‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 31 sur 102 · V. « Mais , dira-t-on , c'est mon devoir de fiiir · texte numérisé non relu

V. « Mais , dira-t-on , c'est mon devoir de fiiir

de crainte que je ne succombe à la tentation , et que je ne me perde en reniant ma reh'gion. « Assûrement , ce serait là le meilleur argument pour me faire revenir au milieu des persécuteors, si j'avais déjà pris la fuite. Réponds-moi donc : Es- tu sûr que tu renieras ta fol, si tu ne fiiis pas, ou n'en es-tu pas sûr? En être sur, c'est déjà l'avoir reniée; prévoir avec certitude qne tu renieras, c'est le promettre, et ce sera bien en vain que tu fuiras une apostasie dont tu es déjà coupable. Si tu n'en es pas sûr, pourquoi ne pas plutôt espérer que tu confesseras ta (M, et que tu seras sauvé? Ne vaut-il pas mieuK courir hardiment cette chance, que de te perdre im ^ manquablement par ta faite? La victoire et la défaite sont entre nos mains, ou bien elles sont entrecelles de Dieu. Si la confession et l'apostasie sont en nous , pourquoi ne pas prévoir et espérq* que nous sortirons de la lutte en glorieux confesseurs? Peut-être voudrais-tu bien ne pas renier ta foi , mais en même temps ne pas souffrir pour elle. Mais ne pas confesser hautement , c'est renier. Si tout cela est entre les mains de Dieu, pourquoi ne pas nous en rapporter à lui? Ge sera reconnaître la puissance de celui qui peut, s'il le veut, ramener ceux qui fuient jusque de^ vaut leurs persécuteurs , et qui peut aussi, d tel est son plaisir, protéger ceux qui résistent, même au milieu du peuple. Gomment peux-tu, en foyant , prétendre honorer Dieu , qni peut t'arrêter et te ramener ? Est-ce pour lui rendre hommage et ne pas le renier que tn désespères de sa puissance ou de sa volonté de te protéger contre la tentation? Pourquoi plutôt ne mets-tu pas en lui ta confiance , et ne dis-tu pas : «Cest mon devoir de résister. Si Dieu le veut , ilme proté^gera. » Oui , nous devons plutôt rester pour at« tendre son jugement, que de fuir en nous fiant au nôtre. Le bienheureux martjrr Rutilius avait longtemps erré de pays en pays pour fuir la persécution. Il avait même cru écarter le danger en payant de grandes sommes d'argent. Mais au milieu de sa fausse sécurité , il fut saisi et traîné devant le préteur qui le fit tourmenter (Dieu le permit sans doute pour le punir de sa fuite); ensuite il fut brûlé vif, de sorte qu'enfin il dut à la miséricorde divine ce martyre qu'il avait follement voulu éviter. Dieu n'a-t-il pas voulu par cet exemple nous apprendre que toute fuite est inutile, et ne peut prévaloir contre sa volonté?

TERTDLUEN.

a VI. Mais n'est-ce pas en fuyant que Ton peut obéir au précepte de Notre-vSeîgneur qui a ordonné à ses apôtres de fuir de ville en ville ?» Voilà comme s'est défendu un mauvais chrétien qui lui-même avait déjà fui, et voilà ce que disent aussi ceux qui ne veulent pas comprendre le sens que Noire-Seigneur attachait à ce précepte, dont ils voudraient se faire un bouclier pour défendre leur pusillanimité. Or cet ordre a été donné en temps et lieu, suivant les circonstances du moment, a Quand on commencera à vous persécuter , dit le Seigneur , fuyez de ville en viUe. Ce précepte ne s'adressait qu'aux apôtres personnellement , comme il est bien prouvé par le texte qui suit : «Vous n'irez point chez les gentils ; vous n'entrerez point dans les synagogues des Samaritains ; mais vous irez d'abord réclamer les brebis perdues de la maison d'Israël. x> Tout cela ne nous est point applicable : il ne peut nous être défendu d'aller cbez les gentils , puisque nous y sommes nés et que nous y vivons ; et nous devons assurément prêcher notre doctrine dans toutes les villes du monde sans aucune exception ; il ne nous est pas enjoint de prêcher de préférence dans les villes de la Judée. Si nous sommes saisis par les persécuteurs, nous n'aurons point à paraître devant les princes des prêtres juifs, on ne nous traînera pas dans leurs synagogues pour y être fouettés, c'est devant les tribunaux romains que nous serons appelés. Ainsi ce précepte de fuir regardait spécialement les apôtres , parce qu'ils devaient d abord prêcher devant «les brebis perdues de la maison d'Israël. y> C'était donc pour que la prédication de TËvangile fût accomplie , pour que les Juifs rentondissent les premiers, et que le pain de la parole fût offert aux enfans de la maison avant d'être donné aux chiens, que le Seigneur ordonna à ses apôtres de fuir pendant un temps; mais ce n'était pas pour leur faire fuir la persécution en elle-même. Au contraire, il leur a prédit qu'ils seraient persécutés et leur a enseigné à supporter la persécution. Mais il fallait que cela n'eût lieu qu'après que la parole serait prêchée, autrement l'Évangile eût été Étouffé dès son principe. D'ailleurs il ne s'agissait pas pour eux de fuir en silence ; ils ne devaient quitter une ville où ils avaient prêché que pour aller prêcher ailleurs et s'exposer à de nouvelles persécutions, jusqu'à ce qu'ils eussent

rempli la Judée de leurs prédications. «Vous n'achèverez pas, leur dit -il, de parcourir toutes les villes de la Judée. » I^ fuite ne leur était ordonnée que tant qu'ils resteraient dans la Judi'e. Pour nous nous ne sommes point astreints à ces limites depuis qujs le Saint-Esprit est descendu sur toute chair et sur toute nation. Aussi voici ce que Paul et les apôtres eux-mêmes, se rappelant les ordres de leur maître, attestent devant Israël, qu'ils avaient déjà rempli de leur doctrine : «La parole de Dieu a dû vous être offerte , à vous avant tous les autres; mais puisque vous l'avez repoussée, et que vous vous êtes vous-mêmes jugés indignes de la vie éternelle, voilà que nous allons nous tourner vers les gentils.» Us se détournèrent en effet comme ils en avaient reçu l'ordre, et ils marchèrent dans les voies des nations, et ils entrèrent dans les cités des Samaritains , afin que «leur voix retentit par toute la terre, et que leur parole allât jusqu'au bout du monde.» Si donc l'exclusion des nations et des Samaritains a cessé, le précepte de la fuite doit aussi cesser d'avoir son effet. Enfin aussitôt qu'Israël fut rassasié de la parole divine, les apôtres passèrent chez les gentils, et depuis lors ils ont cessé de fuir de ville en ville, et n'ont jamais hésité quand il a fallu souffrir. Paul, qui en Judée avait consenti à s'échapper d'une prison à travers la muraille, parce que la fuite était alors obligatoire, ne voulut point sur la fin de sa carrière écouter ses disciples qui le suppliaient de ne point retourner à Jérusalem où Agabus avait prédit qu'il souffrirait le martyre, a Pourquoi, leur dit-il, attristez-vous mon cœur par vos larmes ? J'ai souvent désiré non-seulement d'être encbatné, mais d'être mis à mort à Jérusalem pour le nom de Jésus-Christ mon Seigneur. » Alors tous les disciples répondirent : a Que la volonté de Dieu soit faite. » Or quelle était la volonté de Dieu? c'était qu*on ne cherchât pas à éviter la persécution. Cependant ceux qui voulaient engager Paul à ne pas aller au-devant de cette épreuve auraient pu, comme vous le faites aujourd'hui, lui citer le premier commandement du Seigneur qui avait ordonné de fuir, lis ne Font pas fait. Ainsi vous voyez que du temps même des apôtres, ce précepte était regardé comme temporaire,ainsi que plusieurs autres ordonnances. Il ne peut donc être obligatoire pour nous,

DE LA FUITE PENDANT LA PERSÉCUTION

paisquMl avait déjà cessé de Tètre pour nos maîtres. Ou si le Seigneur a voulu en* faire un précepte général , les apôtres ont donc péché, puis^ qu'ils n*ont pas toujours continué de fuir.

Ml. Voyons maintenant si les autres préceptes du Seigneur s'accordent avec cet ordre prétendu perpétuel, et surtout comment il pourrait se faire que la persécution venant de Dieu , il nous ordonnât de la fuir. S'il voulait qu'on Tévitàt, ne ferait-il pas mieux de ne pas renvoyer ? sa volonté alors ne paraîtrait pas du moins se contredire elle-même. Il veut que nous souffrions, ou que nous fuyions. Si nous fuyons, comment souffrir? si nous souffrons, comment fuir? 11 ne peut pas nous ordonner de fuir et en même temps nous inviter à souffrir; ce serait une contradiction absurde. «Celui, dit-il, qui m'aura avoué devant les hommes, je l'avouerai devant mon Père. » Gomment Tavouer en fuyant, comment fuir en le confessant? '(Celui qui aura rougi de moi , je rougirai de lui devant mon Père.» Si j'évite le martyre, c'est que je rougis d'avouer mon mattre. a Heureux, dit-il encore, ceux qui auront souffert la persécution à cause de mon nom.» Malheureux par conséquent ceux qui auront fui pour ne pas souffrir. « Celui qui existera jusqu'à la fin sera sauvé.» Comment peux -tu m'ordonner à la fois de fuir et de résister jusqu'à la fin? Une telle diversité de recommandations ne peut s'accorder avec la sagesse divine, à moins que l'on ne comprenne , ainsi que nous l'avons démontré , que le précepte de la fuite n'était que pour un temps. Mais on prétend que c'est par égard pour la faiblesse de quelques hommes que le Seigneur a été assez indulgent pour leur permettre la fuite comme un port de salut. Croyez-vous donc que Dieu ue soit pas capable de proléger ceux dont il connaît la faiblesse , sans leur ordonner d'avoir recours à un moyen aussi honteux et aussi lâche? mais loin d'avoir de l'indulgence pour les faibles, il les rejette loin de lui ; et il ne nous apprend pas I fuir les persécuteurs, mais bien à ne pas les craindre. «Ne craignez pas, dit-il, ceux qui peuvent tuer les corps , car ils ne peuvent rien sur l'âme : craignez plutôt celui qui peut perdre à la fois votre corps et votre âme , et vous précipiter dans la gêne. » Et que dit-il aux pusillanimes? a Celui qui préfère sa vie à

moi, n'est pas digne de moi. Celui qui ue prend pas la croix pour me suivre, ne peut pas être mon disciple.» Enfin dans l'Apocalypse, il ne permet pas la fuite aux faibles, mais il leur promet une place a dans l'étang de souffre et de feu, qui est la vie éternelle.»

VIII. Le Christ lui-même a fui quelquefois, mais c'était par la même raison qu'il l'a ordonné à ses apôtres , à savoir : afin qu'il pût remplir sa mission. Quand ce grand œuvre fut accompli, non-seulement il s'abstint de fuir; mais loin de demander à son Père le secours de ses anges , il blâma Pierre, qui avait tiré Tépée pour le défendre. Il avoua même que son âme était triste jusqu'à la mort , et que sa chair était faible, pour nous montrer qu'il avait bien l'âme et le corps d'un homme par l'anxiété de Tune et par la faiblesse de l'autre, afin que l'on ne supposât pas, comme l'ont fait certains hérétiques . que sa chair et son âme ne fussent pas humains. Ensuite après avoir déclaré ainsi quelle était sa nature , voulant nous montrer combien elle était faible sans l'esprit, il ajoute : «L'esprit est prompt, mais la chair est faible ;b afin qu'en pensant à la nature humaine que tu as en commun avec lui, tu reconnaisses que tu as en toi la promptitude et la force de l'esprit , aussi bien que la faiblesse de la chair, et que tu saches que c'est le faible qui doit céder au fort, et que la chair doit obéir à l'esprit ; au lieu que maintenant tu plaides la faiblesse de ta <;hair et tu dissimules la force de ton esprit. Le Christ lui-même demanda à son Père d'éloigner de lui , s'il était possible , ce calice d'amertume, mais il ajouta aussitôt : a Mais que ta volonté soit faite, et non la mienne.» Or si tu prends sur toi de fuir ou d'éloigner la coupe de tee lèvres , tu ne pourras pas le demander à Dieu le Père; car tu agis selon ta volonté, et non selon la sienne.

IX. Après Dieu, lesapôtresont enseigné toute la doctrine ; ils ont voulu évangeliser le monde. Où trouveras-tu qu'ils aient ensuite rétabli le précepte de fuir de ville en ville ? Certes ils ne pouvaient établir un principe si contraire à toutes leurs actions , eux qui , du fond des cachots où les avait jetés la persécution, écrivaient aux Églises de rester fermes dans la foi. Paul recommande de soutenir les faibles, bien entendu qu'ils ne fuyaient pas, car alors comment

aurait-on pu les soutenir? Ne dit-il pas qu'il fiiut soutenir par la patience ceux que leur faiblesse a fait faillir? Mais consoler et soutenir les faibles, ce n'est pas assurément leur dire de fuir. Q^^^^^ >' recommande de «ne pas dopner lieu au mal ^b il ne s'agit pas d'ôter aux persécuteurs Voccasion de tourmenter ; il veut nous enseigner à n'opposer que la patience à la colère. Et sll parle de a racheter le temps parce que les jours sont mauvais;» c'est par la sagesse et non par la fuite qu'il entend que nous mettions le tçmps à profit. Celui qui nous ordonne de briller comme des enfiins de la lumière, ne veux pas que nous nous cachions comme des enfans des ténèbres. Quand il nous ordonne de rester inébranlables, est-ce pour fuir ou pour combattre qu'il nous dit de ceindre nos reins? Il parle aussi des armes que nous devons porter, ce qui serait fort inutile pour des fuyards , surtout de bouclier pour parer les flèches de Satan.» N'est-ce pas nous avertir que nous devons soutenir le choc de son attaque? Jean nous ordonne de donner notre vie pour nos frères, à plus forte raison pour le Christ. Tout cela ne peut se faire en fuyant* Enfin se souvenant de son apocalypse pendant laquelle il avait entendu prononcer la sentence des pusillanimes, il prend sur lui de nous avertir que la peur ne sera pas admise comme une excusent II n'y a pas de crainte dans Tamour, l'amour exclut la crainte,» parce que la crainte aura pour supplice Vétang de feu. Celui qui craint n'est point parfait dans Tamour de Dieu. Qui fuira la persécution, si ce n'est celui qui craint? or celui qui craint n'aime pas. Interrogez le Saint-Esprit, U ne vous exhortera pas à la fuite , mais au martyre. Voici ses p^uroles : «Il est bon que vous soyez exposés aux r^^ards des hommes , pour que vous ne soyez point exposés aux regards de Dieu. Si vous êtes traînés devant les tribunaux, ne rougissez point de moi. Pourquoi rougiriez-vous quand vous semez la parole à la louange de Dieu ? Pendant que les hommes te rq;ardent, le royaume de Dieu s'établit sur la terre. »Ëtdansunautreendroit:cNedésirezpas, dit-il, de mourir dans vos lits, de fièvres aiguës, ni de maladies de langueur ; demandez plutôt à mourir dans les tourmens pour la gloire de celui qui a souffert pour vous.»

TÉRTtLLIEN.

X. Mais on oublie toutes les exhortationa de i'Esprit-Saint , et l'on aime mieux citer ce vers grec, que ce qui exprime tant de prudence suivant le monde :

Oàx qa\ fbit peut revenir oombtttre.

Pour se sauver encore, apparemment. Et quand sera-t-il vainqueur, celui qui est vaincu à chaque combat, puisqu'il est mis en fuite? Il fournit à Tarmée du Christ un exœllênt soldat , celui qui , après avoir été si bien armé par Tapôtre pour le jour de la persécution, abandonne le champ de bataille aussitôt qu'il entend sonner la trompette! Mais je répondrai aussi par un autre vers profane :

Mourir 61(41 donc d terrible ?

Vainqueur ou vaincu , il fiaudra bien mourir Si vous reniez votre fai au milieu des tourmens , vous aurez au moins la gloire d'avoir engagé le combat. J'aime mieux avoir à vous plaindre que d'avoir à rou|^rdevous. U vaut mieux succomber pendant la bataille que de se sauver par la fuite. Tu crains un homme , 6 chrétien ! toi que le» anges devraient craindre, puisque tu dois les juger un jour ; toi que les démons devraient craindre, puisque tu as puissance sur eux; toi , enfin , que Tunivers devrait craindre , puisque c'est en toi <pie le monde doit être jugé. Tu as revêtu le Christ , tu as pris sur toi la nature du Christ; en fuyant lâchement le démon , tu déshonores le Christ qui est en toi; tu te rends au démon conune un transfuge ; et en désertant le camp du Christ, tu blâmes ceux qui ont quitté le démon pour venir au Seigneur. Un certain prophète voulut aussi fuir le Seigneur; il passa de Joppé à Tarsus , comme s'il voulait mettre la mer entre lui et la toute-puissance ; mais Dieu le retrouva, je ne dirai pas sur la terre on sur la mer, mais dans le ventre d'une bète dans lequel il était resté trois jours sans pouvoir mourir, parce que la mort ne put le soustraire à son Dieu. C'est un bien meilleur serviteur de Dieu, celui qui ne fuit point les menaces des ennemis de son maître, mais qui les méprise en mettant sa confiance en Dieu, le seul être qu'il craigne. cLe Seigneur est puissant, dit-il , l'univers est à lui, en quelque lieu que je sois, je serai entre ses mains; que sa volonté se fasse, je ne fuirai point ; s'il veut que je périsse , qu'il

DE LA FUITE PENDANT LA PERSECUTION-

Fordonne ; peu importe, pourvu que je sois pour lui un serviteur fidèle. J'aime mieux rendre Dieu responsable de ma mort en obéissant à sa volonté , que d'exciter sa colère en m'échappant ^selon la mienne.»

XI. Voilà comme doit penser et agir tout serjViteur de Dieu, même dans les petites occasions, afin de se fortifier pour les grandes s*il se présente plusieurs degrés de persécution. Mais quand les diei^, c'est>à-dire les diacres, les anciens et les évèques s'enfuient , comment un laïque saura-t-il interpréter ce verset de YÈvangUe : t Fuyez de ville en ville ?» Si les cbefs se retirent , quel est le simple soldat qui osera encourager ses compagnons à ne pas lâcher pied? Certes de bon pasteur doit donner sa vie pour ses brebis.» Moïse, avant la révélation du Cbrist dont il était lui même la figure, disait au Seigneur : cSi vous voulez détruire ce peuple, détruisez-moi avec lui.» Le Christ sanctionna ces paroles de Moïse, quand il dit : a Le mauvais pasteur est celui qui à la vue du loup s'enfoit et laisse ses agneaux à sa dent.» Un tel berger doit être chassé de la métairie, ses gages et même son pécule doivent lui être enlevés pour payer le dommage que sa n^ligence a causé à son maître. Car «à celui qui a , il sera donné; et à celui qui n'a rien, ce qu'il semble avoir lui sera enlevé. » Voici la menace de Zacharie : «Malheur au pasteur inutile qui abandonne le troupeau! Tépée sera sur son bras et sur son œil droit ; son bras séchera et son œil droit sera obscurci.» Ëzéchiel et Jérémie font des menaces semblables, parce que non-seulement les mauvais pasteurs se repaissent du sang des troupeaux , mais ils dispersent les brebis et les abandonnent aux dents des loups. Or cela arrive surtout quand les pasteurs abandonnent l'Église dans les temps de persécution. Si quelqu'un étudie les paroles de l'Esprit, il saura ce qu'il dit contre les pasteurs fugitifs. Or, s'il n'est pas permis aux gardiens du troupeau de s'enfuir à l'approche du loup , l'Esprit- Saint qui a appelé ceux qui agissent ainsi mauvais pasteurs, les a condamnés; et par conséquent les chefis de l'Église ne doivent point fuir pendant la persécution.Mais si le troupeau avait lui-même le droit de se disperser, il ne serait pas raisonnable d'exiger que le pasteur restât

1 puisqu'il n'aurait plus rienàdéfendre,après

que les brebis auraient renoncé à sa protection. Or il est ordonné au pasteur de rester, donc il est entendu que les brebis resteront aussi.

XII. Voilà , mon cher Fabius, ton problème résolu. Mais en me demandant s'il faut fair la persécution, tu as oublié de faire une question qui accompagne ordinairement la tienne, à savoir : s'il n'est pas permis de fuir , peut-on au moins se racheter de la persécution avec de l'argent P Puisque je t*ai suggéré cette demande, je dois y répondre. Non ; il ne faut ni foir ni se racheter ; car de même que la foite est une espèce de rachat qui ne coûte rien , le rachat est aussi une espèce de fuite au moyen de l'argent. Cest la lâcheté qui inspire tous ces subt£rfoges. Éloigner l'objet de tes craintes en comptant de For avec tes mains, ou en mesurant le diemin avec tes jambes, c'est toiigours foir. Il («ut rester, c*est-à-dire résister et combattre. Quoi! tu veux racheter avec de l'argent ce corps et cette âme que le Christ a rachetés avec son sang ! Combien tu es indigne des dispensations de Dieu qui pour toi n'a pas épargné son propre Fils, qui Ta laissé sur une croix chargé de nos souillures et de nos malédictions I indigne de ce Fils lui-même qui fut conduit comme un agneau que Ton va tondre, qui courba son dos sous les flagellations , exposa sa vie aux soufflets et aux insultes , qui ne détourna pas sa face quand on lui cracha au visage, qui fut confondu avec les criminels et livré à la mort , et à la mort de la croix ! tout cela pour nous radieter de nos péchés. Le soleil a été éclipsé par l'éclat de notre rédemption. Notre émancipation a étonné les enfers , et les cieux en ont été émus. «Les portes éternelles se sont levées pour laisser entrer le Roi de gloire,» le Seigneur des vertus qui venait de racheter l'homme de l'esclavage de la terre et même des enfers pour lui donner le droit de dté dans le royaume des cieux. Qui osera donc rendiérir sur lui avec de l'or, et souiller ce qu'il a racheté au prix de son sang divin? Fuis, fois plutôt que de t'avilir ainsi , et de te racheter à vil prix quand le Christ t'a payé si cher. Le Seigneur a racheté l'homme et l'a sauvé des anges qui ont la puissance du monde, des esprits de méchanceté , des ténèbres du siècle et de la mort éternelle; et toi tu vou« drais traiter avec un délateur^ avec un soldat ou avec un juge inique, en lui gliasant dans Tombra

TERTIILLIEN.

et sous la manche de ta robe quelques pièces d*argent pour la rançon de celui que le Christ , a acheté et affranchi à la face du monde! Mais ce prii que tu donnes pour Thomme libre , tu ! Testime donc au moins autant que le sang que , le Christ a versé pour racheter l'homme esclave? Ne sais-tu pas qu'en rachetant un chrétien à prix d'or, c'est acheter le Christ qui est en lui ? C'est précisément le péché de Simon qui vint offrir aux apôtres d'acheter le Saint-Esprit. C'est pourquoi, celui qui en se rachetant , achète l'esprit du Christ qui est en lui , entendra ces terribles paroles : «Que ton argent périsse avec toi , puisque tu as pensé que la grâce de Dieu s'acquiert avec de l'argent. » Le concussionnaire te dit : «Donne-moi de l'argent. — Pourquoi?— Pour qu'il ne te livre pas aux juges. »0r, puisqu'il ne peut te vendre que ce que tu lui demandes pour ton argent , en le payant tu ne veux pas être livré en justice, tu refuses donc d'être mis en évidence; et en cela tu es déjà apostat, puisque tu refuses de paraître ce que tu es. «Mais, diras-tu, en avouant au délateur que je ne veux pas paraître en public, je lui avoue que je suis ce que je ne veux pas paraître, c'est-à-dire chrétien. — Je te conseille alors de te regarder comme un confesseur et même comme un martyr, puisque tu crois avoir confessé le Christ jusqu'à la fin. — Mais en me rachetant , je confesse le Christ. — Oui , devant un homme seulement , et cela pour t'exempter de la nécessité de l'avouer devant tout le monde. » Je te dis que tu es un renégat. Cest sortir de la voie du salut que de s'en échapper. Le refus du martjrr est une apostasie. Un chrétien se sauve avec de l'argent; il se rachète du martyr avec des écus ; il a des richesses pour lutter contre Dieu ; et Dieu n'avait que du sang à verser pour lui. Aussi a-t-il dit: «Heureux les pauvres, car le royaume du ciel est à eux,» car ils ne peuvent aussi payer qu'avec leur vie. Nous ne pouvons à la fois servir Dieu et Mammon , maïs nous pouvons être rachetés par Dieu et par Mammon. Et qui sera plus disposé à servir Mammon , que celui que Mammon aura racheté ? Enfin de quel exempte peux-tu fautoriser? Quand les apôtres, qui ont traversé tant de persécutions, se sont-ils rachetés avec de l'argent ? Ils n'en manquaient pas cependant, puisque de fêlés néophytes apportaient à leurs pieds le prix

de leurs terres , et que tant de riches chrétiens fournissaient à leurs besoins, et n'auraient pas manqué de leur en prêter ou de leur en donner. Avez-vons lu qu'Onésiphore, ou Aquila, ou Etienne leur aient jamais offert un pareil secours dans les temps de persécution? Le préteur Félix espérait que les disciples de Paul lui donneraient de l'argent pour le laisser partir ; il lui en glissa même quelques mots, mais ni Paul ni ses disciples ne lui offrirent une obole. Ces mêmes disciples qui le suppliaient avec leurs larmes de ne point se rendre à Jérusalem , où il avait été prédit qu'il souffrirait , finirent par dire : «Que la volonté de Dieu soit faite. » Quelle était cette volonté? Que Paul souffrit , et non qu'il se rachetât. Le Christ a donné sa vie pour nous; nous devons être toujours prêts à donner la nôtre pour lui; et non-seulement pour lui, mais encore pour notre prochain à cause de lui. Jean ne nous ordonne pas de payer pour nos frères , mais de mourir pour eux. Que vous importe pourquoi vous ne devez acheter ni racheter un chrétien? Ne vous suffit -il pas de savoir que telle est la volonté de Dieu? Voyez comment les finances des royaumes et des empires ont été établies par Dieu qui tient dans sa main le cœur des rois. Que de moyens variés de remplir les coffres publics ! Le cens , les impôts, les tributs , les douanes, etc. Voyez-vous que jamais l'État se soit créé une ressource du rachat des chrétiens? Et pourtant, quelles sommes énormes n^aurait-il pas pu lever sur nos innombrables frères qui ne se cachent point ! Rachetés par le sang du Christ , nous ne devons aucune capitation pour notre tète, car notre tête c'est le Christ, qui ne doit point être mis à prix. Gomment les martyrs témoigneraient-ils de la gloire de Dieu , si nous pouvions acheter avec de l'argent la permission d'être chrétiens ? Marchander la foi , c'est pécher contre Dieu. Puisque César n'a pas imposé , et n'a pas pu imposer un tel tribut, et que l'Antéchrist qui nous menace a soif de notre sang et non de notre or, comment peut-on me citer ici le commandement : «Rendez à César ce qui appartient à César?» Un soldat ou un délateur veut m'arracher de Targent; ce n'est pas pour César auquel même il désobéit, puisqu'il se laisse corrompre par l'or et fait échapper un chrétien qui est coupable selon la loi humaine. Gela est bien différent du tribut

DE LA FUITE PENDANT LA PERSÉCUTION

qui était alors dû à César par des tributaires, et que nous ne devons pas, nous qui sommes libres. Comment d'ailleurs pourrai-je rendre à Dieu ce qui est à Dieu , à savoir sa monnaie et son image qui est empreinte sur Thomme chrétien P Si je dois à César un tribut, ne dois*-je pas aussi à Dieu tout mon sang pour celui que son Fils a versé pour moi ? Si je dois à Dieu ma chair et mon sang , quand est venu le moment où il me les demande, n'est-ce pas vouloir le frustrer de ce qui lui est dû que de chercher à éviter le martyr PObservez-vous le précepte du Seigneur, eu rendant à César ce qui est à César et en refusant à Dieu ce qui est à Dieu ?

Xin. Je suis prêt à donner de l'argent à quiconque m'en demande comme aumône , et non comme exaction. Mais ce n'est pas demander , c'est extorquer que de menacer du jugement si je refuse de payer. Il ne vient pas demander l'aumône, celui c[ui cherche non à se faire plaindre , mais à se faire craindre. Je veux donc bien donner par charité, mais non par peur ; je don* nerai à celui qui en recevant honore Dieu et le prie pour moi , et non à celui qui croit m'avoir rendu service en me volant mon argent, et qui l'emporte en disant : «C'est le rachat d'un criminel.» Je nourrirai même mon ennemi. Mais il y a des ennemis à d'autres titres ; car il n'est pas écrit que nous devions nourrir les traîtres, les persécuteurs et les concussionnaires. C'est en ne traitant point avec lui que j'aurai un jour le droit d'entasser des charbons allumés sur sa tête. Il est dit : «Si quelqu'un vous prend votre tunique, donnez -lui encore votre manteau.» Mais il est question de ceux qui veulent mon bien, non de ceux qui s'attaquent à ma foi. Je ne donnerai pas mon manteau à celui qui menacera de me livrer aux juges. Je lui reprendrai même ma tunique , si c'est par des menaces qu'il me l'a arrachée. Tous les commandemens du Seigneur doivent se comprendre dans leurs limites raisonnables ; ils ne s'étendent pas à toutes les circonstances. Celui même qui a ordonné de donner à tous ceux qui demandent , n'a pas voulu donner un signe miraculeux de sa mission à ceux qui le demandaient. Si un fiévreux te demandait du vin , lui en donnerais-tu? Si un homme te demandait une épée ou du poison pour se donner la mort, les lui donnerais-tu ? Il est dit : tFai»-toi des amis de Mammon;> mais pour

comprendre ce texte, il faut lire la parabole du mauvais économe qui le précède. Elle était adressée au peuple juif qui avait fait un mauvais usage de la parole divine qui lui avait été confiée, et qui aurait dû, selon Notre-Seigneur, se faire des amis parmi les hommes de Mammon, c'est-à-dire parmi les gentils, en leur pardonnant leurs offenses envers Dieu. De même que l'économe infidèle se retira , après sa disgrâce , chez les débiteurs de son maître , auxquels il avait remis une partie de leurs dettes; de même les Juife en se retirant chez nous autres gentils, auraient pu rentrer en grâce auprès de Dieu. Mais quelque soit le vrai sens de cette parabole, vous ne pouvez croire assurément que les amis que vous fera votre argent parmi les concussionnaires , puissent jamais vous aider à rentrer eu grâce auprès du Seigneur. Mais que la peur est éloquente, et qu'elle sait bien citer les Ecritures à son avantage I Ce serait peu assurément si un ou deux chrétiens se sauvaient ou plutôt se perdaient ainsi. Mais voilà qu'on veut lever des tributs sur toute l'Église en masse. Je ne sais si nous devons en rougir ou en gémir, les chrétiens sont maintenant inscrits sur les registres des soldats favoris et des espions, comme des objets de concussion , au milieu des cabaretiers, des bouchers, des filous, des joueurs et des débauchés. Est-ce donc pour jouir tranquillement de leurs dignités , sous le vain prétexte de veiller sur le troupeau, que les apôtres ont légué leur pouvoir aux évêques.^ Le Christ, retournant vers son Père , a-t-il recommandé à ses apôtres de feire aux soldats des présens pour en obtenir la paix?

XIV. Mais comment nous rassembler? comment célébrer ensemble le jour dominical ? Comme faisaient les apôtres, qui comptaient sur leur foi et non sur leur argenL Si la foi peut transporter des montagnes, elle éloignera bien des soldats. Appuie-toi sur la sagesse et non sur Tor. Crois-tu que tu seras bien plus à l'abri des fureurs du peuple, quand tu auras corrompu quelques soldats mercenaires? Que ta sûreté se fonde sur la foi et sur la sagesse, et tu ne per- , dras pas ton argent. Enfin si vous ne pouvei vous rassembler pendant le jour, vous pouvez vous réunir pendant la nuit ; la lumière du Christ dissipera les ténèbres. Si vous ne pouvez vous rendre en foule dans les églises, rappdez-vous

TERTULLIEiv.

que trois chrétiens rassemblés au nom du Seigneur forment une Église. Plutôt que d'acheter ou de vendre vos églises , abstenez-vous d*y aller pendant un temps. Conservez au Christ Tépouse du Christ dans toute sa pureté ; et que personne n'en fiisse un objet de marchandise. Tout cela , m<m frère, te paraîtra dur et difficile; mais souviens-toi qu'il est écrit : a Que celui qui en veut, en prenne; • c'est-à-dire que celui qui n'en veut pas se retire; c'est à prendre ou à laisser. Celui qui ne veut pas souffrir, ne peut être le disciple de celui qui a soufFert. Mais celui qui ne craint pas les souffrances sera rendu parfait dans

l'amour de Dieu. «Car l'amour parfiiit exdnl la crainte,» et c'est pour «cela qu'il y a beaih coup d'appelés et peu d'élus.» Dieu ne cherche pas ceux qui veulent suivre la voie large, mais ceux qui sont prêts à marcher dans l'étroit sentier du salut. C'est pourquoi il faut recevoir le Saint-Esprit, source de science et de force. Ceux qui l'auront reçu ne penseront ni à fuir les persécutions, ni à s'en racheter; ils ont en eux celui qui répondra par leur bouche quand ils seront interrogés, et qui les soutiendra dans les supplices et dans les tourmens.

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DE L'IDOLATRIE

I. Le plus grand crime du genre humain, celui qui comprend tous les autres, et qui est la cause de sa condamnation, c'est l'idolâtrie. Car bien que chaque délit soit classé sous un nom différent, et soit condamné à part, tous les délits se trouvent confondus dans celui-là. Oubliez les noms des différentes actions coupables, examinez seulement les faits. Quiconque est idolâtre , est homicide. Vous me demandez qnï il a tué? S'il fait quelque chose pour la gloire, ce n'est pas un ennemi qu'il immole, ce n'est pas un étranger, c'est lui-même. «Par quels moyens? -^Par son erreur.— Par quels armes?— Par ses péchés contre Dieu. — Plir combien de blessures?— Par autant de blessures qu'il commet d'actes d'idolâtrie.» Que celui-là nie que l'idolâtrie soit homicide, qui ose nier qu'il ait perdu son âme. L'aduUëre et Vobscénité sont en lui , car celui qui sert les faux dieux , altère la vérité et toute altération est un adultère. Il est plongé dans l'obscénité, car qui peut sacrifier aux esprits immondes sans se souiller et se salir? Cest pourquoi les saintes Ecritures condamnent toujours l'idolâtrie en l'appelant obscène. Qui est coupable de vol? C'est celui qui dérobe le

bien d'un autre, ou qui ne lui rend pas ce qui lui est dû. Assurément le vol est regardé comme un grand crime parmi les hommes. Mais l'idolâtrie lait à Dieu un vol , puisqu'elle lui refose les honneurs qui lui sont dus; et en les portant à d'autres, elle ajoute l'insulte à la fraude. Si donc le vol aussi bien que Tobsoéoité et l'adultère causent la mort, c'est assez pour que l'idolâtrie ne soit pas innocente du crime d'homicide. Après ces péchés si mortels, si pernicieux au salut , il y en a bien d'autres que l'on désigne par différents noms, mais qui se retrouvent avec toutes leurs conditions dans l'idolâtrie. Elle comprend toules les concupiscences du siècle, car où serait la dignité du paganisme sans le luxe et les vains omemens de son culte? Elle comprend les désirs impurs et l'ivresse , car les solennités ne font que servir de prétexte à la satisfaction des plus grossiers appétits. Elle comprend l'injustice, car qu'y at-il de plus injuste qu'une doctrine qui méconnaît le père de toute justice ? Elle comprend le mensonge, puisque toute sa doctrine est menteuse. Tous les délits sont offonsans envers Dieu ; or il n'est rien de ce qui offense Dieu qui

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ne puisse être aUribué aux démons et aux esprits immondes, qui sont représentés par les idoles. Donc, quiconque pèclie, admet l'idolâtrie, puisqu'il fait ce qui convienC aux idolâtres.

U. Mais laissons i tous ces délits leurs dénominations et leurs attributions particulières, et examinons Tiddâtrie en elle-même. C'est déjà bien un grand crime contre Dieu, que cette aonroe abondante de crimes qui se divise en tant de branches , qui se subdivise en tant de veines , que même quand on ftiit abstraction de ses principales conséquences , il lui reste encore une telle étendue que nous devons trembler de nous tromper sur les limites. Elle sait se cacher, se dissimuler de mille manières pour faire dévier les serviteurs de Dieu. La plupart des honunes pensent que l'on n'est idolâtre que si l'on va dans les tesQples pour y brûler de l'encens, y faire des sacrifices et des oMatlons, ou si Top est prêtre ou sacrificateur. Cest comme si l'on pensait que l'adultère n'existe que dans les bat* sers ,dans les embrassemens et dans Faccouplement charnel ; ou qu'il n'y a homicide que là oft il y a effusion de sang, et perpétration dfi meurtre. Mais nous savons quelle extension Dieu donné à ces expressions, lorsqu'il appelle adultère quiconque s*aban<!lonne à la concupiscence, quiconque se permet un regard déshon* néte ou un désir impudique; lorsqu'il dit que celui-là n'est point innocent d'homicide, qui maudit ou qui injurie son prochain , qui se met en colère, et qui manque de charité envers son frère. Aussi Jean nous dit «que celui qui hait son frère est homicide. » Autrement la malice du diable ne serait pas si profonde, et Ta science que' le Seigneur nous a donnée pour lutter contre les ruses du démon ne serait pas si importante, si nous devions être jugés seulement sur les délits que le monde faii-même condamne et punit. Gomment notre justice surpassera-t-elle celle des scribes et pharisiens, si nous ne connaîsions pës la grandeur du vice opposé à cette vota qui ëk niyusticeP et puisque lldolâtrie est la source de toute làjustice, il est important qne nous nous prémuhissiohs contre là grandeur et rétendue de ridolâtrlé, que nous savons bien ne pas s'entendre seulement aux actes extérieurs.

lU. Autrefois, il n'y avait pohit d'idole. Avant

que les fabricans de ce monstre ne pulMassent dans le monde , les temples étaient vides , et les murailles des édifices sacrés étaient nues, comme on peut encore le voir dans certaines ruines d'une grande antiquité. Il y avait cependant de l'idolâtrie dans le monde; le nom n'existait pas , mais la chose existait; car même de nos jours on peut se rendre coupable d'idolâtrie jusqu'en dehors des temples et sans avoir d'idole. Mais quand le diable amena dans le monde les fabricans de statues, d'images et de toutes sortes de simulacres, alors cette peste du genre humain prit un corps et un nom qu'elle tira des idoles. Ainsi on peut regarder comme une source d'idolâtrie tout art qui produit une idole de quelque feçon que ce soit. Il n'importe pas qu'une image sorte des mams d'un sculpteur, d'un graveur, ou d'un brodeur, ni qu'elle soit exécutée en plâtre,en couleurs ^ en pierre, en bronze, en argent ou en tapisserie. Et puisque même sans idole il peut y avoir idolâtrie , certes, quand l'image exbte, il importe peu de quelle espèce elle est,ou de quells matière, ou de quelle forme. Qu'on ne pense donc pas que Ton ne doive appeler idole que les statues qui sont fcites à l'image de l'homme. Pour rendre ceci plus dah*, nous aurons recours à l'étymologie : Mtç en grec veut dire une forme , une image ; dèmkn en est un diminutif , comme de forme nous avons fait formule. Ces! pourquoi toute forme ou formule, c'esl-â-dire toute image grande ou petite, doit être appelée une idole. Donc tout service, tout travail fait pour toute idole, est un culte de l'idole, une idolâtrie. Donc aussi le fiibricant d'Images est coupable de ce même crime; à moins que l'on ne prétende que les Israélites ne forent pas idolâtres , parce qu'ils s'entrent Timage d'un veau, et non celle d'un homme.

IT. Dieu défend aussi bien de foire une idole que de l'adorer. C'est précisément parte qu'il fout qu'une image soit faite pouf qu'elle puisse être adorée, qu'il doit être défondu de k foire s'il n^ést pas permis de lui rendre'un culte. Voilà pour(j[ubi, dans le but de déraciner l'idolâtrie, la loi divine a dit : «Tu ne fabriqueras pas d'idole;» et elle ajoute : «ni aucune ressemblance de ce qui est au ciel, ni de ceqm* est siur la terre, ni de ce qui est dans la mer. Cette loi a complètement défenda oea arts aux

TERTULLIEN

serviteurs de Dieu. Déjà daos les temps les plus anciens du monde, Enoch avait prédit que les démons tourneraient en sujets d'idolâtrie tous les élémens de la nature, tout ce qui est au ciel, sur la terre , dans la mer, afin que les anges infidèles fussent érigés comme des dieux à la face du Seigneur. L'homme dans son erreur s'est agenouillé devant tout , excepté devant celui qui a tout créé. Les images de ses créatures sont des idoles, et le culte de ces idoles, c'est Tidolàtrie. L'artisan qui a fait une image quelconque est nécessairement responsable de tous les maux que cause Tidolâlrie. Enfin le même Enoch envelope d'avance les fa-» brlcateurs et les adorateurs d'idoles dans la même condamnation. Et plus loin : «Pécheurs, je vous le jure, quand viendra le jour de la vengeance, votre châtiment est prêt. Vous qui adorez des pierres et qui faites des images d'or et d'argent et de bois, et de pierres et de terres, vous qui servez les fantômes, les démons, les esprits infâmes et toutes ces erreurs qui ne sont point selon la science , ils ne vous seront d'aucun secours. » Mais le prophète Isaîe dit : « Vous êtes vous-mêmes témoins, si Dieu n'est pas avec moi. Et il n'y avait point alors de sculpteurs et de faiseurs d'images , hommes vains, qui font ce qui leur platt aujourd'hui et qui ne leur servira de rien demain.» Voyez encore l'anathème qu'il lance indistinctement sur les fabricateurs et sur les adorateurs d'images, et qu'il termine par ces mots : «Sachez que leur cœur est de la cendre , qa'ils sont dans l'erreur, et qu'aucun d'eux ne sauvera son âme. » Làdessus David s'écrie avec justice : «Et que ceux qui les font leur deviennent semblables 1 » Et que dirai-je de plus moi dont la voix mérite si peu d'être écoutée? pourquoi citerais-je les Écritures, comme si ce n'était pas assez de la voix de l'Esprit-Saint , ou comme s'il était douteux que Dieu ait maudit et condamné les faiseurs d'image, avant même d'en maudire et d'en condamner les adorateurs ?

V. Nous nous étendrons davantage pour répondre auxdifférens prétextes qui servent d'excuses à ces artisans, qu'on ne devrait jamais admettre dans la maison de Dieu si l'on connaissait bien la loi. On a coutume d'alléguer pour raison qu'ils n'ont pas de quoi vivre autrement. liais,répondrai-je,qu'y a-t-'il de conmiun entre

Dieu et toi, si tu veux vivre selon tes volontés au lieu de suivre les siennes ? Et comme on ose s*appuyer sur les saintes Écritures , et citer l'apôtre qui a dit : «Que chacun reste dans la condition où il a été trouvé;» il résulterait donc d'une telle interprétation que nous pourrions tous rester dans le péché? car nous avons tous été trouvés dans le péché, puisque c'est pour nous en délivrer que le Christ est descendu vers nous. On prétend aussi qu'il nous a lui-même donné l'exemple de vivre du travail de nos mains. Si tout le monde s'appuie sur ce précepte, il me semble que les filous, et même les voleurs de grands chemins, gagnent leur vie avec leurs mains : les faussaires aussi assurément , car ce n'est pas avec leurs pieds qu'ils se fa\)9riquent de faux titres. Quant aux histrions , ils ne travaillent pas des mains seulement, ils mettent tout leur corps en mouvement pour gagner leur pain. Qu^on ouvre donc l'église à tous ceux qui se soutiennent du travail de leurs mains , si Ton ne fait aucune distinction des arts- que Dieu a rejetés. Mais on dira contre notre doctrine d'interdiction contre les images: «Pourquoi Moïse dans le désert a-t-il fait un serpent d'airain.^» Les images qui ont été faites dans un but particulier et secret font exception à la règle, et ne la détruisent pas. D'ailleurs si nous voulons in* terpréter cette action pour en tirer un argument contre la loi, ne tomberons-nous pas dans Terreur des marcionites en attribuant l'inconstance au Tout-Puissant, comme cr^s hérétiques qui anéantissent Dieu en niant son ..i^uiudiiilité, et en prétendant que tantôt il ordonn. et tantôt il défend la même chose? Si Ton suppt . |ae la position de ce serpent d'airain, suspe^au entre ciel et terre, ait été un symbole de la rucifixion de Notre-Seigneur, qui devait nous délivrer des serpens, c'est-à-dire des anges du diable, pendant que sa forme elle-même représentait le démon qui devait être mis à mort ; ou si quelque docteur plus savant donne de cette figure une autre interprétation , vu que Tapôtre affirme que les événemens de l'histoire du peuple sous l'ancienne loi n'étaient que des figures de ce qui devait arriver sous la nouvelle ; il n'en est pas moins vrai que Dieu, qui a par sa loi générale défendu de faire des images, a, dans un cas particulier, ordonné d'en faire une. Si tu veux suivre la loi de Dieu, la voici : «Tu ne feras

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2rs

point d*images.B Si tu veux t'appuyer sur le fait du serpent d'airain y et imiter Moïse, attends donc, comme lui, pour foire une idole eontre la loi, que Dieu lui-même t'en ait donné Tordre spécial.

VI. Quand même Dieu ne se serait pas exprimé clairement à cet égard, quand même l'Esprit-Saint n'aurait pas menacé à la fois ceux qui font les idoles et ceux qui les adorent, notre baptême suffirait pour nous convaincre que tous ces arts sont contraires à la foi ; car est-ce avoir renoncé au démon et à ses anges , que de les fabriquer ? Gomment pouvons-nous dire que nous ayons renié ceux non-seulement avec lesquels, mais par lesquels nous vivons? Avons-nous renoncé .aux pompes de ceux par lesquels nous gagnons de quoi nous vêtir? Peux-tu renier de ta langue celui que tu reconnais avec ta main? peux-tu délruire d'une parole ce que tu établis par un fait ? peux-tu professer ta croyance en un seul Dieu, toi qui en fais tant? cj'en fais, repondra quelqu'un , mais je ne les adore pas. » Gomme si la raison qui empêche de les adorer ne devait pas aussi interdire de les feire ; des deux côtés , c'est la même offense envers Dieu. Mais il y a plus , je soutiens que tu les adores , toi par qui seul ils existent pour être adorés. Ce n'est pas le feu d'un vil sacrifice , c'est le feu de ton génie que tu allumes sur leurs au tels ; ce n'est pas la vie d'une bête que tu leur donnes, c'est ta vie , c'est ton àme : tu leur immoles ton talent, ton industrie; et c'est avec la sueur de ton front que tu leur fais des libations. Tu es pour les faux dieux bien plus qu'un prêtre, puisque c'est par toi qu'ils peuvent avoir des prêtres. G'est ton travail qui fait toute leur gloire. Tu prétends ne pas adorer les dieux que tH fais ; mais ils te reconnaissent pour leur adorateur, eux à qui tu immoles la plus riche, la plus grasse des victimes , quand tu leur sacrifies ton salut.

VU. Un homme zélé pour là foi parlerait toute une journée sur ce sujet. N'est-il pas douloureux de voir un chrétien quitter les idoles pour venir dans nos églises; sortir de ses ateliers de démons pour entrer dans la maison de Dieu; lever vers son Créateur des mains qui viennent de créer des idoles, et joindre devant Dieu des mains qui, hors de l'église, se font elka-mêmes adorer dans leurs œuvres ; approcher

du corps de Notre-Seigneur des mains qui donnent des corps aux démons? Mais cela n'est pas tout. Ce n'est pas assez qu'ils souillent l'hostie qu'ils reçoivent des autres; ils vont jusqu'à souiller de leurs propres mains l'hostie qu'ils donnent au peuple. Des faiseurs d'images ont été admis dans les ordres sacrés! O crimes I Les Juifs ont une seule fois porté les mains sur le Ghrist, et ces hommes-là déchirent son corps tous les jours. 0 mains sacrilèges qu'on devrait couper, pour montrer à ces impies si c'est une vaine parole que celle qui a dit ; a Si ta main est pour toi un sujet de scandale, coupe-là.» Et quelles mains ont plus mérité d'être coupées que celles qui chaque jour scandalisent le corps de Jésus-Ghrist ?

VIII. Il y a encore beaucoup d'autres métiers qui ne s'occupent pas , il est vrai, de la fabrication des idoles, mais qui sont tout aussi condamnables, puisque sans eux les idoles ne seraient rien. Qu'importe en effet que tu bâtisses ou que tu décores ; que tu élèves un temple, ou un autel , ou bien une chapelle ; que tu fabriques les lames de métal, ou que tu fasses les ornemens de l'idole, ou que tu lui construises seulement une niche? Le plus coupable n'est pas celui qui fait l'idole, c'est celui qui lui donne sa dignité. Si les arts de luxe sont si nécessaires, il y a bien des manières de les exercer sans sortir de la loi, et sans fabriquer d'idoles. I^ travailleur en stuc peut enduire les murailles, raccommoder des toits, terrasser les citernes, tracer des cymaises et orner les maisons de beaucoup d'autres ornemens qui ne sont point des ressemblances ni des simulacres. Le peintre, le sculpteur en marbre ou en airain, sait faire bien des choses qui tiennent à sou art, et qui sont plus faciles que les images. Gelui qui sait dessiner une figure, dessinera encore plus facilement un chapiteau de colonne ; celui qui d'un tilleul a su tirer le dieu Mars, ne peut pas être très embarrassé pour faire une armoire. Il n'y a pas d'art dont un autre art ne soit ou la mère ou la sœur : tous les métiers s'entre-touchent ; ils ont autant de branches que les hommes ont de désirs. «Mais , direz-vous, il s'agit de notre gain, il y va de nos salaires et de notre travail. » Sans doute, mais si vous vendez moins cher, vous vendez bien plus souvent; cela fera compensation. Combien de murailles ont-elles be-

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som d'idoles? combien de temples construit*on aux faux dieux? pas beaucoup, assurément; vais des maisons, des bains, des hôtels, il en fiiut bien davantage. Tous les jours on a des souliers et des brodequins à dorer, tandis que Mercure et Sérapis ne se font pas dorer tous les jours. Que ie luxe et Tambition des particuliers suffise donc pour faire gagner les artisans, car ces passions ont plus d'étendue que la superstition, ^ambition vous demandera plus de coupes et de plats que le culte des dieux. Le luxe vous fera vendre plus de couronnes que les fêtes païennes. Ainsi, puisque nous exhorions tous les artisans à s'abstenir de fabriquer des idoles et de rien faire de tout ce qui regarde leur culte , et que nous reconnaissons en même temps que beaucoup d'objets peuvent s'appliquer à l'usage des hommes aussi bien qu'à celui des idoles, il s'ensuit qu'ils doivent bien prendre garde de vendre , avec connaissance de cause , un objet que lacheteur destine au culte des images. Car si nous vendons sans prendre celte précaution, nous ne serons pas exempts de la contagion de Tidolàtrie, puisque nous mettons sciemment notre travail à l'usage des démons. IX. Parmi les diverses occupations des hommes, nous remarquons encore certaines professions qui ont une tendance'vers l'idolâtrie. Je^e devrais pas même avoir besoin de parler des astrologues; mais comme l'un d'eux, depuis peu, a voulu se justifier de ce qu'il continue à exercer cette profession, je vais en dire quelques mots. Je ne vous dirai pas que c'est adorer les faux dieux , que de mettre leurs noms dans le ciel , de leur attribuer la toute-puissance, et d'induire les hommes à ne plus adresser leurs prières à Dieu en leur disant que leur destinée est immuablement réglée par les étoiles. Mais j'avance que les astrologues sont comme ces anges déserteurs qui abandonnèrent Dieu pour rendre hommage à des femmes qu'ils ont trahies à leur tour; et quUls sont par conséquent maudits de Dieu. O sagesse divine dont on trouve des reflets jusque dans la sagesse des hommes ! Les astrologues ont été chassés de l'empire, eux et leurs serviteurs. Rome, toute ritalie leur est interdite, comme le ciel l'est à ceux qui mettent en eux leur confiance. L'exil frappe à la fois les maîtres et les disciples. Les mages et les astrologues nous sont venus de l'Orient; nous savons

quel rai)j)Ort il y a entre la magie et l'astrolc^ Ce furent des interprètes des étoiles qui les premiers annoncèrent la naissance du Christ, et qui les premiers lui apportèrent des présens. Je pense que par là ils se sont rendu le Christ favorable. Mais qu'en résulte-t-il? faudra-t-il pour cela que la religion des mages les protège maintenant, eux et les astrologues? Aujourd'hui la science vient du Christ ; elle étudie et elle prédit la venue des.étoilesdu Christ , et non celle de Mars, de Saturne et des autres.

Car cette magie n'a été tolérée que jusqu'à l'Évangile, afin qu'à partir de la nativité du Christ, personne ne se permit de calculer la naiivité d'un homme sur le cours des astres. Cet encens, cette myrrhe et cet or qu'ils offraient au Christ encore enfant, furent comme le terme de toutes les observations et de toutes les gloires temporelles, que le Christ devait résumer en lui seul. Ce fut pour cela sans doute que Dieu envoya aux maires un songe, pour les avertir de s'en retourner chez eux, mais non par le même chemin, c'est-à-dire de ne pas suivre leur ancienne voie, de crainte qu'Hérode ne les poursuivit. Mais , littéralement parlant , Hérode ne pouvait pas les poursuivre, puisque! ignorait également par où ils s'en retournaient et par où ils étaient venus. Nous devons donc comprendre que ce nouveau chemin n'est autre chose que la bonne voie et la vraie science. Aussi leur est-il express(^ment recommandé de marcher désormais dans d'autres sentiers. Il en est de même de cette autre espèce de magie qui se manifeste par des miracles, et qui lutta même contre la puissance de Moïse; la patience de Dieu l'a tolérée jusqu'à FÉvangile. Car, depuis cette époque, nous voyons Simon le magicien, bien que déjà converti, restant encore sous l'inâuence de sa doctrine de charlatan, au point de vouloir, pour ajouter à son pouvoir magique, acheter la puissance de donner le Saint-Esprit par l'imposition des mains; mais les apôtres le maudirent et le retranchèrent de la communion des fidèles. 11 y eut encore un autre magicien qui voulut résister à ces apôtres devant le proconsul Sergius Paulus; et il fut par eux privé de la vue. yoilà,je pense, le traitement qu'auraient subi tous les astrologues s'ils étaient tombés sous la main des apôtres. Puisque la magie est punie , l'astrologie, qui en fait partie, doit l'être aussi :

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carqai condamne le genre, condamne l'espèce. Depuis l'Évangile, vous ne voyez ni sophistes, ni astrologues, ni enchanteurs, ni mages, ni magiciens, qui ne soient exemplairement punis. cOù sont les sages, les lettres, les savans de ce sîède? Dieu nVt-il pas tourné en folie toate leur sagesse? Tu ne sais rien, astrologue , puisque tune savais pas que tu deviendrais chrétien. Si tu le savais, tu aurais dû savoir aussi que ton art ne te servirait de rien. Cette science qui prédit toutes tes grande^ révolutions aurait dû t'apprendre qu'elle-même elle était en danger. D n'y a ni science ni avenir dans cette étude. Que celui-là n'espère point le royaume des cieux, qui abuse du ciel avec son doigt ou son compas.

X. Il faut aussi nous occuper des maîtres d'école, et des autres professeurs de belles-lettres. On ne peut douter qu'ils ne soient bien près d'être idolâtres. D'abord il est dans leurs attributions de faire connaître les dieux des gentils, leurs noms, leurs généalogies, d'expliquer les fables dont on a orné et embelli leurs histoires, d'observer les fêtes et les solennités. païennes. Qiiei maître d'école pourra, dans le mois de mars, donner ses congés en Thonneur de PaUas , s'il n'a chez lui le calendrier des faux dieux? Il consacre à Minerve le premier argent qu'il reçoit d^UBiélève , de sorte que, sans qu'il s'incline devant le temple d'une idok, on peut le regarder comme un des prêtres de cette déesse ; qu'on le fuie donc comme un idolâtre. Croyezvous qu'il soit moins souillé parce qu'il n'honore et ne nomme cette idole que pour gagner sa vie? Puis il célèbre les minervales et les saturnales comme les derniers de nos esclaves; il reçoit des étrennes; il fête Tanniversaire de l'agrandissement de Rome, et les bacchanales du solstice d'hiver; il exige des présens qu-^nd ses parentes se marient; il orne ses classes de guirlandes de fleurs. Les prêtresses et les édiles font des sacrifices en l'honneur de Técole , à l'époque des vacances; on en fait aussi au génie natal le jour de la naissance du maître. Il y a' foule à toutes ces pompes de Salan. Si vous pensez que eeia soit convenable à un maître d'école, pourquoi cela ne le serait-il pas à tout autre chrétien? Je sais que Ton dira : «S'il n'est pas permis à un serviteur de Dieu de professer les belles-kttres, il n'est donc pas non plus permis

de les apprendre? Et comment s'instruira-t-oa dans la science humaine, comment saura-^t-on alors penser et agir, puisque l'éducation est la clef de la vie? sans les études profanes, il n'y aurait pas d'études religieuses. » Voyons donc ce qu'exige réellement l'étude des lettres, examinons ce qui est nécessaire et cç qui est inadmissible. Il est plutôt permis à un chrétien d'étudier les belles-lettres que de les enseigner ; car la méthode du professeur et celle de celui qui étudie sont bien différentes. Si un fidèle enseigne une littérature qui est pleine de la doctrine des faux dieux, il est hors de doute qu'en l'expliquant, il la loue, la recommande; en rappor-. tant toutes ces fables, il les affirme ; en racontant Thistoire des dieux, il porte témoignage en leur faveur. Il les appelle même des dieux, ce que la loi défend expressément, car c'est prendre le nom de Dieu en vain, in vano. Ainsi, dès le début de ses leçons , il rend témoignage au démon. Pouvez-vous douter que celui-là soit .idolâtre, qui catéchise sur les idoles? Mais quand un fidèle étudie, s'il a déjà la vraie science, et surtout s'il l'a dépuis longtemps, il n'admet pas comme vrai ce qu'il apprend. Il croit ce qu'il a appris d'abord, c'est-à-dirè la science de Dieu et de la foi; tout le reste, il le rejettera avec dédain. Il sera donc aussi en sûreté que le sa- • vaut qui prend du poison de la main d'un ignorant , et qui se garde de le boire. Celui-ci a donc une excuse, parce qu'il ne peut pas s'instruire autrement. Et de même qu'il est plus facile dr s'abstenir d'enseigner que d'apprendre, d% même aussi le disciple s'absentera des solennités païennes de l'école bien plus facilement que le maître.

XI. Quant au commerce, si nous' examinons les autres délits, nous y trouverons d'abord cette source de tous les maux, la cupidité , qui a Fait faire naufrage à plus d'un fidèle. L'apôtre que nous avons déjà cité appelle l'idolâtrie une cupidité , et le mensonge est le ministre de la cupidité. Je ne parle pas du parjure , puisqu'il n'est pas même permis de jurer. Le commerce est-il une occupation convenable à un serviteur de Dieji? Si vous ôtez la cupidité qui fait désirer le gain, il n'y aura plus de raison pour com- . mercer. Mais admettons la possibilité d'un gain licite , ^ d'un commerce exempt de cupidité et de mensonge; je crois qu'il tombera eooore

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dans le péché d'idolâtrie, parce qu*il appartient ju génie même et à Pâme de Tidolàtrie , ce métier qui engraisse tous les démons. N'est-U pas même la première de toutes les idolâtries? Ces marchandises, cet encens et ces autres parfums étrangers, sont-ils tous apportés pour faire des médecines pour guérir les malades, ou pour ensevelir les morts? certes, lorsque les pompeuses solennités des sacrifices feits aux faux dieux sont en définitive le but de vos dangers, de vos pertes, de vos fatigues, de vos calculs et de toutes vos occupations, nierez-vous que vous soyez un pourvoyeur des temples des idoles? Il est évident que tous les genres de commerce sont exposés à cette objection. Ces délits sont bien grands et exigent de nous de grandes précautions, afin que nous nous abstenions de ces péchés et que nous nous éloignions de ceux qui les commettent; car si un autre homme fait mal, il m'importe que je ne sois pas son instrument. Je ne dois pas aider un autre à f^ire ce qu'il ne m'est pas permis de faire. Gela est bien évident dans un autre cas , non moins grave ; car puisque la luxure m'est défendue , je ne dois ni aider ni consentir à celle des autres. Puisque je me tiens personnellement éloigné des Mtviji de débauche, je reconnais ne devoir ouvrir une telle maison ni à mon profit , ni â celui des autres. La loi contre Thomicide exclut de nos églises même le -maître d'escrime, car elle suppose qu'il fera lui-même ce qu'il montre aux autres à faire. Mais voici une analogie plus rapprochée : si un pourvoyeur de victimes se fait chrétien, lui permettrez- vous de continuer son commerce ? Et s'il était déjà chrétien, lorsqu'il Fentreprend, le garderezvous dans le sein de Téglise? Non sans doute, à moins que vous ne veuillez aussi fermer les yeux sur les marchands d'encens, car aux uns est échue la fourniture du sang , aux autres celle des parfums. Si , avant que les idoles parussent dans le monde , Tidolâtrie encore informe pratiquait d^à son culte avec des parfums ; si de nos jours encore l'œuvre de l'idolâtrie peut s'accomplir sans idole et seulement en brûlant deFencens, certes le plus coupable est le marchand de parfum, puisque sa marchandise est plus indispensable que les idoles mêmes à l'idolâtrie. Nous en appelons à sa conscience e. Si un dirétien qui fait ce commerce

vient â passer devant un temple, commentent chera-t-il sur les autels ou brûlent ses propres parfums? de quel front osera-t-il souffler sur la flamme pour l'éteindre ? comment aura-t-il le courage d'exorciser les nourrissons auxquels il donne pour demeure sa propre maison? Quand un tel homme aurait chassé un démon, il ne devrait pas avoir la conscience tranquille; car ce ne serait pas un ennemi qu'il aurait vaincu, mais un ami complaisant qui lui aurait obéi par reconnaissance pour ses bienfaits journaliers. Donc aucun art, aucune profession, aucun négoce qui aide à faire les images et à établir leur puissance , n'est exempt de Taccu* sation d'idtlâtrie; car assurément nous ne pouvons pas dire que l'idolâtrie soit autre chose que le service des idoles.

XII. Après que l'on a admis la foi chrétienne, c'est un prétexte que de s'appuyer sur les besoins de cette vie, et de dire: a Je n'ai pas de quoi vivre;» car, à cette assertion irréfléchie, je répondrai tout simplement : a Vous parlez trop tard. C'était avant de vous faire chrétien qu'il fallait réfléchir , comme le prudent architecte, qui fait son devis suivant ses moyens avant de commencer son édifice, pour n'avoir pas la honte de l'abandonner à moitié feit. Maintenant vous avez les commandemens du Seigneur, et des exemples qui vous ôtent tout prétexte. Que dites- vous donc ? « Je serai pauvre ; » mais le Seigneur a dit : t Bienheureux les pauvres. »— «Je n'aurai pas de vivres; x> mais il est écrit : « Ne vous inquiétez pas des alimens. » Pour les vètemens nous avons l'exemple des lis. c J'avais besoin d'argent ; o mais il faut <t tout vendre et distribuer son bien aux pauvres.» — «11 faut que j'établisse mes enfans, que je pense à ma postérité.»— «Quiconque met la main â la charrue , et regarde en arrière , est un mauvais travailleur.»— a Mais j'avais dans le monde un certain rang. •— a On ne peut servir deux maîtres. » Si tu veux être le disciple du Seigneur, prends ta croix, et suis le Seigneur, c'est-à-dire , supporte la pauvreté et les tourmens, et même ton propre corps, qui est aussi une espèce de croix. Parens , épouses, enfans, il peut tout quitter pour Dieu. Tes père et mère, tes enfans, te feront hésiter â abandonner ton état, ta profession , ton commerce? Ne nous a-t-il pas été enseigné que nous devons quitter à la fois famille et affaires pour suivre k

DE LIDOLATRIB.

Seigneur? Quand Jacques et Jean furent appelés par Notre-Seigneur, et qu'ils laissèrent là leur père et leur barque ; lorsque Matthieu se leva de son comptoir de percepteur, et trouva que même la sépulture de son père le retarde- I raît trop, aucun de ceux que Dieu a élus n'a répondu :« Je n'aurai pas de quoi vivre». La foi ne craint pas la faim ; elle sait que pour Tamour de Dieu on doit mépriser la faim comme tout autre genre de mort. Elle a appris à ne pas sHnquiéier de la vie, ce n'est pas pour slnquiéter de la nourriture. Combien y en a-t-i( qui agissent tout-à-fait suivant la foi ? mais ce qui est difficile aux hommes est bien facile à Dieu.

Xlli. Espérons néanmoins en sa miséricorde et en sa clémence divine , et prions que nos besoins ne nous entraînent pas jusque sur les frontières de Tidolàtrie. Évitons surtout du plus loin que nous pourrons le souffle de cette peste, non-seulement dans les choses dont nous avons parlé , mais encore dans toute la série des superstitions humaines, dans toute espèce de culte, rendu soit aux dieux, soit aux morts, soit aux rois; car tout cela appartient aux esprits immondes. Tantôt ce sont des sacrifices, des rites, tantôt des spectacles. Qu'ai-je à dire sur les sacrifices , et sur ceux qui les font? Quant aux spectacles, j'en ai traité dans un autre ouvrage. Il s'agit maintenant de parler des fêtes et des solennités du paganisme , auxquels nous nous permettons d'assister , tantôt par plaisir, tantôt par crainte, et par là nous agissons contre notre religion en nous mettant en communion d^idolâtrie avec les gentils. J'examinerai d'abord si un serviteur de Dieu se mettra ainsi en rapport avec les païens, soit par ses vètemens, soit par sa manière de vivre, soit par les réjouissances publiques. «Réjouissezvous avec ceux qui sont gais, pleurez avec ceux qui pleurent ;• voilà ce que dit l'apôtre pour exhorter les frères à la concorde. Mais cela ne dit pas qu'il puisse y avoir rien de commun entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. Autrement nous oublierions ce qui est écrit: a Le monde se réjouira; mais vous, vous pleurerez.» Si nous nous réjouissons avec le monde, il est à craindre que plus tard nous ne pleurions avec lui. Pleurons plutôt maintenant que le monde se réjouit , et un jour

nous nous réjouiroDS, quand le monde jdeurert. Quand Lazare fut descendu chez les morts , it trouva le repos dans le .ein d'Abraham ; le riche au contraire fut jeté dans le tourment du feu : c'était une compensation de leur bonne et de leur mauvaise fortune ici-bas. Il y a dans Tannée certains jours fixés pour les paiemens, où les uns reçoivent leurs appointemens, les autres font régler le compte de leurs débiteurs, a Voilà| dites-vous alors , que je vais recevoir ce qui m'est dû, ou que je vais payer mes dettes. p Si cette coutume vient d'une superstition, toi , qai es étranger à ces folles croyances , pourquoi te conformes-tu à ces solennités et à ces fêtes païennes, comme s'il t'était aussi ordonné de payer ce que tu dois, ou de recevoir ce qui t'est dû à jour fixe? Fais en cela comme tu voudrais que l'on te fit. Si tu souilles ta conseience pour complaire aux préjugés d'un autre, tu oublies que tu es chrétien et tu te laisses tenter et entraîner; si c'est toi qui forces la conscience de ton prochain , tu agis comme si tu n'étais pas chrétien du tout. Tous tes subterftiges ne t'eaipècheront pas d*ètre condamné. D'un côté on de l'autre tu es coupable d'avoir rougi de ton Dieu. «Quiconque rougira de moi devant les hommes , a dit le Seigneur, je rougirai de lui devant mon père qui est dans le ciel.»

XIV. II y en a qui se sont imaginé qu'il était pardonnable de faire comme les gentils , afin de n'être point exposé au blâme et à la médisance. Or voici quelle est la médisance à laquelle nous devons bien prendre garde de donner prise. Qu'aucun de nous ne mérite le juste blâme des gentils par la fraude , l'ii^ustice, les outrages, ou autres mauvaises actions, qui méritent réellement et le blâme des hommes et la sévérité de Dieu. Mais si à chaque reproche que Ton nous foit, nous nous écrions : «Seigneur, à cause de vous notre réputation est attaquée;» alors il n'y aura plus de chrétiens, car tout le cirque est là pour nous maudire et nous calomnier. Cessons d'être chrétiens et Ton cessera de nom blasphémer. Mais bien plutôt , que l'on nous calomnie pourvu que nous restions dans la bonne voie et que nons n'en sortions pas; pourvu que nous soyons éprouvés, et non pas réproovét. ' O calomnie, sœur du martyre, qui prouves et attestes que je suis chrétien, puisque c*est pour cela que l'on me déteste , tout le mal que tu dis

TERTCLLIElf.

de moi eèt à ma louange, puisque tu ne peux m^accuser que d avo^r été fidèle. «Si je voulais plaire am hommes , dil l'apôtre, je ne serais pas le serviteur de Dieu. » Mais le même nous recommande ailleurs de chercher à plaire h tout le monde ; de même que moi , dit-il , je plairai à tout le monde. Mais était-ce en célébrant les saturnales et les fêtes de Janus qu'il plaisait aux hommes? ou était-ce par sa modestie et sa patience, sa sagesse, son humanité et sa vertu? Il dit encore : «Je me suis fait tout pour tous , afin que je profitasse â (ous.n Mais s'est-il fait idolâtre pour les idolâtres , païen pour les païens, mondain pour les mondains? Mais quoiqu'il ne nous défende pas de communiquer avec les idolâtres , les adultères et les autres criminels, parce que ce serait , dit-il, sortir tout à fait du monde , il ne s'ensuit pas qu'il ôte tout frein à cette communication ; et parce qu'il nous est permis de vivre avec les pécheurs, il nous sera permis aussi de pécher avec eux. C'est le commerce de la vie que l'apôtre permet ; quant au commerce du péché , il est défendu partout. S'il est permis de vivre avec les gentils , il n'est pas permis de mourir avec eux. Vivons avec tout le monde, réjouissons-nous d'être leurs frères selon la superstition. Nous sommes leurs semblables par Tâme , mais non par la croyance ; nous vivons dans le même monde , mais non dans la même erreur. S'il nous est défendu de suivre les rîtes païens avec les païens , à plus forte raison devons-nous nous en abstenir avec nos frères. Qui pourrait excuser une telle transgression? Le Saint-Esprit désapprouve les fêtes des Juifs. «Mon âme, leur dit-il, déteste vos sabbats, yos néoménies et toutes vos cérémonies.]) Nous qui rejetons entièrement ces fêtes juives , que Dieu cependant approuvait autrefois, nous assistons aux saturnales, aux brumales, aux fêtes de Janus, et à celles de Mars; nous nous faisons réciproquement des présens , nous donnons des étrennes, des jeux , des festins. Oh ! les gentils sont bien plus conséquens que nous. Us ne célèbrent aucune de nos fttes, ils ne chôment pas le dimanche ai le temps de Pâques jusqu'à la Pentecôte. S'ils reconnaissaient ces solennités, ils suaient en communion avec nous; et ils craindraient de paraître chétiens. Quant à nous, nous n'avons pas peur qu'on nods prenne pour des païens. S'il fout des fêtes à votre fragilité, n'en

avez- vous pas tant et même plus que les païens? Car la même fête païenne ne revient qu'une fois par an; et votre dimanche revient tous les huit jours. Comptez bien toutes les fêtes des idolâtres pendant Tannée, et vous verrez qu'ils n'en ont pas assez pour compenser les cinquante jours de notre Pâques.

XV. «Que vos œuvres soient visibles,» a dit l'apôtre. Assurément nos maisons et nos portes sont assez visibles maintenant; car vous trouverez plus de portes de païens sans lanternes et sans couronnes de lauriers, que vous n*en trou^ verez rppartenant à des chrétiens. Qu'est-ce que cela nous démontre? Si cette illumination se foit pour une image, assurément c'est de l'idolâtre : si elle se i^it pour un homme, rappelons-nous que tonte idolâtrie a commencé par adorer les hommes, puisque les gentils eux-mêmes avouent que leurs dieux étaient autrefois des hommes. Il n'y a aucune différence entre le culte rendu aux hom mes des siècles passés et celui que vous rendez à ceux du nôtre. Dans Tidolâtrie, ce n'est pas tel ou tel homme qui est condamné, c'est le culte lui-même qui n'appartient qu'an démon, ail faut rendre à César ce qui appartient â César,» dit le texte, qui ajoute aussitôt : «El â Dieu ce qui appartient â Dieu. » Mais qu'estce qui appartient â César ? Voilà précisément ce dont il était question, car on demandait au Seigneur s'il fallait on non payer le cens à César. C'est pourquoi le Christ demanda qu'on lui montrât une pièce de monnaie, et il demanda à l'effigie de qui elle était marquée; on lui répondit : a A celle de César.» — « Rendez donc , dit-il , â César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.» C'est-à-dire rendez à César l'image de César qui est sur la monnaie , et rendez à Dieu l'image de Dieu qui est dans l'homme. Rends l'argent à César , et rends-toi toi-même à Dieu. Car enfin , que restera-t-il pour Dieu , si tu donnes tout à César? «Mais, direz-vous, c'est donc un honneur dû â Dieu , que d'allumer des lanternes à sa porte et d'en orner les piliers de guirlandes de laurier?» Ce i^st pas assurément un honneur dû à Dieu , mais c'est une cérémonie en l'honneur de celui que l'on adore comme un ^ Dieu ; c'est dope au moins un culte , c'est-à-dire un acte extérieur d'adoration qui va droit au démon , quelle que soit Tintention ou la volonté intérieure. Car nous savoas, ce qu'ignorent

peut-être ceux qui ne sont pas vergés dans la littérature^ profane, que les Romains avaient aussi des dieux de portes : la déesse Gardea, ainsi nommée de cardo, gond; Forculus, de /ores y porte ; Limenlinus, de limen, seuil; et enfin Janus lui-même qui vient deJanua,porte. Nous savons aussi que ces noms étaient d^abord vains et vides de sens , mais que les démons s'en emparent aussitôt qu'ils sont consacrés par la superstition. Sans cela les démons n'auraient point de noms propres : c'est ainsi qu'ils acquièrent en même temps un nom et une puis* sandre. Les Grecs appelaient aussi Apollon dupoïov, c'est-à-dire portier ; et nous lisons que les Anthélies étaient les génies qui présidaient aux portes. Le Saint-Esprit, qui prévoyait tout dès le commencement, a dit par la bouche du trèsancien prophète Enoch : que les portes mêmes deviendraient des dieux. Nous voyons aussi que l'on adore les portes des bains. S'il est des êtres que l'on adore dans les portes, à eux les lanternes et les lauriers ; ces décorations s'adressent à l'idole. Et je m'appuie ici sur l'autorité de Dieu même , car il ne faut pas négliger ce qui a été révélé à] un homme pour Futilité de tous. Je connais un chrétien qui, dans un songe, fut sévèrement réprimandé de ce que cette nuit-là même, ses esclaves, à l'annonce d'une fête publique, avaient couronné et illuminé ses portes. Et cependant ce n'était pas lui qui l'avait fait, ni qui l'avait ordonné, car il était en voyage ; et à son retour il désapprouva cette cérémonie, tant il est vrai qu'en cela Dieu nous rend responsables de la conduite de toute notre maison. Pour ce qui est des honneurs à rendre aux rois ou aux empereurs , l'apôtre nous recommande clairement d'être respectueux et obéissans envers les magistrats, les princes et les puissances; mais nous devons cependant rester dans les limites de notre foi , et ne pas tomber dans l'idolâtrie Nous avons là-dessus l'exemple de ces troif frères qui , en toute autre chose obéissans lUT ordres du roi Nabuchodonosor , refusèrent ODStamment d'honorer son image, disant que c'était une idolâtrie que de dépasser ainsi les tionneurs qu'il est d'usage d'accorder aux hommes , pour leur rendre un culte presque divin. Daniel aussi était un zélé serviteur de Darius, et il resta'au pouvoir tant qu'il n'y eut pour sa religion aucun danger. Mais plutôt que de tomber

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dans ce péril, tl brava les lions de Darius, comme les autres avaient bravé les feux delà fournaise. Qu'on allume donc tous les jours ces lanternes, qui ne sont point la lumière; que Ton couronne les portes avec ces branches de laurier qui brûleront un jour ceux qui déjà sont menacés da feu étemel : ce sont là des témoignages en fiiveur des ténèbres, des augures qui présagent des châtimens. Tu es la lumière du monde, tu es un arbre toujours vert. Si tu as renoncé aux temples, ne fais pas un temple de ta porte. Fautil te dire aussi : Si tu as renoncé, aux mauvais lieux, ne fais pas de ta demeure une maison de prostitution?

XVI. Quant aux cérémonies usitées à Tooca* sion des événemens publics ou particuliers, comme la prise de la toge blanche, les fiançailles, les noces, les fêtes que l'on fait quand on nomme un enfant, je ne pense pas qu'il y ait en tout cela grand danger d'idoUtrie, parce qu'il feut étudier quelles sont les origines de ces usages. Je crois qu'ils sont innocens par euxmêmes; car la robe virile, l'annean du mariage, etc., ne tiennent pas, que je sache, ao culte d'une idole. Je ne vois pas que Dieu ait jamais condamné un vêtement , si ce n'est celui de femme porté par un homme. 11 est écrit :« Maudit celui qui se revêt comme une fiemme. » Mais la toge est un vêtement essentiellement viril. Dieu ne défend pas non plus de se réjouir quand

on se marie, ou quand on donne un nom à un enfant; mais à ces réjouissances on joint souvent des sacrifices. Si ce n'est pas moi qui suis chargé de les faire, ou d'y inviter les autres, que ferai-je alors? ce qu'il me plaira. 0 serait bien à désirer sans doute que nous puissions ne jamais être témoins de ce qu'il nous est défendu de faire; mais puisque l'esprit malin a tellement répandu l'idolâtrie dans le monde, il faudra bien quelquefois assister à ces cérémonies, pourvu que ce soit par égard pour les hommes, et non par respect pour Tidole. Si Von m'invite expressément à un sacrifice , je n'irai pas, car c'est une adoration directe de l'idole; je n'y contribuerai ni de mes avis , ni de mon argent, ni en aucune manière. Si j'assiste à un sacrifice où l'on m'a invité, je participe à l'ido^ latrie; mais si c'est une autre cause qui m'a fait accepter une invitation, je ne suis plus qu'un spectateur du sacrifice.

TERTDLLIEN

XVII. Voyons maintenant ce que devront dire les esclaves et les hommes libres cpii sont attachés comme serviteurs à des maîtres, des patrons ou à des magistrats qui ont rhabitude d'offrir des sacrifices. Si quelqu'un sert le vin du sacrificateur, ou sMl prononce quelques paroles qui sont nécessaires à cette cérémonie, il sera certainement compté comme un ministre des idoles. Si nous voulons ne pas perdre de vue cette règle , nous pourrons servir les magistrats et les princes comme Tont fdit les patriarches et d'autres fidèles qui ont souvent été les ministres et les serviteurs de rois idolâtres, en tout ce qui n'était point idolâtrie. Il s'est élevé là-dessus une autre discussion. On demande, dans le cas où un serviteur de Dieu prendrait sur lui de remplir une fonction publique, s'il pourrait, soit par une Faveur spéciale, soit même par ruse, s'abstenir de toute espèce d'idolâtrie. Nous trouvons la réponse dans la conduite de Joseph et de Daniel qui s'abstinrent de toute idolâtrie tout en siégeant dans la pourpre pour administrer les deux grands empires de TÉgypte et de Babylone. Nous devons donc croire qu'un chrétien peut rester innocent en parcourant la carrière des honneurs et des dignités, à condition qu'il ne sacrifie pas, qu'il n'autorisera pas les sacrifices, qu'il ne fournira pas de victimes , qu'il ne déléguera pas à d'autres le soin d*entretenir les temples, qu'il ne leur paiera pas de revenus, qu'il ne donnera pas de jeux ni h ses frais ni à ceux du trésor, qu'il n'y présidera pas, qu'il n'ordonnera aucune fête, et même qu'il ne fera point de sermens ; que dans Teiercice de son pouvoir, il ne décidera jamais de la vie ou de l'honneur des autres (je fais une exception pour les affaires d'argent), qu'il ne jugera, ne condamnera , n'enchatnera, ni n'emprisonnera personne; et enfin qu'il ne mettra aucun accusé à la torture: c'est à lui de juger si cela est possible.

XVIII. Nous allons maintenant parler du vêtement et de l'appareil de ceux qui sont au pouvoir. Chacun a, suivant son rang, sa manière de s'habiller pour les jours ordinaires , et pour les grandes occasions. La pourpre et les diadèmes d'or , qui étaient chez les Égyptiens et les Babyloniens des symboles de dignité , ressemblaient beaucoup aux prétextes, aux trabées, aux tuniques brodées de palmes et aux cou-

ronnes d'or que portent maintenant les prêtres des gentils; mais on n'y attachait pas la même idée. L'honneur de porter de tels vêtemens était accordé à ceux qui avaient mérité la confiance de leur roi; c'est pourquoi on les appelait les pourprés du roi, purpuraU, du moi purpura, pourpre, comme chez nous nous appelons candidats ceux qui portent une toge blanche, (oga candida. Mais cet appareil n'était pas exclusivement à l'usage des sacrificateurs ni des ministres des idoles ; sans cela , des hommes si saints et si fidèles auraient refusé ces vêtemens souillés, et l'on aurait vu sur-le-champ que Daniel n'avait pas abandonné son Dieu pour les idoles, et qu'il n'adorait ni Bel ni Draco, ce qu'on ne sut que plus tard. D'ailleurs la pourpre simple n'était pas chez les Orientaux un signe de dignité , mais seulement de liberté ; c'est pourquoi Joseph qui avait été esclave , et Daniel qui d'esclave était devenu libre, montèrent au pouvoir, à Babylone et en Egypte, en conservant leurs vêtemens d'hommes libres. Si donc cela était bien nécessaire, nous pourrions donner à nos garçons le prétexte , et aux filles la stole ; ce serait un signe de liberté, et non.de puissance, de famille et non de dignité, de rang et non de superstition. Mais cette pourpre et ces insignes primitifs de puissance et de dignité ont été dédiés à la puissance et â la dignité des idoles; ils ont été par là profanés et souillés, d'autant plus qu'on en rev^t les idoles mêmes auxquelles Ton met des prétextes, des trabées, des laticlaves, et devant lesquelles on porte les faisceaux et les verges ; en ceci Ton a raison , car les démons sont les puissances du siècle ; ils doivent donc avoir la pourpre et les faisceaux des magistrats. Mais à quoi te servira de porter ce vêtement si tu ne veux pas exercer le pouvoir qu'il confère? On ne saurait paraître propre dans un habit sale; si tu prends une tunique déjà souillée, peut-être ne la saliras-tu pas , mais elle te salira. Vous donc qui voulez vous appuyer sur les exemples de Joseph et de Daniel, sachez qu'on ne doit point ainsi confondre les temps anciens et barbares avec notre époque moderne et civilisée , l'enfance des sociétés avec leur développement , et surtout ce qui convient à des esclaves et ce qui appartient à des hommes libres. Joseph et Daniel étaient esclaves, mais vous, vous n'êtes les serviteurs que du Christ, qui

DE L'IDOLATRIE

¥01» a délivrés de resclavage du siècle : vous devez donc agir d'après son exemple et sa loi. Votre maître a passé sa vie dans la pauvreté et dans rhumilité, n'ayant pas même de demeure. tLe Fils de Thomme, a-t-il dit, n'a pas où reposer sa tète. » Il avait des habits grossiers , autrement il n'aurait pas dit : «Ce sont ceux qui habitent dans les demeures des rois qui sont vètns avec luxe. » Enfin, il avait un visage commun, ainsi que l'avait prédit Isaîe. S'il n'a jamais exercé aucun pouvoir même sur ses disciples auxquels il a rendu les services les plus humbles , s'il a refusé la royauté, lui qui connaissait ses droits , c*était pour indiquer à ses disciples comment il faut en agir avec la grandeur, le faste et la puissance. En effet , à qui ces dignités eussent-elles mieux convenu qu'au Fils de DieuP Que de foisceaux auraient marché devant lui ! quelle pourpre aurait flotté sur ses épaules ! quels diadèmes auraient brillé sur son front s'il n'eût pas jugé que ces choses lui étaient étrangères, à lui et aux siens ! Donc , ce dont il n'a pas voulu , il l'a r^eté ; ce qu'il a rejeté, il l'a condamné; ce qu'il a condamné , il Ta renvoyé à Satan et à ses pompes. Il n'aurait pas condamné ces frivolités, si elles ne lui eussent été étrangères ; or ce qui ne vient pas de Dieu , ne peut venir que du démon. Si tu as renoncé aux pompes du démon , sache que si tu y reviens, tu es un idolâtre. Écoute bien ceci : les puissances et les dignités de la terre non-seulement sont étrangères à Dieu, mais elles lui sont contraires et hostiles , puisque c'est par elles que les serviteurs de Dieu ont été martyrisés et qu'ils ont souffert des supplices qui avaient été préparés pour les impies; mais ta noblesse et tes richesses te gênent dans ta lutte contre l'idolâtrie. 11 ne manque pourtant pas de moyens pour la fuir. S'il n'y en avait pas d'autres, il resterait du moins celui qui ferait de toi le plus heureux des princes-, non sur la tore , mais dans le ciel.

XIX. On pourrait dans ce chapitre traiter de la milice qui tient le milieu entre la dignité et la puissance. 11 s'agit de savoir si un chrétien peut entrer dans Tarmée, et si Ton peut admettre dans l'Église un militaire, même en caliges, c'est-à-dire, un simple soldat qui ne se trouve jamais dans la nécessité de juger et de condamner à la pehie de mort. H n'y a aucun rappro-

chement possible entre le pacte divin etle pacte humain, entre la bannière du Christ et l'étendard du diable , entre le camp de la lumière et le camp des ténèbres. La même vie ne peut pas être due à Dieu et à César. Moïse portait une verge, Aaron s'est ceint d'une cuirasse; Jean portait répée; Josué a conduit des armées; le peuple de Dieu s'est battu même , s'il vous platt de disputer. Mais comment le soldat combattra-t-il , comment même fèra-t-ii son devoir pendant la paix, s'il na pas d'épée? et le Seigneur a défendu cette arme ; car , bien que des soldats fussent venus auprès de Jean et en eussent reçu la formule de notre loi , bien que le centurion lui-même eût la foi , il n'en est pas moins vrai que le Seigneur, en désarmant Pierre , a désarmé tous les soldats. Nous ne pouvons admettre comme licite Tétat de soldat, puisque le Seigneur n'a pas permis qu'on se servit une seule fois de l'épée.

XX. Comme notre persévérance dans la loi du Christ peut être mise en danger non-seulement par nos actions, mais encore par nos paroles (car s'il est écrit : «Voilà l'homme et ses œuvres,» il a aussi été dit : «Tu seras justifié d'après tes paroles»), nous devons être sur nos gardes contre l'invasion de l'idolâtrie dans nos discours , soit à cause de nos mauvaises habitudes, ou de notre timidité. Notre loi nous défend de nommer les dieux des gentils. Ce n'est pas à dire que nous ne devions jamais prononcer leurs noms , qui se présentent à tout moment dans la conversation ; car on est souvent forcé de dire : «Vous le trouverez au temple d'Esculape. — Je demeure au carrefour d'Isis. — Un tel vient d'être nommé prêtre de Jupiter, etc.» Puisque ces mots sont dans la bouche de tout le monde, je n^honore pas Saturne en l'appelant Saturne, pas plus que je n'honore Marcus en l'appelant Marcus. Mais il est dit : «Ne prononcez pas les noms des autres dieux, et que leurs noms ne sortent pas de votre bouche. Cela signifie que nous ne devons pas les appeler des dieux, car il est dit plus haut : « Ne prends pas le nom de Dieu en vain. » Or en vain , in vano, signifie dans le vicie , c'est-à-dire en idole. Il tombe dans l'idolâtrie, celui qui appelle une idole un dieu. Si je suis obligé de les appeler des dieux, il fout que j'ayoute aussitôt quelque chose pour rétracter cette expression;

rÉeriture même les appelle dieux, mais elle dit : fleurs dieux,» ou bien, des dieux €les gentils.i^ David, après avoir nommé les dieux, se hâte d'jyouter : «Mais les dieux des gentils sont des démons. » On a aussi la mauvaise habi* tude de dire me hercle et me fidius dius, parce que bien des personnes ignorent que ce sont des juremens par Hercule. Or, jurer par ceux que tu as abjurés, n'est-ce pas là une prévarication, un oubli de la foi pour l^idolâtrie? jurer par les dieux, n'est-ce pas les reconnaître et les honorer?

XJQ. Tu pèches par timidité, lorsqu^un autre prononce devant toi une formule de serment qui doit te lier, et que tu gardes le silence pour ne pas être reconnu pour chrétien. En te taisant , tu reconnais la dignité de ceux au nom desquels on te regardera comme lié et engagé. Qu'importe que tu reconnaisses les dieux par ta bouche ou par tes oreilles; que tu jures par une idole,ou que tu te laisses administrer ce serment ? Que ne reconnaissons-nous là les ruses de Satan qui , ne' pouvant nous faire prononcer son nom , fait en sorte que les siens le prononcent devant nous , et nous fait entrer ridolàtrie par les oreilles? Quiconque veut te lier ainsi , le fait dans une bonne ou dans une mauvaise intention. Si son intention est mauvaise, ce doit être pour toi un appel au combat : tu sais que tu dois lutter contre Tennemi; si elle est bonne, c'est une excellente occasion de faire réponse au nom du Seigneur, pour dissoudre ce lien par lequel Tesprit malin voulait te lier au culte de l'idole, c'est-à-dire à l'idolâtrie. Toute semblable tolérance est un péché; tu honores ceux au nom desquels on te fait obéir. Je connais un homme (puisse Dieu lui pardonner !} qui se disputait dans la rue. Son adversaire lui cria : «Que Jupiter te maudisse!» et il lui répondit : «Qu'il te maudisse toi-même ! » Qu'aurait fait de plus un païen qui aurait cru à Jupiter ? Quand même on ne rendrait pas les malédictions que Ton reçoit au nom de Jupiter, c'est déjà le reconnaître que de s'en fâcher; car pourquoi t'irriter au nom de celui qui n'est rien? Si tu te mets en colère, tu affirmes qu'il est quelque chose, tu le crains, tu es idolâtre. A plus forte raison si tu maudis toi-même en son nom; tu rends à Jupiter le même honneur que celui qui t'a maudit le premier. Un fidèle, dans

ce cas , doit rire et ne pas s'irriter; que dis-jeP il nous est ordonné non pas de maudire par Dieu , mais de bénir en son nom, afin d'anéantir l'idole, de glorifier Dieu et d'obéir à sa loi.

XXII. Le chrétien ne se laissera pas tranquillement bénir au nom des dieux ; il faut qu'il rejette cette bénédiction impie, et qu'il la purifie en pensant à son Dieu. Être béni par les dieux des gentils, c'est être maudit du vrai Dieu. Quand je donne l'aumône, ou que je rends un service , si pour m'en remercier l'on prie les dieux ou le génie tutélaire du pays de m'être propice, mon aumône ou la bonne action que j'aurai faite sera en l'honneur de l'idole , dont la bénédiction sera ma récompense. Car pourquoi ne pas dire que j'ai fait cela pour l'amour de Dieu , afin que celui que j'ai obligé puisse le glorifier aussi , et que les démons n'aient pas l'iionneur de ce que j'ai fait pour Dieu? Dieu voit sans doute que c'est pour Ijii que j*agis, mais il voit aussi que je n'ai pas voulu Tavouer et que j'ai changé son précepte en un culte d'idolâtre. On dit souvent : « Un homme ne doit pas se glorifier ; » non, sans doute , mais il ne doit pas se renier non plus. Or c'est se renier soi-même que de dissimuler et ne rien dire quand on est pris pour un païen ; car toute négation de la vérité est une idolâtrie , comme toute idolâtrie est une négation, soit en action, soit en parole.

XXIII. 11 y a encore un subterfuge de cette nature qui est un péché en action et en parole, quoique Ton se flatte qu'il est innocent, parce que l'action n'est pas apparente et la parole n'est pas entendue. Voici ce que c'est : il y en a qui empruntent de l'argent à des païens sur hypothèque; quand on leur lit la formule, ils ne disent rien, et par là même renient leur dieu; puis ils s'informent à quelle époque cette affaire sera jugée , devant quel tribunal , quel sera le président. Le Christ a dit : «Ne jure point du tout. dTu me réponds: «J'ai écrit quelque cbosey il est vrai , mais je n'ai rien dit. j> C'est la langue qui tue et non l'écriture. J'en appelle à la nature et au bon sens ; est-il possible que la main puisse écrire sans que l'âme dicte les paroles, quand même la langue ne les dirait pas en même temps ; et cela, soit que Tâme dicte ses pensées, soit qu'elle répète ce qu'un autre lui dicte; car il ne faut pas dire : «J'écris sous la àur tée d'un autre. » Ici j'en appelle à la conscieDoe

DE L'IDOLATRIE

oc fiut-il pas que rame reçoive et admette volontairement Ie«. paroles d'un autre pour pouvoir les dicter à la mam qui écrit, et cela soit que la langue raccompa^yne , soit qu'elle reste silencieuse P Et n*esi-ce pas Tintention , la conscience , selon les paroles du Christ, qui fait le péché? «Si la concupiscence ou la malice, dit-il, entre dans le cœur de Thomme , le péché est commis. » Or tu étais sur tes gardes quand on te dictait , et tu ne peux prétendre que tu ignorais ou que ta désapprouvais ces paroles. Puisque tu étais sur tes gardes, tu as su ce dont il s'agissait; si tu Tas su, tu Tas voulu. Te voilà donc coupable en pensée et en action. Il est absurde de rejeter la faute sur ta main , et de prétendre que la chose s'est foite sans toi. «Mais, dis-tu encore , je n'ai pas renié Dieu , puisque je n'ai pas juré. » Quand même tu n^aurais rien dit, tout consentement suffît. Tu ne dis rien quand tu devrais protester. Un mot passé ne peut compter dans un écrit , une voyelle muette ne compte pour rien dans la prononciation. Zacharie, privé pour un temps de sa voix, se passait de cette faculté suspendue en lui , et exprimait avec ses mains les pensées de son âme. Il prononce sans parole le nom qu'il veut donner à son fils; il parle en caractère d'écriture ; sa main se fait entendre sar la tablette de cire plus clairement que par aucun son. On pourrait dire que l'écriture est plus sonore que la voix ; doutez-vous qu'il ait parlé, celui qui a appris à s'exprimer ainsi P Que Dieu éloigne de nous la nécessité de faire de telles transactions; si nous sommes dans rembarras, qu'il accorde à nos flrères la ficulté de nous aider, ou bien qu'il nous donne le eoarage de vaincre nos désirs ou nos besoins, afin qu'au dernier jour ces caractères impies qui ont

suppléé à notre voix pour renier Dieu, ne nous soient point présentés devant le tribunal céleste, non plus par un avocat , mais par l'ange accusateur.

XXIV. Au railieu de ces écueils et de ces rochers sans nombre , le vaisseau de la foi déploie ses voiles au souffle de l'Esprit-Saint. 0 vogue en sûreté, s'il a pour pilotes la prudence et le zèle; mais si vous tombez par -dessus bord , le tourbillon inévitable de Fidolàtrie est prêt à vous dévorer et à vous engloutir; chacun de ses flots est mortel , chacun de ses gouffres conduit aux enfers. Qu'on ne me dise pas : «Qui pourra donc s'en garder P» Que l'on renonce au monde s'il le faut. U vaut mieux sortir du monde et rester chrétien que de vivre dans le monde pour y tomber dans l'idolâtrie. Rien n'est si facile que d'éviter l'idolâtrie pourvu qu'on la craigne ; il n'y a pas de pauvreté qui soit si â craindre que l'abandon de Dieu. C'est pour cela que sur la demande des apôtres , l'Esprit-Saint a beaucoup relâché la rigueur de l'ancienne loi, afin que tous nos soins fussent employés à éviter l'idolâtrie. (Test là notre loi maintenant ; plus elle est simple, plus nous devons la suivre rigoureusement. G*est elle qui distingue les chrétiens d'avec les gentils; c'est elle qu'il faut offrir â ceux qui veulent entrer dans l'Église , qu'il feut apprendre soigneusement â ceux qui y sont admis, afin qu'ils délibèrent avant d'entrer et qu'ils persévèrent ensuite , ou bien qu'ils y renoncent franchement. Noé reçut dans son arche le corbeau et le vautour; il y reçut le loup , le chien et le serpent, mais il n'y laissa pas entrer l'idolâtrie. Lidolâtrie n'a pas de type dans la nature; ce qui ne fut pas admis dans l'ardie, ne doi« pas être admis dans l'Église.

TERTULLIEN

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DE L'ORAISON DOMINICALE

Esprit divin, parole divine, raison divine, toutes ces expressions signifient la parole de la raison, et la raison de la parole et deFesprit. Aussi Notre-Seîgneur JésuS'Ghrist, en donnant à ses nouveaux disciples son Nouveau Testament, leur a-t-il dicté une nouvelle formule de prière , car à la prière aussi devait s'appliquer ce qui a été écrit : «Le vin nouveau sera mis dans des outres neuves , et le manteau neuf sera raccommodé avec un morceau de drap neuf.»

Tout ce qui était autrefois a été changé, comme la circoncision, ou complété, comme le reste de la loi, ou accompli , comme les prophéties, ou perfectionné , comme la loi elle-même. La nouvelle grâce de Dieu a changé au spirituel tout ce qui était charnel, en passant son Évangile comme une éponge sur toute Tantiquité. En cela, Notre-Seigneur a prouvé qu'il était Tesprit de Dieu , la parole de Dieu et la raison de Dieu : Tesprit qui prévaut, la parole qui enseigne, et la raison qui vivifie. Aussi Toraison dominicale est-elle fondée sur ces trois principes : la parole, puisque c'est une oraison verbale; Tesprit, qui seul feit son mérite et sa puissance ; et la raison , parce qu'elle nous instruit. Jean aussi avait appris à ses disciples à prier, mais il ne faisait que préparer les voies du Seigneur, jusqu'à ce que le Christ lui-même fût agrandi, comme Tavait prédit Jean , en disant qu'il serait luimême diminué , et jusqu'à ce que Tœuvre de son prédécesseur entrât en lui avec le Saint-Esprit. C'est pour cela que les prières que Jean apprenait à ses disciples ne sont point parvenues jusqu'à nous , parce que tout ce qui était de la terre devait céder devant celui qui venait du ciel. € Celui qui est de la terre, est-il dit, parle des choses de la terre, mais celui qui vient du ciel , raconte ce qu'il y a vu. » Et tout ce qui est du Christ n'est-il pas céleste P aussi cette prière dominicale est-elle divine. Considérons donc^

mes bien-aimés , la sagesse divine de celui qui nous Fa envoyée; d'abord il nous ordonne de prier en secret , parce qu'il veut que l'homme sache bien que Dieu peut l'entendre et le voir partout, même dans les lieux les plus cachés. Il veut aussi que le fidèle ne fasse point parade de sa religion , mais qu'il se contente de faire entendre sa prière à celui qui peut l'entendre partout. Étudions encore sa sagesse dans le précepte qu'il nous donne ensuite. Il convient à la foi et à la modestie de ne pas adresser à Dieu une foule de paroles, puisque nous devons savoir qu'il ne manquera pas de protéger les siens; mais sa prière si brève devient bien grande et bien belle quand on en étudie profondément l'esprit. Plus elle est courte en paroles, plus elle est étendue par le sens; elle ne s'astreint pas seulement au devoir de la prière , qui est d'honorer Dieu et de l'implorer, mais elle contient presque toute la morale du Seigneur et la discipline de son église ; elle est l'abrégé de tout l'Évangile.

II. Elle commence par nous faire rendre témoignage de Dieu et de la puissance de la foi que nous avons en lui , quand nous disons : Notre Père qui êtes cuàx deux. Par ces mots, nous prions Dieu , et nous attestons que nous croyons en lui en l'appelant aPëre;i> car il est écrit : a 11 a donné à ceux qui ont cru en lui le droit de s'appeler ses enfans.» Notre-Seigneur , dans les instructions qu'il nous a adressées, appelle souvent Dieu, «le Père.» Il nous a même ordonné de n'appeler notre père que celui qui est dans les cieux. Ainsi en commençant l'oraison dominicale, nous obéissons déjà à l'un de ses préceptes. II a été reproché à Israèl, qu'il remplissait le ciel et la terre de sa douleur « en disant : «J'ai engendré des fils, et il ne m'ont point reconnu. » Or , en reconnaissant un père , nous reconnaissons un Dieu. Ce titre exprime à la fois son amour et sa puissance. Dans le Père,

nous invoquons aussi le Fils, car il a dit : «Mon Père et moi , nous ne sommes qu^un.» Nous invoquons TÉglise notre mère , car nommer le Père et le Fils, c'est reconnaître la mère, qui seule peut avoir établi le rapport qui existe entre ces deux noms. Ainsi , dans un seul mot nous honorons Dieu et les siens, nous obéissons au précepte et nous condamnons ceux qui ont oublié leur père.

ni. Le nom de Dieu le Père était autrefois inconnu au monde. Quand Moïse lui-même demanda à Dieu qui il était , Dieu lui répondit par un autre nom. Le Père nous a été révélé dans le Fils, qui par sa venue a donné à Dieu un nouveau nom, ainsi qu'il le dit lui-même explicitement: a J'ai manifesté ton nom aux hommes.» Nousdemandons^a^ ce nom soit sanctifié. Ce n'est pas qu'il convienne à des hommes de foire des souhaits en foveur de Dieu , auquel on ne peut rien souhaiter , ni qu'il ait besoin de notre bienveillance. Nous devons bénir Dieu en tout temps et en tout lieu, à cause des bienfaits dont il a comblé tous les hommes ; mais la bénédiction suffit à la reconnaissance : ce sont des remerdmens , et non des souhaits que nous lui devons. Le nom de Dieu nVt-il pas toujours été saint et sanctifié par lui-même , lui qui sanctifie les autres; lui devant le trône duquel s'agenouille l'armée des anges en chantant : « Saint , saint, saint.» Et nous aussi, qui devons par nos bonnes œuvres devenir semblables à des anges, nous balbutions déjà le cantique éternel et nous apprenons à chanter ce qu'un jour nous chanterons dans le ciel. Voilà pour ce qui regarde la gloire de Dieu. Quant à la prière que nous faisons pour nous , elle consiste en ce que nous demandons que Dieu soit sanctifié en nous, qui sommes en lui , et en ceux sur lesquels la grAce de Dieu n'est pas encore descendue. En cela nous obéissons au précepte qui nous ordonne de prier pour tous, même pour nos ennemis. Voilà pourquoi en ne priant pas que Dieu soit sanctifié «en nous», nous prions réellement qu'il soit sanctifié dans tous les hommes.

IV. Après cette formule, nous ajoutons : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel Nous ne devons pas comprendre qu'aucun obstacle puisse arrêter l'effet de la volonté divine ) mais nous prioné encore qu'elle

DE L'ORAISON DOMINICALE. 285

soit faite en nous et en tous les hommes; car en interprétant bien cette figure , nous trouverons qu'en parlant de notre chair et de notre esprit, nous sommes nous-mêmes le ciel et la terre. Mais quand on prendrait cette expression au pied de la lettre, le sens en serait encore le même , à savoir que sa volonté se fasse en nous sur la terre, afin qu'elle puisse se faire en nous dans le ciel; car , quelle est la volonté de Dieu , si ce n'est de nous voir marcher suivant la loi? Nous lui demandons donc de faire entrer en nous l'essence et la puissance de sa volonté, pour que nous soyons sauvés sur la terre et dans le ciel , parce que sa plus grande volonté est le salut des enfans qu'il a adoptés. Cest cette .volonté de Dieu que le Seigneur a t&ché de réaliser par ses prédications, par ses couvres et par ses souffrances. 11 l'a dit lui-même :wiGe n'est pas ma volonté, c'est celle de mon Père que je fais. » Sans doute , toutes les actions étaient selon la volonté de son Père, et il nous a invités à suivre son exemple et à prêcher, à travailler et à souffrir comme lui jusqu'à la mort. Pour pouvoir faire tout cela , nous avons besoin de la grâce et de la volonté de Dieu; donc en disant : «Que votre, volonté se fesse, » c'est une faveur que nous demandons pour nous-mêmes, puisque la volonté de Dieu ne saurait nous être nuisible, même s'il est quel quefois sévère, suivant nos péchés. Donc par cette parole aussi nous nous disposons à souf frir s'il le faut Notre-Seigneur, pour nous mon« trer dans sa passion que la faiblesse de notre chair était dans sa chair, dit : «G mon Père ! éloignez de moi ce calice ; » puis se reprenant , il ajoute : « Mais que votre volonté soit faite , et non la mienne.» U était lui-même identifié avec la volonté et la puissance de son Père) mais c'était pour nous apprendre à payer notre dette de souffrance, qu'il s'en rapportait ainsi à la volonté de son Père.

V. Que votre règne arrive. Cette prière a un sens analogue à la précédente; elle signifie: que votre règne arrive en nous : car Dieu n'estil pas toujours roi , lui qui tient dans sa main le cœur des rois? Mais tout ce que nous désirons pour nous- mêmes , nous le rapportons à lui , nous le sanctifions en lui , parce que c'est de lui que nous l'attendons. Or si la venue du règne de Dieu s'aeoorde avec sa volonté et exigi

TERTULLIEN

la fin de ce inonde, pourquoi le prions-nous quelquefois de prolonger nos jours sur la terre? Ce r^e que nous demandons , c^est la fin des temps, c'est la consommation des siècles; nous demandons d'entrer bientôt dans le règne et de n'être pas retenus longtemps dans l'esclavage. Quand cette prière n'aurait pas exactement ce sens, nous devrions le lui donner, par notre désir d^arriver au but de toutes nos espérances. Dans l'Apocalypse, les âmes des martyrs qui sont sous l'autel crient au Seigneur : a Jusques à quand notre sang criera- 1 -il vengeance contre les eni^ns de la terre Pd C'est qu'ils doivent être vengés au jour du jugement. 0 Seigneur! hâte l'arrivée de ton règne ! c'est le vœu des chrétiens , la confusion des gentils , le triomphe des anges; c'est pour ton règne que nous souffrons, c'est pour ton règne que nous prions !

yi. Avec quel art la sagesse divine a ordonné les différentes parties de cette oraison ! Après les choses du ciel, c'est-à-dire la volonté et le règne de Dieu, viennent les choses de la terre, auxquelles elle a bien voulu donner une place; car le Seigneur a dit : oc Demandez d'abord le règne de Dieu, et le reste vous sera donné en sus. » Cependant nous sommes portés à donner un sens spirituel à ces paroles , donneznous aujourd'hui notre pain quotidien.

Car le pain, c'est la vie; et la vie, c'est le Christ, cje suis, a-t-il dit, le pain de la vie.» Et un peu plus haut : «Le pain est la parole du Dieu vivant, qui descend des cieux.» D'ailleurs te pain représente le corps même du Christ , puisqu'il a dit : «Ceci est mon corps.» Donc en demandant notre pain de chaque jour, nous demandons à être perpétuellement identifiés avec le corps du Christ , et à ne nous en séparer jamais. Mais on admet aussi l'interprétation littérale, qui est d'ailleurs parfaitement d'accord avec la discipline. Nous demandons donc du pain , qui est tout ce qu'il faut pour vivre ; a Ce sont les gentils qui demandent davantage. » Le Seigneur a dit en parabole : « Un père 6te-t-il le pain à ses enfans pour le donner aux chiens? Et encore : «Si un fils demande du pain à son père, celui-ci lui donne-t-il une pierre?» Il montre par là ce ' que les enfans ont droit d'attendre de leurs j pères. En disant : DoRneat^nous « aujourd'hui ,i

nous obéissons encore à son précepte : «Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez demain. » Le Seigneur a expliqué cela par la parabole de cet homme, qui dans le temps de la moisson amassa assez de blé dans ses greniers pour vivre tranquillement pendant bien longtemps , et qui mourut le soir même.

VII. Après avoir invoqué la libéralité de Dieu, il est naturel que nous nous adressions à son indulgence et à sa clémence. Car à quoi nous serviront les alimçns, si nous nous en engrais^ sùns comme une victime destinée au sacrifice? Dieu savait bien que lui ^eul est sans pé^hé , c'est pourquoi il nous a enjoint de dire : Remettez-nous nos dettes, c'est à dire pardonnez-nous nos offenses. Qr demander pardon, c'est avouer ses fautes , et s'en repentir. Cela nous apprend que la pénitence est agréable à Dieu, qui la préfère à la mort du pécheur. Dans le langage figuré de l'Écriture , une dette signifie un péché, parce qu'en péchant on encourt une peine , une dette de souffrance , qu'il faut payer , et qui sera sévèrement exigée, si elle ne nous est remise , comme cette dette que le maître remet à son serviteur dans la parabole ce qui n'a d'autre but que de nous enseigner cette morale. Car ce serviteur , ayant éprouvé la clémence de son mattre , fut rigoureux envers ses propres créanciers; c'est pourquoi son Seigneur le fit paraître devant lui , et le livra au geôlier pour qu'il payât jusqu'à la dernière obole ; c'est-à-dire pour qu'il fût puni de ses moindres péchés. Voilà pourquoi nous déclarons que nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, en ajoutant : comme nous remettons nous-mêmes les dettes à nos propres débiteurs. Dans un autre endroit, le Seigneur avait déjà dit : c Remettez et il vous sera remis;» c'est-à-dire pardonnez et il vous sera pardonné. Lorsque Pierre lui demanda s'il fallait pardonner à son frère jusqu'à sept fois, il lui répondit : « Certes , et jusqu'à septante fois sept fois.» Ainsi la loi se perfectionnait ; car il est dit dans la Genèse qu'une septuple vengeance fut tirée de Caïn, et que Lamech fut puni septante-sept fois.

Vin. Pour compléter cette prière si courte , après avoir demandé que nos fautes nous fussent pardonnées , nous prions Dieu de ne pas permettre que nous en commettions de nou-

DE L'ORAISON DOMINICALE-

Telles. Ne nous induisez pas en tentation ; c*e8t-â-dire ne permettez pas que nous y soyons induits par le tentateur; car il ne fout pas croire que Dieu veuille nous tenter, ni pour essayer notre foi qu'il connaît bien, ni surtout pour nous feire succomber. L'ignorance et la méchanceté n'appartiennent qu'au démon. Ce n'était pas poar tenter, mais pour manifester la foi d'Abraham , qu'il lui ordonna de sacrifier son fils, afin de prouver par l'exemple de ce patriarche ce qu'il devait enseigner plus tard, à savoir , qu'il feut préfêrer Dieu à ses plus chers parens. Le Seigneur s'est lui-métne laissé tenter par Satan , pour nous montrer quel est le véritable auteur de la tentation. 11 Ta encore montré plus tard quand il a dit : a Priez, afin que vous ne soyez point tentés. » Car ils étaient exposés à la tentation ceux qui abandonnaient le Seigneur, et qui préféraient le sommeil à la prière. Aussi la réplique est-elle : Mais déUyrez-nous du mal, ce qui est une espèce d'explication de la prière précédente.

IX. A combien de préceptes n'obéissons-nous pas en récitant cette courte prière ! combien elle renferme de discours, de paraboles et d'exhortations tirées de l'Évangile du Seigneur, sans compter les recommandations des prophètes, des évangélistes et des apôtres! Nous faisons acte d'adoration en appelant Dieu notre Père ; acte de foi , en glorifiant son nom ; acte de soumission, en désirant l'accomplissement de sa volonté; acte d'espérance, en appelant son règne; acte de contrition , en demandant le pardon de nos fautes; acte d'humilité, en demandant sa protection contre le tentateur. Qu'y a-t-il d'étonnant? Dieu seul pouvait nous apprendre comment il veut être prié. Ce fiit donc lui-même qui institua cette prière, qui , animée et vivifiée de son souffle et de son esprit en sortant de sa bouche divine, monte au ciel en vertu de sa propre nature toute céleste , et obtient facilement du Père ce que le Fils nous a appris à demander. Après nous avoir dicté cette prière universelle, le Seigneur, qui prévoyait tous les besoins de l'humanité, ajouta '.«Demandez et vous recevrez. D Chacun peut donc adresser au ciel différentes prières suivant ses besoins, en commençant toujours par l'oraison dominicale, qui est la prière fondamentale. Les circonstanœs sont souvent U nitoure de nos désirs; on

peut donc y ajouter les prières que l'on veut, pourvu que l'on n'oublie pas celle qu'il a com« mandée, de peur que Dieu n'écoute pas nos prières si nous ne sonmies pas attentifs à ses commandemens.

X. L'observation des commandemens ouvre le ciel à la prière , qui est le premier de tous les commandemens. Avant de nous approcher de l'autel de Dieu , il faut nous réconcilier avec nos frères; car si notre cœur est plein de haine, pouvons-nous nous approcher du Dieu de paix? pouvons-nous demander qu'il nous pardonne si nous ne pardonnons pas aux autr^P Celui qui est irrité contre son frère pourra-t-il apaiser son Père qui, dès le commencement, nous a défendu toute haine, toute colère? Joseph en envoyant ses frères chercher son père, leur recommanda de ne point se quereller en chemin. Cet avis nous est adressé à tous; car, dans notre doctrine, la voie ou le chemin, c'est la voie du salut, c'est par conséquent la prière; nous ne devons donc pas prier avec la colère dans le cœur. Notre-Seigneur, en accomplissant la loi, c'est-à-dire en lui donnant toute son étendue, appelle homicide celui qui sMrrite contre son frère, ou qui lui adresse une parole injurieuse. L'apôtre aussi nous recommande, quand nous avons eu le malheur de nous irriter contre notre prochain, de nous réconcilier avec lui avant le coucher du soleil. N'est-ce pas une grande témérité que de passer toute la journée sans prier, ou d'oser prier avec un cœur plein de haine P Ce n'est pas seulement de colère, mais de toute mauvaise intention que nous devons nous purifier avant de prier, parce qu'il fsiut que l'oraison sorte d'un esprit aussi pur que l'esprit auquel elle est adressée. Un esprit souillé ne peut être écouté d'un esprit saint, pas plus qu'un homme triste ne peut l'être d'un homme gai. Nul ne peut admettre et recevoir ce qui lui est contraire.

XI. D'ailleurs comment peut-on croire que pour prier il faille se laver les mains, et qu'on ne soit pas obligé de se purifier la conscience, puisqu'il faut que les mains soient pures, spirituellement parlant, c'est-à-dire pures de sang, de meurtre, de cruautés, d'idolâtrie et de toutes les souillures qui, conçues par l'esprit, s'opèrent par le moyen des mains P Voilà la véritable netteté spirituelle nécessaire à la (jirière/^ non

TERTULLIEN

celle que pratiquent certains esprits superstitieux quf se croient obligés de prendre un bain avant de prier. En remontant à Torigine de celte coutume, j'ai trouvé qu'elle venait de Pilate, qui se lava les mains en livrant le Christ aux Juifs. Mais nous adorons Dieu, et nous ne le livrons pas; nous devons même nous abstenir d'imiter Teiemple de celui qui Ta ainsi livré, et ne pas nous laver les mains, à moins que ce ne soit que comme un signe extérieur de notre pureté intérieure. Nos mains seront toujours assez pures puisqu'elles ont été , avec tout notre corps et noire âme, lavées dans le sang du Christ. Israël chaque jour se lave tout le corps, et cependant il n'est jamais pur; ses mains ne se purifieront jamais du sang des prophètes et de celui du Christ. Aussi la conMience du crime de ses pères ne lui permet-elle pas d'élever ses maios vers le ciel, de crainte qu'un nouvel Isaie ne leur crie : « abomination ! » ou que le Christ lui-même n'en témoigne son horreur. Mais nous, non-seulement nous élevons nos mains, mais nous les tendons vers le ciel , comme le Christ les étendait sur la croix , et par cette posture suppliante, nous confessons le Christ.

XII. Puisque nous avons parlé de cette vaine pratique, nous allons dire aussi un mot sur plusieurs autres qui sont vaines et superstitieuses , puisqu'elles ne sont fondées sur aucun précepte de Dieu ni des apôtres. La plupart même sentent plus Tidolàtrie que la religion, sont plus spécieuses que raisonnables, et devraient être évitées, précisément parce qu'elles sont en usage chez les gentils. Il y en a qui ôtent leurs manteaux pour prier: c'est ainsi que font les païens devant leurs idoles. Si cela était obligatoire, les apôtres l'auraient dit dans les instructions qu'ils nous ont laissées sur la prière. Or est-il dit que Paul ait ôté son manteau quand il fit la prière à Carpos? Ou bien pensez-vous que Dieu ne pourra entendre ceux qui sont couverts de leur capuce, lui qui a enteudu dans le fond de la fournaise ardente ses trois saints qui, suivant la coutume de Babylone, étaient couverts de tiares et de robes médiquesP II y en a qui Croient devoir s'asseoir pour dire leur prière ; je ne vois pour cela aucune raison, à moins que IVmne s'appuie sur l'exemple d'Hermas, qui, dans l'Écriture, représente probablement le In» pasteur. Or Hermas dit : «Après que j'eus

prié et que je me fos assis sur mon Ut.» Mais c'est là une simple narration , et non pas un ordre qui nous soit donné: autrement , nous ne devrions donc jamais prier que dans les lieux où il se trouve un lit? D'ailleurs les gentils ont coutume de s'asseoir après avoir adoré leurs idoles , c'est une raison suffisante pour que nous ne le fassions pas après avoir prié Dieu : cela est même peu respectueux, CQmme en conviendraient les gentifs eux-mêmes s'ils voulaient réfléchir. On ne s'assied pas en présence d'un homme à qui l'on veut témoigner beaucoup de respect, à pljis forte raison en présence du Dieu vivant devant qui les anges se tiennent debout en se voilant de leurs ailes. On dirait vraiment que vous reprochez à Dieu la fatigue que vous causent les prières que vous lui adressez.

XUI. Comme la modestie et l'humilité sont les meilleures recommandations auprès de Dieu, il ne faut pas élever les mains trop haut quand nous le prions. Il ne faut pas non plus lever la figure avec trop d'assurance. Rappelons-nous que le publicain , dont non-seulement la prière mais encore la posture et le visage étalent humbles, se retira plus justifié devant Dieu que l'orgueilleux pharisien. Il convient aussi de parler d'une voix modérée , car si vous parlez haut pour vous faire entendre du ciel, quels poumons ne vous faudra-t-il pas? Dieu entend , non la voix, mais le cœur. Le démon de l'orade pythien disait luimême: a Je comprends les muets et j'entends ceux qui ne peuvent parler. » Croyez-vous que les oreilles de Dieu aient besoin de tant de bruit? Comment donc alors aurait-il entendu Jouas dans le ventre de la baleine, lui dont la voix devait pénétrer à travers les entrailles d'une énorme bête, et , du fond de Fabime , traverser la masse des eaux pour arriver jusqu'au ciel? Qu'obtiendront de plus ceux qui ne prient si haut que pour être entendus de leurs voisins? ne feraient-ils pas aussi bien de prier ea public?

XIV. Une autre coutume a encore prévalu ; c'est que les personnes qui jeûnent s'abstiennent, après la prière faite en commun , de donner à leur frère le baiser de paix qui termine ordinairement nos dévotions. Or, quel meilleur moment que celui de la prière pour montrer notre charité envers nos frères, que celui oà ils viennent de prier avec nous et même de prier

DE UORAISON DOMINICALE.

fMNir nous? La priire n^est pas complète si elle n'est aeoompagDée du baiser de paix. La paix avec nos frères ne peut nuire à nos devoirs entera Dieu. Quel serait donc cet acte de dévotion dont on ne reviendrait pas en paix avec tout le monde? Quelque raison que vous donniez de cet usage, elle ne doit point prévaloir sur le précepte qui nous ordonne de ne pas faire parade de nos jeûnes. Or, en nous abstenant d'embrasser nos frères, nous déclarons que nous avons jeûné. Si cependant vous avez quelque bonne raison pour suivre cette coutume, abstenez-vous d'embrasser ceux qui demeurent sous votre toit, lorsque vous priez chez vous, où il serait difficile de cacher vos jeûnes; mais après les prières publiques et toutes les fois que vous pouvez dissimuler vos jeûnes, rappelez-vous le précepte. De cette manière, vous obéirez à la discipline au dehors, et vous suivrez votre coutume dans votre intérieur. Le jour de la pique, étant un jeûne public, vous pourrez vous dispenser de donner le baiser de paix, puisqu'il ne peut alors être question de se cacher de ce que tout le monde fait. 11 y en a qui pensent que, pendant les oraisons des jours de stations, on ne doit point célébrer le saint sacrifice, parce que, disent-ils, la communion interrompt la station et doit la faire cesser. N'est-ce pas une erreur que de croire que l'eucharistie puisse faire cesser un devoir au lieu de le rendre plus obligatoire? Quand on reçoit le corps du Christ , cette participation au sacrifice n'exclut pas du tout l'exécution des autres devoirs ^ Si nos stations ont emprunté leur nom aux coutumes militaires, car nous sommes la milice du Christ , il est clair que ni la joie, ni la tristesse, n'empêchent les soldats de faire leurs stations; s'ils sont gais, ils remplissent leur devoir plus volontiera ; s'ils ont quelque sujet d'inquiétude, ils n'en doivent veiller qu*avec plus de vigilance.

XY* Quant au vêtement des femmes dans les églises, il siérait peu à un homme, et surtout à un homme d'aussi peu d'autorité que moi , d'en parler après le très-saint apôtre, s'il ne s'appuyait sur les paroles de l'apôtre lui-même. Pierre, inspiré du même esprit que Paul, s'ex-

> Une lieare de prière pendant le Jour slippèlait une ttaUon, et après le coucher du soleil, une velUe ou une ▼Ifîile. Cet mots» au propre, ûgnifient le temps qu*une leaiineUe letts en fection le jour ou la nuit.

prime absolument comme lui, et aussi clairement que lui, sur le luxe des vêtemens et des omemens d'or des femmes, et sur l'extravagance de leur coiffure en cheveux. Mais en entrant dans nos églises, on dirait qu'il n'est pas certain que notre discipline exige que les vierges soient voilées. Ceux qui veulent que les vierges aillent tête nue, s'efforcent de prouver que l'apôtre, en ordonnant que les femmes fussent voiléejs, ne voulait pas dire tout le sexe, mais seulement les femmes mariées; et qu'en ne nommant pas spécialement les vierges, il les a exemptées de cette obligation. Car, disent-ils, l'apôtre aurait pu dire, les femmes et les vierges, ou généralement tout le sexe.

XVI. Ceux qui raisonnent ainsi devraient se rappeler que le mot femme , dans les plus anciennes Écritures , signifie tout le sexe , et non une partie seulement. Dieu a nommé Eve femme, avant même qu'elle eût connu son mari ; il désignait donc par là son sexe d'une manière générale. Il l'a appelé fœmina à cause de son sexe , et muUer ou femme parce qu'elle était nubile. Or puisque Eve avant son mariage a été appelée femme , il est évident que ce nom convient aux vielles. L'apôtre, inspiré du même esprit qui a dicté la Genèse et le reste des Écritures , a dû employer les mots dans le même sens , et appeler femmes celles qui ressemblent à Eve vierge encore. D*ailleurs , de ce qu'il n^a pas distingué les vierges, comme il l'a fait en un autre endroit où il est question de mariage, il resuite qu'il n'a pas voulu les excepter , car celui qui a bien su distinguer les vierges d'avec les épouses, et les appeler par leurs noms respectif, quand il a voulu en faire la différence , ne veut pas qu'on les distingue quand il ne les nomme pas séparément. Qu'imporie que dans la langue grecque dans laquelle écrivait l'apôtre on appelle les femmes tantôt Tuvaixo; tantôt (biXtCac. Or en disant «^vauca l'apôtre a employé le mot le plus usité pour dire tout le sexe , qui comprend assurément les vierges. Ses paroles sont d'ailleurs fort claires : a Toute femme qui prie nu-tête déshonore sa tête. » Qu'entend-il par toute femme, si ce n'est les femmes de tout âge et de toute condition? En disant toute femme, W ne fait aucune exception; pas plus qu'il n'en lait pour les hommes, quand il dit que tout homme doit se découvrir la tête. De

TRRTUI.LIEX.

même que sous le nom d'homme, il faut entendre que tout le sexe masculin, y compris les garçons, doit aller nu-tète; de même aussi sous le nom de femme, nous devons comprendre que le nom de femme renferme même les fcmmes non mariées, c'est-à-dire les vierges qui doivent se voiler comme les autres. Dans l'un comme dans l'autre sexe les jeunes gens sont régis par la même loi que leurs atnés. Si les vierges se découvrent la tête, il faudra donc que les garçons se la voilent puisqu'ils n'ont pas nommément reçu Tordre contraire PSi une vierge n'est pas une femme , alors un garçon nVst pas un homme. Puis H est dit que les femmes doivent se voiler à cause des anges, parce que les anges se sont éloignés de Dieu à cause des filles des hommes. Or comment peut-on croire que cela ne regarde que les femmes mariées ou celles qui ont par concupiscence perdu leur virginité? Est-ce que les vierges aussi ne pourraient pas être aimées des anges? Nous voyons au contraire que les anges ne se sont adressés qu'à elles, car l'Écriture dit qu'ils aimèrent les filles des hommes , et non les épouses des hommes, ou les femmes en général , comme elle aurait pu le dire, si cela avait été. La Genèse dit même: «et ils les prirent pour épouses, 9 Qr 1^ anges ne pouvaient prendre pour épouses que celles qui ne l'étaiçot pas déjà ; car s'ils avaient pris celles qui étaient mariées, l'Écritart se serait exprimée bien autrement. Il est donc certain que Tapôtre a compris les vierges tous le nom de femnie, parce que Fespëce est CQmprise dans le genre. Quand il dit que la nature elle-même a appris 9ux femmes à se voiler en leur donnant une chevelure abondante qui peut leur servir à la fois de voile et d*ornement, o'est-il pas clair que cet argument s'applique IMurfUtement aui; vierges? Il est aussi honteux à une jeune ftUe qu'à une femme mariée d'être rasée. Puisque la nature leur a donné la même chevelure, elles doivent être à cet égard régies par la même loi, même celles doutTenfance d^nd encore la chasteté, puisque dès l'origine files sont appelées femmes. Israël observait bleu cette loi» mais quand il l'aurait négligée, nous dont la loi a été complétée , nous devrions bien nous en garder. Celui donc qui veut voiler les vierges a raison. Quant aux enfws qui ignorent encore leur sexe, ils peuvent jouir du priviiége

de leur innocence. Car ce ne fut que lorsque Adam et Eve eurent les yeux ouverts qu'ils sentirent qu'ils devaient se couvrir. Mais quand arrive l'adolescence, la discipline doit changer comme la nature. Les vierges assument à la fois et la taille et les devoirs des femmes. On ne peut appeler vierge celle qui est nubile, car son âge lui a déjà donné un mari , qui est le temps. Mais il y en a qui se sont vouées à Dieu : que celles-là changent tout à fait leur coiffure et qu'elles s'habillent comme des fipmmes; que celles-là se montrent encore plus réservées et qu'elles cachent tout à fait ce qu'elles couvrent à cause de Dieu. 11 nous importe de ne rapporter qu'à Dieu ce que nous ne faisons que par $a grâce , et gardons-nous de rechercher ladmiration des hommes comme une compensation du sacrifice que Dieu seul peut nous aider à faire. Pourquoi découvres-tu devant Dieu ce que tu couvres devant les hommes ? Veux-tu donc être moins modeste dans l'église que sur la place publique? Si tu as reçu de Dieu la grâce de rester vierge, pourquoi t'enorgueillis-tu comme si tu ne l'avais pas reçue? Quelle influence espères-tu avoir sur les autres par ton ostentation? comptes-tu les amener dans la bonne voie en te glorifiant ainsi ? Mais tu t'exposes toi-même à un grand danger, et tu y attires les autres. Il est bien facile de se laisser aller à la présomption. Voile-toi, vierge; car si tu es réellement vierge , tu dois savoir rougir. Si tu es vierge , ne souffre pas les regards des hommes. Que personne ne voie ta figure. Habille-toi comme une femme , et que personne n^ait lieu de soupçonoer ce déguisement, qui u*en est pas un puisque tu es l'épouse du Christ à qui tu as livré ta chair. Obéis donc à la volonté de ton divin époux. S'il ordonne aux femmes des hommes de se voiler, à plus forte raison l'ordonne-t-il aux siennes. Que personne ne pense que ce qui a été institué par les apôtres puisse être abrogé par une coutume particulière ; car c'est sur des usages étrangers que s'appuient ceux qui soutiennent qu'on ne doit point forcer les vierges à se voiler. Assurément , je ue veux pas non plus forcer celles qui s'obstinent à aller nu-tête. Que celles qui sont indubitablemaat vierges abusent donc, s'il leur platt , de h sécurité que leur donnent leur conscience et leur réputation. Mais quant à celles qui sont fian-

DE L^ORAISON DOMINICALE

eées, je soutiens qu'elles doivent être voilées aussitôt qu*elles ont présenté la main à leur futur, et qu'elles ont reçu son baiser de fiauçallles; car tout en elles a cessé d'être vierge: leur âge par sa maturité , leur chair par Tâge, leur esprit par la connaissance qu'elles ont d'elles-mêmes, leur pudeur par le baiser qu'elles ont reçu, leur espérance par le but de leur désir, et leur âme par la volonté. Qu'il nous sufBse de citer l'exemple de Rebecca, qui crut devoir se voiler aussitôt qu'elle eut vu Tépoui qui lui était destiné.

XYU. Il y a quelques chrétiens, en assez petit nombre il est vrai, qui croient lie pas devoir s'agenouiller pour prier le jour du sabbat. Gomme cette différence dans le culte extérieur se fait surtout remarquer dans les ^lises, j'espère que le Seigneur leur fera la grâce ou de cesser de se distinguer de leurs frères, ou du moins de suivre leurs idées sans occasionner de scandale. Nous qui suivons les usages de nos prédécesseurs , nous ne restons debout que le jour de Pâques ou de la résurrection , ^^nnité joyeuse pendant laquelle nous nous abstenons de toute expression d'anxiété ou de douleur. Pendant les cinquante jours qui suivent , nous remplissons nos devoirs religieux et nous nous réjouissons en remettant les affaires â un autre temps, de crainte de prêter le flanc à la tentation. Mais les jours déjeunes et de vigiles, nous ne prions jamais sans nous mettre â genoux, ni sans manifester notre humilité de toute manière ; car alors non-seulement nous prions, mais nous demandons pardon de nos fautes, et nous en faisons pénitence. Quant aux heures de la prière, nous n'avons rien à dire, si ce n*cst qu'on doit prier en tout temps et en tout lieu.

XVin. Mais comment en tout lieu , puisqu*ll nous est défendu de le faire en public? En tout Heu, dit l'apôtre, où l'occasion s'en présente, ou bien où la nécessité vous y oblige. Car il ne faut pas croire que les apôtres aient manqi}é au préetpte lorsqu'ils prièrent et chantèrent les louanges de Dieu dans la prison où ils étaient entendus de leurs gardes ; ni que Paul eut tort de célébrer le saint sacrifice de l'eucharistie sur le vaisseau , à la vue de tout l'équipage.

XIX. Quant aux heures de la prière, il ne •eraît pas inutile de faire quelques observations.

Je veux parler de ces heures qui, d'après l\ reçu, partagent la journée en quatre parties â peu près égales, l'heure de tieroa, celle de sexte et celle de none ^ Ge« heures sont le plot souvent mentionnées dans TÉcrit^re. L'Esprit- Saint descendit sur l'assemblée des apôtres â la troisième heure, (ie jour où Pierre eut cette vision du vaisseau céleste qui représentait la communauté des Eglises, il était moatésurla maison pour prier à la sixième heure. Le même était allé avec Jean dans le temple à la neuvième heure, lorsqu'il trouva â la porte on boiteux de naissaace qu'il guérit. Quoiqu'ils aient hit cela sans en avoir reçu d'ordre positif, uéanmuisis il est bon de les imiter et de se faire à aoi-mèiue une espèce de loi de suspendre les affaires à certaines heures du jour pour se mettre eu prière. C'est ainsi que faisait Daniel d'après l'usage des Israélites. Faisons donc en sorte de prier au moins trois fois le jour en l'honneur du Père , du Fils et du Saint-Esprit, â qui noua devons tout ce que nous sommes. Je ne compte pas ici les prières d'obligation que nous ne devons jamais manquer de faire le soir et le matin, car il convient que les lidèles ne déjeunent pas et n'aillent pas au bain avant d'avoir prié, parce que l'esprit doit être purifié et nourri avant le corps. Les choses célestes doivent loiûours passer av^t les choses de la terre.

XX. Si ton frère est entré dans ta maison, ne le laisse pas sortir avant d'avoir prié avec lui. Quand tu vois ton frère, esl^il écrit, tu vois ton Seigneur. Garde-toi surtout de congédier un étranger sans prière, 4e crainte que ce ne soit un ange. Que ton hôte lui-'mème ne partage ton pain charnel qu'après avoir partagé ta priéte qui est le pain spirituel^ C'est à cela qu'il reooanattra ta foi. Ce n'est qu'après le baiser de paix qui accompagne la prière que tu peux convenablen^ept dire suivant le précepte : Que la paix soit en cette maison.

XXI. Les plus zélés chrétiens ont coutume d ajouter à loraison des hymnes on des psaumes dont ils cbaotenl alternativement les versets, lorsqu'ils sont plusieurs ensemble. Tout ce qui nous fait nous occuper de Dieu et l'honorer est bon en soi. Un esprit toujours rempli de Dieu esl la plus belle des offrandes,

* Neuf beuresdu mtin, midi, trois beures après a^dl.

292 TERTU

XXII. Car tftH là l'offlninde spirituelle qui a remplacé tous les anciens sacrifices. «Que m'importe, dit le Seigneur, la multitude de vos sacrifices? Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des agneaux; je ne veux plus du sang des taureaux et des boucs. Qui vous a demandé toutes ces choses?» Or FËvangile nous apprend ce que le Seigneur demande. «Il viendra un temps ou les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en Térité ; car Dieu est un esprit. » Voilà pourquoi il veut des adorations spirituelles. Nous sommes les vrais adorateurs et les vrais prêtres, nous qui priant en esprit offrons à Dieu Toraison qui lui piatt le mieux, parce que c'est lui-même qui Fa instituée. C'est là l'offrande vouée par notre amour, nourri par la foi, conservée dans son intégrité par Tinnocence, soignée par la vérité, purifiée par la chasteté, couronnée par la charité^ et que nous devons offrir sur Tautel de Dieu au milieu des chants et des hymnes, et avec toute la pompe de nos bonnes œuvres. Avec cette offirande« nous obtiendrons tout de Dieu.

XXIII. Qu'est-ce que Dieu a jamais refusé à une prière qui lui est adressée en vérité et en esprit, comme il la désire? Tout ce que nous avons lu et entendu , toute notre croyance, nous donne d'irréfragables preuves de son eflScacité. Sous rancienne loi , la prière pouvait déjà délivrer les hommesdela famine, des incendies et des bêtes ftroces , et pourtant elle n*avait pas encore été formatée par le Christ. Combien plus puissante est la prière des chrétiens! Elle ne fiiit point descendre rangeduseinde la rosée surles fournaises «rdentes; elle ne fbumit point un pain grossier à ceux qui ont fthn; elle ne détourne de nous aucune sonffiranoe : mais elle donne le courage à ceux qui souffrent, et la patience à ceux qui gémissent : sa vertu augmente la grâce, afin que la foi sache que les souffrances viennent de Dieu , et doivent être supportées poar Tamour de lui. Autrefois la prière pouvait fiiire descendre les fléaux sur l'humanité, elle mettait les

> Allocation aux offi^ndes ou yiclimet andeDDes «pii étnituA être Touéet dVance, engraistéet, entières, Men idsiiées, lavées et couronnées de fleurs.

ILIEN.

armées en fuite, elle interdisait à hi terre altérée les bienfaisantes pluies du ciel. Mais maintenant, la prière ne sait que détourner la colère de Dieu, le chrétien prie pour ses ennemis et pour ceux qui le persécutent. Vous élonnea-vous de voir la douce rosée du ciel obéir à la voix delà prière qui avait la puissance d'en faire descendre la foudre? L'oraison est la seule puissance qui sache vaincre Dieu 1 Mais le Christ ne lui a laissé aucun pouvoir pour le mal, toute sa vertu consistée obtenir le bonheur pour nous et pour les autres. Elle est encore en cela l'image de la vie de Notre-Seigneur qui n'a su dans son passage sur notre terre que ressusciter les morts, fortifier les faibles , guérir les malades , chasser les démons, ouvrir les prisons et briser les chaînes des innocens. La prière efface les péchés, répousse les tentations, arrête le glaive de la persécution; elle console les faibles et réjouit les forts; elle guide les pas du voyageur, apaise les tempêtes et frappe les brigands de stupeur ; elle nourrit les pauvres et apprend aux riches à se modérer; elle relève ceux qui sont tombés, raffermit ceux qui chancellent et soutient ceux qui résistent. L'oraison est le rempart de la foi et notre bouclier contre les regards des impies qui guettent notre chute pour s'en réjouir. Ne marchons donc jamais sans être couverts de cette armure. Pendant le jour , n'oublions pas nos stations; pendant la nuit, souvenons-nous de nos vigiles. C'est sous les armes de la prière qu'il faut que nous défendions l'étendard de notre chef, et que nous attendions le signal que doit donner la trompette de l'ange. Tous les anges prient ; toutes les créatures prient. Les troupeaux et les bêtes des bois fléchissent le genou en sortant de leurs étables ou de leurs antres; ils lèvent la face vers le del et le saluent de leurs mugissemens. Les oiseaux au point du jour s^élèvent vers le ciel; à la place de mains ils étendent leurs ailes en croix et gazouillent quelque chose qui ressemble à une prière. Que dirai-je de plus sur l'importance de cet indispensable devoir? Notre-Seigneur lui-même a prié , à qui soit honneur et gloire dans tam les siècles de siècles.

A SA FEMME

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