LIVRE II
L Je me suis donc appliqué avec zèle, ma très-chère compagne dans le service du Sei- ^eur, à démontrer ce qui convient le mieux à une sainte Femme, quand son mariage se trouve dissous. Maintenant je vais traiter la seconde partie de mon sujet , eu égard à la fragilité humaine ; parce que j'ai sous les yeux des exemples de femmes qui, devenues libres soit par un divorce , soit par la mort de leur mari , non-seulement n'ont pas compris l'occasion qui leur était offerte de passer le reste de leur vie dans le célibat, mais encore ont oublié la loi jusqu'à ne pas se remarier dans le Seigneur. C'est pourquoi mon esprit est troublé , et je crains qu'après l'avoir tant conseillé de rester veuve , je ne paraisse maintenant te pousser sur la pente glissante d'un second mariage, en traitant ce sujet. Si tu es tout à fait sage, tu suivras mes premiers conseils, parce qu'ils sont les plus avantageux. Mais cela est difficile, et tu pourras rencontrer bien des obstacles ; et comme ce sont les derniers avis que je te donnerai, ma sollicitude a voulu prévoir tous les cas possibles. Car plus la ooDtinenoe chez une veuve est méritoire et diffi-
cile , plus aussi la chute doit être pardonnable : on pardonne volontiers l'omission des devoirs difficiles. Maisoomme il est toujours facile de se marier dans le Seigneur, on est toujours coupable de ne pas le fiiire. L'apôtre conseille aux veuves de ne pas changer d'état, quand il dit : «Je désire que tous persévèrent comme moi.i Mais pour ce qui est de se marier dans le Seigneur, il ne conseille pas, il ordonne; car ses expressions sont «seulement dans le Seigneur.» Si nous ne suivons pas son conseil , nous nous exposons seulement au danger, parce qu'on peut négliger un conseil plutôt qu'un commandement, puisque leconseil s'adresseà notre consentement : mais quand il parle au nom de son autorité et de sa puissance, nous ne devons pas désobéir. Dans le premier cas nous abusons, il est vrai , de notre liberté; mais dans le second, nous sommes coupables de désobéissance ouverte.
II. En voyant donc que quelques f^mes se sont mariées hors de l'Église en épousant des idolâtres , et me rappelant que cela s'est fait bien des fois avant nous , je ne puis m'empècher de m'étonner de leur audace, et de la prévarica* tion de leurs conseillers qui ne leur ont pas montré combien leur conduite était contraire à l'esprit de nos Écritures. Elles se sont aveuglées probablement, me suis-je dit, par ce chapitre de la première aux Corinthiens, oi]i il est écrit : «Si un de nos frères a une femme infidèle, et qu'elle consente à rester avec lui , qu'il ne la répudie point. Et si une femme chrétienne est l'épouse d'un infidèle, et qu'il consente à la garder, qu'elle ne s'éloigne point de lui. Car l'homme infidèle est sanctifié par sa femme fidèle ; et la femme infidèle par son mari fidèle; autrement vos enfens seraient impurs. » Cet avis est bien mal compris des chrétiens célibataires, s'ils croient y voir l'autorisation de se marier avec les infidèles ; car il est évident que ce passage s'adresse à ceux que la grâce de Dieu a trouvés déjà engagés avec des infidèles, comme le font bien entendre ces mots : < Si l'un de nos frères a. » L'apôtre ici ne dit pas de prendre une épouse infidèle; il dit seulement que ceux qui déjà mariés se sont récemment convertis, doivent rester avec leurs femmes, de crainte qu'un néophyte ne se crût obligé de quitter une femme qui lut I était, pour ainsi dire , devenue étrangère par la
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croyance. C'est poorqvoi 3 donne la raieon de 8DQ précepte en lyoutant :« parce que le Seigneur nous a appelés dans la paix , et parce qu'ont fcmme peut quelquefois être eouvertie par son mari , eu un mari par sa femme.» Le oonteite d*ailleurs prouve bien Texactitude de mon interprétation, a^ue chacun reste dans Tétat où il était quand il a été appelé par le Seigneur.» Ôr qui sont ceux qui sont appelés ? Ce sont les gentils assurément , et non les fidèles. S'il avait parlé de ceux qui étaient déjà chrétiens avant de se marier, alors il aurait permis aux saints de se marier indistinctement; mais aussi ce serait une grande inconséquence avec ce qui suit c a La femme veuve est libre : qu'elle épouse qui elle voudra , mais seulement dans le Seigneur. » Il n'y a certainement pas à hésiter sur le sens de ces paroles, car pour ôter toute hésitation , tout doute, il ne dit pas seulement : « qu'elle épouse qui elle voudra ; » ce dont on aurait pu abuser, mais il ajoute : a seulement dans le Seigneur,» c*est-à-dîre au nom du Seigneur, ce qui veut dire indubitablement avec un chrétien. Ainsi ce saint ap6tre qui aimerait mieux que les veuves persévérassent dans le célibat , et qui en cela prêche d'exemple, n'a permis de se remarier que dans le Seigneur; c'est la seule condition qu'il impose à celles qui ne veulent pas garder leur continence. « Seulement dans le Seigneur,» dit-il. Le mot seulemeni s^jouie une grande force à sa loi, et la rend tout à fait obligaloire. Sa parole ordonne et persuade; elle commande et elle exhorte; elle engage el eUe menace : sa sentence esl aussi claire que rigoureuse; elle est éloquente par sa brièveté même , ainsi que Test toiyours la parole divine qui veut une obéissance instantanée. Qui pourrait comprendre combien il y a de dangers pour la foi prévus par l'apôtre dans ces mariages qu'il a défendus! D'abord la souillure de la chair dirélienne par le contact de l'infidèle. Mais , dira-t-on, quelle si grande différence y a-t-il dmic entre l'infidèle marié qui se fait chrétien , et celui qui est chrétien avant le mariage , pour qu'ils n aient pas à se garder de la même souillure ; pour qu'à l'un il soit interdit de contracter un mariage avec une femme infidèle, et qu'à rentre il soit penais de rester avec celle quil • d^?Avec Taide du Saint-Esprit, je répondrai: qae le Seigneur aime mieux qu'un mariage ne '
se ftisse pas, que de te voir dlasondre tiiwwt et qu'enfin il défend le divorce, et ne le permet «que pour cause d'adultère,» bien qu'il recommande tocyours la continence. L'un est donc dans Tobligation de rester avec sa femme quoique idolAtre, et l'autre n'a pas même la liberté de l'épouser. Puisque TÊcriture nous dit que les gentils touchés par la grâce au moment oà ils se trouvaient dans l'état du mariage, ne sont point souillés par la continuation de leur union, mais qu'au contraire leurs épouses sont sanctifiées en eux; il est hors de doute que ceux qui sont ^nctifiés avant le mariage, ne sanctifient point celles qu'ils prennent ensuite pour femmes; car la grâce de Dieu sanctifie seulement celles qu'elle trouve déjà mariées. Or cequ'elle ne sanctifie point est imnaonde ,et ce qui est immonde ne peut avoir aucun rapport avec les saints, si ce n'est pour les souiller et pour tuer leurs âmes. m. Ainsi donc les chrétiens qui épousent des femmes idolâtres sont certainement coupables de fornication , et comme tels doivent être excommuniés de la société des fidèles suivant les paroles de l'apôtre : «Que l'on ne mange point avec ces hommes-là.» Oserons-nous présenter au tribunal du Seigneur de tels contrats de mariage? Appellerons-nous légitime un mariage qu'il a défendu ? Une union défendue n'est-eile pas un adultère et une fornication P Croyezvous que le temple dcOieu soit plus souillé par la présence d*un idolâtre que ne le sont les membres du Christ que vous enlacez aux membres d'une prostituée infidèle? Nous ne sommes pas à nous; nous avons été achetés; et à quel prix ? Au prix du sang de Noire-Seigneur. En souillant notre chair, cV.st lui que nous souillons : Dieu nous a suffisamment exprimé sa volonté en nous défendant d'épouser une étrangère afin de ne pas rendre immonde une chair qui appartient au Christ. Tout péché volontaire est mortel aux yeux de Dieu. Plus il est facile de Téviter, plus il est criminel de s'y laisser entraîner. Voyons maintenant quels sont les autres dangers que l'apôtre a prévus non-seulement pour la chair, mais encore pour l'esprit. Qui peut douter qu'un commerce journalier avec les infidèles ne doive à la longue efFacer la foi ? Si les mauvaises conversations corrompent les bonnes moeurs, que ne doit pas faire la vie intime avec un infidèle. Toute femme chrétienne
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doit chercher à plaire à Dieu; or conment pourra*t-«IIe servir deux maîtres, Dieu et son mari^ surtout s'il est païen? En cherchant à plaire à un idolâtre , elle se conformera aux coutumes des gentils ; elle prendra soin de sa beauté, de sa coiFFure , de sa toilette mondaine; elle se livrera â ces caresses honteuses qui souillent Dénie les secrets du lit conjugal. Ces deux époux mal assortis ne rempliront pas les devoirs que la nalâre a imposés à leurs difFérens sexes avec modération et décence, comme des chrétiens qui agissent sous les yeux du Seigneur.
IV. Mais voyez donc combien peu un tel époux est compatible avec vos devoirs de religion. Une femme pourra-t-elle les remplir, ayant â son côté le serviteur du diable, un ministre du démon qui sr fera un mérite de mettre obstacle â ses dévotions? Faudra-t-il faire ses stations? le mari aura un rendez -vous aux bains. Est-il jour de jeûne? le mari a justement invité ses amis â un festin. Y a-t-il une procession dans Téglise? jamais il ne s'est trouvé tant d*occupation dans le ménage. Quel mari idolâtre laissera tranquillement sa femme visiter ses frères, parcourir les hameaux et entrer dans la chaumière du pauvre? Quel mari permettra à sa femme de quitter son lit pendant la nuit, pour venir prier avec nous pendant les vigiles? Souffrira-t-il qu'elle passe toute la nuit dans l'église pendant les fêtes de Pâques? qu*elle s^approche de la table sainte qu'il déteste et qu*il méprise? De quel œil la verra -t-il descendre dans les prisons pour baiser les chaînes des martyrs? Et que dira-t-il , quand il faudra que sa femme donne â ses frères le baiser de paix ; qu elle présente Teau pour laver les pieds des fidèles; qu'elle partage avec eux le pain et le vin dans les agapes, et qu'elle passe son temps dans la méditation et la prière? Si un voyageur chrétien se présente , quelle hospitalité trouvera-t-il dans la maison de l'étranger? Quand il faudra donner du blé â un pauvre, la femme de Tinfidèle ne trouvera-t-elle pas sa grange fermée?
V. Mais, dira-t-on, il y a des gentils qui loin de tourmenter les chrétiens , les soutiennent et les protègent. Eh bien , c'est un mal. Les gentils ne devraient pas connaître nos bonnes œuvres, qui ne devraient se laisser voir tout au plus qu'aux yeux des fidèles. (Test un plus grand mal encore pour nous, que de ne faire nos bonnes
œuvres que sous leur protection. Celui qui nous protège sait ce que nous faisons; et si nous nous cachons de lui parce qu'il ne nous protège pas, alors nous le craignons. Or si Dieu nous commande de faire le bien sans que d'autres le sachent , il nous ordonne aussi de le faire sans nous soumettre aux gentils. Donc la femme péchera de l'une ou de l'autre manière , soit que son mari le sache , soit qu'elle reconnaisse sa puissance en lui cachant ses exercices religieux. «Ne jetez point, est-il écrit, vos perles devant les pourceaux, de crainte qu'ils ne les foulent aux pieds, puis qu'ils ne se tournent contre vous pour vous renverser. » Vos perles ce sont vos bonnes œuvres de tous les jours; voilà ce que vous devez cacher. Mais plus vous voudrez en faire un mystère , plus vous exciterez la jalouse curiosité des gentils. Pourras-tu te cacher pour faire le signe de la croix sur ton lit ou sur ton corps? pour cracher sur les choses immondes? Si tu te lèves pendant la nuit pour prier, ton mari ne te soupçonnera-t-il pas de magie? Ne s'apercevrd-t-il pas que tu goûtes quelque chose en secret avant tes repas?Ët quand il verra que c'est simpleibent du pain, que ne pensera-t-il pas, dans son ignorance? Ne se plaindra*t-il pas de tous ces mystères? Peutêtre même qu'il te soupçonnera de vouloir Tempoisonner. Ils soutiennent et protègent! Oui, pour fouler aux pieds ensuite et pour insulter ces femmes dont ils ne gardent le secret que pour s'en servir contre elles , dès qu'elles auront le malheur de leur déplaire; oui, pour avoir leur dot, seule considération qui les fasse passer par-dessus le nom de chrétienne , et qui obtienne d'eux le silence, jusqu'à ce qu'il leur plaise d'accaparer la fortune en livrant leur femme aux juges et aux espions. Voilà ce que bien des femmes n'ont voulu croire qu'après une triste et fatale expérience, et voilà ce qui a entrat'ié plus d'une chrétienne à l'apostasie.
VI. Il faudra qu'une servante du Seigneur vive au milieu des dieux lares, qu'elle soit présente aux fêles et aux solennités des idoles , qu elle respire la fumée de l'encens au commencement de Tannée et au premier jour de chaque mois. Kle sort de chez elle par une porte ornée de lauriers et de lanternes, comme si elle sortait d^une maison de débauche. Si souvent couchée à la table où ^n . mari régale ses amis , ne
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finira-t-dle pas par partager leurs opinions P H fondra qu'elle serve les impies, elle qui jadis ne servait que les saints ! N'aura-t-elle pas alors le pressentiment de sa condamnation , en servant ainsi ceux qu'elle devait juger un jour? Quelle est cette main qu'elle désire toucher? Avec qui partage-t-elle sa coupe? Si elle entend son mari chanter, qu'entendra-t-elle?qu'osera-t-elle chanter elle-même devant lui? Quelques vers de comédie assurément, ou bien unechanson à boire qu'il aura apprise dans les tavernes ou les maissons de jeu. Osera-t-elle nommer son Dieu et invoquer le Christ? Où sera cette nourriture de l'esprit, qui fortifie la foi des époux dont Tintîmité est consacrée à des lectures édifiantes qu'ils font en commun? Mais ces étranges époux s'entre-bénirout-ils au nom de leur Dieu? Non ! pour une femme dans celte position, tout est étranger, tout est ennemi , tout est condamné, tout enfin tend à Féloiguer du chemin de son salut. Vil. Tous ces malheurs peuvent bien arrivera celle qui est déjà mariée quand la grâce de Dieu l'appelle, mais alors ils sont sanctifiés par le commandement de Dieu qui veut qu'elle reste dans son état, et qui lui laisse l'espoir de convertir son mari. Si donc Dieu approuve la continuation de cette union , ne devons-nous pas espérer que, dans ce cas, il protégera la femme qui lui obéit, et l'exemptera en grande partie des désagrémens et des persécutions qui résultent presque immanquablement d'une position aussi fausse? Car celle que sa vertu a rendue digne d'être appelée par la grâce, a probablement déjà inspiré assez de respect à son mari idolâtre pour n'avoir pas à redouter en lui un tyran ni un espion. Il admirera ses bonnes œuvres, parce qu' il connaît ses précédens. H sait qu'elle vaut mieux que lui sous bien des rapports , et son admiration pour elle ne tardera peut-être pas à en faire un néophyte. Mais il en arrive bien autrement à celles qui avec connaissance de cause contractent un mariage défendu. Ce qui déplaît à Dieu l'offense ; et ce qui I offense ne peut qu'amener des malheurs. Et notez bien qu'il n'y a que les plus vicieux d'entre les païens qui puissent supporter les chrétiens,attendu queceuxqui ont quelques vertus, et qui ne nous sont pas décidément hostiles , ne tardent pas à se convertir. En un mot, voici la meilleure raison de se per- Mader qu'une union avec un infidèle ne peut
prospérer : Le démon la recommande, et Dieo la défend.
VIII. Si nous faisons si peu de cas de la sagesse divine, adressons-nous au moins à celle des hommes. Les maîtres qui tiennent à Texactitude de leur service n'empèchent-ils pas leurs esclaves de se marier à des étrangers? Cest pour qu'ils ne se débauchent pas, pour qu ils n'abandonnent pas leurs devoirs , ou pour qu'ils n'admettent pas d'étrangers dans la maison de leur maître. Le maître ne racoourcit-'il pas pour ainsi dire leur chaîne , quand il s'aperçoit qu'ils continuent de fréquenter les étrangers malgré sa défense? La discipline terrestre sera-t-elle donc plus vigoureuse que les mandats du ciel? La femme idolâtre qui épouse un étranger devient son esclave, mais la chrétienne qui se marie à un infidèle devient la servante du démon. Gomment pourra-elle donc rester chrétienne? Niera-t-elle qu'un tel mariage lui a été défendu par l'apôtre de Dieu? A quoi attribuer une telle démence, si ce n'est à la faiblesse de la foi , toujours prête à céder à la concupiscencedes joies de ce monde? Gela est le plus souvent arrivé à des femmes nobles et riches, parce que c'est à elles qull faut une splendide maison comme pour servir de carrière à leur ambition.Toutes ces vanités ne se concilient guère avec la discipline du Ghrist.II y a peu de riches dans notre Eglise. S'il y en en a, ils ne sont pas tous à marier. Que feront donc ces ambitieuses? 11 faut qu'elles demandent au diable un mari qui leur fournisse des meubles magnifiques, des mules et des esclaves pour friser leurs cheveux; car un chrétien même riche, n'approuverait probablement pas toutes ces extravagances. Je t'en prie , regarde donc plutôt ce que font beaucoup de femmes idolâtres qui , la plupart nobles et riches, s'unissent avec des hommes pauvres et de basse origine , et cela dans l'intérêt de leurs luxurieuses passions. H y en a même qui se donnent à leurs affranchis ou à leurs esclaves, quoique les gentils même regardent cela comme une honte. Eh bien , elles font cela pour ne pas avoir un maître qui puisse mettre un frein à leur licence effrénée. Et une femme chrétienne se désole d'être obligée d'épouser un chrétien sans fortune, qui l'enrichirait de toute sa pauvreté. Gar puisque le royaume des cîeux n'est pas aux riches, il fout bien qu'il soit an
DE LA PÉNITENCE
pauvres; et quelle plos belle dot que le bonneur éternel? La femme chrétienne doit donc se trouver heureuse d'être regardée dans ce monde comme Fégale de celui qu'elle ne sera peut-être pas digne de servir dans Tautre.
IX. Peut-on demander s'il est assez riche celui que Dieu même s'est chargé de doter! Gomment pourrai-je dépeindre tout le bonheur d'un mariage que l'Église conseille, que ses prières consacrent, que les anges enregistrent dans le ciel, et que Dieu le Père bénit? Car les enfans de Dieu ne se marient point sans le consentement de leur père. Qu'il est doux le joug qui unit deux fidèles dans la même espérance , dans la même foi et dans la même loi ! Ils sont comme deux enfans du même père; ils ont à servir le même maître : il n'y a entre eux aucune dissidence de chair ni d'esprit. Ils sont deux dans une même chair; et là où la chair est une , l'esprit est nn. Ils prient ensemble, se prosternent ensemble , jeûnent ensemble; ils s'encouragent et se guident mutuellement. Ils sont égaux dans
lise et dans la communauté de Dieu; ils partagent également la pauvreté et Tabondance ; ils n'ont rien de caché l'un pour Fautre ; ils ne sont point à charge l'un à l'autre ; chacun d'eux peut à son gré visiter les malades on secourir les pauvres. Point de gêne pour faire Taumône; point de scrupules pour assister au saint sacrifice; point d'empêchement à l'exécution de leurs devoirs de chaque jour; point de signes de croix dissimulés en cachette ; point de bénédicité ni de grâces marmottés tout bas. Ils chantent ensemble des psaumes et des hymnes; c'est à qui louera le mieux leur Dieu commun. Le Christ se réjouit à la vue d'un tel ménage ; il envoiis sa paix sur cette maison; il y habite avec eux, et là où il est , l'esprit du mal ne peut entrer. Voilà ce que l'apôtre nous donne à entendre. Pense à tout cela, ce sera assez pour t'empêcher de suivre l'exemple de certaines femmes. Il n'est pas permis aux fidèles de former d'autres mariages. Et quand même cela leur serait permis , ils ne le devraient pas, dans leur propre intérêt.
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DE LA PENITENCE
1. Les hommes, aveugles comme nous l'étions autrefois , privés de la foi, connaissent, sur les seules lumières de la nature, la pénitence, on le repentir, qu'ils définissent: un certain mouvement de rame qui suit une mauvaise action volontaire. Du reste ils sont aussi loin de connaître la véritable pénitence, qu'ils le sont de connaître son origine, qui est Dieu , source de tout ce qui est bien. Dieu n'a rien créé, rien ordonné, qui ne soit d^accord avec la raison ; il iîiot donc être d'accord avec la raison pour comprendre et pour expliquer ce qu'il a disposé et ordonné. Ceux qui ignorent Dieu, doivent nécessairement Ignorer ses œuvres et ses volontés; ce tréscM* de science, bien qu'à la disposition des enfans de la famille, n'est point ouvert aux étnngen. Pour montrer combien est fausse ridée que les gentils se forment de la pénitence,
il suffit de remarquer qu'il se repentent souvent des actions dont ils devraient se féliciter; ils sont fâchés souvent d'avoir montré de la bonne foi, de la charité de la patience, de la clémence, comme si ces vertus étaient des crimes. Ils s'en veulent d'avoir fait le bien et surtout d'avoir quelquefois cédéaux suggestions de la pénitence et de la résignation, vertu la plus féconde en bonnes œuvres. Ils prennent dans leur cœur la résolution de ne plus y succomber. Ils s'arment de rancune conire le pardon des injures. Enfin leur repentir est presque toujours un péché.
U. S'ils agissaient sous l'influence de Dieu, et par conséquent sous celle de la raison, ils auraient de la pénitence une idée plus juste ; et elle leur servirait à autre chose qu'à les endurcir dans leurs vices. Us sauraient mieux li
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dirifjer; elle leor inspirerait la crainte de retomber dans le mal, ee qui est la véritable crainte de Dieu. Mais là où il n'y a aucune crainte, il n*y a pas de raison de se corriger, et le repentir est nécessairement stérile, et ne porte pas le fruit que Dieu Ta destiné à produire, à savoir le salut de Thomme. Car TÊiernel en voyant tous les crimes du genre humain qui étaient comme contenus en germe dans le péché d'Adam, après Tavoir chassé du paradis et eoqdamné à la mort, voulut rendre les hommes dignes de sa miséricorde. C'est pourquoi n donna le repentir à Adam, et rétractant sa sentence de colère éternelle, il fit un nouveau pacte et promit de pardonner à sou œuvre et à son image. Il se choisit donc un peuple et le combla de ses faveurs ; il ne trouva en lui qu'ingratitude ; mais chaque fois que ce peuple s'est éloigné de lui , il Ta toujours exhorté à la pénitence; c*e8t-à-dire au repentir. Il ouvrit la bouche aux prophètes, pour promettre aux Juifis ce pardon qu'il devait on jour faire luire sur tontes les nations parle Saint-Esprit. Il a voulu que le baptême précédât la pénitence, pour ceux qu'il lui a plu d'appeler d'entre les gentils au partage des grâces qu'il a promises à la postérité d'Abraham. Jean le Baptiste le dit bien : «Faites pénitence , disait-il à chaque instant , voilà le salut des nations qui s'approche ; c'està-dire, voilà le Messie qui va venir accomplir les paroles de Dieu. » Jean , qui n'était que son IMrtovsfiir , recommandait la pénitence pour frépapfr k» esprits et It^ purifier. En lavant les vieillf3 souillures de Terreur, en balayant pour ainsi dirt lus immondicos que Tignorance avait entassées dans I9 cœur de l'homme, il aphnissait parla pénitence le# voies du Saint-Esprit, qui voulait y entre? pour y foire sa demeure, ea y apportant toutes les bénédictions du eiel. Toutes ces célestes faveurs se résumât en un mot : le salut de Thomme par le rep<»ttr et le pardon. Ce grand œuvre de la miséricorde diviue se fait au profit de l'homme et à la gloire de Dieu. Le Christ est venu et nous a appris quel usage il fallait faire de ce sentiment et comment le diriger , afin que nos aqtions et noe pensées ne soient pas pour nous une source de totvmens inutiles. Dieu ne voulant point la perte des sainu , qui sont à lui > s'est déclaré leur défenseur: par conséquent il agrée leurs bonnes
œuvres et leur repentir; et puisqu'il les «grée, il doit les récompenser. L'ingratitude des hommes force quelquefois leurs frères à se repeutir de leur bienfoisance, et leur reconnaissance n'est qu'un bien faible motif de bonnes œuvres. L'une et l'autre est terrestre et ne dure qu\iK temps. Gagne-t-on beaucoup à obliger celui qui est reconnaissant? Que peid-cn à obliger un ingrat ? Les bonnes œuvres ont Dieu pour débiteur , et les mauvaises aussi , car il est le souverain juge et le rémunérateur. Or, puisque Dieu est le juge qui pronouce dans riulérét de sa justice éternelle, et que ses jugemeussont la sanction de toute sa lui , peul^n douter qu'il ne juge aussi notre repeulir comme tout le reste de nos actious? Soyons doue sûrs qu'il ne le trouvera méritoire qu'autant que omis nous serons repentis de nos vrais péchés. Le péché, c'est le mal; on ne pèche pas en faisani le bien. Si l'on ne pèche pas , pourquoi eavahir le repentir qui appartient aux pécteurs ? Pourquoi donner à sa vertu ce qui appartient au vice? Il arrive presque toujours que quand un se repent du bien, on n'a plus de repentir pour le mal.
lU. U serait donc à propos de dire ici quelles sont les actions qui doivent être le sujet d'une pénitence méritoire. Mais cela pourrait paraître inutile, car l'esprit, qui connaît le Seigneur, s'inspire des regards de son créateur et arrive à la connaissance de la vérité ; il apprend les commandemens de son Dieu , et sait qu'il Aut appeler péché ce que sa loi défend. Puisqu'il est certain que Dieu est le souverain bien, il est clair qu'il n'y a que le mal qui puisse lui déplaire, comme étant d*une nature contraire à la sienne. Il est bon de distinguer cependant et de savoir quUt y a des péchés charnels, c'est-à-dir<5 cor^ porels ; et d'autres qui sont spirituels. L'homme est formé de deux natures distinctes , et il doit donc pécher suivant sa double nature. Mais de œ que le corps et l'esprit sont deuxètre^difKrens, il ne s'ensuit pas que les péchés diffèrent de gra- Wté; au contraire ils sont égaux, par cela même que l'esprit et le corps concourent à les eommettre. Il ne fiaut doue pas qu'on cherche lequel est te plus grave ou le plus léger d'un péché charnel 00 d'un péché spirituel. La chair et l'esprit appartiennent également au Seigneur; Pnn parce qu'il l'a péurie dans sa main , l'autre parce qu'il
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l'a crite de wi souffle. L'uo et Tautre en péchant ofFenseat également Dieu. Pourquoi voudrais-(u faire une différçnce pour le péché entre la chair et Tesprit, qui sont inséparables dans la vie , dans la mort et dans la résurrectioo? Gomme ils sont unis dans la vie, ils le seront dans le jugement , parce que c'est ensemble qu'ils auront bien ou mai vécu. Si donc, nous avons remarqué la différence de leur nature, ce n'est pas pour diminuer en faveur de Tun d'eux la nécessité de la pénitence. Leur crime est commun, leur juge est le même, et leur châtiment ne pourra différer. li y a des péchés que fou nomme charnels, et d'autres que Ton nomme spirituels, parce que tout péché est le résultat d'une action, ou bien d'une pensée seulement. Pour qu'il soit charnel ou corporel, il fout qu'il soit mis en action ; parce qu'un fait, tel qu'un corps, peut être vu, et pour ainsi dire touché ; au lieu que le péché spirituel est celui qui existe dans la pensée où il reste invisible et intangible comme un esprit : d'où il faut conclure que non-seulement les actions , mais en* core les pensées coupables , doivent être un sijûet de repentir , et être expiés par la pénitence. La faiblesse et l'ignorance des hommes ne peut juger que sur les faits extérieurs, parce qu'elle ne peut pénétrer dans les replis secrets du cœur; mais il ne faut pas en conclure que nous pouvons, devant Dieu, n<|gliger de nous repentir des péchés de notre volonté. Dieu voit tout : rien de ce qui peut l'offenser ne peut lui être caché. Puisqu'il connaît nos plus secrètes pensées, il en tiendra nécessairement compte dans le jugement qu'il prononcera. Il ne peut ni dissimuler ni mentir à sa propre science. La volonté est le principe de toutes nos mauvaises actions. Quelques-unes peuvent bien être imputées au hasard , i la fatalité, ou i Tiguorance ; mais toutes les autres naissent dans fai volonté. Puisque Tespritest la source du mal, il sera puni d'autant plus justement qu'il en est le pre<mier agent; et il ne sera pas acquitté , parce qu^un obstacle extérieur aura empêché la per^ pétration. C'est la volonté seule qui fait son crime : la oialadrene ou le nalheur dana l'exécntion ne pourra lui aewir d'excuse, parce qu'eo voulant , il a fait tout ce qui dépendait de lui. Enfin eonunent le Seigneur »-t4l a^ uompu at perliKtionnii la loi ancienne, si €#
n'est en dédaranl : que la seule veloDfé sans Tacte suffit pour constituer un corps de délit ? Il appelle adultère non-seulement celui qui a violé la sainteté du mariage, mais encore celui qui s'est souillé par un regard de concupiacenee. S'il n'a pas vaincu les obstacles qui s*op-* posent à sa volonté, Tesprit n'est pas moins coupable que si le corps eût agi. Celui dont la volonté n^a pu se procurer la satisfaction qu'il se promettait de la perpétration d'un délit , se rend coupable par cela seul qu'il le désire, et sera puni en coaséquenoe. G*esc donc une folie, que de dire : « J'ai voulu, mais je ne Taî pas ftilt. • Tu as agi par cela seul que tu as voulu ; ou bien tu n'as pas voulu par cela seul que tu n'as pas agi* Tu prononces toi-même ta propre con* daasnation ; car, si tu avais voulu le bien , tu te serais efforcé de l'accomplir (et tu l'aurais pu puisque tn n'as pas pu accomplir le mal); donc, si tu ne peux fïiire le mal , tu ne dois pas non plus le désirer. De quelque c6lé que tn te tournes, tu es coupable, soit d'avoir voulu le mal , soit de n'avoir pas fait le bien.
IV. Tous les péobés étant done commis, soit par la chair, soit par l'esprit , soit par la volonté , soit par le bit, Dieu , dont le jugement a prononcé la pehie, promet aussi le pardon au repentir, quand il a dit an peuple : «Faites péni tence et je vous sauverai; » Et dans un autre endroit: «Je sois le Dieu de la vie, et j'atme mieux le repentir que la morL » Le repentir, c'est la vie, puisque Dieu le préfère à la mort. Ainsi, pécheur qui me ressembles (quoique je me reconnaisse un plus grand pécheur que toi), aie recours à la pénitence, attache-toi comme un naufragé sur cette planche de salut qui, du milieu de la mer orageuse de tes mauvaises passions, te portera en sûreté jusqu'au port de la miséricorde. Saisis avec avidité cette chance imprévue de bonheur, afln que toi qui n'étais devant Dieu « qu'une goutte d*eau, qu'un grain de poussière, qu'un misérable argile, tu deviennes! ce bel arbre planté sur le bord des eaux , qui se couvre de feuilles et porte de bons fruits dans sa saison, et qui ne connaîtra ni le fou ni la hache.» Repentez-vous puisque vous reconnaissez vos erreurs, repentez-vous d'avoir aimé ce que Dieu hait, puisque nousmêmes nous ne permettons pas & nos esclaves tfaimer ce qoe nous n'aimons pas. L^idenlité lies
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inclinations est la plus sftre garantie de Tobéissance. Les avantages de la pénitence fourniraient matière à uu long et éloquent dîscouvs. G)nnaissant ma faiblesse, je ne m'attacherai qu'à un seul point que voici : ce que Dieu ordonne ne peut être qu'excellent. Ce serait une témérité que de discuter sur la bonté ou sur la justice d'un précepte divin, car ce n'est pas parce qu'une chose est bonne que nous devons l'aimer, c'est parce qu'elle plait à Dieu. Quand il s'agit d'obéissance, l'autorité et la majesté de la divine puissance doivent l'emporter sur ce qui paraîtrait bon ou utile à celui qui doit obéir sans discussion. La pénitence est-elle bonne en elle-même? que signifie ce débat puisque Dieu l'ordonne? Et non-seulement il l'ordonne, mais il nous Y exhorte, il nous y invite comme au seul moyen de salut; il Fait même un serment , tant il désire que nous ayons confiance en lui. cJe suis le Dieu vivant,» dit-il. O heureux ceux pour qui Dieu a voulu faire un serment ! 6 malheureux ceux qui ne voudront pas croire au serment de leur Dieu ! Nous devons donc regarder comme de la plus importante vérité ce que Dieu atteste avec tant de solennité , et ce qu'il a juré même à la manière des hommes. Croyons à la parole de la grâce divine puisqu'elle porte en nous ses fruits^ et afin que nous soyons sauvés. V. Je dis aussi qu'une fois que nous avons conçu ce repentir qui, par la faveur du cfel, nous remet en grâce avec Dieu , nous devons former la ferme résolution de ne plus Toffenser. On ne peut plus plaider l'ignorance de ses devoirs, quand une fois on a connu le Seigneur, que Ton a étudié ses commandemens et que l'on s'est acquitté par la pénitence de ses péchés passés. Car si l'on s'est repenti, c'est que l'on a commencé à craindre le Seigneur. Pourquoi donc alors retomber dans le péché, si ce n'est parce qu'on a cessé de craindre? 11 n'y a que la révolte qui renverse la crainte. Et si l'ignorance même n'est pas une excuse, combien ne serat-il pas dangereux de mépriser Dieu quand il s'est ouvertement révélé, lui que l'on devrait connaître même par le spectacle de ses œuvres? Or c'est le mépriser, quand on a obtenu de lui la vraie connaissance du bien et du mal , quand on sait oe qu'il feut fuir et qu'on l'a déjà fui, de revenir sur ses pas et de refaire ce dont on s'était repenii; c'est insultera sa propre intelli-
gence, c'est-à-dire au don de Dieu. Rejeter un don, c'est injurier le donateur ; ne pas faire cas d'un bienfaiit, c'est être ingrat. Dieu ne vous platt pas si ses dons vous déplaisent. Cest donc non-seulement une révolte contre Dieu, mais encore un trait d'ingratitude. Il est bien coupable envers Dieu , celui qui après avoir, par la pénitence, renoncé au diable et l'avoir ainsi vaincu et terrassé au nom du Seigneur, le relève par sa propre chute, pour que le démon, ayant ressaisi sa proie , s'en fasse un sujet de triomphe et s'en glorifie à la face de Dieu. C'est une chose horrible à dire, mais qu'il faut dire tout haut pour riostruction des fidèles; celui qui agit ainsi met le diable au-dessus de Dieu. Ne semble-t-il pas avoir voulu faire une comparaison , celui qui a quitté l'un pour venir à l'autre, et qui, après les avoir connus tous deux, retourne à celui que probablement il trouve le meilleur? de sorte que celui qui , par le repentir, avait résolu de plaire à Dieu, se repent de son repentir afin de rentrer en grâce avec le diable. Assurément il ne manquera pas d'être aussi odieux à l'Étemel , qu'il sera le mieux venu auprès de Satan, a Mais, disent quelques-uns, il suffit d'adorer Dieu de cœur et d'esprit sans que les actes extérieurs répondent à notre foi. On peut pécher sans pour cela cesser de craindre et de croire.» C'est comme si l'on disait qu'on peut violer la foi conjugale sans cesser de respecter la chasteté, ou donner du poison à son père sans cesser d'être un excellent fils. Eh bien, Dieu les précipitera probablement dans la gène sans pour cela cesser de leur pardonner, puisqu'ils ont péché sans cesser de le craindre. Étrange exemple de perversité I Us craignent Dieu, et ils l'offensent! Apparemment que s'ils ne le craignaient pas, ils ne l'offenseraient pas. Alors si nous voulons ne pas irriter notre Dieu, ne le craignons donc pas , puisque ia crainte est une cause d'offense. Mais de tels esprits sont de la race des hypocrites qui sont les amis intimes du diable , et dont la pénitence n'est jamais sincère ni durable.
VI. Tout ce que notre faible talent s'est efforcé de faire connaître sur la nécessité de faire pénitence et de persister dans la bonne voie, regarde tous les serviteurs de Dieu qui veulent obtenir ses grâces , et surtout les néophytes dont les oreilles ont à peine commencé à retentir de
DE LA PÉNITENCE
ta parole divine, et qui , semblables à de jeunes animaux qui se mettent à ramper avant que leurs yeux soient bien ouverts , entreprennent de faire pénitence, mais ne savent pas y parvenir. Le repentir les porte souvent à regretter leurs anciennes voies, qui les attirent encore , comme ces fruits qui, amers et pourris, ont encore uncôté qui flatte la vue. Presque toutes ces erreurs sur la pénitence viennent des pr^ugésqueron se forme sur la vertu du baptême. Dans la certitude où sont les catéchumènes de recevoir avec ce sacrement le pardon de tous leurs péchés, ils profitent pour ainsi dire du temps qui leur reste, et continuent de pécher au lieu d'apprendre à s'abstenir. N'est-ce pas un calcul aussi inepte qu'injuste , de prétendre , sans faire pénitence , obtenir le pardon de toutes ses fiiutes? Vous ne voulez pas payer le prix et vous tendez la main pour recevoir la marchandise! La pénitence est le prix du pardon, c'est la condition expresse de l'impunité. Or si les marchands , avant de livrer leurs articles, examinent scrupuleusement la monnaie qu'on leur compte , pour voir sUl ne s*y trouve pas un écu faux , effacé ou rogné, nous devons croire que le Seigneur s'assure de la sincérité de la pénitence , avant de nous accorder un pardon qui équivaut à la vie éternelle. Mais nous parlerons un peu plus tard de cette sincérité. Faut-il croire que nous sommes complètement purifiés et acquittés Icnrsque nous sommes absous ? pas du tout. Le pardon nous est promis ; mais nous en devons toii^ours le prix que nous ne pouvons payer que lorsque Dieu menace et non quand il [Nurdonne. Un esclave affranchi ne se reproche plus d'avoir fui de la maison de son maître, ou de l'avoir volé. Quand une Fois le soldat a son congé, il s'mquiète fort peu des bons ou des mauvais rapports de ses chefs. Le pécheur doit donc se laver par le repentir avant d'obtenir son pardon , parce que le temps de la pénitence doit être un temps de péril et de crainte. Je suis loin de nier l'efficacité du baptême pour efittcer les péchés; mais pour arriver là , il faut mériter d'y être admis. Qm voudra verser l'eau sainte sur un homme dont le repentir n'€!3t pas sincère? Tu pourras sans doute t'approcher des fionts baptismaux par ruse en affectant une grande piété; mais Dieu veille sur son trésor, et ne le laissera pas surprendre ainsi par ceu qui en sont indignes. C'est lui qui a
dit : «Il n'est rien de caché qui ne soit découvert plus tard. » De quelque obscurité que tu te flattes d'avoir enveloppé tes enivres, rappelletoi que Dieu est la lumière. Il y en a qui croient que Dieu est obligé d'accorder ce qu'il a promis; , quand même on en serait indigne, et qui font de sa générosité une servitude. Si c'est par nécessité qu'il nous fait grâce, il le fait donc malgré lui? cMais, dira*t-on, bien des hommes pourtant retombent après le baptême ; s'ils n'en étaient pas dignes , ils l'ont cependant obtenu. » Sans doute : mais ce sont ceux qui se sont trop hâtés de le recevoir, qui se sont trop tôt fiés à la sincérité de leur repentance, et qui ont bâti leur maison sur le sable. Qu'on se garde donc de se flatter. Parce qu'on est reçu au nombre des novices catéchumènes, il ne s'ensuit pas que l'on ait la liberté de pécher en attendant le baptême qui doit laver toutes les fautes. Puisque tu commences â connaître ton Dieu, tu dois le respecter et le craindre. A quoi te servirait la connaissance, si tu agissais comme dans le temps de ton ignorance? Quelle différencedoil-il donc y avoir entre toi et un vrai fidèle? Grois-tu qu'il y ait un CEhrist pour ceux qui sont baptisés et un autre pour les catéchumènes? T aht-il deux espérances , deux craintes , deux jagemens , deux raisons différentes de se repentir? Ce baptême est le s]rmbole de la foi qui doit être basée sur une sincère pénitence. On ne nous baptise pas pour que nous cessions de pécher, car nous devons nous approcher des fonts d^à corrigés et repentans. La crainte de Dieu doit être le premier baptême; pour s'approcher du Seigneur, il faut une foi pure et un cœur contrit. Si nous devions cesser de pécher par cela seul que nous avons reçu l'onde sacramentelle, notre innocence serait nécessaire et non plus spontanée. Or qui a du mérite à être vertueux, de celui qui ne peut, ou de celui qui ne veut pas être vicieux? de celui qui se trouve forcé de bien faire, ou de celui qui fait le bien par son propre choix? Si nous ne faisions le bien , si nous ne nous abstenions du mal que sous l'influence d'une force supérieure , nous pourrions voler, â moins que les serrures ne fussent trop solides pour nos mains; nous ne priverions nos yeux des regarda de la concupiscence que lorsque nous serions empêchés par des gardes vigilantes. Voilà ce qui devrait être nécessairement si nous ne ces«
TERTULLIKN.
fions de pécher que pprce que le bqitème aurait \à vertu de nous lier les mains. Il me semble que celui qui pense ainsi doit s'attrister d'être lié par le baptême et se réjouir quand il peut s'en échapper. Je dis donc: qu'il iàut que les catéchu* mènes désirent quelque temps le baptême et qu'ils ne le reçoivent pas trop tôt. Celui qui dé* sire une chose, en fait cas et Thonore; celui qui la reçoit trop vite est apte à s'en enorgueillir. Le premier a de la modestie, le second de la vanité; l'un fait tout pour mériter, l'autre néglige le don qu'il a reçu; celui-là reçoit le baptên^e, celui-ci s'en empare. Quel est le pbv dî{pie de la grâce? C'est celui qui s'est le mieux cori'igif. Qui est-ce qui se corrige le mieux? C'esl celui q^i craint le plus, et qui par conséquent a montré le plus de repentir. Il craint de pécher, de craint^ de n'être pas jugé digne; tandis que l'autre, qui regarde cette grâce comme uuecbpse qui lui est due^ s'ep fiiit accroire et ne peut pas «voir I9 crainte (|e Dieu, qui est la source de toute sagesse et dp toute pénitence. Celui qui demJipde le bfpf ême avant de l'avoir mérité, est bouffi 4'or^eil.et ne respecte pas celui dont il attend les grâces; souvent même il cherche h le tromper. Demander une faveur avant de l'avoir méritée, c'est le meilleur moyen d'offenser son mattre.
VU. Que Nopre-Seigneur Jésus-Christ nous fesse la grâce de bien démontrer et de persuader aux catéchumènes qu'ils doivent bien se garder de pécher; faire autrement, c'est ne pas conpaitre la véritable pénitence , et par conséquent ne pas la désirer. Je ne sais trop si je dois parler de l'efficacité de la seconde pénitence, ou de la finale, tant je crains d'ouvrir le chemin du péchfSenvDulantmontrerceluidurepentir.Qu'on n'aille pas m'interpréter assez mal pour penser qu'on est libre de pécher, parce qu'on pourra se repentir après. Ce serait appuyer la témérité et l'insolence de l'homme sur la clémence et la bonté dp Dieu. Parce que Dieu est bon, faudrat-il que nous spyqns méchans en proportion et que nous tâct^ions de pécher aussi souvent qu'il peut pai^qnner? Mais il viendra un tempsoù noua ppurroDS encore pécher et où nous ne pourrons pjius échapper à sa colère. Parce que nous y avons échappé une fois, fiiut-il nous jeter dans le danger sous prétexte que nous échapperons encore? V^yezceux qui se soiu sauvés d'un naufrage;
j iisrenoneentâ la navigation, et honorent le doQ de Dieu , c'est-à-dire leur vie chamelle , en ne l'exposant plus aux périls de la mer. J'aime
1 cette modestie timide qui craint de paraître importune à Dieu en lui demandant trop souvent la
; même laveur. L'homme qui craint son Dieu , l'honore. Mais l'esprit du mal ne s'endort jamais dans sa malice. Cest surtout quand il voit l'iiomme délivré de ses griffes qu^il s'irrite et ne fait que s'enflammer de ce qui devrait le décourager. U est impossible qu'il ne gémisse pas en voyant cette promesse de pardon faite an repentir, promesse qui met un frein à son œuvre (de mort , et qui eflace et annule tant de sentenoes de damnation. 11 pleure de rage en pensant que ce péoheor, devenu eerviteur du Christ, doit mnjour le juger, lui et ses anges. Voilà pourquoi il le guette, il l'attaque, il l'assiège , pour voir s'il est possible de faire pécher ses yeux par la concupiscence charnelle, d'envelopper son âme dans les filets du siècle oorrrompu, d'ébranler sa fidélité par la crainte des persécutions, ou enfin de le faire , à force de perfidie, sortir de la bonne VAicUnépargnepourcelanilestentations ni les calomnies. Dieu prévoyant toutes ses ruses per» iûfiieiises,«prës avoir fermé la porte du baptême, aonvertau pécheur relapscellede laseoond pénitence, qui laisse entrer ceux qui firappent ; mais une fbis seulement, parce que c'est déjà la seconde : il ne faudrait pas revenir plus souvent. Pouvea-vons dire que ce ne soit pas assez? Vous aviez déjà obsenu <votre pardon une fois, et vous avez perdu cette gnâce. Si Dieu est assez indulgent pour vous rendre ee que vous avez 4^à perdu , montrez vous au moins reconnaissant , et ne recommencez pas. G%8t une plus grande faiveur de voas rendue oe que voua avez perdu que de vous PavQir donné la première; parce que c'est de ^tre part tme plus grande iaute de l'avoir perdu que de ne lavoir jamais obtenu. Mais il ne fuit pas se déeourefiper cependant« si l'on vient à avoir besoin d'un second pardon. Fuyez la rechute.maisne fîiyez pasia seconde pénitenoe; évitez de vous exposer de nouveau au «danger , mais ne vous détournez pas de la mai» seoourable<{ui vent vous sauver une seconde Ibis. Quand on retombe malade , il ne faut pas avoir honte de retourner au médecin. Vous trouverez grâce devant le Seigneur sr vous ne reftaaed^ paa^asMiiifrits'; vons rtm oP*
DE LA PENITENCE
fcnsé, mais vous pouvez encore vous réconcilier avec lui. Vous savez à qui il faut demander pardon , et vous savez aussi qu'il ne le refusera
VHI. Si vous aviez un doute à cet égard, voyez ce que l'esprit saint mande aux Églises. Il accuse celle d'Éphèse de n'avoir plus la charité; il reproche à celle de Tatîrtb sa luxure et son penchant à l'idolâtrie; il dit à celle de Sardes qu'elle manque en bonnes œuvres ; il reprend les fidèles de Laiodicée d'avoir trop de confiance dans leurs richesses; et cependant il les exhorte à la pénitence , et nftmle leur fiiit des menaces. Or il ne menacerait pas lés impénitens sïl t'avait d'autre part l'intention de leur pardonner au cas où ils viendrait à se repentir. Vous pourriez encore en douter, s1l n'avait ailleurs explicitement parlé de sa clémence sans bornes. Ildit :cQue celui qui est tombé se relève; que celui qui s'est éloigné de moi revienne à moi.» Il est celui qui aime mieux le repentir et le salut du pécheur que le sacrifice. «Les cieux et les anges se réjouissent quand un pécheur se repent.» Allons, pécheur! aie bon courage et pensée ceux qui se réjouiront de te voir rentrer dans la bonne voie. Que signifie cette parabole du Seigneur? Une femme ayant perdu une drachme, Uchercha et la retrMva; puiselle invita ses amies à venir se réjouir avec elle. N'est-ce pas là le Sftaibole du pécheur qui a retrouvé la gràceP Une petite brebis s'est ^rée ; tout le troupeau ensemble A'était pas plus cher au bon pasteur qui la cherche, oidriiant les autres dans sa sollicitude; et quand il l'a trouvée, il la rapporte sur ses épaules, car il avait été bien affligé de sa perte. Je parlerai aussi de ce père si indulgent , qui reçoit son enfant pvodigue que la pauvreté a rendu repentant; il tue le veau gras et fait un festin pour célébrer son bonheur. Pourquoi non? Ce fils lui était d'autant plus cher qu'il l'avait cru perdu. De qui ce bon père est-il l'image? De Dieu, le meilleur de tout les pères. Il te recevra , ai ta reviens à lui , bien que tu fusses riche quand tu l'a quitté et que tu reviennes pauvre; il se réjouira plusde ton retour que de la bonne conduite de ceux qui ne l'ont jamais quitté. Si toutefois tu viens à te repentir dans tonànoe^si tu compares la famine que tusouffres avec l'abondance dont jouissent les serviteurs de ton père, ai tu abandonnes enfin les pour»
ceaux immondes et que tu reviennes vers ton père offensé , en disant : a J*ai péché , mon père, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fila.» L'aveu de tes fautes les fera excuser; la dissimulation au contraire ne fait que les aggraver. La confession est un commencement de satisfaction ; la dissimulation est une révolte contre Dieu.
IX. Plus cette seconde et dernière pénitence est nécessaire, plus les preuves doivent en être évidentes ; il ne suffit donc pas comme pour le baptême que le repentir soit dans la conscience, il faut qu*il se manifeste par des actes extérieurs; c'est cet acte que nous appelons ordinairement en grec exomologésis , par lequel nous confessons nos péchés à Dieu, non pas qu'il les ignore, mais parce que cet te confession est un commencement de réparation et de satisfaction. La confession amène le repentir, et le repentir apaise le Seigneur. La confession abat et humilie l'homme; elle le change pour le rendre digne de sa miséricorde céleste ; elle lui ordonne de se coucher dans le sac et la cendre , de se couvrir le corps de poussière, et de plonger son âme dans la douleur, pour h purifier par la soufiFrance. Elle lui défend toute délicatesse dans le boire et le manger, non à cause du corps , mais à cause de Tàme. Elle veut que le pécheur nourrisse et fortifie son âme par la prière, le jeûne^ les gémissemens et les larmes ; qu'il crie jour et nuit vers son Dieu ; quil s'agenouille aux pieds des prêtres; qu'il se prosterne devant Tautel de Dieu, et qu'il prie ses frères de joindre leurs supplications aux siennes. VoBâ ce que foît la confession pour donner plus de prix au repentir, afin que ce repentit* soit unhdhneur rendu à Dieu, pour acquitter le pécheur et le soustraire à la juste indignation de eoil Dieu; et pour remplacer par une peine sùrla terre et dans le temps les supplices de Fàtitré monde et de l'éternité. En abaissant rh(taam<$ dans la poussière, elle le relève; en le souillant éé cendres, elle purifie son âme ; en l'accusant et en le condamnant, elle l'absout. Plus le pécheur est sévère envers luMnème , et plus Dieu sers indulgent pour lui.
X. Cependant il y en a à qui il répugne de s'exposer en publie; Us reculent de jour ^eà jwH*; ils craignent la honte plus qu'ils ne déri* rent le sahrt , imitant en cda ces malades qiti , ayant honte de découvrir leurs plaies secrètes
TERTULLIEN
aux yeux des médecins, meurent avec leurs maladies honteuses. La vanité ne peut souFfrîr cette humiliation salutaire, qui consiste à foire satisfaction au Seigneur. Elle est louable en vérité, cette timidité qui vous fait lever la tète si effirontément quand vous péchez, et qui fiUt que vous n'osez pas implorer en public le pardon de votre Dieu ! Je n'écouterai point ma timidité ni ma honte quand il me sera plus avantageux de les fouler aux pieds. L'esprit luimême nousexborte indirectementàbraver toute mauvaise honte quand il dit : «Ne prétendez pas m'honorer en disant :c II vaut mieux que je périsse par toi. » Si le pécheur a quelque chose à craindre, n'est-ce pas plutôt lorsqu'il applaudit aux risées des impies , lorsqu'il s'élève par la ruine de son prochain? D'ailleurs au milieu de tes compagnons dans le service de Dieu , et de tes frères , qui n'ont avec toi qu'une espérance , one crainte, qui partagent tes jours, tes douleurs et tes souffrances (car les enfans du même Dieji doivent être unis en esprit), pourquoi fuis -tu ceux qui sont tombés comme toi; comme s'ib devaient applaudir à ta chute? Le corps ne peut se r^ouir des douleurs d'un de ^es membres; il faut qu'il souffre tout entier , t que tout entier il s'efforce de guérir. Le wps et les membres sont l'Église , et l'Église c'est le Christ Quand tu fléchis le genoux devint tes firères, c'est le Christ que tu implores; et eux aussi , quand ils pleurent sur toi , ils pleurent sur le Christ souffrant, sur le Christ ^ui invoqae son Père. Ce que le Fils demande sera toujours facilement accordé. La mauvaise honte assurément vous fait de belles promesses; elle vous fait croire que vous pourrez dissimuler vos pédiés. Et si vous parvenez à les cacher aux hommes, espérez-vous donc aussi tromper votre Dieu? L'estime des hommes vautéUe donc mieux que la justification devant DieuP Vaut-il donc mieux se damner en cadiette , que d'être absous en public? Si l'esprit du mal a surpris celui qui aime le Seigneur, que le courage ne lui manque pas au moins pour faire pénitence, car cette pénitence bien que pénible est salutaire. Il est douloureux d*avoir un membre coupé , ou une plaie cautérisée; il est répugnant de boire une médecine Acre et amère ; mais si ces remèdes guérissent , on leur pardonne ce qu'ils ont de péniUe : tant
il est vrai que l'espérance de la santé fait oublier le mal présent !
• XI. Mais si ce n'était pas même la mauvaise honte qui les faisait ainsi reculer leur confession? si c'était plutôt la crainte de la gêne corporelle, et la peur de paraître en public dans un vêtement négligé et sale, de se priver de tous les plaisirs? s'ils n'étaient effrayés que de la rudesse de la haire et du dégoût de la cendre et de la nécessité de jeûner ? Il conviendrait mieux sans doute que nous fissions pénitence avec de beaux manteaux de pourpre tyrienne ! Tenez, voilà une épingle d'or pour séparer vos cheveux ! voilà de la poudre pour nettoyer les dents ! voilà des ciseaux d'airain pour vous faire les ongles ! Prenez aussi ce rouge et ce blanc pour vous farder les lèvres et les joues ! Allez aux eaux, ou prenez des bains de mer, augmentez vos dépenses, nourrissez-vous grassement, et buvez de vieux vins I Si Ton vient vous demander pourquoi vous faites tant de frais , vous pourrez répondre: «C'est que j'ai péché contre le Seigneur, et que mon salut éternel est en danger; c'est pourquoi je suis dans la douleur , je mortifie mon corps , et je fais rude pénitence , afin d'apaiser mon Dieu , que j'ai offensé par mes péchés. »Mais voyezdoncceuxqui intriguent pour être élus à des magistratures : ils n'ont point honte, ils ne font pas la moindre difficulté de se soumettre non-seulement aux souffrances du corps et de Fàme , mais encore à toutes les avanies pour obtenir quelques voix. Us affectent d'être grossier dans leurs vêtemens. A combien de portes ne vont-ils pas frapper soir et matin ? que d'humbles salutations] Voyez les se rappetisser pour ainsi dire, quand ils rencontrent un homme qui a quelque influence sur le peu(rie. Us ne donnent point de festins; ib n'invitent même plus leura amis; ils se privent de toute liberté et de tout plaisir. Et tout cela pour être magistrat pendant un an. Et nous, nous hésitons à faire, pour obtenir le salut étemel , ce qu'ils font sans scrupule pour le plaisir passager de faire porter devant eux des faisceaux et des haches. Nous ne voulons pas jeûner et paraître n^ligés dans nos vêtemens quand nous avons offîensé Dieu, lorsque les gentils le font sans avoir offensé personne ? Ce sont bien là ceux dont l'Écriture a dit : «Ils ouf lié leurs péchés avec une longue corde.»
AUX NATIOlfS.
Xn. Quand ta penses à la confession , pense anssî aux flammes de l'enfer, que la confession seale peut éteindre pour toi. LMdée de la grandeur du châtiment te fera trouver le remède bien doux. Que devons-nous penser de cette fournaise étemelle , lorsque nous voyons les plus petites de ses cheminées souterraines jeter de tels torrens de flammes , que les villes voisines sont détruites de fond en comble, ou sont menacées de Tètre d'un jour à TautreP Les plus hautes montagnes sont déchirées par cet enfantement de feu. Et ce qui nous prouve rétemité de ce feu qui doit un jour nous servir de châtiment, c'est que ni Tébranlement des montagnes, ni même leur disparition, n'ont pu épuiser cette source de feu. Qui ne voit dans ce déchirement du globe une image des tourmens qui nous attendent? Qui ne regarde tous ces volcans comme de faibles étincelles d'un vaste et inconcevable foyer? Or , puisque vous savez qu'après le baptême le Seigneur vous a encore donné, dans la confession publique, un moyen d'éviter l'enfer, pourquoi donc désespérez-vous de votre salut? pourquoi cessez^vous de frapper, puisque vous savez qu'il vous sera ouvert P Les animaux muets eux-mêmes et les bêtes sans raison ont un instinct qui leur fait deviner les remèdes qu'ils doivent prendre. Le cerf blessé d'une flèche va brouter le dictame , et l'hirondelle qui a eu le malheur d*aveugler ses petits, sait leur rendre la vue au moyen de sa propre ché-
lidoine. Et le pécheur , sachant que le Christ a institué la pénitence pour son salut , s^en tien* drait éloigné? Qu'est-ce qui rétablit Nabuchodonosor sur le tr6ne de Babylone? C'est que pendant sept ans il présenta au Seigneur Toffirande de sa pénitence ; c'est qu'il se confessa dans la pouissière, laissant croître set ongles comme les aigles, et ses cheveux comme la crinière des lions. Mais , 6 merveille I celui que les hommes avaient en horreur a trouvé grâce devant Dieu. Au contraire le pha raon d^gypte, qui refusa si longtemps de rendre la liberté au peuple de Dieu, et qui, après l'avoir enfin laissé partir, se mit à le poursuivre malgré les fléaux prodigieux qui auraient dft l'avertir, fut englouti dans les flots de la mer, qui ne s'était entr'ouverte que pour le peuple élu ; il n'y avait point de place pour le repentir dans son cœur endurci. Mais pour* quoi parlerais-je plus longtemps du baptême et de la confession , ces deux planches de notre salut? Ne vais-je pas paraître avoir fait plutôt parade d'une vaine éloquence qu'avoir suivi l'impulsion de ma conscienceP C'est que je suis pécheiv aussi, moi; c'est que j'ai commis bien des fautes et que je suis destiné aussi à bire pénitence. Voilà pourquoi je ne puis pas plus me taire à ce sujet qu'Adam, premier des hommes et premier pécheur^ qui ne regagna le paradis perdu que par sa pénitence.
AUX NATIONS