quelquefois fevorisé et honoré de sa bienveillance.

XI. Ce que j'ai dit jusqu'ici est pour servir d'éloge et de défense à la chair contre ceux qui se déclarent ses ennemis, et qui toutefois ne laissent pas de faire profession d'une amitié très-étroite avec elle; car il n'y a personne qui vive plus selon la chair, que ceux qui nient la résurrection de la chair, parce que ne voulant pas convenir des peines qui suivent les actions de la chair, ils ne font point d'état de la retenue dont elles doivent toujouis être accompagnées; et c'est d'eux que le Paraclet a si bien parlé par la bouche de Prisca, cette femme douée de Tesprit de prophétie : «Ils ne sont que chair,dit-eUe, et néanmoins ils baissent la chair.» Que si la dignité de la chair est assez bien établie pour lui faire mériter le salut , ne devons-nous pas mettre aussi au rang des causes qui relèvent à cette félicité, la puissance de Dieu, cette autorité avec laquelle il feit toutes choses? Ne devons-nous pas rechercher, s'il est si grand , que ce tabernacle de chair étant disparu, ayant été ou dévoré ou ravi par quelque accident que ce soit, il puisse le remettre en son premier état? Mais n*a-t-il pas donné des témoignages publics de sa toute-puissance dans. toutes les parties de la nature, pour obliger ft la croire ceux même qui peut-être n'ont enoore aueiine connaissance de cet être éternel , lui en qui l'on ne croit point , si l'on ne croit qu'il est partout , et que sa puissance n'a peint de bornes? Et de vrai, s'il y a des philosophes qui soutiennent que ce monde est éternel, qu*il n'est poiqt qé, qi^'U n'a point

>Gaiat,a;I.Gor.,8.

été fait, presque toutes les sectes qui se sont élevées dans le christianisme en ont bien mieux jugé, ayant cru que le monde est né et a été fait , et attribuant à notre Dieu sa naissance et sa création. Tiens donc pour certain que Dieu a tiré du néant tout cet univers; et ayant cette opinion ferme et assurée que Dieu a une si grande puissance, tu as la connaissance de oe qu'il est. Il est vrai qu'il y a des esprits Incapables d'embrasser cette créance, qui se persuadent plutôt selon le sentiment de quelques philosophes que Dieu a formé l'univers d'une matière première et incréée. Mais quand cette opûiion serait véritable, puisqu'elle suppose que Dieu aurait tiré de cette matière première beaucoup de substances et beaucoup d'espèces toutes distinctes de ce principe, je ne laisserais pas de soutenir qu'il a tiré ses créatures du néant, s'il a produit des créatures qui n étaient point auparavant. Car qu'importe-t-il qu^une chose soit faite du néant ou de quelque autre chose, pourvu que ce qui a été h\t soit ce qui n'était pas, puisqu'il n'y a point de différence entre n'être rien et n'être point, et qu'au contraire l'on ne peut pas dire que ce qui a l'être ne soit rien? Il y a plus, car quand même cette diversité de principe, ou du néant ou d'une matière première, serait Importante, je trouve mou avantage paiement en l'un et en l'autre ; car, soit que Dieu ait créé toutes choses du néant, il pourra aussi tirer du néant la chair, après qu'elle aura été réduite dans le néant ; soit qu'il ait formé l'univers d'une autre matière, il pourra rappeler d'une autre matière la chair, quelque engloutie et consumée qu'elle puisse être. Et certes celui qui a fait une chose la peut refaire. C'est une opération plus grande de faire, que de refaire ce qui a été feit, de donner le commencement à quelque chose, que de lui restituer œ qu'elle a été ; et enfin tu dois croire que c'est une œuvre plus facile de rendre la vie à la chair que de l'avoir créée.

XU. Mais jette maintenant les yeux sur ces exemples que nous avons de la puissance de Dieu : le jour meurt au moment que la nuit commence, et les ténèbres qui l'enveloppent de toutes parts sont comme son sépulcre : toute cette beauté du monde s'iiabille de deuil ; l'univers n'a point de substance qui ne soit comme dans un vêtement lugubre, une extrême n^ligence

dMionore (outes choses, le silence et le sommeil régnent partout, et partoat les affaires cessent et sont sans action. Ainsi Ton déplore la perte de la lumière, et toutefois die revient tout «itière éclairer cet univers; elle reprend la vie avec tous ses ornemens et (outes ses grâces, accompagnée de ses astres et de son soleil ; elle donne la mort à la nuit, qui est sa mort; elle franehit Tépaisseur des ténèbres, qui est son sépulcre; elle se succède à soi-même, tant que la nuit retourne avec son appareil : alors les étoiles, dont les rayons avaient été éteints par les flambeaux du matin,se rallument; les astres, qui semblaient n'être plus et qui ne s'étaient absentés que pour un temps , paraissent de nouveau à nos yeux; ces miroirs du corps de la lune, dans le lustre Inégal qu'elle a tous les mois, se représentent avec ce qu'ils ont de splendeur et de clarté ; on sent le retour des hivers et des étés, des printemps et des automnes, et par une continuelle vicissitude l'on éprouve la vertu des productions différentes et des diverses qualités de leurs saisons. C'est encore le propre de la terre , par la fécondité qu'elle reçoit du ciel, que les arbres, après avoir été dépouillés de leurs richesses, se parent de nouveaux trésors; que les fleurs reprennent leurs couleurs si belles et si agréables; que les jardins repoussent de nouveau et reproduisent leurs herbes; que les mêmes semences qui ont été consumées dans le sein de cette mère féconde se relèvent, et qu'elles ne se relèvent qu'après avoir été consumées. Secret merveilleux de la Providence ! la terre nous prive de nos biens pour nous les conserver; elle nous les ôte pour nous les rendre. Quand elle les prend, elle ne fïit que nous les garder; elle les consume pour nous les restituer tout entiers, et elle les coosume d'abord pour nous en faire après des présens plus riches et plus magnifiques. En effet ce qu'elle nous rapporte est plus beau et plus abondant que ce qu'elle nous a ravi et qu'elle a ftlt périr, tellement que la perte qui nous en arrive n'est effectivement qu'un prêt que nous lui faisons; qu'elle nous paie l'usure de ce qu'elle nous prmd, et que nous trouvons de l'anité dans le dommage que nous en souffrons. Et pour dire tout en un mot, la nature est sujette à cette révolution ; tout ce que tu trouves •ujourdliui a été autrefois; tout ce que tu perds

n'est pas tellement perdu qu'il ne soit plus et qu'il retombe dans le néant; les choses qui s'en vont après qu'elles sont disparues reviennent à leur premier état, et celles qui sont finies, par un merveilleux changement , recommenceût d^être ce qu'elles étaient, et Ton peut même dire qu'elles ne finissent qu'afin de recouvrer leur être; tant il est vrai que rieq ne pérît que pour son bien et pour être plus heureusement conservé. Certes, cette belle vicissitude de toutes choses est une excellente preuve de la résurrection des morts. Dieu en a donné des témoignages par ses œuvres avant que d'en donner par les Écritures; il l'a enseignée par les effets de sa puissance avant que de l'enseigner par sa parole. Il t'a donné la nature pour recevoii d'elle tes premières instructions, et ayant destiné de t'envoyer les prophètes, pour seconder les Instructions de la nature, il t'a fait disciple de la nature afin de te disposer à croire plus facilement aux prophètes, en telle sorte que sans hésiter tu admettes pour chose véritable ce que l'on t'annonce de conforme à ce que tes yeux te font découvrir en toutes les créatures , et que tu ne puisses douter que Dieu de qui tu as cette connaissance , qu'il est le restaurateur de toutes choses , ne le soit aussi de la chair, par une vraie résurrection. En effet , en pourrais-tu douter, voyant que toutes choses ressuscitent pour l'homme, à qui elles ont été destinées? mais si elles n'ont point été faites pour l'hoDune, si elles n'ont point été faites pour la chair, quelle apparence y a-t-il donc que cette chair, pour la considération de laquelle rien ne périt, et qui ne soufFre la perte entière d'aucune des créatures, doive elle-même périr entièrement?

XIII. Que si ce qui se passe en général dans tout l'univers ne prouve pas assez la résurrection des morts ; si la création ne montre rien de pareil ; si les choses singulières qui sont dans )a nature n'en sont pas des figures assez expresses, parce que l'on ne peut pas si bien dire qu'elles meurent, que l'on peut dire qu'elles cessent d'être, et que Ton n'estime pas qu'elles reprennent une âme qui les ranime, maïs que de l'état de non être elles reviennentàrêtre;fais réflexion sur un autre exemple que J0 vais te proposer, qui est une preuve tout à fait Juste et puissante de notre résurrection. Je parle d'une production de nature animale, sujette à la vie et à h mort»

TERTULLIEN

de cet oiseau qui ne se voit qu'en Orient, si renomiué en ce qu'il est unique et qu'il n'a point de pareil, et dont la renaissance, source de sa postérité, a quelque chose de monstrueux ; car se faisant de son propre instinct ses funérailles, il se renouvelle; pour renaître il perd la vie, et en la perdant il devient son successeur à soimême dès l'instant qu'il n'est plus; il est un nouveau phénix, et quoiqu'il ne soit plus il est encore le même; enfin c'en est un autre, mais un autre tout semblable à celui qui n'est plus. Se peut -il rien voir de plus exprès et de plus formel sur le sujet que nous traitons, et y a-t-il quelque autre chose que celle-là, pour laquelle cet exemple si propre à nous instruire ait pu nous être donné? Dieu même l'a marqué dans l'Ëclriture :« Il fleurira, dit-il, comme le phénix ^, » c'est-à-dire qu'il triomphera de la mort et du sépulcre, afin que tu croies que la substance du corps peut être rappelée du sein même des flammes. Motre-Seigneur a prononcé que nous sommes dans un degré d'excellence au-dessus de idusieurs passereaux >. Certes ce ne serait pas un iprand avantage, si nous n'excellions point aussi jiar-desstts des phénix : mais peut-être que les hommes mourant une fois périssent pour toujours, tandis que les oiseaux d'Arabie sont assurés de leur résurrection.

XIV. Dieu donc ayant exprimé ces traits admirables de sa puissance, et se pouvant dire qu'il ne les a pas moins représentés par les fi- (;ures de ses paraboles que par la vertu de ses paroles divines, nous devons passer de cette considération à celle des causes profondes de ses conseils et des décrets de sa justice; cac c'est ainsi que nous formons la division de notre matière. Nous avons commencé par la dignité et le mérite de la chair, examinant si elle est de telle qualité que, étant détruite par la mort, elle soit capable de recevoir le salut. Après cela nous avons touché l'argument de la puissance de Dieu, recherchant si elle est si fjrande qa'die ait accoutumé de conserver Tètre à qui n'est plus, et de le remettre dans l'état qu'il a perdu. Que si nous avons prouvé l'un et l'autre, je t'interpelle maintenant de me demander la cause de la résurrection de la chair, et de désirer que je t'apprenne s'il y a quelque

*PMume9l.-*S.BIalth.»20.

cause assez pertinente pour assurer la vérité d'une chose de cette importance, quelque cause qui fosse voir que la résurrection des corps est nécessaire et qu'elle est conforme à la raison et à la justice de Dieu. En effet l'on peut opposer, que si la chair est capable d'être rétablie, si la Divinité a la puissance de la rétablir, il fout qu'il précède une cause pour laquelle elle doive être remise dans cet état dont elle a été dépouillée par la mort. Ecoute donc quelle est cette cause, toi qui apprends de ton dieu qu'il est aussi vrai que Dieu .est souverainement bcm, qu'il est vrai qu'il est juste, souverainement bon par lui-même, et juste par notre attentat ; car si l'homme n'eût point péché il n'eût connu Dieu qu'en la qualité qui lui est propre par sa nature de principe souverainement bon, mais maintenant il l'éprouve juste par la nécessité de la cause qu'il lui en a donnée : cependant Dieu est souverainement bon en ce qu'il est juste, parce que faisant éclater sa justice, en soutenant le bien et en punissant le mal, les jugemens différens qu'il rend sur le bien et sur le mal produisent toujours un bien, soit qu'il châtie l'un, soit qu'il récompense l'autre. Mais de savoir si toute cette rigueur du jugement de la nature humaine est une chose convenable à Dieu , tu le peux apprendre plus particulièrement de mes livres contre Marcion. Cependant nous disons que tel est Tétat de notre Dieu ; c'est à bon droit qu'il est notre juge , parce qu'il est notre seigneur; c'est à bon droit qu'il est notre seigneur, parce qu'il est notre auteur ; c'est à bon droit qu'il est notre auteur, parce qu'il est Dieu. D'où vient qu'il y a un je ne sais qui parmi les hérétiques, qui a dit : Je pense à bon droit qu'il n'est pas notre juge , parce qu'il n'est pas Dieu ; j'estime à bon droit qu'il n'est pas notre seigneur, parce qu'il n'est pas notre auteur. Et certes je ne puis dire si le dieu de ces hérétiques est dieu, lui qui n'est pas notre auteur, qualité qui convient seulement au vrai Dieu ; lui qui n'est pas notre seigneur, qualité qui ne convient qu'à notre auteur. S'il appartient donc à Dieu, en qualité de seigneur et d'auteur de l'homme, de l'appeler au tribunal de sa justice pour le juger, ce qui sera exposé au jugement de Dieu , c'est si l'homme aura fait son devoir de reconnaître et d'honorer son seigneur et son auteur, ou s'il n*auni point feit

DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR

état de satisfaire à cette obligation, et c'est la résurrection qui doit achever ce jugement redoutable. Ainsi toute la cause, mais plutôt la nécessité de la résurrection dépend de la destination du jugement de Dieu, de ce décret si convenable à sa grandeur, et à Tautorilé qu'il a sur ses créatures; de sorte que ce qu'il faut maintenant examiner est si le jugement de Dieu par Tordre de sa providence prononcera sur les deux substances qui composent lliomme,sur rame et sur la chair ; car il est sans doute que ce qui doit être jugé doit aussi être ressuscité. Nous disons donc premièrement qu'il faut croire que le jugement de Dieu sera plein et par&it, parce que ce sera le jugement final, et qu'en qualité de jugement final il sera étemel, d'où U s'ensuit encore que ce jugement siera accompagné de toute justice, en ce qu'il ne traitera pas inégalement l'àme et la chair, et il sera digne de Dieu en ce qu'après une si longue patience que Dieu aura eue, il s'étendra sur tous dans une plénitude et une perfection tout entières; or cette plénitude et cette perfection du jugement de Dieu ne consistent qu'en ce que l'homme tout entier comparaîtra pour être jugé, et comme l'homme est un composé des deux substances de l'àme et du corps, il doit comparaître à ce jugement en l'une et en l'autre substance, parce qu'il faut que l'homme qui n'a vécu que tout entier, soit aussi jugé tout entier, et il sera jugé tel qu'il a vécu, parce qu'il doit être jugé sur tout ce qu'il a fait durant qu'il a vécu; en effet, la vie de l'homme est la cause de son jugement,et elle doit être examinée par autant de substances qu'elle en a eu pour i^ire ses fonctions sur la terre.

XV. Mais que nos adversaires, qui ne veulent pas convenir de ces vérités, divisent l'union qui est entre la chair et l'âme, qu'ils commencent à la diviser en ce qui regarde les oeuvres de rhomme durant cette vie, pour avoir après cela l'audace de la diviser dans le prix et la récompense que ces mêmes œuvres doivent recevoir de la bonté de Dieu. Qu'ils nient que la chair et ràme^soient dans une société d'actions et de mérite, afin qu'ils aient aussi sujet de nier la récompense qui leur est préparée; que la chair n'ait point de part à la sentence, si elle n'a point de part à la cause pour laquelle la sentence sera iMnonoée; que Tâme seule soit rappelée au

jugement de Dieu , si elle sort toute seule de la vie. Mais certes, elle ne sort non plus seule de la vie, qu'elle n'a fait seule la course de la vie d'où elle sort. Au reste il est si peu vrai que l'âme fasse seule la course de la vie, que nous n'ùtons pas même à la chair les pensées de l'esprit, quoiqu'elles soient encore toutes nues eC qu'elles n'aient point passé à l'action par le ministère de la chair. En efFet , ce que le cœur conçoit, l'âme l'opère daas la chair, avec la chair et par la chair. Enfin Notre-Seigneur reprenant les pensées des hommes, donne atteinte à cette partie qui est de chair, et qui est aussi la partie supérieure, et coinme la forteresse de l'àme : «Qu'est-ce que vous pensez, dit-il, de méchant dans vos cœurs i?» Et ailleurs : «Geluiqui regarde une femme par esprit de concupiscence, a déjà commis l'adultère dans son cœur ^ ; » tant il est vrai que sans l'œuvre et sans l'effet , la pensée seule est une action de la chair. Mais que la faculté qui préside aux fonctions de l'âme, et où est le principe des sens, soit placée ou dans le cerveau , ou au milieu d'entre les sourcils, ou en quelque autre partie qu'il plaira aux philosophes, le lieu où l'àme forme ses pensées c'est toujours la chair; tant que l'âme est dans la chair, elle n'est jamais sans la chair; et comme elle n'est point sans la chair, elle ne lait aucune chose, que ce ne soit par elle qu'elle la fait. Recherche encore après cela si les pensées se servent dans leurs opérations de l'entremise de la chair, elles qui se découvrent au dehors par le moyen de celte même chair; si l'âme médite quelque chose, le front en porte la marque et le caractère: le visage est le miroir de tout ce que nous avons dans l'esprit et de nos plus secrètes intentions. Que nos adversaires qui ne peuvent dénier à la chair la société des pensées, lui dénient la société des œuvres. Il est vrai qu'ils font le dénombrement des vices de la chair, d'où il s'ensuit que cette pécheresse sera livrée au supplice qu'elle a mérité par son péché; mais quant à nous, la raison veut que nous leur opposions les vertus de la chair, d'où il s'ensuit que la chair ayant vécu dans de bonnes œuvres en recevra la récompense. Que si c'est l'âme qui agit et qui excite toutes les actions humaines, le mérite de la chair consiste dans l'obéissanet

i9kMaUli.,0»->S.lllaltii.|ii

qu'elle rend à ses bons mouvemens. Il de faut point croire que Dieu soit un juge ou injuste ou sans connaissance, injuste sll 6te la récompense à celle qui est la compagne de Tâme dabs les bonnes œuvres, sans connaissance sll etemple des supplices celle qui est la compagne de Tàme dans ses mauvaises oeuvres; et cela est d'autant moins croyable de Dieu, que même dans la distribution de la justice humaine, c'est être juge parfeit que de rechercher exactement les ministres du mal , de n'user point d'indulgence qui sauve les auteurs du crime qu'ils ont commis, ettle ne leur envier pas que les peines ou les grâces soient communes entre eux et ceux qui les ont rendus criminels.

XVI. Or, en attribuant h l'âme la gloire du commandement, et à la chair le mérite de Tobéissance, il faut prendre garde que nos adversaires ne ruinent pas par un autre argument ce que nous avons établi , tâchant d'insinuer que la chair est destinée au service de l'âme, mais non pas en qualité de ministre pour Texécution de ses ordres, de peur que convenant de cette qualité, ils ne fussent contraints de la reconnaître pour compagne de l'âme, et comme étant en société avec elle. Ils diront que les ministres et les associés sont des hommes qui sont maîtres de leur volonté , et qu'étant en leur liberté d'ao cepter et le mltiistère et la société, il est juste que le mérite soit commun entre eux et ceux dont ils sont les ministres et les associés, et auxquels4ls engagent volontairement leurs soins et leur travail : mais que la chair qui n'a ni connaissance ni sentiment par elle-même, et qui n'a point de soi la puissance de vouloir ou de ne vouloir pas, est plutôt auprès de l'âme comme un vaisseau ou comme un instrument que comme un ministre pour agir avec elle; que de cette sorte H n'y a que l'âme qui doive répondre au jugement de Dieu de la manière dont elle aura usé 8u vaisseau de la chair : mais que quant au vaisseau il ne doit point souffrir de jugement , parce que l'on ne condamne point une coupe si quelqu'un y a mêlé du poison, et que l'on ne livre point le glaive à la fureur des bêtes farouches, â cause que les voleurs s'en sont servis pour commettre leurs crimes. Il faut donc avouer que la chair, eticeque les mauvaises œuvres ne lui seront point imputées, est véritablement innocente, H il n^ a point de répu-

TERTDLLIEÏf.

gnance que soh innocence soit la cadie de son salut, parce qu'encore qu'on ne lui attribue pas les bonnes œuvres, non plus que les mauvaises, il est de la bonté de Dieu de sauver ce qui est dans l'innocence. En effet Dieu doit le salut â ceux qui font le bien, et il lui appartient en qualité de très-bon de donner même ce qu'il ne doit pas. Mais je reprends cet exemple de la coupe , je ne dis pas seulement de cette coupe envenimée qui par la véhémetice du poison qu'elle a répandu dans le corpS lui a fait en un instant rendre l'âme, je parle aùèsi dé celle qui a été infectée de Thaleine de quelque sofcière, de quelqu'un de ces vilains ptêtres de Gybèle, de quelque gladiateur^ ou plutôt de quelque bourreau , et je demande si l'on doit avoir moins eu horreur une telle coupe que les baisers de ces sortes de gens, lors même que Ton nous présente un verre qui n'est pas assez net, ou un vase où le vin n'a pas été trempé autant que nous le voulons, nous le rejetons rudement, et le rebut que nous en faisons nous donne sujet de nous fâcher contre notre valet qui nous le présente? Mais y a-t-il quelqu'un qui puisse souffrir un glaive que les forfaits des brigands ont comme enivré de sang, et qui ne Téloigne non-seulement de sa chambre et du chevet de son lit, mais de toute sa maison, s'imaginant que s'il y demeurait il n'aurait en songe que des illusions, et ne verrait que des images des âmes arrachées de leurs corps , qui le troubleraient dans son sommeil , comme faisant coucher avec lui et ayant sous sa tête cette épée criminelle, encore rouge de leur sang? Au contraire oa chérit une coupe qiii n'a été employée qu'à un bon usage et à un honnête ministère , et qui est recommandable par les services que Ton en a reçus : celui à qui elle servira , ou ornera les bords de couronnes, ou la couvrira de fleurs; un glaive même qui s'est ensanglanté dans des occasions de guerre, et de légitimes combats, et qui est certes homicide, mais plus justement que ce glaive de brigands, recevi^a la louange

3ui lui est due par les trophées que l'on es fera ans les temples oh il sera glorieusement consacré. Il est donc vrai que l'on peut même attacher la condamnation sur les vaisseaux et les instrumens; et il le faut, afin qu'ils participent aux mérites des ouvriers qui les ont faits, et qu'ils aient aussi part â ceux de leurs propres

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

daltm. Ainsi je pense avoir pleiDemedl sAtts- Mi à cet argument de nos adfersaires, quoique d'ailleurs leur exemple ne puisse passer pour juste, si l'on s'arrête à la différence des dioses ; car tout vaisseau et tout instrument qui sert à quelque usage, vient de deiiors à cet usage, et ce n'est point par sa nature qu'il y sert, et c*est une matière qui est tout à iàit étran^re i la substance de Tbomme. 11 n'en est pas de même de la chair, et cdmme dès le ventre maternel elle est conçue, formée et engendrte avec Tâme, elle est aussi mêlée aVec l'àme dans toutes les opérations tiumaines ; car encore que le nom de vase soit donné par Fapôtre à la chair >) voulant qu'on la traite avec honneur et avec respect, le même apôtre la nomme elle-même «Thomme extérieur, » elle qui est ce limon, lequel a reçu dès le commencement le nom d'homme et non celui de coupe , de glaive , ou de quelque vaiaseau que ce soit : la chair a été nommée vaisseau à cause qu'elle reçoit et qu'elle contient l'âme; et elle a eu le nom d'homme, à fcause de la participation de la nature, qui la i^it coopérer avec l'âme, non pas comme un instrument, mais comme une compagne qui l'assiste de son ministère; ainsi cette compagne à raison de son ministère répondra au jugement dé Dieu, quoique d'ellemême elle n'ait aucune connaissance, parce que c'est nne partie unie à l'âme qui sait et qui oon* naît, et que ce n'est pas un simple instrument que l'âme raoïue â son gré dans les actions qu'elle produit. L'apfttre donc sachant bien que la diair ne lait rien par eUe-mème qui ne soit attribaé â l'âme, ne laisse pas de dire que la chair est pécheresse, de peur que l'on ne crût qu'elle n'est pdnt responsable an tribunal de Dieu à cause qu'elle n'agit que par le mouvement de l'âme. Sur ce même principe, l'apôtre ordonnant à la diair de iaire de bonnes œuvres : «Glorifiez, dit-il, et portez Dieu en votre corps >; v quoiqu'il sache que ces effets viennetit de l'âme, il les ordonne néanmoins â la chair, parce qu'il lui en promet la récompense. Et certes il n'eût point été â propos de Aire ni ce reproche ni cette exhortation à la chair, si elle n'eût point eu de part soit au péché, sôit â la gloire qui vient des actions de vertu ; et enfin ce reproche et cette exhortation seraient inutiles à la chair,

M.Tea.,6.— 'LGor.

aaus la récompense qu'elle reçoit par le bonheur de la résurrection.

XVII. H y aura sans doute quelques personnes simples parmi ceux qui défendent notre opinion , qui estimeront que la chair doit comparaître au jugement de Dieu par une autre raison, â savoir que l'âme ne peut sentir sans là chair ni la rigueur des tourmens ni les délices du repos, parce qu'elle est incorporelle; et tel est le sentiment du vulgaire : quant à nous, notre créance est que l'âme est corporelle et non-seulement nous le soutenons ici , mais noua l'avons prouvé dans Un livre que nous avons h\t sur ce sujet , où nous montrons que l'âme a un genre propre et de substance et de solidité , par laquelle elle est capable de passion et de souffrance. En effet l'exemple de Latare montre que les âmes souffrent dans les enfers, ou y sont en repos, quoiqu'elles soient encore toutes nues, et par une espèce d'exil séparées de la aodété de la chair : ainsi nous donnons le moyen â notre adversah*e de nous faire cette objection : cL'âine, dira-t-il, ayant une sorte de corps qui hii est propre, elle n'a besoin qae d'elle-même pour être susceptible de sens et de passidta , et 11 n'est point nécessaire que pour cela la chair se représente avec elle. * ^is je lui répondrai : c que l'âme aura besoin de la diair, non pas qu'elle ne sente rien sans h ehair^ mais parce qu'il est nécessaire qu'elle sente aossi âvee h chan*; la mêmie feculté qu'elle a de sa nature pour l'action , elle l'a aussi pour la passion ; or elle est peu suffisante d'elle-même pour agir, car elle n'a de soi que la puissance de former des pensées, de vouloir, de désirer, de déposer ce qu'elle se propose, et quand il feut en venir è refPet, elle attend que la chair y travaille; de b même sorte pour pâtir elle demande la société de la chair, afin que par la chair elle puisse pâtir pleinement, comme elle n'a pu agir pleinement sans la chair. Cependant, par un jugement équitable , elle porte la peine des choses où elle est suffisante d'elle-même, je veux dire qu'elle souffre pour les vices de sa concupiscence et de ses pensées et pour le dérèglement de sa volonté. Certes, si les purs mouvemens de l'âme faisaient toute la plénitude des mérites, et que les œuvres ne fussent pas nécessaires pour leur donner leur entier accomplissement , l'âme toute seule suffirait pour la consommation du juge-

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ment de Dieu , n'ayant à être jugée que sur les choses qu'elle aurait opérées de soi-même, et où elle aurait été suffisante toute seule : mais comme les œuvres ont aussi de la liaison avec les mérites, et que c'est par la chair que les œuvres se font, il ne suffit pas que sans la société de la chair Tâme goûte des joies, ou souffre des tourmens à cause des œuvres feites par la chair; quoique Tàme ait un corps, quoiqu'elle ait des membres, ni son corps ni ses membres ne lui suffisent pas pour pàtir pleinement, non plus que pour agir parfaitement, ainsi de la sorte qu'elle a péché, elle est punie dans les enfers, éprouvant la première la rigueur du jugement de Dieii , comme elle est la première qui a péché par ses mouvemens et ses désirs criminels : mais elle est dans Tattente de la chair, afin qu'ayant formé de mauvaises pensées qui lui ont fait faire de mauvaises œuvres, elle achève par les souffrances de la chair les peines qui sont dues aux mauvaises œuvres, et c'est le dessein pour lequel Dieu a destiné son jugement à la fin des temps, que la chair se représentant pour être jugée, sa justice fasse une revue générale de toutes les pensées et de toutes les œuvres des hommes, et se puisse montrer dans toute son étendue, et avec toute sa puissance; et de vrai Ton n'attendrait pas à la fin des temps ces peines que les âmes souffrent même dès à présent dans les enfers , si ce n'était qu'aux âmes qu'elles eussent été destinées.

XVIU. Je n'ai encore fait que jeter les fondémens nécessaires pour établir le sens de toutes les Écritures qui promettent la résurrection de la chair, vérité fondée sur un grand nombre d'argumens forts et inébranlables, tirés soit de la dignité propre de cette substance, soit de la puissance de Dieu, soit des exemples de cette puissance, soit enfin des raisons et de la nécessité du jugement, et qui sont autant de préjugés pleins de force et d'autorité, selon lesquels les Écritures recevront leur explication, et non pas selon l'esprit et le sens des hérétiques, qui n'a pour principe que leur incrédulité : en effet, ils estiment que c'est une chose qui choque la raison et qui est incroyable, qu'une substance qui est disparue par la mort, puisse reprendre son premier être, et recouvrer la vie qu'elle a perdue, quoiqu'il nV>^^

rien dans la substance de la chair qui soit indigne de ce rétablissement du néant à Tètre, que ce changement de son état n'ait rien d'impossible à Dieu, et qu'elle n'ait point d'incapacité qui l'exclue de répondre au tribunal de la justice divine. Certes, ce retour de la mort à la vie est une chose qui surpasserait la créance humaine , si elle n'avait point été annoncée par les oracles de la parole de Dieu. Toutefois, quand Dieu même ne l'aurait pas annoncée, on ne devrait pas laisser d'en être persuadé de soi-même, par cette seule présomption, que si elle n'avait pas été annoncée ce serait à cause de tant d'antres preuves par lesquelles elle est établie; mais puisque la voix de Dieu fait aussi résonner cette vérité dans ses Écritures, tant s'en faut qu'on leur doive donner un autre sens que celui qui se rapporte à tant d'illustres témoignages, que même ces témoignages seuls suffisent pour la persuader, sans l'autorité de la parole de Dieu. Voyons donc premièrement quelle est l'inscription qui nous a annoncé cette promesse de la restitution de la chair à une autre vie; il me semble qu'il n'y a qu'un seul édit sur ce si^eC qui soit exposé à notre vue, et que nous y lisons tous : La résurrection des morts. Ces deux mots sont clairs, décisifs et hors d'ambiguïté, il faut les examiner, et considérer à quelle substance ils conviennent. Lors que l'on me dit que l'homme ressuscitera, je dois en même temps rechercher ce que c'est de l'homme que la mort a abattu, car l'homme ne doit point attendre qu'autre chose ressuscite que ce qui est tombé et ce que la mort a fait descendre dans le sépulcre, celui qui ignore que la chair tombe par la mort, peut aussi bien ne connaître pas qu'elle subsiste par la vie. Certes la nature proncmce ce décret du jugement de Dieu : a Tu es terre et lu retourneras en terre ^ » et quiconque ne Ta pas entendu, ne laisse pas d'en voir l'effet, toute mort est la destruction des membres du corps. Notre-Seigneur lui-même a exprimé cette condition de la chair lorsqu'en étant revêtu il dit : c Détruisez ce temple, et dans trois jours je le relèverai^. » Il a montré par ces paroles ce que c'est qui est détruit, qui est abattu, qui est couché par terre, et ce que c'est qui ressuscite et qui sort du tombeau, lui qui avait une i

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exposée aux amertumes de la faiblesse humaine jusqu'à la mort, mais qui n'était point sujette à tomber par la mort. Aussi l'Écriture ajoute , qu il parlait du temple de son corps i, tant il est vrai que c'est la chair que la mort couche dans le sépulcre, et certes la chute qu'elle souffre a donné sujet de nommer le corps mort du nom de cadavre; au contraire, comme Fàme vit tou< jours, et qu'elle ne tombe point, elle n'a point de nom qui soit une preuve de vicissitude et de changement en elle : en effet, c'est elle qui, sortant du corps par un petit souffle, cause toute sa destruction et le prive de toutes les fonctions de la nature, comme c'est encore elle qui rentrant dans ce même corps le tira du sein de la terre : celle-là certes, ne peut tomber qui entrant dans le corps le ressuscite, et celle-là ne peut périr, qui sortant du corps lui donne le coup de la mort. Je veux presser encore davantage m^on raisonnement ; et je dis que l'àme ne tombe pas même dans le sommeil avec le corps, et qu'alors elle veille sans souffrir les abattemens de la chair. Et de vrai, lorsque le corps repose, elle s^agite et se travaille; que si elle était endormie comme la chair, elle reposerait comme elle, et elle serait endormie avec la chair si elle tombait av^ elle dans le sommeil ; puisqu'il est donc évident qu'elle ne tombe point dans l'ûnage de la mort, l'on ne peut dire qu'elle soit soumise à la vérité de la condition mortelle. Après avoir examiné le premier mot de l'édit, considère maintenant le second, et prends garde à quelle substance la dénomination de morts se peut rapporter, en quoi d'abord nous disons, et quelquefois les hérétiques attribuant la mortalité à l'âme, nous admettons ce sentiment pour en argumenter contre eux , et conclure que si l'àme étant mortelle comme ils le supposent, elle ressuscitera un ioor, e'est un préjugé que la chair, qui n'est pas moins mortelle, participera comme elle à la résurrection. Mais il faut rendre le mot à sa signification propre et naturelle : la résurrection se dit de ce qui a perdu son être, c'est-à-dire de la cbafr qui n'est plus, et par conséquent elle se dit de ce qui est mort , puisqu'en tant qu'on la nomme la résurrection des roorls, elle regarde ce qui a perdu son être , et qui n'est plus : nous

l'apprenons ainsi d'Abraham, ce père des fidèles, cet homme que Dieu a honoré de son amitié, et avec qui il a eu tant de familiarité; car demandant aux enfans de Chet une place pour en faire le sépulcre de Sara: «Accordez-moi, dit-il, que j'use du même tombeau que vous, et j'y enterrerai mon mort ^,9 c'est-à-dire la chair. Car supposé même que l'on crût l'âme mortelle, et qu^on la pût juger digne d'être nommée un mort, Abraham n'eût pas demandé un espace de terre pour inhumer une âme. Que si c'est le corps qui est mort, quand on dit la résurrection des morts, l'on entend sans doute la résurrection des corps.

XIX. Gomme l'examen de cette inscription, et des termes dans lesquels elle est conçue, en conserve la foi, la vérité, il pourra servir pour confondre l'erreur de nos adversaires qui brouillent les choses les plus claires sous prétexte d'énigmes et de figures, et fera que l'autorité demeure à ce qui est le plus manifeste, et que les choses incertaines se règlent par celles qui ont le plus de certitude. En effet, il y a de certaines gens qui tombant sur ce caractère fort ordinaire du langage des prophètes, qui est souvent, mais non pas toujours dans les allégories et les figures, détournent à un sens imaginaire ce que les prophètes annoncent manifestement de la résurrection des morts, soutenant que la mort même se doit entendre spirituellement, que la vraie mort ce n'est pas cette séparation de la chair et de l'âme qui parait à nos yeux, et qu'elle n'est autre que l'ignorance où l'homme est enseveli lorsqu'il ne connaît point Dieu2,et qu'étant mort à Dieu, il croupit dans son erreur comme dans un sépulcre ; que la résurrection qu'il faut défendre est celle que Ton reçoit lorsque après avoir pénétré la vérité jusque dans le fond , on prend un nouvel esprit et une nouvelle vie en Dieu, et que dissipant la mort de l'ignorance l'on s'élève comme du sépulcre du vieil homme ; que de là vient que Notre-Seigneur a comparé les sdribes et les pharisiens à des sépulcres blanchis^ ; que de cette sorte ceux qui ont reçu la résurrection par la foi sont avec Dieu , ayant été revêtus de Jésus-Christ au sacrement de baptême. Voilà quel est l'esprit des adversaires -, et c'est avec de

A lèMtM|i3*- * Rm*» 0. - • I.

temUâbles diMXNire qa'ito abuseiit souvent le» nôtres dans les Conférences qu'ils ont avec eui ^ comme si eui'-mèmes ils admettaient lu résurrection des morts: « Malheur, disent-ils, à celui qui ne sera pas ressuscité dans cette chair, de peur de les offenser et les choquer d'abord^ si d'abord ils niaient la résurrection*» Cependant, dans le fond de leurs cœurs et le secret de leur conscience, ils ont une autre pensée : «Malheur, disent-ils dans teur intérieur, à celui qui, pendant qu'il est vivant dans cette chair, ne connaît et ne pénètre pas nos mystères,» c'est-à-dire leurs sentimens hérétiques; car selon eux, la résurrection est toute mystérieuse et en figures. Plusieurs d'entre eux, soutenant la résurrection après la séparation de Tàme, disent que sortir du sépulcre c'est s'échapper du siècle, parce que le siècle est la demeure des morts, c'est-à-dire de ceux qui ne connaissent pas Dieu, ou bien que sortir du sépulcre , c'est se délivrer de la prison du corps, parce que le corps est comme on sépulcre qui retient l'àme captive et enfermée dans la mort de la vie du siècle.

XX. Pour ruiner donc ces interprétations et les argumens qui s'en tirent, je veux combattre ce qu'ils établissent pour un premier fondement, à savoir^ qu'en tout ce que les prophètes ont dit 9 ils se sont toiyours énoncés dans un sens figuré, et je soutiens que s'il était ainsi et qd'ils n'eussent point aussi supposé les vérités sur lesquelles les figures et les images doivent être tirées, Ton ne pourrait reconnaître dans les ouvrages de ces grands hommes les images et les figures. Et de vrai si toutes choses étaient des figures, qu'est-ce que seraient les choses dont elles sont les figures? Un miroir peut-il représenter un visage qui n'est point? Mais il est si vrai que tout n'est pas image dans les prophètes, et qu'il y a aussi des vérités, que tout n'y est pas ombre, et qu'il y a aussi des corps, qu'ils parlent plus clair que le jour des choses les plus illustres de la vie et de la mort de Notre-Seigneur. U est écrit que la Vierge a conçu dans son ventre; ce n'est point par figure. Il est écrit qu'elle a eufeuté Emmanuel Dieu avec nous, Jésus notre Sauveur^, ce n'est point dans un sens figuré ; et s'il est dit dans un sens figuré qu'il recevra la vertu de Damas, et les

>iMîs,a,7eta

TERTULLIEN

dépouilles de SataiaKé, il est dit dans un tena propre et manifeste qu'il sera jugé parla fiiction des prêtres et des princes du peuple. Gertes les nations se sont remuées en la personne de Pilate^ ; les peuples ont fait de vains projets et ont formé des desseins inutiles en la personne d'Israël, les rois de la terre se sont émus, c'est le vieil Hérode , les grands se sont assemblés, c est la conspiration d'Anne el de Galphe contre le Seigneur et son Christ; ce Sauveur, comme une ouaille innocente, a été conduit sous k tranchant du glaive pour être ^orgé^, il a été mené comme un agneau sans voix devant oelui qui avait le ciseau à la main pour le dépouiller de sa laine , c'est-à-dire devant le jeune Hérode ; non, il n'a point ouvo^t la bouche non plus qu'un agneau ^ pour se plaindre des traitemens indignes qu'il souffrait ; il a présenté son dos aux fouets qui l'ont déchiré et mis tout en sang 3; il a reçu, sans trouble, les soufflets qui ont outragé sa divine foce ; il n^ point détourné les yeux des crachats qu'on lui a lancés insolemment sur le front ; il a été placé au milieu de deux brigands; on lui a percé les mains et les pieds ^ ; sa robe' a été jetée au sort; il a goûté d'un breuvage tout plein d'amertume; il a été exposé à des n^épris et des railleries; et un traître a i ois à prix sa tète précieuse pour trente pièces d'argent^. Y a-t-il rien en toutes ces choses qui soit en figure dans Isaîe, en image dans David, en énigme dans Jérôme? Je dis même que quand ils parlent de ses miracles , ce n'est point par paraboles : car la vue n'a-t-elle pas été rendue aux aveugles, et les muets n'ontils pas reçu l'usage libre de la voix et de la langue? Des mains toutes sèches et des jambes sans mouvement n'ont-elles pas recouvré leur vigueur et leurs forces? Les boiteux n'ont-ils pas presque égalé l'agilité du cerf, par la vitesse de leurs pieds? Il est vrai que nous avons accoutumé d'entendre même ces choses spirituellement par rapport aux vices de l'âme que Notre- Seigneur a guéris, mais puisque ces mêmea choses ont aussi été vraiment accomplies dans la chair, cela fait voir que les prophètes ont parlé dans le sens propre comme dans le sens

< Pftaome, 2. -^ • iMïe, 53; S. Luc, 23.

> Isaîe , 50 et 53. — ^ Psaume 21 ; Psaume 68.

> Jér., 32; S. Matth., 27; Isaïe, 35; S. MatUi.. 11 tt 14*

DE LA RESURRECTION DE LA CHAIR

figuré; ils ont mAine des iiaçons de parler toutes simples et toutes nues, et qui ne se cachent point sous le voile de rallégorie, comme quand ils prédisent les calamités des provinces et dés villes, la désolation de Tyr, de rÉgypte,de BabyIone,de Tldumée, la ruine du grand et fameux commerce des navires de Garthage <^ lorsqu'ils représentent les plaies d'Israël^ les bienfaits que celte nation ingrate a reçus de la bonté de Dieu dans le pardon de ses crimes, ses diverses captivités, la délivrance qu'elle a ob« tenue tant de fois dans Feitrémité de ses maux, et enfin son châtiment effroyable en sa dernière dispersion'; lors, dis-je, qu'ils annoncent toutes ces choses, leurs paroles sont des vérités. Qui est-ce qui aimerait mieux entendre ces passages comme des figures^ que de reconnaître que ce sont des vérités littérales ? Les choses sont en^fermées dans les paroles, afin qu'en lisant les paroles, on y aperçoive la vérité des choses. Ainsi Téloquencedes prophètes n*es( pas partout dans rallégorie, et en tout ce qu'ils disent ils ne se servent pas toi;yours du style figuré, quoiqu'ils en usent quelquefois, et qu'il y ait des choses où ils s'en servent.

XXI. Mais, dis-tu, s*ils s'en servent en quel* ques choses , pourquoi non dans l'édit de la résurrection, et quelle répugnance y a-t-il à ce que, selon cette fiiçon de s'exprimer des prophètes, on ne la prenne dans un sens tout spirituel? certes il y a beaucoup de raisons qui résistent à cette interprétation; car premièrement que de^ viendraient tant de témoignages des écritures, qui établissent si clairement la résurrection de! corps, qu^ils n'admettent aucune apparence d'explication par figure Pet n'est-il pas convenable, comme nous avons déjà dit, qu'il y ait des choses certaines et manifestes qui fondent la créance des choses obscures et incertaines, de peur même que dans le doute de ce qui est certain ou incertain, obscur ou manifeste, la foi ne se perde, la vérité ne soit en péril et qu'enfin la divinité ne soit notée de légèreté et d'inconstance? En second Heu, il n'est point vraisemblable que ce mystère qui est la base de toute notre foi et le fondement de toute notre discipline, nous ait été annoncé sous des voiles et des ténèbres, et que Dieu nous l'ait proposé d'une fa-

« laaîe, 13, 19, 21 et 23. — * \me, 24, 25 et 26.

çon obscure et ambiguë^ puisqu'il est sans difficulté que si l'espérance de la résurrection n était évidente, soit quant à la félicité qu'elle promet ^ soit quant aux peines dont elle menace ^ elle ne porterait personne à embrasser une religion telle que la nôtre, qui est exposée à la haine publique, et à qui l'on donne cet éloge d'être l'ennemie de tous les hommes. Il n'y a point d'ouvrier qui travaille fidèlement si son salaire est incertain ^ et il n'y a point de juste sujet de craindre un péril qui est douteux. Quelle apparence y a-t-il donc que la résurrection des corps nous ait été prédite sous des expressions dont le sens soit caché , puisque la ré« compense ou la peine qui nous regarde dépend de l'avènement sensible et apparent de cette résurrection? Que si les prophètes ont parlé si clairement en lançant sur les villes, les nations, et les rois , les traits de la justice de Dieu , et prononçant ses jugemens qui n'étaient que pour un temps, et qui ne regardaient que de certains lieux et de certaines personnes, peut-on se persuader que les dispositions éternelles de sa providence , que les choses qu'il a ordonnées universellement sur tout le genre humain, aient évité de paraître à découvert, et dans l'éclat de sa lumière? au contraire, plus ces choses sont grandes, plus elles devraient être environnées de clarté, afin d'établir plus puissamment dans l'esprit des hommes l'opinion de leur grandeur. Je pense, au reste , que tes décrets de Dieu ont une souveraine équité, une foi et une fermeté inébranlables , et qu'on ne lui peut imputer ni jalousie, ni mauvaise intention, ni inconstance, ni artifice et déguisement, qui sont les défauts ordinaires des grands de la terre dans la publication qu'ils font pour leurs desseins de leurs ordonnances et de leurs lois.

XXII. Après cela il feut jeter la vue sur les écritures, qui ne nous permettent pas de croire que selon la pensée de ces hommes animaux, pour ne pas dire spirituels, la résurrection se reçoive dès à présent ici bas par la connaissance de la vérité , ou qu'elle se fasse immédiatement après que Ton est sorti de cette vie : je dis donc que le temps de l'accomplissement de notre félicité, qui est le terme de notre espérance, étant marqué par les saintes lettres, comme il ne nous est point permis d'cti attendre l'effet avant l'avénement de Jésus-Christ , nous faisons cepen-

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dant des vœux et nous poussons au ciel nos soupirs pour la fin des siècles, pour ce. passage de Funivers au grand jour du Seigneur ^, jour de colère et de rétribution , jour le dernier de tous les jours , jour caché , qui n'est connu qu'au Père étemel, jour enfin que les prophètes ont marqué parles signes et les prodiges qui le doivent précéder, par le renversement des élémens, par la guerre entre toutes les nations. Je feuilletterais leurs livres, si Notre-Seigneur n'en avait point parlé lui-même. Il est vrai que la prophétie c'était Ma voix de Notre-Seigneur , mais il est encore mieux que Notre-Seigneur l*ait confirmée de sa propre bouche. Ses disciples s'enquérant de lui du temps auquel devait arriver la ruine du temple dont il leur venait de parler, iijeur fait la déduction de ce qui se passerait dans la suite des temps, commençant par les temps des Juif^ jusqu'à la destruction de Jérusalem, et continuant par ceux de toutes les nations jusqu'à la consommation des siècles. Car après avoir dit: «alors les gentils fouleront aux pieds Jérusalem , et cela durera jusqu'à ce que le temps des nations soit accompli ^, » c'est-à-dire des nations que Dieu choisira et assemblera avec les restes d'Israël , il passe à ce qui regarde tout le monde et tous les siècles, annonçant selon la parole de Joël et de Daniel, et de tous les prophètes, qu'il y aura des signes au soleil et en la lune3,que toutes les nations se verront accablées de malheurs, et se trouveront dans une étrange désolation , que l'on entendra un bruit épouvantable sortir des abtmes de la mer, que les hommes frémiront de crainte, et seront tout de glace dans Tattente des choses qui menaceront la face de l'univers; a en effet, dit-il , les vertus qui sont dans les cieux souffriront une terrible émotion, et alors on verra le Fils de Phomme paraître dans les nues revêtu de puissance, de gloire et de majesté ; et quand ces extrêmes révolutions commenceront, c'est alors qu'il faut que vous regardiez en haut et que vous leviez la tête, parce qu'en ce moment votre rédemption sera proche.» 11 dit quand ces choses commenceront, et non pas quand elles seront achevées, parce que quand elles seront

X SophoD., 1 ; Isaïe , 61 ; Job, 19; S. MatUi., 24.

^i». Luc,2i.-«<J0èl.a{Dftni«l,7}Abae,diUue,lâ)

achevées, alors notre rédemption sera présente, et jusqu'à ce qu'elles soient achevées, on dit seulement que la rédemption est proche, rédemption dont l'espérance élève et^excite cependant nos esprits à en recueillir les fruits qui sont prêts à nous combler de joie. C'est pourquoi Notre-Seigneur joint à tout ce discours la parabole des arbres dont le bois tendre ayant jeté la tige, produit ensuite les fleurs, qui sont les avant-coureurs du fruit ^ «Ainsi quand vous verrez, 2|joute-t-il, que toutes ces choses arriveront, sachez que le royaume de Dieu est proche; veuillez donc continuer, afin que vous soyez dignes de les éviter, et que vous comparaissiez devant le trône du Fils de l'homme,! ce qui s'entend par la résurrection, et après que tout ce qui doit se faire sera accompli. De cette sorte, qioique la plante mystique de la résurrection commence à pousser dès à présent par la connaissance que nous avons de ce mystère , elle ne sera toutefois en sa perfection et ne produira ses fleurs et ses fruits que lorsque nous comparaîtrons devant Dieu au jour de son jugement. Qui est-ce donc qui avant ce grand jour a excité si hors de saison et si cruellement Notre-Seigneur, séant à la droite de Dieu , i ouvrir la terre, comme parle Isale^, elle qui, comme je crois , est encore tout entière ? Qui est-ce qui a fait des ennemis de Jésus-Christ l'escabeau de ses pieds, suivant la parole de David^, comme s'il était plus prompt que son Père à lui donner l'honneur du triomphe, tandis que les assemblées des peuples s'écrient encore en tumulte que Ton jette les chrétiens à la gueule du lion? Qui est-ce qui a vu Jésus descendant du ciel tel que les apôtres l'ont vu y montant ^, selon le témoignage des anges qui assistèrent à son ascension? Les tribus ne se sont point encore animées jusque aujourd'hui à se frapper la poitrine^, reconnaissant celui qu'elles ont traité si indignement; il n'y a personne qui ait reçu Hélie; personne n'a pris la fuite devant la ^ce de l'Antéchrist; personne n'a pleuré sur la ruine de Babylone^] enfin y a-t-il quelqu'un qui soit ressuscité, si ce n'est selon l'imagination des hérétiques, qui se figurent de vaines résurrections, au lieu de croire

t Si Mattb.) 34. «» * Inle) 1. «^ > Pnume 109.

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

eelle qui sera seule la véritable résurrection ? Certes, Jésus-Christ est déjà sorti du sépulcre de son oorps, et toutefois il est peut-être encore sqjet aux fièvres et aux ulcères, il a déjà foulé aux pieds ses ennemis, et toutefois il a peutêtre à combattre contre les puissances du monde, et enfin il est certain qu'il règne et qu'il est dans la possession de son empire , peut-être néanmoins qu1l doit encore à César ce qui est àù à César K

XXIII. Il est vrai que Tapôtre écrivant aux Golossiens 3, nous enseigne qu'autrefois nous étions morts, que nous étions rebelles et ennemis de Dieu, que nous nous éloignions de lui sans avoir soin de nous en rapprocher, demeurant dans la souillure et la corruption de nos actions abominables; il ajoute : qu'en recevant le baptêtne nous avons été eosevelis avec Jésu»<]hrist, et que nous avons été au même temps ressuscites en lui, par la foi efficace que Dieu qui Fa ressuscité des morts a répandue dans nos cœurs. «Et VOUS; dit encore Tapôtre, lorsque vous étiez morts par les péchés que vous commettiez, par les désordres de totre chair et les excès de votre concupiscence, Jésus-Christ vous a rendus participans de sa vie, et vous a remis tous vos crimes: et si, comme il poursuit, vous êtes morts au pédié dans le baptême,. pour ne dépendre plus des observations Qt des élémens grossiers et charnels de |a loi, pourquoi quelques-uns d'entre vous se. laissent-ils encore chaîner de ses préceptes , comme si vous viviez dans ce monde légal , et sous cette ancienne sujétion, dont Jésus-Christ vous a délivrés?» L'apôtre, dans tous ces passages nousponsidère comme morts d'une mort spirituelle,* en telle sorte néanmoins qu'il reconnaît que notre corps finira quelque jour par la mort. Quand donc il parle de nous, comme ayant été ressuscites spirituellement par la même raison , il ne nie pas que nous ne devions aussi ressusciter corporellement. Enfin « si vous êtes , dit-il , ressuscites avec Jésus-Christ, portez toutes vos pensées et vos affoctions au ciel , où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu , ayez soin des choses célestes, et ne vous arrêtez point aux chosesdelaterre^.» Il montre là quelle est la résurrection en esprit, car c'est selon l'esprit seulement que nous pou-

• S.Mattb.,12; Éphés.,e.-**GoloM.J.— «Ibid.,».

vons nous élever aux choses célestes, et les choses célestes ne seraient point les objets de nos affections et de nos désirs si dès cette vie nous en avions la possession. 11 ajoute : «Vous êtes morts, non pas en vous-mêmes, mais en vos péchés, et la vie dont vous vivez demeure cachée en Dieu , comme Jésus-Christ y est caché.» Cette vie donc qui est cachée, vous ne la possédez pas encore; ainsi saint Jean a dit : « Nous nesavons point encoreceque nousserons^ , mais nous savons que quand Jésus -Christ paraîtra dans sa gloire , nous serons semblables à lui. Tant s'en faut que nous soyons déjà vivans de celte vie qui nous est cachée, puisqu'elle ne nous serait pas inconnue si nous la possédions. De cette sorte durant notre vie mortelle, nous avons l'espérance avec laquelle nous contemplons par la foi notre éternelle félicité, mais elle ne nous est pas présente; nous l'attendons, mais nous ne la possédons pas. Et saint Paul aux Galales parlant âe cettç espérance et de cette attente : a Nous attendons, dit-il, notre justice de la foi par l'esprit d'adoption que nous avons reçu^ ; » il ne dit pas : « Nous tenons notre justice, » et par notre justice il entend la justice de Dieu, à cause de celle qu'il nous rendra dans ce jugement final qui nous donnera notre récompense. Et le même apôtre étant comme suspendu dans l'espoir de cette récompense, écrivant aux Philippiens : «Si je puis, dit-il, avoir part à cet état où l'on ressent la vertu de la résurrection des morts , non pas que je croie avoir déjà reçu ce qui est nécessaire pour y arriver, et qu'il ne me manque aucune perfection K » Certes, ce vase d'élection, ce docteur des nations avait la foi , et par une lumière toute divine il connaissait tous les ministres de la doctrine de Jésus-Christ; il agoute néanmoins : «Je cours dans la lice de mon maître, à dessein de le suivre et d'aller à lui, en reconnaissance de la bonté par laquelle il m'a heureusement arrêté, lorsque je m'enfuyais de lui.» Il va encore plus loin : a Je ne crois pas, mes frères, être parvenu à cette perfection où je tends; je n'ai soin que d'une seule chose, qui est d'oublier tout ce que j'ai laissé derrière, et de ne porter ma pensée qu*à ce qui est devant moi , et je fais tous mes efforts afin d'atteindre au bout de la carrière , à ce but où

« IL Jean., 1, 2 et 5. - • Galat., 5. ^ « Philippe, 3.

j'enlends, à cette palme d'une foi sans tache, avec laquelle je pourrai courir dans cette lice, pour posséder, mais en son temps, cet heureuK état de la résurrection des morts, qui est ce qu'il dit aux Galates : Ne nous lasscms point de bien hire, arce qu*aa temps de la moisson nous en recueillerons une qui ne nous donnera jamais de dégoût K » Ainsi parlant à Timotiiée, d^Onésiphore : «Je prie Dieu qu'au jour du ju* gement il trouve miséricorde^;» et il commande au^i à Timothée «de garder inviolablement jusqu-à ce jour et à ce temps les choses qu'il lai a ordonnées >, d'observer toujours cette loi pure et irrépréhensible, attendant Tavénement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui arrivera au temps ordinaire de celui qui trouve seul sa souveraine béatitude en lui-même , qui est seul puissant, qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs,» paroles par lesquelles l'apôtre eiprime la majesté de Dieu. Saint Pierre, dans les Actes parle encore de ce même temps ^ : «Faites, dit-il, pénitence, et convertissez-vous à Dieu pour obtenir la rémission de vos péchés , «afin que ce temps survenant, où Jésus-Christ qui vous a été marqué et destiné doit venir et paraître à la vue de tous les hommes, ce soit un temps de repos pour vous, lui qui sera envoyé de Dieu pour la dernière fois , et qui jusqu'au temps que toutes les choses que Dieu a annoncées par la bouche de ses saints prophètes seront accomplies, doit être cependant reçu dans le ciel qui est son royaume. »

XXIV. Maiç apprcQds de l'apôtre quel est ce temps, et qu'il t'en instruise par les mêmes paroles avec lesquelles il en a instruit les Thessaloniciens. Voici ce que nous lisons dans l'une des épttres qu'il leur a écrites^ : «On nous parle de votre conversion, et on nous dit avec quelle ferveur vous avez quitté le service des idoles pour embrasser celui du seul et vrai Dieu, avec quelle foi vous attendez du ciel l'avènement de son Fils Jésus*Christ, qu'il a ressuscité des morts. D Et en un autre endroi t de la même épttre; «Quelle pensez-vous que soit mon espérance, quelle ma salisi^ciion , quelle la couronne de ma joie, dans la pensée que j'ai que je vous verrai en la présence de Jésus-Christ Notre-

TERTULLIEM.

Seigneur au Jour de son avènement ?» Et encore en uu autre endroit : « Afin que vous vous trou* viez saints devant les yeux de Dieu notre Père k Tavénement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec tous ses saints. » Et en un autre lieu voulant enseigner qu'il ne faut pas s'attrister du sommeil qui termine la vie mortelle des élus , il parle aussi du temps de la résurrection ^ < Si nous croyons, dit-il, que Jésus-Christ est mort et ressuscité , nous devons croire par la même raison que Dieu, par le mérite de son Fils, amènera avec lui ceux qui ont dormi du sommeil de la mort, c'est la parole de Jésus-Christ que je vous annonce, sachez que nous qui vivons dans ce monde, et qui sommes réservés A l'avènement de Notre-Seigneur, nous ne comparaîtrons pas au pied de son tribunal avant ceux qui ont dormi en paix dans les sépulcres. Le Seigneur descendra du ciel, et alors l'on entendra la voix terrible de Tarchange et le son effroyable de Idi trompette qui appellera les morts. A ce bruit qui pénétrera jusque dans les tombeaux , ceux qui seront morts en la foi de Jésus-Christ ressusciteront les premiers, et quant à nous qui vivons jusqu'à ce jour, nous serons élevés comme eux sur des nues pour aller au-devant de Jésus-Christ en l'air, d'où étant portés avec lui dans le ciel, nous y jouirons pour jamais de sa présence et de la gloire de son royaume. «Di^ moi, je (e prie, quelle voix d'archange, quelle trompette de Dieu a été entendue jusqu'à cette heure, si ce n'est peut-être dans quelques chambres d'hérétiques, li est vrai que la parole évangélique qui les appelle dès à présent, peut être nommée la trompette de Dieu, mais à le prendie en ce sens, ou pour être ressuscites en cette vie, comme ils le prétendent d'une résurrection spirituelle, ils seront déjà morts de la mort du corps, et cela étaiit , comment sont-ils vivans? ou ils seront enlevés et emportés dans les nues, et cela étant, comment sont-ils ici-bas? Certes leur misère est extrême, puisque, selon la parole de l'apôtre, «ils n'espèrent qu'en la vie présente ^, » s'attribuant une résurrection dans le temps qui exclut celle que Dieu nous promet après que nous aurons achevé notre vie mortelle, par un déplorable égarement qui les détourne de la vérité autant que Phigelle et Her«

* Gal.,6. - • II. fim.,3.— • I.Tim., 6. — * Actes, 3.

»Tliws.J,2,4 I tI.Thctt..3«t^

-•LCor..lA

DM^èBe, d'où vient que le Saint-Esprit < , prévoyant qu'il se trouverait des gens qui par une étrange erreur entendraient ainsi la résurrection, a fait dire à Tapôtre dans cette même épttre aux Thessaloniciens^ : a II n'est pas besoin, mes frères , que je vous informe du temps et des momens redoutables du jour du Seigneur, il suffit que vous sachiez certainement que ce jour viendra quand on y pensera le moins, et quii surprendra comme un voleur de nuit surprend ceux qui sont dans le sommeil ; quand ils croiront être dans une profonde paix , et qu'ils se persuaderont qu'il n'y a rien i craindre pour eux, ils recevront le coup de la mort qui, lors qu'ils ne s'y attendront point, les mettra dans le sépulcre. Et le mèmeapôtre.exhorlant encore avec plus d'effort les Thessaloniciens dans la seconde épitre qu'il leur écrit^ : a Je vous conjure, dit-il, mes frères, par i'avénement de Noire- Seigneur Jésus-C|irist, et par cette assemblée qui se fera de toiis ses élus pour aller au-devant de lui, que vous ne perdiez pas si promptement le souvenir de la doctrine que nous vous avons enseignée, que la pensée du jugement de Dieu ne vous jette point le troqble et la frayeur dans Tesprit. Ne vous arrêtez ni aux révélations imaginaires des feux prophètes, ni à leurs discours pleins d'impostures, ni même à quelques lettres que de faux apôtres pourraient vous présenter, même comme veiiant de nous , pour vous donner de la terreur du jour du Seigneur, vous annonçant que ce jour est sur le point d'arriver; enfin prenez garde que personne ne vous trompe, et défendez-vous de tous les artifices que FoQ pourrait employer pour vous persuader que Jésus-Chri$t doit bientôt venir. Avant que cela soit, il faut premièrement qu'il se fasse une défection et une révolte, c'est-à-dire un soulèvement contre l'État de cet empire, et qu'après, cet homme de péché, c'est-à-dire rAntechrist,ce fils de perdition, paraisse dans le monde. Ce malheureux se déclarera ennemi de tout ce qu'il y a de saint dans la religion; il aura l'audace de s'élever au-dessus de tout ce qui re^it le culte divin , et occupera le temple de Dieu , pour y établir le siège de sa puissance et s*y faire adorer comme s'il était Dieu luimême^. Ne vous souvient-il pas que je vous en-

seignais ces choses quand j'étaii auprès de vous? Certes vous avea; appris de ma bouche ce qui empêche qu'il m ^ montre , maiç quand son temps sera venu il se montrera à découvert. Cepepdant il a des persécuteurs qui exercent dès ce temps-ci le mystère d'iniquité, mais que celui qui tient maintenant la puissance la tienne jusqu'à ce que son autorité soit détruite. «Qui est celui-là, sinon l'État de Tempire roQiaio, qui, ayant souffert une défection et la dispersion de sa monarchie en celle de dix rois |« verra pa* raître la domination de l'Aniechrii»t , et régner ce méchant, que le Seigneur Jésus-Christ fera mourir par le souffle de sa bouche ; anéantissant par la gloire de son avènement la tyrannie de cet usurpateur, qui viendra avec la fureur et la rage de Satan, et sera le ministre de ses abominations , et que cet esprit malin fera éclater par des signes et des prodiges et de fausses opérations qui séduiront les âmes infidèles à Jésus- Christ , et porteront les méchans à des œuvres d'injustice qui les feront périr» d

XXV. Cette suite et cette disposition des temps dont las âmes de$ martyrs attendent le succès, en l'état où elles sont sous l'autel mystique , demandant h Jésus-Christ le jugement et la vengear^ce^, est même marquée par saint Jean dans l'Apocalypse 3. II dit a qu'il faut avant ce terrible événement que le monde boive la substance de ses propres plaies et le calice de la colère de Dieu, qui sera versé sur lui de la main des suiges; que cette cité abandonnée au mal soit punie de sa prostitution ^ et qu&dix , rois lui fassent recevoir une fin digne de ses forfaits; que l'Anlechrist , cette horrible bête, avec son faux prophète , porte la guerre dan« le sein de l'Église de Dieu, et que le démon ét^nt cependant confiné dans l'abîme, le décret de la ^ première résurrection vienne du trône glorieux du Très-Haut, et qu'ensuite, le feu ayant consumé toutes choses, sur le point de la résurrectioa universelle, le jugement de toute la nature ^ fasse sur ce qui se trouvera écrit dans les livres qui seront ouverts. » Donc puisque l'Écriture exprime quel sera l'état des derniers temps, et établit tout le fruit de l'espérance des ebrétiens sur ce qui doit arriver 4 lii fin des siècle», il est évident que c'est alors que l'on verra l'accom-

« ILTIiDv I et 2.-* LTbess., 5. -^^ IL y&iit»Z 1 *ApoeH6.-*/6ûl,15etl6.-«/M</., 13,15,17elid>

TERTULLIEN

plissement de tontes les choses que Dieu a promises. D'où il s'ensuit que c'est vainement que les hérétiques prétendent recevoir une résurrection ici-bas; ou si la lumière de la foi de Jésus-Christ est une espèce de résurrection, il faut croire qu'elle ne préjudicie point à celle qui a été annoncée pour la fin des temps; et il se peut même dire, qu'en ce que Ton se figure une résurrection spirituelle, c'est un préjugé de la vérité de la résurrection corporelle. En effet si celle-ci n'avait ^oint été prédite pour la consommation des siècles, on aurait raison de défendre celle-là, et de soutenir qu'il n'y en a point d'autre , et que la vraie résurrection est seulement spirituelle; mais comme la résurrection dont l'Écriture parle est pour les derniers temps , on reconnaît qu'elle se doit entendre de la résurrection corporelle, parce qu'il n'est point écrit qu'il doive y avoir en ces derniers temps de résurrection spirituelle. Et certes, pourquoi réitérer la prédiction d'une résurrection qui ait les mêmes qualités que celle que Ton s'attribue en ce monde, c'est-à-dire d'une résurrection spirituelle? car ou elle serait accomplie dès la vie présente sans différer plus longtetDps, ou elle le serait après cette vie à la conclusion de tous les siècles : ainsi c'est plutôt à nous à défendre la résurrection spirituelle qui procède de la première lumière de la fol, nous qui croyons que nous en aurons toute la plénitude à la fin des temps , et à ce grand jour qui doit décider de notre salut.

XXVI. Je reviens à cette première objection du sens allégorique des Écritures, et je dis que les expressions figurées des prophètes nous servent même pour prouver la résurrection corporelle. Certes, cette première parole qui sortit de la bouche de Dieu au commencement du monde, lorsqu'il prononça que l'homme était terre, «Tu es de terre, dit-il ^, et tu retourneras en terre, 9 parlant de l'homme selon la substance de la chair qu'il tenait de la terre , et qui comme nous avons montré , avait d'abord été appelée Phomme, cette première parole, dis-je, me donne sujet d'interpréter aussi de la chair tout ce que Dieu donna à la terre dans ce commencement , ou de grâces par sa bonté, oh de punition dans sa colère. Et en vérité ^ t parler

« Genèse, 9.

proprement « la terre n'est point sujette au jugement de Dieu, parce qu'elle n'a fiiit ni bien ni mal ; et si elle a été chargée de malédiction pour avoir reçu dans son sein le sang qui avait été répandu , cela même est une figure qui représente le crime commis par la chair homicide 1; si la terre a des biens, si elle souffre des maux , c'est pour l'homme que les biens et les maux lui viennent , afin qu'il soit ou soulagé ou puni dans les divers accidens qui lui arrivent en ce lieu de sa demeure, et que ces choses l'obligent à faire une plus sérieuse réflexion sur ce que la terre souffrira même à cause de lui. Ainsi quand Dieu menace la terre , et quand il promet quelque faveur à la terre, je pense que c'est plutôt à la chair qu'il la promet, comme quand il dit dans le prophète David : «Le Seigneur règne,que toute la terre s'en réjouisse^,» c'est-à-dire que la chair des saints en ait de la joie, elle à qui appartient la récompense et la gloire du royaume de Dieu. Le prophète ajoute : « La terre verra les éclairs, et frémira de crainte ; les montagnes fondront comme la cire à la vue du Seigneur.» Cette terre qui tremble, et qui fond comme la cire, c'est la chair des profanes, parce qu'il est écrit : «et ils verront celui qu'ils ont percé inhumainement de la pointe de leur fer K » En effet si l'on estime que ces paroles soient dites simplement de la terre, entant qu'elle est élément , comment peut-on concevoir qu'étant dit d'elle «qu'elle s'est réjouie de voir régner le Seigneur,]) il soit encore dit d'elle, « qu'elle frémit et , qu'elle fond à sa vue?» Ainsi quand il est écrit dans Isale : «Vous mangerez les biens delà terre ^, » il faut entendre ce passage des biens de la chair, de ces biens qui l'attendent dans le royaume de Dieii, lorsque son état sera changé, qu'elle deviendra semblable aux anges,et qu'elle obtiendra «ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, et ce que le cœur de l'homme n'a point compris^. sAutrement ce serait une exhortation assez vaine que Dieu ferait à l'homme, de Texciter à l'obéissance en lui promettant les biens que la terre produit, et les alimr^ns de cette vie, qu'il donne même aux infidèles et à ceux dont les blasphèmes déshonorent son nom , et qu'il communi-

«Genèse,! — «Piaumede. — «S. JeaD,ia « Uaie, 1. ^ > S. Mattb., 22; 1. Cor., 2.

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

que à tous les bouunes sans autrs considération sinon qu'ils sont ses créatures ^ de sorte qu'il fait tomber la pluie sur les méchants, et luire son soleil sur les justes et sur les injustes. Vraiment la foi aurait une belle récompense, et serait élevée à une grande félicité, si elle n'attendait que les mêmes biens , dont non-seulement les ennemis de Dieu et de Jésus-Christ ont Tusage, mais dont ils font un mauvais usage, rendant le culte divin aux choses que Dieu a créées, au mépris du créateur^. Quoi! des oiguons et des champignons seraient ces biens de la terre qu*aUe espérait, Notre-Seigneur ayant prononcé «que le pain n'est pas la seule nourriture de l'homme!» Ainsi les Juife, qui n'ont espérance qu'aux biens de ce monde , perdent les biens ducieP; ils ignorent la promesse d'un pain céleste ; ils ne connaissent ni l'huile de Tonction divine, ni le vin de l'esprit, cette eau quidistîllede la vigne mystique de Jésus-Christ pour donner vigueur à notre àme. Ils estiment qne la terre sainte n'est autre chose que le pays de Judée, et ne voient pas qu'elle se doit ^ plutôt entendre de la chair de Notre-Seigneur , qui est vraiment cette terre samte en tous ceux qui sont revêtus de Jésus-Christ : terre vraiment sainte par la demeure du Saint-Esprit^, terre qui rend vraiment le lait et le miel par la douceur de l'espérance dont elle console les fidèles^; vraie terre de Judée par la fiimiliarilé avec laquelle Dieu s'y communique; car le vrai Juif n'est pas celui qui le parait au dehors, mais cdui qui l'est en secret, comme elle est et le temple de Dieu et Jérusalem, selon cette parole d'baie : «Lève*toi, Jérusalem! arme ton bras de toutes ses forces, lève-toi telle que tu étais au commencement des jours, c'est-à-dire montretoi dans cette innocence que tu possédais avant que tu fusses tombée dans ta transgression orîminelle, et que tu eusses si malheureusement violé le commandement de Dieu^. Et certes y a-t-il rien dans ces exhortations qui convienne à la ville de Jérusalem, elle qui a versé le sang des prophètes^, qui a lapidé ceux que Dieu y a envoyés pour la retirer de ses péchés, et qui enfin par une cruauté bairbare a ravi la vie i son

s s. Matf h., 5. — * Rom., 1. — • S. Matth., 4. « Gai.. 3. — > Exod., 3. — • Rom., 2; Isaie, 54. >S.llaUfa.,23; S. Luc, 23.

Seigneur? Il n'y a d*ailleur$ point de terre à qui le salut ait été promis; au contraire , il faut que la terre passe, il faut qu'elle périsse dans la ruine de toute la face de ce monde. Mais y au* rait-il quelqu'un qui osât soutenir que la terre sainte se dût prendre pour le paradis? Et pourrait-on dire que cette terre c'est la demeure de nos premiers parens Adam et Eve ^ ? A le pren* dre en ce sens, il semblerait que le retour dans le paradis eût été promis à la chair, à qui ce lieu fut donné pour y faire sons^ouret pour le garder, et que l'homme y dût être rétabli tel qu'il était lorsqu'il en fut chassé.

XXYII. Nous voyons encore que l'Écriture faisant mention des vêtemens marque, par une expression allégorique, l'espérance de la chair ; ainsi il est dit dans l'Apocalypse de saint Jean: « Ce sont ceux qui n'ont pas souillé leurs vêtemens avec des femmes K » Il parle des personnes qui ont gardé leur virginité ; et ceux qui pour acquérir le royaume des cieux se sont privés des voluptés permises, paraîtront dans des vêtemens blancs, c'est-à-dire dans la lumière et l'édat d'une chair virginale; et dans TÊvangile l'habit nuptial se prend pour la sainteté de la chair 3 ; et Isale enseignantquelest le jeûne que Notre-Seigneur a honoré de son choix et de son estime, et parlant de la récompense qui sera donnée aux oeuvres de miséricorde : «Alors, dit-il, ta lumière se montrera tout d'un coup, et bientôt Ton verra éclater la beauté de tes vêtemens ^. » Il ne parle ni d'une tunique de soie, ni d'un manteau, mais il veut parler de la chair, et exprimer la renaissance de cette chair, qui par la résurrection se relèvera du tombeau où elle est tombée par la mort. Tant il est vrai que nous trouvons aussi dans l'allégorie la défense de la résurrection corporelle. Et en effet quand nous lisons: «Mon peuple, entrez dans les celliers pour un peu de temps en attendant que ma colère passe^;» il fiiut prendre les celliers pour les sépulcres où reposeront quelque temps ceux qui ft la fin des siècles, en ces derniers momens de la colère de Dieu, seront morts sous la tyrannie de l'Antéchrist, et par la violence qu'il exercera sur la terre. Mais pourquoi a-t-il plutôt appelé les sépulcres des celliers, que d'un nom qui

tG€nèie,2..-«Apoc,3ell4.-»S.»iatlb.,19eia

T8RTUI^i.lEN.

exprime un autre lieu destiné à réserver quelque chose, sinon parce que Ton garde dans les celliers la chair salée que Ton y a enfermée pour Fusage de la maison , afin de Ten tirer dans le besoin et au temps qu*il est nécessaire? Car c'est ainsi que les corps embaumés et parfumés pour entrer dans la sépulture sont déposés dans les monumens et les mausolées , pour en sortir au commandement de Notre-Seigneur. Voilà le sens de ce passage. Et certes quels celliers ont tant de détours qu'ils puissent nous garantir de la colère de Dieu? Quand donc le prophète dit : cjusques à ce que ma colère passe,» cette colère qui fera mourir TAntechrist, il montre que la chair qui aura été portée dans le sépulcre avant la colère de Dieu, en sortira lorsqu'elle sera passée : car l'on ne tire des celliers que ce qui y a été enfermé, et l'Antéchrist étant détruit, c'est alors que l'on verra arriver la résurrection. XXVIII. Mais comme la prophétie s'énonce par les paroles, elle s'exprime aussi par les choses. Ce n'^t pas seulement le discours, ce sont aussi les effets qui annoncent la résurrec* tion. Quand Moïse met la main dans son sein, çt la relire comme morte, et se la reniet une autre fois dans le sein et l'çn retire toute saine ^ n'est-ce pas un prodige qui publie cette résurrection de l'homme entier? Et certes, les trois çignc^ marqués par le prophète nous représentent trois effets merveilleux de la vertu de Dieu : premièrement elle réduira sous la puissance de l'homme le démon, ce serpent tout formidable qu'il est; après cela elle arrachera la chair du sein de la mort: et enfin, au jour du jugement, elle vengera tout le sang qui aiira été répandu sur la terre. Ainsi nous lisons dans le même prophète : «Je ferai, dit Dieu, la recherche de votre sang, même sur les bètes brutes qui l'ont répandu^, je rechercherai celui que la main de l'homme, que la main du frère aura versé. » Mais Toq ne recherche que ce que l'on redemande, et Ton ne redemande que ce qui sera rendu ; et certes ce que l'on recherche et ce que l'on redemandera pour en faire la vengeance, sera indubitablement rendu. En effet Ton ne pourra demander la vengeance de ce qui n'aura point du tout été; et la chose que l'on demandera se doit représenter, puisqu'elle

>Kiod.,4.-*Geiièie,l.

se rend pour satishireà laTengeance.Orce qui est dit du sang regarde sans doute la chair, parce que le sang ne sera point sans la chair; Dieu ressuscitera la chair, afin que le sang soit vengé. U y a d'ailleurs des choses qui sont dites de telle sorte qu'elles n'ont rien du tout du nuage de l'allégorie, et dont on trouve le sens en expliquant les termes simples sdon leur signification commune; comme ce qui est dit dans Isale : «4e tuerai et je vivifierai ^; » en effet, après que Dieu aura tué, il vivifiera; il tue par la mort, et il vivifiera par la rteurrection; et comme c'est la chair qui est tuée par la mort, la chair ressuscitant reprendra la vie. Si tuer c'est arracher la vie à la chair, vivifier, qui est sou contraire, c'est rendre à l'àme cette mèioe chair. U faut bien que la chair ressuscite, elle à qui en la faisant mourir l'àme a été ravie, et à qui en la faisant revivre, cette âme doit être rendue. XXIX. Si donc les allégories de TËcriture, si les argumeos qui se tirent des choses opérées par les prophètes, si des paroles toutes simples nous font apercevoir la vérité que nous défimdons de la résurrection de la chair, même sans nommer expressément la substance qui doit ressusciter, ne sommes-nous pas en des termes bi^n plus forts, et n^avons-nous pas plus de droit de soutenir que cette vérité ne peut reoe* voir de contestation après tant de preuves prises des Ecritures qui établissent l'espérance de la résurrection en la chair, par une dénomination particulière des substances corporelles? Écoute Ëzéchiel^ :«Ilme semblait, dit-il, que je sentais la main de Dieu sur moi, et que le Seigneur m'enlevait en esprit; qu'U m'avail transporté au milieu d'une campagne , où L'on voyait des os de toutes parts; qu'il me conduisait tout autour de ces os secs et arides , et que cette plaine en était toute couverte; qu'il me disait : Fils de rhomme, crois-tu que les os que tu vols revivent? Je lui répondais : Seigneur, vous le savex. 11 me répliquait : Prophétise sur cette montagne d'os qui est devant tes yeux, et tu diras : Vous, os arides, écoutez la parole du Seigneur; voici ce que le Seigneur dit à tous ces os que le sépulcre a séchés : Je vous apporte un esprit dont vous serez animés, et vous vivrez de l'esprit que je vous donnerai; je vous fierai reprendre votre

Mtaie.38 — *£2écb.,i7.

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAltt.

chair, j*é(endrai sur vous une peau Je remcUrai dans vous une Ame qui vous rendra la vie, et vous connaîtrez que je suis votre Dieu. J^ai donc prophétisé selon le commandement que j'en ai reçu, et lorsque j'annonçais les choses qui devaient arriver, avant que j'eusse achevé de parler, il s'est fait un instant un remuement de lous ces os qui s^approchaient les uns des autres, et j'ai vu que les os se sont couverts de chair et de nerfii, que la peau s'est étendue pardessus; mais l'Ame n y était pas encore. Le Seiloueur m*a donc dit : Prophétise , fils de llipmme; élève-toi par la lumière de la prophétie jus»* ques à Tesprit, et tu diras : Venez, esprit, des quatre parties flw monde ; inspirez ces morts e| qu'ils vivent. Et j'ai prophétisé selon que le SeiGpneqrme Ta ordonné; j*ai appelé Fesprit, et il est entré dans ces corps morts; et ces corps morts ont recouvré la vie et se sont levés sur leurs pieds; et ils étaient en si {jfrand nombre qu'ils faisaient comme une puissante armée. Et le Srigneur m'a dit: Fils de rhomme,ces os que lu vois c'est toute la maison d'Israël; Ils disent : Nos os sont tout secs, nous n*avons plus d'espérance, et nous avons été arrachés de notre tige; c'est pourquoi je t'oN donne de leur faire entendre cette prophétie : Vous, ipoo peuple, j'ouvrirai vos sépulcres, je vous retirerai de vos tombeaux, et |e yotts ferai entrer dans la terre dlsraêl, et vous reconnaîtrez, mon peuple bien-aimé, que je suis votre Seigneur, quaqd j'aurai ouvert tos monuroens et que je vous aurai retirés des lieux où vous étiez ensevelis; je vous donnerai un esprit, et vous vivrez , et vous jouirez du repos dans cette terre, qui est à vous, et vous saurez que c'est moi qui ai parlé, et qui ai opéré ces grandes choses, dit le Seigneur.»

XXX. Je n'î^ore pas que nos adversaires lâcheut de donner à ce passage un sens allégorique; ils disent que quand il est écrit que ces 08 c'est toute la maison d'Israël , les os dont rÉcriture parie ne sont qu'une image d'IsraM , qu'elle les a exposés hors de leur conclition propre et naturelle , et qu'enfin ce n'est f l'A une figure , et non pas une vraie prophétie dv]^ résurrection; qu'en réalité c'est une exprest.Uj'j ic rÊt^it du peuple juif , qui eat représenté ctiii^r^t mort, abbatu sous le poids d^unelangiWur et d'une arjdi^ funç$tes, fii mJsârjpUe-

meot dispersé par tout le monde , comme dans une grande et vaste campagne^ qi^e pofir cela il est parlé de lui selon l'allégorie wus limage de la résurrection, parce qu'il 4cvait être rassemblé; que les os se devaient rejoindre aui^ os, c'est-à-dire qu'une tribu devait être réunie à une autre tribu ; que les parties séparées du peuple devaient se remettre ensemble pour ne faire plus qu*un corps; que l'État des Juifs reprendrait sa chair ou ses richesses | qjif'il le revêtirait des nerft ou des forces que ce nuMpie avait au temps de sa prospérité ; que fe j)6|iple serait tiré de l'horreur des sépulofs, S*W!t-àdire du triste et infortuné séjour de la caplivif é; qu'il respirerait sous un 9k plu^ ^oux et plus açréable , et qu'il vivrait dans la t^re f uj était à lui, c'est-à-dire daps la Judée» IMais enfin

3u'est-ce que les Juifo deviendront? tl fi^ S9us oute qu'ils mourront. Et que senoot-ils après la mort? Je pense qu'il n'y aura point de r^urrection, si ce n'est celle qui a été révélée ^ Ëzéchiel. D'ailleurs il y a d'autres preuves qui fitablissent la résurrection, d'où je conclijp que eelle dont parle Ézéchiel est vri|ie, et qii'i) y ^ de la témérité de la renferinçr dans l'état 4es 0aiieê des Juifs; ou si la résurr(sc(iof| que nou# àffeadons n'est pas la m^e, il ne m-imttorifij pourvu qu'il y ait une résurrectioo des <^rps, eqmiAis il y en a une de la caipoiité des Jui^, E|^ \§ rétablissement dii peuple juif étant Rgiffé pcr œs os qui reprennent leurs çatfe et qui rewivrcnt la vie par l'esprit flpnt ils mh4 fs^nlmtêf Ç^tRt un témoignage qui nous assure que J^ ^ feront aussi remis en leur prepiier ét^t, ç«r le^ os ne pourraient être le suj^t d'uqe 9gure, s'il ne leur arrivoit à eux-mêmes ce qui est représenté par la figure. En effet, si l'image e$t vue expreasion de la vérité comme à son prin^eipe, il est nécessaire que 1^ ctipse eEprimée par l'image ait un être réel et vâritable, avant 41^ l'image en puisse être fbmaée. La similitiulp m peut être fondée sur ce qui n'est point , ni aa qui n'est rien être la matière d'une figure. Ainsi jl faut croire que les os reprendront véritablement la substance du corps et seront véritablement ranimés par Tesprit, selop que nous l'avançouNaAn que cet événen^enl, tel qu'jl est dépeipt en ^ lieu d'Ézécl^iel , pui^ae pvprnn^ ia ebangaMiii de l'Ëlat des Jqifs« l^aîa Q^t^Qf fMA a'afr^tff A toutes les sytMilJtt;^ if fmPi iMWMI^ c'jMhh

TERTULLIEN

aciUiiDent plus saint et plus pieux de déFendre b Térité toute nue, et de s'attacher à cette simplicité de termes, avec lesquels le prophète respHcpie : ce sens a une merveilleuse autorité , ctc^est celui que la proposition faite de la part de Dieu exige de nous. Et certes , si cette révélation avait eu pour objet le rétablissement des Juifs, dès qu'elle a montré le lieu où étaient les os, elle eût aussitôt ajouté : « Ces os, c'est toute la maison d'Israél ; « mais il Faut considérer que Dieu, après avoir montré les os , parle de Fespé* rance en la résurrection ; avant que de nommer Israël, il tente la Foi du prophète, c Fils de rhomme, dit-il, crois-tu que ces os revivent ?» afin que le prophète lui répondit : « Seigneur , TOUS le savez. » Or Dieu n*eût point tenté la foi du prophète sur une chose qui n'eût point dû arriver, dont Israël n'eût jamais oui rien dire auparavant, et que Ton n'eût pas été obligé de croire. Mais parce que la résurrection des morts avait été annoncée, et qu'Israèl, par son incrédulité , se défiant de la vérité qu on lui annonçait en était même scandalisé, et ne Faisant réflexion que sur l'état des morts et sur cette vieille pourriture des tombeaux, désespérait que les morts dussent ressusciter un jour , où plutôt qu'Israël, n'élevant point son esprit â la vérité de la résurrection, s'arrêtait seulement à ses circonstances, pour ce sujet Dieu révèle au prophète, qui était même dans quelque doute de cette vérité , tout ce qui se passerait dans cet événement merveilleux de la résurrection des liommes, afin de l'exciter à l'anonncer avec beaucoup de constance et de fidélité , et commande au peuple de croire ce qu'il a révélé au prophète, leur disant qu'ils étaient ces os qui ressusciteraient, eux qui ne croyaient pas que les 08 dussent ressusciter. Enfin il conclut ainsi cette révélation : « Vous saurez, dit-il, que c'est inoi qui ai parlé et qui ai opéré ces grandes choses. » En eFiet , il devait faire les choses qu'il avait dites, mais il ne devait pas faire les choses qu'il avait dites, s'il les devait Faire autrement qu'il n'avait dit qu'il les ferait.

XXXI. Certes si le peuple, étant dans la douleur de se voir réduit à une misérable dispersion, se plaignait dans le langage de l'alléflorie, «que ses os sont tout secs et qu'ila perdu tMte espérance , » on pourrait croire que Dieu auriit conaolé par une promesse figurée un dés-

espoir exprimé en figure*, mais comme le peuple n'avait point encore éprouvé le malheur de la dispersion, et que la résurrection était une chose dont il avait fort souvent perdu Tespérance, et que l'on sait que la considération de la mort du corps éloignait de son esprit toute l'assurance qu'il en devait avoir , pour cela le dessein de Dieu, dans cette révélation, a été de rétablir cette ibi , que le peuple détruisait par son incrédulité. Que si Israël souFfrait alors quelque calamité, si l'état où il se trouvait lui fournissait quelque sujet de plainte, ce ne serait pas une raison qui dût Faire prendre la révélation d'Ézéchiel pour une parole, mais ce serait bien plutôt une preuve que Dieu aurait voulu donner de la résurrection, pour exciter ces peuples A conserver Tespérance du salut éternel , et leur Faire naître le désir d'un rétablissement plus nécessaire que celuy d'être rappelé d'exil , ou de recouvrer ses biens, et les détourner en même temps de l'amour des choses présentes; d'où vient que d'autres prophètes ont dît : « Vous sortirez des sépulcres comme des animaux délivrés des liens dont ils étaient attachés <, et vous marcherez sur le ventre à vos ennemis.! Et ailleurs : a Votre cœur sera rempli de joie, et vos os pousseront comme l'herbe. > En efliet, Therbe vient de la pourriture et de la corruption de la semence. Enfin si l'on prétend que l'image des os qui se relèvent du sein de la terre ne représente proprement que l'état temporel des Israélites, d'où vient que ce n'est pas seulement à Israël que cette espérance de la résurrection est annoncée, mais qu'elle l'est aussi à toutes les nations auxquelles la promesse est faite, comme à ce peuple, que les restes de leur chair et de leurs os seront rétablis en corps et en àme, et que les morts se relèveront de leurs sépulcres? car il est dit de tous : « Les morts vivront et sortiront des monumens ^, et la rosée qui leur vient de vous est un remède dont leurs os reçoivent la guérison et la santé; » et ailleurs : «Toute chair se présentera devant moi ^ et viendra adorer, dit le Seigneur. » Mais quand cela arrivera-t-il.^ ce sera lorsque hi fiice de ce monde commencera à passer et à s'évanouir. Et il est encore dit auparavant au même lieu : c Gomme le ctd nouveau et la nouvelle terre que

« Malac., 4; luk, 68. - * Md,, 2e.-* /bid., eS.

DR LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

je fais a une fermeté inébranlable, dit le Seigneur, ainsi votre semence aura une oonsistance étemelle. » Et c^est alors que Ton verra Taocomplissement de ce qu'il ajoute : » Ilssortiront (c'est des sépulcres qu'il entend), et ils verront les membres de ceux qui ont vécu dans l'impiété. Le ver qui rongera ceux-ci ne mourra point < ; b le feu qui les brûlera ne s'éteindra point , et ils seront exposés à la vue de toute chair ; » c'est-ftdire de tous les saints, qui , étant ressuscites et sortis de leurs sépulcres, adoreront Dieu en reconnaissance de la grâce qu'ils auront reçue de sa bonté.

XSXn. Mais afin qu'il ne semblé pas que TËcriture n'annonce que la résurrection des corps qui ont été mis dans les sépulcres, et que les autres ne doivent point ressusciter , il est écrit : « Et je commanderai aux poissons de la mer , qui rendront les os qu'ils auront dévorés <, et je joindrai les membres, et les os les uns aux autres, v Donc , dis-tu , les poissons seront aussi ressuscites, et les bètes brutes, et les oiseaux de proie, afin qu'ils rendent ceux qu'ils auront engloutis, parce que tu as lu dans «Moïse que Dieu recherchera le sang sur les bètes brutes ^. » Non, il n'en est pas ainsi ; ni les poissons, ni les bètes brutes, ni les oiseaux de proie ne ressusciteront point; et ce qui fait que Ton nomme les bètes brutes et les poissons en parlant de la restitution de la chair et du sang , c'est pour marquer par une plus forte expression la résurrection des corps qui auront été dévorés, l'Écriture la représentant parfiiitement quand elle dit cque la recherche du sang se fera même . sur ce qui les aura dévorés.» J'estime d'ailleurs que l'exemple de Jonas nous donne une belle instmction de cette puissance de Dieu , puisqu'il sortit sain et entier du ventre de la baleine, et que ces deux substances, sa chair et son âme, en furent délivrées. Et en effet les entrailles de ce grand et monstrueux poisson , où le prophète fut plongé durant l'espace de trois jours, pouvaient corrompre et consumer sa chair, tout de même qu'une sépulture qui n'a point été remuée pourrit un cadavre qui a été longtemps enfermé dans son seiu. Mais certes, Ton ne peut nier que ces bètes brutes sur lesquelles il est écrit « que Dieu recherchera le

• 2k Naith., 9, -» Apoc, t • • QcDiie,

sang, 9 ne soient la figure des persécuteurs des fidèles, de ces hommes cruels, pleins de férocité et de barbarie, principalement contre les serviteurs de Jésus:<}hrist , ou qu'elles ne soient même l'image de ces anges prévaricateurs, de ces esprits d'iniquité, sur lesquels Dieu fera la recherche du sang, par une espèce de compensation de supplice, et de vengeance ^ Y a-t-il donc quelqu'un , si c'est une personne qui ail plus d'inclination à apprendre d'autrui qu'l^ présumer de soi-même, qui soit plus portée à croire qu'à disputer , qui ait plus de révérence pour la sagesse de la loi de Dieu que de pas* sion pour ses propres sentimens, qui entendant parler de ce que Dieu a ordonné touchant la chair, la peau , les nerb, et les os , puisse feindre que cela se doit rapporter à d'autres choses, comme si ce que l'Ecriture dit de ces substances n'était pas destiné à l'homme ? En effet, ou rien n'est destiné à l'homme , ni le royaume du ciel, que Dieu lui prépare par un effet merveilleux de sa libéralité , ni la rigueur de son jugement, ni la résurrection de quelque qualité qu'elle soit ; ou si ces choses sont destinées à l'homme, il faut de toute nécessité qu'elles soient destinées à ces substances qui composent Fhonune auquel elles sont destinées. Mais je demande i ceux qui transportent avec tant de finesse et de subtilité à une autre signification les os, h chair , les hcrà et les sépulcres, d'où vient que, quand on dit quelque chose de Fàme, ils ne prétendent point que l'âme se doive prendre en un autre sens , et qu'an contraire quant on parie de quelque chose de nature oorpordie, ils Y donnent tout un autre sens que œ que le mot signifie dans son sens naturel et ordinaire. Certes, si ce qui est de nature corporelle est une parabole, pourquoi n'en sera-t-il pas de même de ce qui est de nature spirituelle? si cp qui est de nature spirituelle ne s'entend pas eii figure, ce qui est de nature corporelle ne s'entend pas non plus en figure; car le corps est aussi bien une partie de l'homme que l'âme , et Ton ne peut faire que l'une de ces deux substances admette le sens figuré, et que l'autre le rejette.

XXXin. n me semble que je me suis assez arrêté aux preuves tirées des prophètes; je vient

*Gal..9.

TERtlJLUEN.

maioteiuint i celles que mt fournit rÊvangile ; mais il faut que je prévienne aussi en ce lieu radresseet (a subtîtite fine et rusée de ceux qui prétendent que Notré-Seîgneur a dit toutes choses en paraboles^ parce qu'il est écrit : « Jésus a parlé de tqutes ces choses en paraboles < ; et iî oç leur parlait point sans paraboles,» c!é$t-àdb^e que sans paraboles, il ne parlait point aux Juift ; ainsi ses disciples lui disaitot : «(Pourquoi parlez-vous en paraboles? » et Notre-^igneur lui-même disait aussi : c Je leur parte en paraboles, afin qu'en voyant ils ne voient pas, et qu'en oyant ils n^ntendent pas, seton la parole dlsale. » Gestes, s'il parlait en paraboles aux inih^ il ne parlait pas à tous en paraboles; fl ne partait pas toujours en parabdies , et toutes les choses qull disait n'étaient pas des paraboles; comme il n^usait de paraboles qu'avec quelques-uns, ce n'était que de quelques choses qli'il pariait en parabofeS, et c'était ne parler qu'a quelques-uns que de ne parler qu'aux iiàts^ n est vrai qu'il parlait même quelquesfois en paraboles à ses disciples , mais considère que quand l'Écriture le rap|)orte, c'iest en ces termes qu'elle le fiifit. cÉt 8 feurdfisait aussi une parabole'. »6'o(iîe conclus quft leur parfait même sans se servir de paraboles ; car fÉcritore uC^urait pas remarqué quand it parkit en paraboles, sic^eûtété sa f^n de parler ordinaire. Mais prends, garde qu'il n'y a point de parabole dans rÉvangile qui n>dt été oh expliquée par lui-même, comme celle de Fa semence qu'il rapporte à la distribution de la parole divine 3, ou éètaircie par Tévangéliste, comme celle du juge superbe ^ et. de la veuve qui le presse de lui rendre ju|liçe^, d*où le texte sacré nous oonvie à. persévérer en Poraison , ou qui ne se puisse ei» ndre de soi-même , comme celle 4tt ftgufer que le. Tiaitre^ dîfRre d'arracher et de brûfer ^, eapérant qui] portera du fruit à fàvenir , ce qfii exprime assez clairement l'état inftuct'aeax ^ la nation Juive. Que si les paraboles n'ont point de voik q/^ obscurcissent la himière de r^Lvangile,, il ne faut point croire que des sentences et des arrêts prononcés de la bouche du nis de Dieu , et dont le sens est clair et manitete, doivent recevoir une autre Interprétation

* 8 Mattb., 13. — • S. Luc, 18. - • S. MatUi., 13. •S.UÊC. la. - • S. Luc, 13.

que celle que les termes qui les énoncent poitent naturellement. Or c'est par des sentences et des arrêts que Notre-Seigneur annonce ou le jugement, ou tê royaume de Dieu , ou la lésurrection^ «Tyret Sidon, dit-il, recevront un ti'aitement plus supportable au jour du jugement^.»Ët ailleurs : sDis-leur que le royaume de Dieu est proche?» Et ailleursiall te sera rendu, en la résurrection des justes \ » Mais si les noms mêmes des choses , c'est-à-dire du jugement , du royaume de Dieu , et de fa résurretiorf, représentent si nûmentet absoinmeni ce qu^Res sont qu on n'en puisse rien enfermer dans le sens figuré et la parabole, îi ne ^ut pofnt certes interpréter flgurément ce ({ui nous est annoncé, soit de cet ordre merveilleux du royaume de Dieu , soit des circonstances de ce grand événement du jugement des hommes, soit de cette impression toute divine que les âmes feront •or les corps, lorsqu'effes viendront les ranimer et au moment de la résurrection ; ef l^>n ' doit entendre ce qnî en est dit dans un sens corporel, parce que ce sont des choses- quf sent destinées aux corps; c'est-à-iire qti'it ne faut pas y chercher un sens spirituel, parce qnli n^ a en cela rien de figuré et rien que de propre. Ainsi nous avons déjà dit que le corps tant de l'Ame que de la chair recevra sa récompense à cause des oeuvres commnnes i l'âme et à h chair. Et c'est un principe qu'il firllait éfablîr de peur que le corps dé fàme, qtii porte Tesprit k des explications figurées, ne donnât Fexdosîon an corps de la chair quant à l'état de Tantre vie; au Reu que nous devons croire que les deux parties qui composent l'homme ont part an royaume de Diéti, an jugement , et à la résurrection ; et ce qufe nous prétendons S préSeoC est de montrer que Notr^^^gnen^ a elilenclil parler du corps de la diair , partout eâ il a fiiif mention de la résnrrêetfiMi , sans qne cela ^réjodicieau corps 4é PMtfe, qoi n'a écé reeoMUi qoe de peu de gens.

XXXIT. IVemiéreitient dbnc, quand NdCre- Sjeignevr dit « qu'il est venu pour sauver ce cfnl s'était perdu^, » qui est^ce^ à ton avis, qnî s'était perdu? c'est Fhomme sans doute. Mais esl-ee tout l^omme , ou sr ce n'eà est qu'une partie? c*est Phommé entier , car h transgression dn

«S.Matth . lt.-V5Wr,1€l-**$LLiic;l4i— *iWrf., Id

DE LA RËSORREGTION DE LA CHAIR

emnmaDdement dt Dieu , caase déplorable de la porte de la nature humaine, ayant été une q)ératioD tant de rinclination de Fâme, par le mouvement de sa concupiscence, que de Faction de la chair en ce qu'elle a goûté du Fruit défendu , cette transf];ression, dis-je, a été le titre du crime de Thomme entier , et a rempli toutes ses fiicultés de ce funeste démérite qui la fait périr. Cet homme donc qui a péri tout entier par son crime, sera sauvé tout entier i, si ce n'est qne cette ouaille perdue se soit perdue sans son corps, et ait été retrouvée sans son corps; car si le bon pasteur remporte sur ses épaules la chair et Tâme de son ouaille , c*est-à-dire cet animal entier, c'est un exemple qui nous firure le rétablissement de l'homme en Tune et en Tautre substance. Mais combien est-il indigne de Dieu de ne donner le salut qu'à la moitié de lliomme, et de ne fiiire presque des grâces au'à demi , tandis que les princes du monde n'en font point de bornées et d'imparfaites , et qne celles qu'ils aieoordentsoBt toutes pleines- Quoi, le diable sera plus puissant pour la perte de rtiomme, il aura le pouvoir de le fiilrc tomber tout entier, et Dieu se montrera plus impuissant'. De pouvant le relever tout entier! Cependant l'apôtre dit «qa^où 11 y a eu abondance de péché, c*est là que la grâce a été encore pus abondante. » EnÎBn comment pourra- t-on estimer oeitti-là sauvé, de qui, si l'on s'arrête à ce sentiment, on pourra même dire qu'il est perdu; car s*il est sauvé quant à Tàme, il est perdu quant à la chair. El il faut même que Ton réputé Tame perdue, afin qu'elle puisse recevoir le salut; car c'est seulement ce qui sera perdu qui doit recevoir le salut. Toutefois, selon nous, l'ame est immortelle, et quand elle se perd, ce n'est pas qu'elle meure , mais c'est qu'elle e$t Hvrée aux supplices et à la gêne. Et de cette sorte le salut qui sauve de la mort ne la regarde point puisqu'il loi est assuré par sa propre nature, et par la vertu de son immortalité; mais elle regarde bien pIotM la chair, qui est reconnue mortelle par le consentement universel de tout le monde; ou si Pâme est sujette à mourir, si elle est d'une nature qui ne soit pas immortelle, en un mot si elle est périssable comme la chair , certes, la chair ayant également la qualité de

«8.Loc,15.— «K<im.,5.

mortelle et de périssable, elle doit Clément recevoir le salut , puisque le Seigneur par sa bonté donnera le salut à ce qui périt ^ Je ne veux pas disputer Ici contre toi avec beaucoup de contention et de subtilité, dans des discours longs et épineux , à raison de laquelle des deux substances l'homme périt , si c'est en celle4i ou si c'est en celle-ci ; il suffit que le salut lui soit destiné en Tune et en l'autre partie de son être , et que Tune et l'autre substance le reçoive également. Et certes de quelque substance que tu présumes que l'homme périt, il ne périt point de l'autre ; il sera donc sauvé en cette substance en laquelle il ne périt pas , et il sera encore sauvé en celle en laquelle il périt. Ainsi que tu vois, le rétablissement de l'homme est entier, puisque ce qui périt de lui , Notre-Seigneur le sauvera , et que ce qui ne périt pas de lui , Notre- Seigneur ne le perdra pas. Qui pourrait après cela douter de la conservation de l'une et de l'autre substance , dont l'une obtiendra le salut, et l'autre sera dans un état oii elle ne pourra le perdre? Toutefois Notre-Seigneur ne laisse pas de nous exprimer encore cette vérité : c Je suis venu, dit-il, pour fiiire non pas ma volonté, mais celle de mon Père, qui m'a envoyé^. > DiMQoi, je te prie, quelle est cette volonté. «Afin, ajoutet-fl , que je ne perde rien du tout de tout ce que mon Père m'a donné, mais que je te ressuscite au dernier jour, s Qu'est-ce que Jésus-Chnst avait reçu de son Père , sinon cela même dont il s'était revêtu ? Ce qui s'entend sans doute de la nature humaroe , de ce composé de là chair et de l'âme. 11 ne souffrira donc point qu'aucune de ces deux choses qu'il avait reçues périsse; il ne permettra pas aussi qu'il périsse rieit, non pas même la moindre partie ni de l'une n) de l'autre. Que si la chair est peu de chose, il ne la laissera doàc pas périr , parce qiflf ne hfésera pjTS périr la moindre chose; et il If en hfsisêra rien périr , parce que de ce qu'il a reçil , fl if en laissera périr rien dd tout. Certes, sTif ne ressuscitait pas la chair au dernier jour , il souffrirait qu'une partie de l'homme périt; je ne dis pas une petKe partie de l'homme, mais j'ose dire, considérant combien la chah* tàt (me grande partie de Phomme , qu'il laisserait périr presque lliomine entier. Au resté quand Notré^

•^S-Hatth., 10.-*S.Jeaii,é

TRRTULLIEN.

Seigneur dit encore : «G*est la volonté da Père Éternel, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie étemelle, et que je le ressuscite au dernier jour; » il établit la plénitude de la résurrection , parce qu'il distribue à chaque substance la récompense du salut , qui est propre à ses fonctions , à la chair par laquelle on voyait le fils, et à Fàmc par laquelle on croyait en lui. « Donc , diras-tu , la promesse de cette résurrection regarde cchx qui voyaient Jésus-Christ. » Hé bien, qu'il soit ainsi, pourvu que l'espérance en soit venue d^eux à nous ; car si alors les opé* rations de la chaii\ et de Tàme ont été si avantageuses à ceux qui voyaient, et qui croyaient parce qu'ils voyaient, elles nous doivent sans doute apporter de bien plus grands avantages. XXXV.aGeux-4à,dit Notre-Seigneur, sont plus heureux qui n'ont pas vu , et qui ont cru. » Et en effet, supposé que l'on pût dénier la résurrection de la chair à ceux qui ont vu , et qui en voyant ont cru, certainement l'on ne pourrait la dénier à ceux de qui Notre-Seigneur a dit « qu'ils sont plus heureux;» car comment sont-ils heureux, si une partie d'eux-mêmes doit périr? Notre-Seigneur a encore dit : «Il faut craindre celui qui tue le corps et l'àme , en livrant l'un et l'autre à la gène;» c'est-à-dire que c'est Dieu seulement que l'on doit craindre, et que Ton ne doit point craindre ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent faire aucun mal à Tàme, c'està-dire les puissances humaines. Et certes, ces paroles rendent témoignage que Tàme est immortelle de sa nature, puisqu'elle est telle que les hommes ne puissent lui donner la mort , et que le propre de la chair est de mourir, puisque c'est elle à qui les hommes peuvent arracher la vie. D'où il s'ensuit que la résurrection des morts appartient aussi à la chair , qui ne peut mourir une autrefois par la gène si elle n'a été auparavant ressuscitée. Mais comme mes adversaires subtilisent, en voulant rechercher quel est ce corps que Dieu punit dans la gène, je déclare : qu'à mon sens le corps de l'homme n'est autre que toute cette masse et toute cette structure de chair , de quelque matière] qu'elle soit composée, qu'elle soit pétrie , et qu'elle soit formée; que c'est ce que les yeux voient, ce que les mains touchent, et enfin ce que les hommes tuent. Ainsi je ne prends pour le corps ifttDemuraillequeles pierres, la brique, et le [

ciment. S'il y â quelqu'un qui veuille établir on autre corps qui soit plus caché et plus imperceptible, qu'il le montre, qu'il en donne connaissance , qu'il fosse voir que c'est ce qui reçoit la mort de la main meurtrière de l'homme , et je conviendrai que ce qui est dit du corps s'entend de celui qu'ils se figurent. Que si l'on veut aussi nous opposer le corps de l'àme, cette adresse ne réussira pas , car puisque Notre-Seigneur a dît «Que l'on doit craindre celui qui tue le corps et l'àme par le supplice de la gène, par laquelle les crimes du corps et de lame sont châtiés,» comme il a parlé du corps et de l'àme, le corps dans ses paroles est distingué de l'àme. Et oda fait comprendre que le corps est ce que nous voyons , et ce qui se présente à nos yeux ; que c'est cette chair, de qui l'on peut dire véritablement que comme elle sera tuée et recevra la mort dans la gène , si elle n'a pas connu plus de crainte d'être tuée de la main de Dieu que de la main des hommes, ainsi elle sera vivifiée pour posséder une vie qui n'aura point de fin, si elle a préféré aux douceurs de la vie humaine d'être tuée par la cruauté des hommes pour la gloire de Dieu. Cest pourquoi, s'il y a quelqu'un qui veuille faire passer la perte de la chair et de rame dans le malheur de la gène pour la mort et la destruction de l'une et de l'autre substance, et non pas pour leur supplice, comme si c'était un instrument préparé par la puissance de Dieu pour les consumer, et non pat pour les punir, qu'il se remette dans la mémoire qu'il est dit : « que le feu de la gène est na feu éternel , et que ce feu est une peine éternelle, » et que celalui fasse comprendre que c'est une mort qui n'aura point d'autres bornes que l'éternité, et qui par cette considération est bien plus redoutable que la mort que l'on reçoit de la main des hommes, qui n'est que pour na temps. Et certes , quand il aura bien conçn ces vérités, il croira que ces substances qui recevront la mort éternellement pour la peine de leurs forfaits, subsisteront en cet état éternellement. Mais puisque après la résurrection, leoorps doit perdre la vie avec l'àme dans les peines de la gène, alors l'on aura une preuve évidente et de la résurrection de la chair et de la mort qui doit durer dans toute l'éternité. Car ce serait une chose tout à fait absurde que la chair, étant ressosdtée, lecftc de IXeu dans la gène UM

mort où elle rencontrera sa fin, puisque c'est ce qu'elle éprouverait dans le tombeau sans la résurrection. Peut-être que la vie sera rendue à la chair, afin qu'elle ne soit plus , elle à qui il est déjà arrivé de n'être plus par le coup et par la chute de la mort. D'ailleurs Notre-Sei- (çneur, nous confirmant dans cette espérance de la résurrection S a lyouté l'exemple des passereaux , dont il a dit que de deux il n*en tombe point an à terre sans la volonté de Dieu, afin que tu croies que la chair qui sera tombée à terre et qui aura été enfoncée dans la poudre du cercueil , pourra ressusciter par la volonté de ce même Dieu. Il est vrai qu'il n*est paa donné aux passereaux de pouvoir ressusciter; mais nous excellons par-dessus plusieurs passereaux, en ce que nous ne tombons pas pour toujours, et que si nous faisons une chute, Dieu nous relève de notre chute par le bien de la résurrection'. Enfin puisque Motre-Seigneur assure qu'il tient le compte de tous les cheveux de notre lètei il promet au même temps qu'il n'en périra pas un seul; car pourquoi en tiendrait-il le compte, s'il devait sonfFrir qu'ils périssent? et c'est ce qu'il a dit : « De tout ce que mon père m*a donné, je n'en perdrai rien du tout, » c'està-dire qu'il n'en perdra pas un cheveu, comme il n'eu perdra ni un œil ni une dent. Et en effet, d*où viendront les pleurs et les grincemens de dents dans la gêne, sinon des dents et des yeux? Ainsi le corps souffrant dans la gêne une seconde mort, il est précipité dans les ténèbres extérieures, où les yeux rencontrent le tourment qui leur est propre ; et il est dit de celui qui se présentant dans la solennité des noces, n'y apporte pas des œuvres qui méritent de l'y hire adinettre, qu'on lui liera aussitôt les mains et les pieds, pour montrer que l'homme ressuscite a^^ec le corps; de la même sorte ce qui est dit que celui qui est admis aux noces a son siège dans le royaume de Dieu , qu'il est assis sur le trône de Jésus-Christ , qu'il assiste à sa droite ou à sa gauche, et qu'il mange du firuit de vie^. Ce sont toutes expressions qui marquent assurément l'état et la présence du corps.

XXXYI. Voyons maintenant si Notre-Seigneur renversant toute la ruse des sadducéens, n^a

«& Jean, 6. — «s.

•&llatth.,aO.

MaUb.,S,9. 13et21

pas de plus en plus confirmé notre doctrine. Il me semble que l'état de la question que l'op avait avec eux , était qu'ils voulaient détruire la résurrection; car ils n'admettaient le salut ni de l'âme, ni de la chair; et ainsi prenant Paffaire par le biais le plus contraire à la foi de la résurrection , ils tiraient de cette face qu'ils lui donnaient, les argumens les plus propres qu'ib pouvaient former pour fiivoriser leur parti. Ils se servaient pour cela des qualités de la chair en la personne de cette iimme qui avait été mariée à sept frères, l'un après la mort de l'ao* tre^ et demandaient si après la résurrection elle se remarierait encore , ou si elle ne se remarie* rait plus, étant incertaine auquel de ses sept maris elle serait rendue. Il n'y a qu'à considérer les termes de k question, et ceux de la réponse de Jésus^hrist pour trouver la décision de là difficulté. En effet , si les saddueéens njetaient la résurrection, Notre-Seigneur la défendait, et il les reprenait d'ignorer les fioritures, I savoir celles qui l'avaient annoncée, et de n'avoir point de créance en la vertu et en la puissance de Dieu, capable de ressusciter les morts. Ce qu'il ^(joute, c que les morts ressuscitent,» montre sans doute la vérité de ce que les saddueéens déniaient, et confirme que la résurreetion des morts appartient au Dieu des vivans , et qu'elle est vrai tout autant qu'ils déniaient qu'elle le fût, c'est-à-dire que des deux substances de l'homme, l'àme vit après la mort ût la chair, et que la chair ayant perdu la vie là reprend. Et certes, s'il a nié qu'en cet état il n^y ait plus eu de mariages^, il n'a pas enseigné pour cela qu'il n'y ait point de résurrection ; au contraire, il a nommé ceux qui ressusciteront, «les enfiins de la résurrection,» comme si en ressuscitant ils prenaient une nouvelle naissance; il â dit qu'ils ne se marieront plus', mais c'est après qu'ils seront ressuscites, parce qu^alors ik seront semblables aux anges^; et ils leurs seront semblables en ce qu'ils ne se marieront plus, comme ils ne mourront plus , et en ce qu'ils passeront de leur nature mortelle à la rature angélique, en se revêtant d'une qualité incorruptible, par le changement admirable qui arrivera à la substance de la chair , mais ressus-

< S. MaUli., 22. — • S. Luc, 30. «^ • S. Matth., 2t U Cor., 15.

TERTULLIEN

dtée. Eofia, Ton ne demanderait point si nous nous marierons, ni si nous mourrons encore après un tel événement , ou si nousn*éprouverons plus niie mariage ni la mort, sice n'était que Fou mettait principalement en doute la résurrection de cette partie mortelle de Thomme, c'està^ire de la chair qui a proprement dans ses fonctions le mariage et la mort. Ainsi tu vois que Notre-Seigneur confirme la vie de Tâme et le retour de la vie dans le corps, c'est-à-dire la vie dans Thomme entier, établissant contre les hérétiques des Juifs cette vérité , qui est contestée par les sadducéens du christianisme. XXXY II. Quand donc il dit que la chair ne sert points il faut donner à ses paroles le sens qui y convient selon la qualité de la chose dont il s'agit. Plusieurs de ceui qui le suivaient ayant trouvé son discours dur tl insupportable, lors^ qu'il parbit de l'obligatioa de mantçer sa chair, Qomme s'il leur commandait de manger crûment sa chair en la fa^n ordinaire de manger de la cbair, il voulut élever leurs pensées à Tesprit f pour leur faire comprendre ce qui devait opérer leur salut \ c'est pourquoi il leur dit d'abord icCestresprit qui donne la vie,» ajoutant : «Lo eboir w sert peintre c'est-à-dire qu'elle ne sert point pour donner b vie. Il explique aussi ot qo'S veut que l'on entende par l'esprit : «Les paroles ^ oontinua-t-il , que je vous ai dites, sont esprit et vîey» qui est la même chose que TÉvan gilerapporteen ce même lieu^ :« Celui qui entend ma parole, et qui croira en celui qui m'a envoyé, aura b vie éternelle; il if entrera point en jugement avec Dieu ^ mais il passera de la mort à la vie. » AÎBsi attribuant à la parole b vertu de donner b vie, pareeque la parole est l'esprit et la vie, il Fa aiMii BOmmée sa chair, parce que la parole, c't$t4-dire le Verbe, avait été fiait cbair. Et «rtei, k Yerbe étant fait ebaif ^ dooo defoiia ftmner de saisis désira de le posséder pour recevoir b vie ; noua devoa» avoir Touie toujours dbposée à Fadmettf e dans notre intérieur ; noua devons le goftter par l'appUeatioii do notre eur tendement; nous devons' enfin b digérer par rardeur de notre foi. Nous voyons encore que peaauparavantNotre-Seigneur avait dit, n que le pain descendu du ciel est sa chair,» se servant ordinairement de l'allégorie des alimens néces-

saires à lliorome, pour marquer la nécessité que nous avons de ce pain céleste , et l'aveuglement des pères de l'Ancien Testament, qui avaient préféré à la vocation divine le pain et la chair des viandes de l'Egypte. Jésus-Christ donc repassant sur les pensées de ces malheureux auditeurs, parce qu'il savait qu'ils allaient se retirer, et qu'ils ne le suivraient plus : a La chair, leur dit-il, ne sert pointa» Qu'y a-t-il en cela qui détruise la doctrine de la résurrection de la chair comme s'il ne se pouvait pas faire qu'une chose soit de telle nature, qu'encore qu'elle ne serve point, elle reçoive néanmoins du service de quelque autre chose. L'esprit sert, parce qu'il donne la vie; au contraire la chair ne sert point, parce qu'elle est esclave de la mort. Et réellement Notre-Seigneur a affirmé la vérité de ces deux propositions que nous avançons; car marquant ce qui sert et ce qui ne sert pas, il a pareillement découvert quelle est la chose qui sert à l'autre, montrant que cette chose c'est Fesprit qui donne la vie à la chair qui a souffert b mort. «L'heure viendra ^ dit-il , en laquelle les morts entendront la voix du Fils de Dieu, etoù ceux qui l'entendront auront la vie. »Qu'estce qui est mort, sinon la chair? et qu'est-ce que la voix de Dieu , sinon sa parole et son Verbe , sinon l'esprit qui vivifie? Il ressuscitera b chair qu'il a prise lui-même ; il la ressuscitera de la mort qu'il a soufferte lui-même, et il la ressuscitera du sépulcre où il a été porté luimême. Enfin quand il ajoute : c Ne vous émerveillez pas de ce que je dis, que l'heure viendra où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront b voix du Fils de Dieu, et où ceux qui auront fait le bien ressusciteront à b vie, et ceux qui auront fait le mal seront ressuscites au jugement et à la condamnation : d il n'y a personne qui puiase prendre les morts qui sont dans les monumens pour autre chose que pour le corps et pour la chair, parce que les monumens ne sont que la demeure des cadavres. En eflet, il est dit clairement que ceux qui sont restés dans Tétat du vieil homme, c'est-à-dire les personnes mortes de celte mort qui vient de l'ignorance de Dieu , et que les hérétiques veulent que l'on entende sous le nom de monumens, sortiront des monumens pour comparaître au jugement

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

de Dieu. Àfais commeDt est-il possible que des moDamens sortent des monamcns?

XXXVin. Après avoir considéré les paroles de Notre-Seigneur , jetons aussi les yeux de Fesprît sur les choses qu'il a faites. Quelle pensée avun»-nous de ses actions, et que veut-0 que nous jugions de lui i, quand il ouvre les cercueils et les sépulcres, et qu'il ressuscite les morts? Pourquoi opérer de si grands prodiges, s'il n^a eu autre dessein que de faire montre de sa pui^nce, ou si, remettant les âmes dans les corps, il n'a eu d'autre motiF que les grâces présentes qu'il faisait? Certes ce n'était pas à Jésusr Ciirist une opération fort merveilleuse, que de ressusciter des personnes qui devaient mourir encore une fois. Mais si son intention était plutôt de mettre comme en dépôt la foi de la résurrection future» il s'ensuit que cette résurrection future sera celle des corps, puisque la résurrection des corps en est la preuve et le modèle. Que Ton ne me dise point qu'encore que la vie demeure à Fàme seule après la mort du corps , néanmoins Dieu en a voulu donner par avance des exemples en la chair, parce que la vie de Tâme invisible ne pouvait être montrée sensibiement aux hommes que par la résurrection if une substance visible ; car ce n'est pas connaître Dieu que de mesurer son pouvoir par nos opînioùs et nos pensées ; et ceux-là ignorent ce qu^îl est , qui ne croient pas qu'il puisse ce qu'ils ne pensent pas qui soit en sa puissance. Toutefoi» il ne peuvent pas ignorer cette puissaooe de Dieu, s'ils ont connaissance de PApocalypse de saint Jean ^. £t certes , celui qui a fait voir les âmes des martyrs encore seules et saDS leurs oorps» jouissant sous l'autel des délices du repos , pourrait aussi les représenter à h Tue dans l'état de la résurrection , sans le ministère de la chair. Mais pour moi je me renferme dans ce sentiment : que Dieu ne nous peut tromper,, et que si! y a q/aelque chose où il manque de j^issance,. c'est seulement en ce qu^il est incapable de tomber dans un défaut , et danser de surprise et de tromperie. Quelle apparence donc qu'en nous donnant des témoignages d'une chose future, il nous les ait donnés d'autre sorte qu'il n'a disposé la chose même? et même que s'il n^a pu nous donner Texemple

« s. Matth., 9; S. Jean, 11 ; S. Luc, 7. -^ Apoc, 6.

de la résurrection sans la chair, il ne puisse nous faire paraître TefFet et l'accomplissement entier de cet exemple dans la substance de la chair ? En effet, il n'y a point d'exemple qui ait plus d'étendue que la chose dont il est l'exemple; or Texemple aurait plus d'étendue que la chose même, si les âmes avaient ranimé les corps , pour servir de preuve et de témoignage d'une résurrection où les corps demeureraient dans la poussière des tombeaux, sans qu'ils rentrassent dans la vie avec les âmes , tellement que le salut entier de l'homme ne servit à en établir et â en défendre que la moitié ; au lieu que les exemples de leur nature demanderaient plutôt ce qu'il y a de moios,rîeveux dire la vie de rame seule, pour être comme un avant-goût de la résurrection qui s'accomplirait aussi quelque jour en la chair. Ainsi, selon nous, ces exemples des morts que Notre-Seigneur a re^ suscités, enseignaient la vérité de la résurrection de la chair, pour vivre avec l'âme, afin qu'il n'y eût point de substance en lliomme â qui roa pût dénier cette prérogative, quoique ces mêmes exemples fissent paraître un moindre effet que celui que Jésus-Christ voulait montrer, puisque ces morts n'étaient pas ressuscites pour passer à un état glorieux et incorruptible, mais pour être encore sujets à la mort.

XXXIX. Les actes des apôtres portent aussi témoignage en faveur de la résurrection ; car la seule chose que les apôtres avaient à faire même avec les Juifs, était d'ouvrir les sceaux qui cachaient les mystères de l'Ancien Testament, de consigner entre leurs mains les vérités du Nouveau , et surtout de leur annoncer Dieu en Jésus-Clirist. Ainsi ils n'enseignaient point une doctrine nouvelle touchant la résurrection des morts» et tout ce qu'ils faisaient sur ce sujet, est qu'à ta gloire de Jésus- Christ ils prêchaient simplement la résurrection, comme une vérité connue et dont la foi était déjà établie, sans mettre en question sa qualité, n'ayant lâ-dessus d'autres adversaires que les seuls sadducéens. Tant il est vrai qu'il était plus facile de nier en tout la résurrection des morts , que de l'entendre autrement que de l'homme entier, c'est-àdire de la vie de Fâme et de la restitution de la chair â une nouvelle vie. Écoute saint Paul faire sa profession de foi dans l'assemblée des \ grarttt prtti^, àms la protection (Tun eokmei

TERTULLIEN

de gens de guerre , parmi des sadducéens et des pharisiens : «Mes frères, dit-il, je suis pharisien, et fils de pères pharisiens S et je réponds maintenant devant vous sur la question de Tespérance et de la résurrection des morts, b Quelle était Fespérance dont il parlait, sinon Fespérance commune du peuple juif? Et certes, étant déjà poursuivi comme transgresseurde la loi , il avait sujet de craindre que i*on ne le prtt pour être aussi de l'opinion des sadducéens, sur le principal article de toute la foi des Juifs, c'est-à-diresur Tarticle de la résurrection. Ainsi, ne voulant point passer pour un homme qui dé* truisit la foi de la résurrection , il la soutenait suivant la doctrine des pharisiens, rejetant les sentimens des sadducéens qui la niaient. Cest pourquoi parlant après cela devant le roi Agrippa 3, il lui dit «qu'il n'avançait rien que les prophètes n'eussent annoncé, » foisant voir qu'il croyait la résurrection telle qu'elle avait été annoncée par les prophètes; et alléguant ce que Moïse avait dit' delà résurrection des morts, il montrait qu'il la croyait corporelle, comme celle où Dieu rechercherait la vengeance du sang de l'homme. Il prêchait donc la même ré< surrection qui était admise par les pharisiens, et qui avait été défendue parNotre-Seigneur, et que les sadducéens avaient mieux aimé nier entièrement que delà croire, comme elle était communément reçue *. Au reste quand saint Paul en parla aux Athéniens, ils ne l'entendirent point autrement. Et c'est dans ce sens qu'ils s'en moquèrent; car ils n'en eussent point fait de risées et de railleries, s'il ne leur eût parlé que de l'immortalité des âmes et de leur retour dans des corps , puisque cette opinion était l'opinion la plus orduiaire dans l'école de leurs philosophes. Mais lorsque cette doctrine d'une résurrection, dont on n'avait point ouï parler auparavant , eut été hautement soutenue devant les nations, et qu'elle les eut choquées par sa nouveauté, lors, dis- je, qu'une proposition si incroyable eut fait nattre des questions et des disputes, dans lesquelles la créance des hommes sur une chose si importante était diversement combattue, l'apAtre eut soin d'affermir la foi de cette admirable espérance, presque par toutes ses épitres, montrant quecette résurrection était

« Act., 13. - • yWtf., 16. -' GenèM, ft. - « AcLpir.

véritable, qu'elle n'avait point encore eu son accomplissement , qu'elle était corporelle, ce qui était la plus grande question, et, ce qui après cela restait en doute dans les esprits, que ce n'était pas un autre sens que celui de la résurrection de la chair, et qu'elle devait être crue corporelle.

XL. Il ne faut pas s'étonner si l'on tire des écrits de l'apôtre des argumens pour défendre des erreurs, puisqu'il faut qu'il y ait des hérésies, et qu'il n'y en pourrait avoir si les Écritures ne pouvaient être mal interprétées. Or les hérétiques ayant vu que saint Paul établit deux hommes, l'un intérieur qui estl'àme, l'autre extérieur qui est la chair, ils ont attribué le salut à l'âme qui est cet homme intérieur, et la perte à la chair, qui est cet homme extérieur, parce que l'apôtre écrit aux Corinthiens^ : « Quoique notre homme extérieur se ruine et se corrompe, toutefois notre homme intérieur se fortifie et se renouvelle de jour en jour. » Certainement ni l'Ame n'est l'homme par elle-même, puisqu'après que cette masse d'argile fut nommée l'homme, elle lui fut donnée pour l'animer, ni la chair n'est aussi l'homme sans l'âme, puisque dès que l'âme en est dehors, elle n'a plus que le nom de cadavre, desorteque le nom d'homme est comme une chaîne, dont ces deux substances mêlées l'une dans l'autre sont étroitement liées, et qne tant que ce nom subsiste il ne se peut qu'elles ne soient pas unies ensemble. D faut d'ailleurs sop» poser que , selon l'apôtre , on doit entendre sous le nom de l'homme intérieur, non pas tant l'âme que l'esprit , c'est-â-dire que l'homme intérieur est non pas la substance même de l'âme, mais comme la saveur qui sort de cette noble substance. Ainsi quand il écrit aux Éphésiens, qne Jésus-Christ habite dans cet homme intérieur > , il veut dire que la vie dont Notre-Seigneur vit en nous doit commencer par les sens. En effet, quand il ajoute «par la f6i, dans vos cœurs , et par la charité ,» il fiiit que la foi et la charité soient non pas de la substance de l'âme, maïs de la nature des choses qne l'âme conçoit; et lorsqu'il dit « dans vos cœurs, > qui sont de la sub* stance de la chair, il attribue l'homme intérieur âla chair, puisqu'il dit que c'est dans le cœnr que cet homme intérieur se forme. Considère

DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

miintoiant enqœl sens il a dit : «que rbomme eilérteorse corrompt et se ruioe, et que rbomme intérieur se renouvelle et se fortifie de jour en jour S »et ne prétends pasqull parle decettecor* roptkm que la chair, selon toi, souifrira sans fin depuis le jour de la mort , mais de celle qu'elle éprouvera à cause de Jésu»<ibrist pendant le cours de cette vie , devant la mort et jusqu'à h mort, au milieu des outrages et des persécutions , des tourmeas et des supplices. Et certes, c'est en cet état que Tbomme intérieur sera renouvelé par les oroemens et les richesses de l'esprit, Cuisant progrès de jour en jour dans la pureté de la foi et la sainteté de la discipline. Ce progrès donc ne se doit pas entendre de la perfection que nous aurons en ce lieu de notre félicité, c'est-à-dire après la résurrection , car alors nous ne serons pas renouvelés de jour en jour, mais une seule fois pour toute Téternité. Il fout que tu jettes encore les yeux sur ce qui suit : « Les maux présens que nous pouvons souffrir, dit le saint ap6tre, sont légers et de peu de durée, mais ils verseront sur nous un trésor étemel de gloire, et avec les forces que Dieu nous donnera nous en soutiendrons le poids infini , ne regardant pas, tandis que nous vivons sur la terre, les choses qui sont exposées à notre vue, c'est-à-dire nos souffrances, mais les choses invisibles , c'est-à-dire la récompense que nous en recevrons; car les choses que nous voyons sont temporelles, et les choses que nous ne voyons pas sont éternelles. 11 veut que Ton méprise les persécutions et les souffrances qui ruinent et qui corrompent cet homme extérieur, attendu qu'elles sont légères et qu'elles ne durent qu'un temps, par une juste préférence qu'il donne à la grandeur des récompenses étemelles et invisibles, et au pHx de la gloire céleste qui emporte à la balance ces travaux et ces afflictions; que la chair souffre ici-bas ces peines et ces dooleursqui l'abattent et qui ladétraisent, tant il est évident que cette corraption et cette dissolution de la chair n'est pas celle que ces hérétiques attribuent à l'homme extérieur, voulant que la mort anéantisse la chair sans ressource, pour avoir de quoi combattre la vérité de la résurrection. Ainsi le même apôtre dit ailleurs : Nous devons participer aux souffrances

•I.Cor.,4.

de Notre-Seigneor, afin que nous participions à sa gloire ; car je crois que les maux que Ton endure en ce monde, et toutes les amertumes qu'on y éprouve, ne méritent pas d'entrer en comparaison avec la gloire qui nous est préparée en cette autre vie où nous aspirons K 11 montre par ces paroles qu'il n'y a point id-bas de peines qui ne soient inftrieures au prix et à la récompense qu'elles en attendent. Que si c'est par la chair que nous participons aux souFfrances, comme c'est la qualité propre de la diair que les souffrances la détruisent,, il s'ensuit qu'elle doit prendre part à la promesse, qui leur est laite. Et il est si certain que , selon l'apôtre, les persécutions appartiennent à la chair^; il dit en un autre endroit: «qu'Étant arctvé en Macédoine, notre chair n'eut point de relâche, et ne put jouir d'un seul moment de repos. i> Et après cela pour montrer que l'àme souffrait avec la chair : c Nous fûmes, dit-il, affligés en toutes façons ; nous avions au dehors des combats en travaillant à vaincre la chair, et nous étions pleins de crainte au dedans , par les afflictions dont notre àme était travaillée,» montrant qu'encore qu'il soit vrai que l'homme extérieur se ruine et tend à sa dissolution, pour expliquer cette parole selon son véritable sens, ce n'est pas que Thomme extérieur périsse pour toiijours, sans espoir de résurrection ; mais c'est que les oppressions et les maux dont il est accablé passent jusqu'à l'homme intérieur, de sorte que comme ils souffrent tous deux , ils seront aussi glorifiés tous deux, et qu'étant en société de labeurs, il fout qu'ils soient aussi compagnons dans la récompense.

XLl. Il poursuit encore dans le même sentiment, préforant toujours ce prix admirable que nous recevrons là-haut aux maux que l'on supporte id-bas : « Nous savons, dit-il, que si la maison terrestre de notre corps est sujette à se dissoudre, nous en avons une autre qui n'a point été bâtie de main d'homme et qui a son assiette étemelle dans le ciel; c'est-à-dire que nous obtiendrons une heureuse habitation dans le ciel pour la récompense des maux de cette vie , par lesquels notre chair se raine et se dissout. Il se souvenait de cette sentence évangélique : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la

• Rom.,?. -Ml. Cop.,7. -• /6W.,6

TBRTULUEN.

justice, fmt qm 1# roy waxB dw deux leur •pp9r(ieot ^ Mais» s'U » opposé la grâce de h récoippease à )a dissoluUoo de la chair, il n'a pas iiéanfiuNiis nié le réubli^semcnt de celte nème chair, puisque celle-là même qui doit souF> frir la dissolution, c'est-à-dire la chair, doit aussi recevoir la rfo>mpense; mais parce qu'il avait donné le nom de maison à la chair, il a voulq aussi se servir ()u même terme dans Topposition qu'il a faite de la récompense qui lui est d^ioée, promettant à cette maison , qui se difsaivt par )es peines et les sofiffrancfs, une maison pl(is avantageuse pour Ijç bienfait de la résurrection. Eo effet , Nptre-Seigneur promet pkisienrs habitations comme autant de maisons dans le palais de son Père 2; ce qgi o^ se peut certes entendre du domicile de ce mondç» après la dissolution duquel un siège éternel ]H>us serait promis dans le ciel ; car ce que Tapô* tre dit ensuite, appartenant m^oifestement à ffi chair, fait reconnaître que ce qui précède lui appartient, aussi. L'ap6tre donc, distin* guant ces deux habitations, ajoute ^ : «Nous gémissons, nous soupirons sans cesse, dans un désir ardent de nous voir en possession de ce domicile que le ciel nous prépare, si toutefois nous parai^ns vêtus de la robe de justice , et qpe fM>Ma ne nous présentions pas dépouillés et dam 119e misérab)en|idité, pc'est'à-direquenoMs sout)s|itons d'être revêtus de la vertu çélç^te de rimaiort#im9 avant que la mort nous ait dépouillés de Igi chair ; car telle est la grâce et le privilège de ceux qui seront vivans dans la chair 911 jojir de l'avènement du Seigneur , et qui , â cause de l'extrême dureté du temps de l'Antéchrist, mériteront, par un merveilleux changement de la vie mortelle â un état immortel , et comme par un abrégé et un retranchement de Tempire de la mort, de venir au-devant de Jesqs-Ghrist avec ceux qui ressusciteront des morts, et qui sortiront des sépulcres, ainsi flue l'apôtre l'écrit aux Thessaloniciens : « Ce que jf vous annonce, dit-il , c'est la parole du Seigneur. Saches que nous, qui sommes vivans et qui demeurons jusqu'à son avènement, nous ne préviendrons pas ceux qui ont dormi du sommeil de la mort. Le Seigneur descendra d|i (iej, et alofs Ton entendra et la voix de )>r-

* & WëUh , i — » J*ao , 14. — » U. Cor., S.

change qui portera iw coaunandanait aonverain par toute la terre, et la trompailede Di^ qui appellera tous 1» hommes devant oe redoutable tribunal. A ce bruit qui fera frénn'r toute la nature, ceux-là ressosdteront les ptcmiers, qui seront morts fidâea â Jé^ns^jfarisi ; et quant â nous qui vivons , nous serons traas portés ivee eux dans les nues , et tous oiaenible nous mardierwa an-devant du Sanvem; et de cette sorte, entrant avec lui dans le cid , nous y jouiront tous de aa présence dans fonie réternit«^»

XUL II expliiiiie, an écrivant aux Qennthlens, ce voblt et cet admirable cbangament de l'état des personnes qui vivront ancora dans la chair aa jour dn jugeaient, quand il dit: cNous ressusciterons tous, mais nous ne aarons pas changés tous h aCette meryeiUes'ai»miplira en un instant, en un clin d'œil , au dernier ooup de la trompette ; mais le changement soudain de la chair mortelle au corps glorieux et immortel ne regarde que ceux qui en ce dernier jour sertmt trouvés vivans. cLes morts, dit Tapôtre, ressusciteront les premiers, et pour nous qui vivrons, nous serons changés. « Considère bien ces paroles, et tu rapporteras fadiement celles qui suivent , au sens dont nous avons auparavant parlé; car quand Tap^tre ajouie : «il fiiut que ce^e nature corruptible soit pour jamais exemple de corruption , et que ce qu'elle a de mortel soit revêtu de l'immortalité ', » il exprime ce domicile du ciel , où par nus gémissemens nous souhaitons d'être admis. Tandis que nous vivons dans la chair, nous demandons que ce céleste domicile devienne le vêtement de cette chair dans laquelle nous serons trouvés , parce que, comme il dit , « tous tant que nous sommes daps ledumicile de la chair, nous souffrons avec peine d'être dépouillés de ce corps, et nous désirons qu un état d'incorruption vienne revêtir notre chair, que nous recevions une vie qui dévore tout ce qu'elle a de mortel, et qui , lui faisant changer de condition, la porte en un moment du temp.s â réternité , et du domicile de la terre , au domicile du cid^.» En effet, qui de ceux vivant dans la cl^ir ne souhaiteraient pas de se revêtir de rimnaortalité, et de se perpétuer la vie dans uu

» I. The«., 4. — • I. Cor., W.-» Ikid., S «&llattlL,a.

DE LA RESURREC

dian{jeuicut si favorable, quj, (lar un gain merveilleux et par cne heureuse subrogation, iui itut lieu et l'affrancbtt de la nécessité de la mort , pour ne pas éprouver celte prison des enièrs, où Ton satisfera jusqu'au dernier denier ' ? Au reste , celui-là même qui aura éprouvé la captivité des enfers, recevra aussi cet heureux chaDgement après la résurrection; et c'est ce qui nous fait conclure qu'absolument et eu toute façon la chair ressuscitera , et que par le changement qui se fera en elle , enfin elle parviendra à cet état glorieux qui la rendra ^mbiabie aux anges ^. Que s'il q'y a qqe ceux quj seront trouvés vivans dans la chair, en qui la chair sera ainsi ciiangée , en sorte que ce qui est mortel soit dévoré par la vie , c'est-à-dire la chair par ce vêtement céleste et éternel ; donc ceux qui se trouveront morts ne recevront point la vie , étant privés de la matière, et, pour ainsi parler, de raliment de la vie , c'est-à-dire de, la chair; tm il faut de louie nécessité que les morts reprepnent aussi la chair, afin que s'ils ont à obtenir la vie, cette vie qu'ils obtiendront puisse dévorer ce qu'ils ont de mortel, a Mais, dis-tu, ce qu'il y avait de mortel dans les morts aura d^â été dévoré. 9 Je réponds qu'il ne Taura pas été en tous. Et cerles, combien y en pourra-t-il avoir qui ne seront morts que le jour précédent , combien de cadavres si nouvellemeut mis dans le tombeau, que Ton peut croire que rien u'en aura encore été dévoré? car selon toi, ce qui est dévuré, cest ce qui est englouti, c'est ce qui liY'St plus, c'est ce qui ne peut plus tomber sous les sens, c'est ce qui ne peut plus du tout paraître. Aiusi de vieux cadavres de géans, dont Ton discerne encore Tenchalnement des memores qui semblent presque vivans, n'auront point été dévorés; mais j'ai parlé de cela ailleurs. Cependant Je ne-puis omettre ce qui est arrivé depuis peu eu cette ville : On construisait un théâtre sacrilège sur une place pleine d'antiques sépultures; on y aperçut des os qui y avaient été mis il y avait près de cinq cents ans , et le peuple eut horreur des os si vieux où la glaire paraissait encore et des restes de cheveux qui avaient conservé quelque senteur. Mais nonseulement les o; se trouveiit entiers , malgré la longue suite d^ années, les dçofs pièip^ do-

•1 Gor.,ie.— «/»ûl.,&

riON DE LA CHAIR.

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