LIVRE II
I. Notre défense, 6 nations dif|;nes de pitié! exige maintenant que nous examinions la divinité de vos idoles, et que nous en appelions à votre conscience, pour savoir si elles sont de vrais dieux , comme vous le prétendez , ou bien de faux dieux, comme vous ne voulez pas en convenir. Car telle est TopîDiàtreté naturelle à^l'erreur que ceux qui y sont plongés ne veulent pas en sortir, €t par là aggravent leur tort. Ils ont des yeux et ne voient point ; ils ont des oreilles et n'entendent point; leur cœur, bien que plein de vie , languie dans la stupeur de la mort , et leur esprit ne veut pas reconnaître ce qu'il voit. Que si i*on voulait d'un mot anéantir toutes les prétentions de vos dieux, ne sufifirait-il pas de montrer qu'ils ont tous été inventés et établis par les hommes et que, par conséquent , ils ont eu un commencement , ce qui est tout à fait incompatible avec l'idée que l'on doit avoir d'une divinité! Mais il y a tant de préjugés qui endurcissent et encroûtent pour ainsi dire le bon sens et le font croupir dans une erreur volontaire !
* Ce second Urre est encore plus mutilé que te premier ; dans le premier, ce sont des phrases et des mots qui restent imparfiMU ; dans oelui-d, des cliapitres tout entiers sont biNiqués et iniiuieUîgibles. Le traducteur a so»vfDC été obligé d'analyser an lien de traduire.
la vérité est attaquée de toutes parts, elle n*a pour résister que sa propre fbrcé. Et pourquoi ne se suffirait-elle pas à elle-même? Elle sait quand il lui platt changer ses adversaires en autant de partisans, et forcer ses ennemis h s'agenouiller devant elle. Nous avons donc à lutter contre les préjugés, contre les institutions de nos ancêtres; contre la volonté de nosgoliverneurs, contre les argumens des philosophes, contre l'antiquité, l'habitude et Tentralnement, enfin contre les prodiges et les faux miracles dont on a étayé toutes ces fausses divinités. Voulant donc m'appuyer sur vos propres commentaires, attendu que chez vous la littérature a plus de poids que la nature des choses, j'ai choisi pour point de départ les œuvres de Varron qui a compilé et commenté tout ce qui ar été dit et écrit avant lui sur votre mythologie ; il sera pour moi un excellent guide. Si je lui demande qui a placé les dieux sur leurs piédestaux, il me répond que ce sont les peuples , ou les philosophes , ou les poètes. Voilà donc trois espèces de dieux; les dieux physiques ou naturels , qui doivent leur existence aux philosophes ; les dieux allégoriques sortis du cerveau des poètes; enfin leii dieux nationaux ou diunicipaux que les difPérena peuples ont adoptés. Ainsi, tandis que les philosophes déifiaient les vagues conjectures que leur suggérait Tétude erronée de la nature, les poètes tiraient leurs mythes des fàUes et des allégories, et les peuples en inventaient suivant leurs caprices. Maintenant où faut-il chercher la vérité? Sera ce dans les conjectures des savans? mais qui dit coAJecture, dit incertitude. Dans les fables? ce ne sont que des contes honteux et dégoûtans. Dans l'adoption des peuples? mais une divinité adoptée n'est qu'une divinité pas» sive , sans compter qu'elle est municipale, c'està-dire partielle. Les philosophes ne sauraient nous guider, parce qu'ils ne sont pas d*accord entre eux; les poètes en sont indignes, parce qu'ils se traînent dans la fange; Jes peuples enfin ne peuvent nous montrer que des dieux passifs, des dieux de leur invention, des dieux qui se sont laissé faire. Or Tesseace de la divinité, quand on Tétudie bien, est de n'être établie ni sur des coqjectures , ni sur des fables , ni sur l'arbitraire. On doit la concevoir telle qu'elle est : certaine , pure et universelle , on commune i tous. Gomment puis-je croire à un dieu, parce
TERÏUI
qu'un homme a soupçonné son existence, parce qu*un autre en a fait le sujet d'un poème , ou parce qu'une cité a voulu Tavoir ? Il est plus raisonnable de ne croire à rien que d'avoir un dieu conjectural, un dieu dont on ait à rougir, ou un dieu adoptiF.
n. Mais on regarde Tautorité des philosophes comme la source de toute science ; et pourtant la première preuve de leur ignorance , c'est la variété de leurs opinions. Sont-cebien des sages que ces ignorans qui ne connaissent pas le Dieu qui est le père et la source de toute vérité? Voyez plutôt comment s'exprime Salomon : «La crainte de Dieu, dit-il, est le commencement de la science.» Or pour craindre Dieu, il faut k connaître ; car comment craindre ce que Ton ne connaît pas? Celui donc qui craint Dieu, acquerra la connaissance de toute vérité, il aura la science pleine et entière. Certes, il n'est pas clair que les philosophes soient aussi .avancés. Ils ont eu beau étudier tous les anciens Iwres sans excepter les nôtres où ils ont plus l'une fois puisé : s'inquiétant peu de la pure vérité , ils n'ont pensé- qu'à s'approprier ces richesses en les défigurant ; d'où il est arrivé que chacun les changeant à sa manière, il en est résulté un déluge d'argumentations et de disputes où la vérité a été submergée et perdue. Tout ce que l'on peut distinguer dans ce chaos, c'est qu'ils n'ont pobt représenté la vérité telle qu'ils l'ont trouvée, et que maintenant ils s'en disputent les lambeaux déchirés. Les platoniciens appellent Dieu le gouverneur, l'arbitre et le juge. Les épicuriens en font une espèce de nullité qui ne fait rien et ne s'occupe de rien. Les stoïciens le placent en dehors du monde; les platoniciens veulent qu'il soit en dedans. Mais ce Dieu en qui ils n'ont pas cru d'une foi vivifiante, ils n'ont pu le craindre, et par conséquent ils se sont dès lorigine écartés du commencement de la science, qui est la crainte de Dieu. Nous avons plus d'une preuve de leur ignorance et de leurs doutes. On demandait à Diogène ce qui se passait dans le ciel : «Je n'y suis jamais monté,» répondit-il. On lui demandait encore s^il y avait des dieux : a Tout ce que je sais, dit-il, c'est qu'il serait fort bon qu'il y en eût. » Crésus demanda à Thaïes de Milet ce qu'il pensait des dieux. Il prit du temps pour refléchir, et finit par ne rien répondre, ^rate paraissait presque