NE DU SOLDAT
nous mettons au lit, bref en tontes actions et déportemens , nous imprimons au front le signe de la croix. Si tu demandes opiniâtrement une loi prise de PÉcriture pour toutes telles et autres disciplines ou usages, tu n'en trouveras aucune. Mats on te mettra en avant la tradition qui en est l'auteur, la coutume qui la confirme, et la foi qui l'observe. Puis lu t'apprendras de toimême, ou apprendras de celui qui y aura pris garde, la raison sur laquelle la tradition, la coutume et la foi sont appuyées. Mais cependant tu croiras qu'il y a quelque loi non écrite à laquelle tu dois obéir. J'ajouterai encore un exemple , d'autant qu'il n*est pas malséant de tirer eaneignement des Pères de Pancienne toi. Entre les juift , c'est chose si ordinaire à leurs femmes d'avoir la tête voilée, qu'elles en sont connues par là. J'en demande la loi; car j'omets pour cette heure ce que l'apôtre en a écrit Si Rebeoca, découvrant de loin son fiancé, baissa soudain son voile, sa pudeur et sa honte virginale ne peut toutefois en avoir établi aucune loi , ou bien ce ne peut être qu'en sa propre cause seulement que les vierges seules se couronnent , et encore en allant épouser , et non plus tût qu'elles aient reconnu leurs fiancés. Si Susanne, ayant été dévoilée en jugement, sert de preuve et d'argument qu'elle était voilée, je puis dire qu'elle prit le voile de son propre mouvement , sans qu'autrement elle y fût obligé, parce qu'elle était déférée en jugement et qu'elleaurait eu occasion de montrer sa beauté, parce qu'elle craignait de plaire. Au reste, je ne crois pas aisément qu'aux portiques et aux galeries de son mari, elle se promenât voilée, puisqu'elle ap,i^. Je veux qu'elle ait toujours été cachée de son voile. Si je demande la loi de tel habit, soit en elle ou en autre quelconque, etque je n'en trouve en aucune part de l'Ëcriture, il s'ensuit donc que c'est la tradition qui a donné à la coutume qet usage et façon, qui doit prendre quelquefois l'autorité de l'apûtre, par l'interprétation qu'il a hit de sa raison. Donc parées exemples il sera manifeste : qu'une tradition non écrite et confirmée par la coutume se peut défendre et qu'on en peut soutenir l'usage même , comme celle qui , parla persévérance et continuation de soi-même, est fidUe et idoine témoin que c'est une tradition approuvée La eontume, foutede lois, mèmedans les choiea civiles, est reçue pour loi. Et n'im-
TERTULLIEN
porte si la loi consiste ou en l*Écriture ou seulement en la raison , puisque la loi même n'a point d'autre garant ou aveu que la raison. Que si la loi gtt et consiste en la raison, tout ce qui sera appuyé sur la raison sera loi , de quiconque soil-il allégué. Ne penses-tu pas qu'il est loisible à chaque fidèle de concevoir en un esprit quelque chose, et faire une ordonnance pourvu qi^'elle soit de Dieu, et à Tavancement de la discipline et an salut de rame, puisque le Seigneur a dit : «Pourquoi est-ce que vous ne jugez de vous-mêmes ce qui est juste?» ce qu'il entend non-seulement des choses qui viennent en jugement , mais aussi de tout jugement qu'on feit sur tout ce qui est à examiner. Aussi l'apôtre dit : «Si vous ignorez quelque chose , Dieu vous la pévèlera. » Lui-même a coutume de donner en conseil ce en quoi il n'y avait aucune ordonnance du Seigneur , voire d'ordonner certaines choses de soi et de son autorité privée ; aussi avait-il l'esprit de Dieu, lequel est le guide à toutes vérités. Ainsi donc son conseil et son ordonnance sont reçus comme un commandement de Dieu, parce qu'ils sont soutenus de la raison, laquelle est divine. Presse tant que tu voudras demandant cette raison ; mais que ce soit sauf le respect qui est dû à la tradition. Par qui que ce soit que tu la reçoives, considère non l'auteur, mais l'autorité, et principalement celle de la coutume, laquelle doit être d'autant plus en honneur et estime qu'elle doit servir d'interprète et de truchement à la raison; de manière que s'il platt à Dieu de te l'enseigner, tu saches alors pourquoi tu dois observer la coutume. Mais pourquoi demande-t-on avec tant d'opiniâtreté plus grande raison des usages chrétiens , vu qu'ils sont maintenus et défendus par la nature qui est la première maîtresse et discipline de toutes chosesPet pourtant elle sera h première qui nous montrera que la couronne n'est pas convenable sur la tète. Or le Dieu de la nature, celui qui, je crois, est le nôtre, qui a moulé l'homme et disposé en lui des sens certains pour désirer, discerner et obtenir le plaisir et jouissance des choses, comme par des instrumens propres; qui a creusé l'ouïe dans les oreilles f allumé la vue aux yeux, endos le goût dans la bouche, éventé le flairement dans les narines, et mis la règle et connaissance de Tattouchement dans les mains; par ces instrumens
et outils qui sont en dehors de l'homme, et qui lui servent en dedans, a voulu que le fruit et la jouissance de ses bénéfices fussent conduits et portés des sens jusqu'à Tâme. Quel fruit retire-t-on des fleurs? car la propre, pour le moins la principale matière des couronnes, est des fleurs des champs. Tu diras que c'est la couleur, ou l'odeur, ou tous les deux ensemble. Quelé seront les sens de la couleur ou de TodeurP Ce sera, à mon avis, la vue et l'odorat. Quelles parties de notre corps ont été loties et partagées de ces deux sens? Ce sont les yeux etles narines, si jene me trompe. Gontentez^vous donc de voir les fleurs, ou de les sentir puisque cela leur appartient; jouissez-en avec les yeux et les narines , propres membres et sujets de ces sens. La nature est donnée de Dieu, et de l'usage du monde, lequel ne peut contredire à celui de la nature. Estimez donc les fleurs liées et entrelacées en bouquet de soie ou de jonc, de même que si elles étaient déliée et en leur naturel, belles à voir et touffues à fleurir. Si tu veux user d'un chapeau de fleur , pour en porter grand nombre bien ordonnées, et en avoir le plaisir de toutes ensemble, cache-les dans ton sein si elles sont si nettes, répand-les sur ta couche, verse-les dans ta coupe, là elles ne peuvent nuire en aucune façon, i^is les servir eti z*i' tant de sortes que tu as de sentimens. Mais quelle saveur as-tu des fleurs à la tète? de quoi te profite plus la vue d'un chapelet, que le lien d'un bandeau ? tu n'en vois ni la couleur, ni tu n'en tires l'odeur, et n'en aperçois point la délicatesse. Gela est autant éloigné de la nature , de rechercher les fleurs pour la tète , comme des viandes pour les oreilles et des sons pour le nez. Or ce qui est contre nature, mérite d'être appelé de tous monstre, et de nous noté pour témoignage de sacrilège contre Dieu, auteur et maître de la nature. Demandes-tu donc la loi de Dieu , quand tu as cette commune loi en la place publique de l'univers et gravée dans tous les tableaux de la nature , auxquels l'apôtre a accoutumé de renvoyer ; comme quand , parlant des voiles des femmes, il dit : «Nature ne nous l'enseigne-t-elle pas?» ou quand il écrit aux Romains, « que les gentils font par nature ce que la loi commande.]» Il leur propose ainsi et la loi naturelle, et la nature légale. Et aussi quand il dît en la première partie de la même épttre : « Que les hommes et les fienunes ont changé le naturel de
DE LA COURONNE leur usage et condition et sexe en celui qui est eontre nature. Et ce, pour la peine de leur erreur, certes , il soutient Tusage de la nature. Nous avons premièrement connu Dieu par la nature, rappelant le Dieu des dieux, Testlmant très-bon, et rinvoquant comme juge. Tu demandes si la nature nous doit guider pour jouir de la condition de Dieu , parce qu'il est à a*aindre que nous n'y soyons ravis et aliénés par cette mèiçe nature, par laquelle le jaloux et ennuyeux coi\tre Dieu a corrompu avec Tbomipe même Funiver-. selle condition des créatures ^ assujettie et asservie à l'homme pour certains usages ; d'où vient que Tapôtre a dit qu'elle a succombé à contre-cœur à la vanité, étant bien souvent subvertie par vqns usages, sales, iiqustes, impies. Ainsi donc est avilie et déshonorée la condition des créatures parmi les voluptés des $pee^ tades, par ceux de qui la nature connaissait bien que toutes les choses desquelli» les spectacles sont composées sont de Dieu, mais qui manquaient en science. &içhez aussi que toutes choses sont renversées par le diable. Maiaen faveur de nos cbréôena qui prennent tant de plaisir à voir ces comédies et bouffonneries^ et antre telle manière de jeax, nous avons à plana écrit en grec de cette matière.
Vn. Partant que ces couronnés reconnaissent cependant l'autorité de la nature , comme celle qui est la commune mère, par laquelle ils peuvent contempler et connaître et les hommes et tes gages de leur ptopre religion, et ceux qui servent de plus près le Dieu de la nature ; et ainsi pareillement comme de surcroît toutes les autres