CONTRE
détail de cérémonies et de sacrifices, Dieu fait entendre clairement ce qu'il en pense dans plusieurs endroits , lors, par exemple, qu'il dit: « Qu*ai-je besoin de la multitudede vos victimes? est-ce donc là ce que j'ai désiré de vous ?» Dieu, qui connaissait le penchant de son peuple à Tidolâtrie, voulut Ten détourner, rattacher à la vraie religion , par les mêmes observances qui étaient en usa{]^e chez les idolâtres.
Il se proposait aussi (L ii, c. 19) de dompter, par des pratiques gênantes et multipliées, des esprits grossiers et indociles. II voulait par ses rites religieux si diversifiés, et répétés en tant de circon.stances, le retenir sans cesse en sa présence, Taccoutumer à méditer jour et nuit cette loi divine, la source à la fois du bonheur, de la gloire et de Tinnocence de Thomme. Je ne parle pas des sens mystiques d'une loi tout en figures et en prophéties.
De plus , ces prophètes sont pleins de maxiveset de préceptes dignes de Dieu , et qui démontrent que le Dieu de la loi et des prophètes ne peut être que le bon principe : « Extirpez Tiniquité de votre cœur, rendez justice à tous; protégez la veuve et l'orphelin ; partagez votre pain avec celui qui a faim ; recevez chez vous celui qui n'a pas d'asile, couvrez celui qui est nu, ne méprisez pas votre semblable; mettez un frein à votre langue ; éloignez-vous du mal et faites le bien ; fuyez les méchans et les impies; recherchez la compagnie des hommes religieux et craignant Dieu; mettez votre confiance en Dieu, plutôt que dans aucun prince delà terre, et tout vous réussira; cherchez la paix, conservez-la précieusement; si la colère vous surprend, n'y persévérez pas; qu'il est doux , qu'il est heureux pour des frères d'habiter ensemble, occupés sans cesse à étudier la loi divine! Le juste, semblable à un arbre plantésur le bord d'un ruisseau, portera ses fruits dans le temps et ne perdra pas une de ses feuilles; celui qui a le cœur et les mains purs , qui n'a jamais trompé personne, sera béni du Seigneur et comblé de ses grâces ; l'œil du Seigneur est toujours sur ceux qui le craignent et qui espèrent en lui , il les délivrera de la mprt éternelle; ils ont beaucoup à souffrir, mais le Seigneur les affranchira pour toujours de leurs souffrances; leur mort sera honorable devant lui; il (purdera tons leurs os, autan d*eux ne périra,
MARGION.
3ff1
et leurs âmes seront sauvées.! Je m'arrête. Ce court échantillon suffira pour faire connattre la bonté de notre Dieu.
Mais nous avons (1. n, c. 20) à faire à des esprits pervers et blasphémateurs, qui ne cherchent qu'à répandre leurs ténèbres sur les perfections de Dieu, qui brillent d'un si vif éclat , et à les souiller de leur venin infecte. Suivons-les à travers les nuages dont ils s'enveloppent; montrons au grand jour ces esprits de ténèbres, a Gomment, disent-ils, excuserez-vous votre Dieu, qui commande aux Hébreux de voler les Égyptiens?» Censeurs aveugles, qui ne voyez pas que ce sont les Hébreux qui sont ici lésés, et qui ont à se plaindre ! Rappele]&-vous l'oppression où ils ont gémi en Egypte, sous ces maîtres impitoyables, les ouvrages pénibles et forcés aux quels ils les avaient condamnés, les villes qu'ils leur avaient fait bâtir, sansleur avoir jamais payé aucun salaire; et vous conviendrez que les vases et les habits des Égyptiens sont une juste mais trop faible compensation. Je ne parle pas des enfans des Hébreux, jetés dans le fleuve. Nierezvous que leurs pères eussent droit de les reclamer aux Égyptiens?
Vous vous efforcez (c. 22) de mettre Dieu c;n contradiction avec lui-même, en citant de iui des ordonnances qui marquent de la légèreté et delà variation. «Il défendait, dites-vous, de travailler le jour du sabbat, et cependant il ordonna qu'on portât l'arche autour de Jéricho, Tespaoe de huit jours.» Pitoyable objection! Le travail défendpi est un travail profane, mais nullement ce qui a rapport à la religion, ce qui est ordonné par Dieu même. La loi dit expressément : « Vous avez six jours pour travailler à tous vos ouvrages; mais le septième, qui est le sabbat, le Sei«gneur votre Dieu se Test réservé. » Le transport de l'arche, ordonné par Dieu même , ne pouvait être une œuvre profane et servile interdite par la loi du sabbat ; c'était une œuvre religieusç qui, loin de profaner le sabbat, entrait dans sa sanctification.
S'il est défendu (c. 22) de foire aucune image de tout ce qui est dans le ciel , dans les eaux et sur la terre,ce n'est que dans le casdeTidolâtrie. Car on lit immédiatement après la défense : «Vous ne les adorerez pas , ni ne leur rendrez aucun culte. » Ainsi, ni le serpent d'airain destiné à guérir ceux qui Avaient été mordus par iei
TERTULLIEN
serpens, et la ûffuve d'un grand mystère , ni les figures de chérubins qui décoraient Farche du Seigneur, et qui n'avaient non plus aucun rapport à ridolâtrie, n'ont pu être renfermés dans la défense.
Si Dieu rejette les sacrifices des juife, qu'il avait cependant ordonnés, s'il déclare qu'il les a en abomination, ce n'est point légèreté de sa part; c'est qu'on les lui offrait avec des intentions criminelles, avec des mains et un cœur souillés. Et Dieu ne désire pas de sacrifices pour eux-mêmes : a Je ne me nourris pas, dit-il , de la chair des taureaux, et je ne bois pas le sang des boucs. 9 Par une raison contraire, les oblations d'Abel et le sacrifice de Noé lui plurent. Un puissant roi agréera les dons les plus modiques, présentés par le zèle et la fidélité , tandis qu'il rejettera tout ce qui viendrait d'une troupe de factieux et de rebelles.
On n'aurait pas moins de tort (c.S3) de reprocher à Dieu de tenir une conduite différente à l'égard des mêmes personnes en des tempsdifférens, de rejeter ceux qu'il avait autrefois choisis, comme s'il y avait de sa part ou de l'inconstance, ou défaut de connaissance de l'avenir. Dieu se comporte en cela comme un juge intégre , qui condamne ou absout selon le mérite actuel des personnes qu'il a à juger. Ainsi Saûl est choisi , lorsqu'il était distingué par sa vertu entre tous les enltins d'Israël. Il est rejeté, lorsque par sa désobéissance et son obstination , il s'est attiré ce châtiment. Salomon est réprouvé , lorsque des femmes étrangères ont égaré le plus sage des rois , et l'ont asservi au culte des idoles.
Quedevrait donc faire notre Dieu pour échapper à la censure des marcionites (c. 24) ? Condamner la vertu à cause du vice qui la souillera un jour, ou canoniser le vice par égard pour des vertus qui n'existent plus? Que l'homme soit constant dans le bien ou dans le mal, Dieu sera toujours le même à son égard. Ghange-t-il ? la justice de Dieu exige qu'il le traite selon que son changement le méritera.
Vous opposez l'ancien testament au nouveau (1. m, c. 24 et î. iv, c. 14). Vous ne cessez de décrier les promesses temporelles renfermées dans le premier. Ignorez-vous quenotre Dieu, le créateur de l'univers, est également le maître du ciel et de la terre; qu'il peut disposer également
des biens temporels et des biens étemels ; qu'il a commencé par promettre les premiers, pour préparer aux autres, afin que sa fidélité dans les objets moins importans fût le gage de sa fidélité dans des biens d'un ordre plus relevé? D'ailleurs il a laissé aux serviteurs la fonction d'annoncer la gloire et les biens terrestres. II a réservé à son fils , et à son Christ d'annoncer les biens célestes et divins.
Vous triomphez (I. n, c.24), en nous objectant une difficulté que vous croyez insoluble ; c'est qu'on lit dans quelques endroits de nos Écritures que Dieu s'est repenti de ce qu'il avait fait; d'où vous infërez que non-seulement Dieu manque ou de constance ou de prévoyance , mais même qu'il se reproche quelque faute. «Je me repens,9 dit le Seigneur à Samuel , a d'avoir établi Saûl roi. »
On ne prend pas garde que c'est là une façon de parler énergique que Dieu emploie, pour reprocher à celui qu'il rejette , son crime et son ingratitude, qui l'obligent à lui retirer ses glaces. Le terme de repentir dans la bouche d'un homme, signifie, il est vrai, le regret oa d'une erreur, ou d'une faute , quelquefois même du bien ; mais il ne saurait avoir ce sens dans la bouche de Dieu , qui ne peut ni se tromper , ni faire le mal, ni regretter le bien. C'est ce que dit Samuel à Saûl : «Le Seigneur vous a ôté le royaume d'Israël , pour le donner à un autre, qui en est plus digne que vous; et n'espérez pas qu'il change de résolution. Jamais il ne lui arrive , comme à l'homme , de se repentir. » Le repentir, en un mot, ne peut avoir sa source que dans la légèreté , le défaut de prévoyance ou de persévérance dans le bien. Il ne peut doac jamais se trouver dans Dieu à Fégard de l'homme. Le repentir appliqué à Dieu , que peut-il donc signifier? Rien autre chose qu'un changement de conduite, mérité par le changement de l'homme.
Répondons(c. 25) encore à quelques chicanes de nos adversaires. Pourquoi Dieu dit-Il à Adam, dans le paradis :« Où êtes- vous? » II ignorait donc où il était?
Le Seigneur ne pouvait pas plus ignmvr le lieu où il s'était caché, que le péché qu'il venait de commettre. Ces mots ,« où êtes-vous », n'ont pas seulement rapport au lieu ; ils sont un commencement de reproche , et ils indiquent Tétat