‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 35 sur 102 · AUX · texte numérisé non relu

AUX

«Allons-noos-en, allons trouver nos mères!» Mais, dîrez-vous, une ou deux nations font à peine tache sur la surface de la terre. Mais les chrétiens! rOcéan ne laverait pas leurs souillures! Mais vous qui faites passer par adoption vos enfans d'une famille dans une autre, qui les confiez souvent à des mains mercenaires, ne savez-vous pas combien de chances d'inceste vous entourent? Vos débauches d*ailleurs vous ren* dent si souvent pères sans que vous le sachiez ! Quel mélange, quelle confusion de toutes les femilles ne résultent pas du relâchement de vos mœurs! Quand Fulcianus était préfet de la ville, une certaine nourrice sortit de la maison de son maître et laissa sur le seuil de la porte Penfant qu'elle aurait dû garder. Un Grec des frontières s'empara de Fenfant et l'emmena en Asie. Au bout de quelques années, il le ramène à Rome sous un nouveau nom et le met en vente. Son père achète le petit esclave grec , et s'en sert. Quelque temps après , il s'en dégoûte, et, comme c'est assez votre usage , il l'envoie à la campagne travailler aux champs. Il y trouva son ancien précepteur et sa nourrice qui depuis plusieurs années étaient là en pénitence. On se met à causer et à raconter mutuellement ses aventures. Les vieux esclaves lui content qu'ils ont perdu le jeune enfant qui leur avait été confié; l'adolescent raconte qu'il a été perdu ou volé, et qu'il est né à Rome d'une famille honorable. On réfléchit sur son âge; on compare les dates; la nourrice reconnaît sur son cou une certaine marque, que confirme encore une lointaine ressemblance; bref, il est reconnu. Dieu le permit sans doute, pour qu^une si horrible tache fut ineffaçable sur vos fronts. Les maîtres ou plutôt les parens entendent parler de Paffaire, ils font venir le marchand d'esclaves. Tout est dévoilé. Les parens s'étranglèrent de désespoir. Le préfet Fuscianus adjugea tous les biens à l'adolescent, non comme héritage, mais comme salaire de l'inceste et de l'obscénité. Que cet exemple bien connu vous suffise, quoique j'en pusse citer bien d'autres. Il n'est aucun événement qui n'arrive plusieurs fois, bien que souvent il ne soit découvert qu'une fois. Vous nous reprochez l'inceste comme une des obligations de notre culte, et voilà ce que vous faites, sans y être obligés par le vôtre.

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