DANS L'ANNÉE
fenfin, mes très-chers frères , la paix a été rendue i l'Ëglise, et ce qui paraissait naguère difficile aux incrédules et impossible aux apostats, Dieu l'a fait par sa puissance souveraine* Nous commençons à reprendre nos esprits , Forage est passé, et le calme a succédé à la tempête, louons-en Dieu, et le remercions d'une fiivenr si signalée, quoique nous n'ayons cessé de célébrer ses louanges au plus fort de la persécution; car l'ennemi n'est pas assez puissant
«i. Lue, 18, 8.
pour feire que ceux qui aiment le'' Seigneur de tout leur cœur comme nous, ne le louent et ne le bénissent pas en tout temps. Ce jour tant dé^ siré de tout le monde est venu, et après les horribles et affreuses ténèbres d'une longue nuit, Dieu a fait paraître les rayons fiivoraUes de sa bonté. Nous contemplons maintenant avec plaisir ces confesseurs glorieux que leur foi et leur courage ont rendus illustres, et nous ne saurions nous lasser de les embrasser. Voici la
>S.Lucj2,36.
DE CEUX QUI SONT TOMBÉS
tronpe édataote des soldats de Jésus-Christ qui ont rompu par leur fermeté les plus violens efforts de la persécution , et qui étaient prêts à souffirîr toutes les rigueurs de la prison et de la mort. Vous avez généreusement résisté au siècle, braves athlètes de Jésus-<3)rist. Vous avez donné à Dieu un spectacle magnifique , et un grand exemple à tous les chrétiens. Votre voix a fidèlement confessé Jésus-Christ, et ne s*est point démentie depuis qu'elle a une fois fait profession de croire en luf. Vos mains illustres, qui ne s'occupaient qu'à des œuvres saintes et divines, ont rejeté courageusement des sacrifices impies. Votre bouche sanctifiée par des mets célestes, après avoir reçu le corps et le sang du Seigneur, a eu horreur de se souiller de viandes offertes aux idoles. Votre tète n'a point été couverte de ce voile profane dont on couvrait les tètes captives de ceux qu'on obligeait à sacrifier aux fausses divinités. Uafiront consacré par le signe de la croix n'a pu souffrir la couronne du diable, et s'est réservé pour celle du Seigneur. Avec quels transports de joie l'Église votre mère ne vous reçoit-elle point maintenant dans son sein au retour du comblt? Avec quel contentement et quelle allégresse ne vous ouvre-t-elle point ses portes , afin que vous entriez en troupe, chargés des dépouilles de l'ennemi terrassé! Les femmes mêmes ont part au triomphe des hommes , et elles ont vaincu le monde en vainquant leur sexe. Les vierges l'accompagnent aussi, ornées de l'honneur d'une double victoire ; avec les enfans qui ont surmonté par leur courage la foi- Messe de leur âge. Après, vient la troupe de ceux qui sont demeurés debout , et qui vous suivent de près dans la gloire de votre triomphe. Ils ont la même fidélité que vous, et le même attachement à la foi. Appuyez sur les fondemens inébranlables des divins préceptes et des lois de l'Évangile, ils ont regardé sans effroi les bannissemens, la perte de leurs biens , et les supplices les plus cruels. On leur donnait du temps pour tâcher d'ébranler leur foi , mais celui qui a renoncé au siècle se moque de tous ces délais artificieux , et celui qui aspire à l'éternité ne s'arrête point au temps. Que personne , mes très- chers frères, ne diminue une gloire qa^ils ont si justement acquise, que personne De rabaisse malideosement leurs avantages.
Lorsque le temps porté par les édits pour renier la foi est expiré , quiconque dans ce temps n'a point renoncé Jésus-Christ , l'a confessé. Le premier degré d'honneur est deconfesser Notre- Seigneur quand on est pris; et le second c'est de se retirer prudemment et se réserver pour ce qu'il plaira â Dieu d'ordonner de nous. La première confession est publique; la seconde est particulière. Celui-là demeure victorieux des juges du monde ; et celui-ci, se contentant d'avoir Dieu pour juge, conserve sa conscience pure en ne trahissant point les sentimens de son coeur. L'un témoigne plus de courage, et Fautre plus de prudence. Le premier se trouve prêt lorsque son temps est venu, et le second est peut-être réservé pour un autre temps ; et de ce qu'il s'est retiré et qu'il a abandonné ses biens pour ne point renier Jésus-Christ, c'est une marque qu'il l'aurait confessé s'il avait été pris.
Mais parmi le triomphe des martyrs, b^ gloire des confesseurs, et le courage de ceux qui sont demeurés fermes , il y a une chose qui nous afflige sensiblement. C'est que la fiirear de l'ennemi nous a arraché une partie de nos cotrailles, et en a terrassé plusieurs d'entre-nous. Que fend-je ici , mes très-cbers frères? j'en soie extrêmement en peine. Que dirai-je, ou de quelle manière parlerai-je? Certes, il est plna besoin de larmes que de paroles pour exprimer notre douleur, pour pleurer nos blessures , pour déplorer la ruine d'un peuple autrefois si nombreux. Car qui serait si dur et si impitoyable, que de demeurer les yeux secs au roilieu d'une si grande désolation , et de voir ses frères tombés d'une chute mortelle, sans fure retentir le ciel de ses cris? Je m'afflige avec vous , mes firères, je m'afflige avec vous ; et je ne meconsole point sur ce queje suis demeuré moimême sain et entier, puisqu'un véritable pasteur ressent plus vivement les plaies de son troupeau que son troupeau Ini-même. J'entre dans tous les sentimens de votre cœur, et je partage avec vous le poids de votre tristesse. Je gémis avec ceux qui gémissent, je pleure avec ceux qui pleurent , et il me semble que je suis cou* dié par terre avec ceux que l'ennemi a terrassés. Je suis percé des mêmes traits dont vous avez été percés, et Tépée qui vous a blessés a passé au travers de mes entrailles. Ainsi je ne puis
SAINT GTPRIBN.
pas dire que j*aîe été à couvert de la violence de là persécution , puisque Taflffection que fat pour nm ff èf es fait que f ai reçu le contre-coup de tMs lésf emips qu'on leur a portés. Mais néanlIMns , ttes frères ^ il ne nous faut pas désespérer, et les ténèbres àe la persécution ne nous doftent pas tetTement couvrir les yeux f qu'il te mfai reste éficore quelque luoiiére pour voir ée que Dieu nous connnande. Si nous reconnaissons b cause de nos maux , nous en trouverons le remède. Notre-Seigneur a voulu éprouver sa ftndHe ; et parce qu*une longue paix avait corrompu la discipline , les châtimens du ciel ont réveiflé notre foi languissante et endormie. Et quoique nos péctiés eussent mârité de plus grandes peines , Dieu qui est i)on a tellement tempéré toutes choses, que tout ce qui est arrivé a paru pf titéft une épreuve qu'une persécution. Tout fe monde ne songeait qu'à s^enrichlr, et Sans se soutenir de ce que les fidèles disaient du temps des apôtres , et qu'ils devraient toujours hïre , ils se portaient d*une ardeur insatiable à âccrottre leurs biens. Le zèle de la religion et h pureté de la foi éUtent éteints dans les prèifes et dans les ministres dé l'Église, tl n'y avait plus de diarité ni de règlement de moeurs pmiirf léé cbrétienl Les hommes se peignaient M bsi1>e et les dieveux, et les femmes se fardaient, et Ton corrompait ainsi l^ouvrage de Dieu. On Usait de fraudes et d'artiRces, et Ton tfchait de se surprendre Pun l'autre. On se mariait avec les infidèles , et Ton prostituait aux péfens les nrembres de iésus-Ghrist. Noil-seutement on jurait sans raison , mais on se parjurait. On méprisait itisolemment les prélats; on s'entre-déchirait par des médisances, et l'on oouviiit run contre Tautre des haines mortelles et irréconciliables. Les évéques, qui doivent instruire les autres et leur montrer Texemple, méprisaient l'administration des choses saintes pour se mêler des affeires séculières, et plusieurs, abandonnant kur chaire et leur peuple , couraient de province en province faire des trafics honteux. On n^assistait point les fidèles qui étaient pauvres , et cependant on voulait loi^ours amasser ; on enlevait des héritages par firaude, et Ton mettait son srgeht i usure. Ëtant tels et coupables de si grands péchés , que ne méritions-nous point de souffrir, surtout •près lés avertissemens que Dieu nous donne
dans rKcnture , fursqu'il dii : cSTils donnent ma M et ne niarebeiit pas selon mes préceptes; s'ils profanent mes erdonnaoces et ne gardent pas nés eommandemens ^ j'enverrai mes verges et mes fléaux sur eux pour les châtier^ ?» Ces choses nous ont été prédîtes il y a long-temps ^ mais nous , oubliant les oommandemens qui nous ont été fiiits, et n^en tenant aucun compte « nous avons obligé la justice de Dieu à emfrioyer des remèdes plus Ibrts pour nous guérir et pour éprouver notre foi. Encore, si nous nous fussions convertis k Dieu quoique tard, et que nous eussions souffert constamment sescUkimeos et ses épreuves; mais aux premières menaces de l'ennemi, une grande partie de nos frères ont trahi leur foi , et sans attendre que l'effort de la persécution les renversât par terre, ils s'y sont jetés d'euxmêmes. Cependant qu'était-il arrivé de si extraordinaire et de si imprévu, pour violer ainsi légèrement le serment prêté à Jésu»-Cbrist dans le baptême ? Les prophètes et les apôtres, remplis du Saint-Esprit, n'ont-ils pas prédit toutes ces choses? ITont-ils pas parlé des souffrances des justes et des persécutions des gentils? L'Écriture sainte, qui arme toiûours notre foi et qui fortifie les serviteurs de Dieu par une voix puissante, ne dit-elle pas: «Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et ne servirez que lui seul ^?» Ne dit-elle pas encore,pour montrer la grandeur de la colère de Dieu, et nous avertir d'en redouter les effets : «Ils ont adoré ceux que leurs mains ont fiiits ; ils se sont courbés et prosternés devant eux; je ne leur pardonnerai point ce erime^?» Dieu dit encore en un autre endroit : «Celui qui sacrifiera à d'autres dieux qu'auSeigneur sera misa mort^.» Et dé même dans rÉvangile,Notre^gneur, qui a accompli par ses actions ce qu il a enseigné par ses paroles, ne nous a-l-il pas avertis de tout ce qui se fait à cette heure , et qui se fera à l'avenir ? N'a-t-il pas menacé de supplices étemels ceux qui le renieront, et promis de grandes récompenses à ceux qui confesseront son nom? Mais, hélas! toutes ces In structions se sont effecées de l'esprit de qadques-uns. Ils n'ont pas seulement attendu
t PmmMiiSS, 30. - • S. Math., 4, 10; DeiiC.,6» It. •lMle,2rS-*Ew>de, 22,30.
DE CEUX QUI
qu'on les interrogeât pmt renoùoer à Jésos- Qhrîst , ni qo^oo se suMt d*eiix pour brûler de Tcncens sur les autels. Plusieurs ont été vtincus avant le combat et terrassés avant le choie, et ils ne se sont pas seulement réservéoetce etcuse, d*avoir sacrifié aux idoles malgré eux. Ils ont couru d'eux-mêmes à la place publique. Ils se sont hâtés d'aller i la mort , comme s'ils eussent souhaité cela depuis lon^emps, et quiis n'eussent attendu que rocca^n. Mais que dirai'je de ceux qui renvs au lendemain par les magistrats à cause quit était (ard, les ont priés de ne pas attendre plus longtemps, comme s'ils n'eussent pu se perdre assez tôt? Peuvent- Us alléguer qu'on leur a fait violence, puisque c'est phitèt eux qui l'ont faite? Lorsqu'ils sont montés volontairement au Gapitole S lorsqu'ils se sont présentés de leur plein gré pour commettre un sacrilège détestable, comment n'ontila point trâmché? comment leurs yeux n'ontib point été troublés? eomment leurs entrailles ne se sont-elles point renversées? eomment ontîlê eu le courage de lever les bras? comment ne soDt-Hs point demeurés muets et hiterdics? Un servheuf de Dieu a-t-il bien eu Tassorance de demeurer là debout, de parler, de raioneer à Jésus-Christ, lui qvfi avait renoncé aii didAe et ao monde? L'autel où 11 a offert de renccors anx dkfox nVt*il pas été son bûcher, et ne le devait-il pas fub* comme le lieo de ses fanérailles? Pourquoi jr apportîez-vous tine victime pour y sadrifier? n'étiei-vous pas vous-même la victime? Vous y avea immolé votre salut , votre espérance, votre fei. Plusieurs même ne se G«mte&tant pas de leur propre perte, ont exhorté les autres à les nniter, et leur ont donné â boire le poison dont ils avaient bu les pre* miers. Et afin que rien ne manquât à Ténormité de ce crime» des enfans ont été portés aux an* tels par leurs propres pères, et ont perdu b gràœ qu'Us ne faisaient quasi que d'avoir reçue. N'anront-ils pas sujet de dure au jour du juge« ment : «Nous n'avons rien fait. Nous n'avons point quitté le pain ni le breuvage du Seigdenr pour nous soutUer de rattoochemôit de viandes profanes. Cest la perfidie d'autrui qui nous a perdus. Nos pères ont été ncto parricides. C'est eux qui nous oot ôté l'Église poor mère et Dieu pour père. Nous né connaissions point la gran- > De la Tille de Cêrùa&e,
SORT TOMBÉS. S0f
deor du crime qiTon ûomi IMstK cmmettft , eC flous ne sommes coupables que pàfce que d'autres le sont.»
Mais ce qui est encore pliis pitoyable, c'est qu'il n'y a point de prétexte poar excuser on si grand crime. Car dira-t-on qiill eût failli abandonner sa patrie et perdre son bien? Mala ne perdrons-nous pas l'un et l'autre en motf' rant ? C'était Jésus-Christ qu'il fallait craiàdre de perdre , et les demeures étemelles qu'il notis a promises. Le Saint-Esprit crié parla bouche do prophète : «Retirez-vous, sortez de là , ne touchez point à ce qui est impur, sortez dé ce lieu , éloignez-vous-en , vous qui portez les vases do Seigneur ^ Et aujourd'hui ceux qui sont les vases du Seigneur et le temple de Dieu , ne veulent pas sortir et se retirer de peur qu^on ne les oblige à toucher à des choses impures et à se souiller de viandes abominables. On entend encore ailleurs une voix du ciel qui avertit les serviteurs de Dieu de ce qu'ils dCHvent faire, et qui dit: «Sortez de Babylone, mon peuple , de peur que vous ne preniez part â ses crimes, et que vons ne soyez frappédes mêmes plaies qu'elle >.» Gehii qui sort et se retire ne participé point ad péché; mais cehii qui en est trouvé complice en porte aussi h peine. C'est pour cela que Notre^Seigneur a enseigné de s'enftfir durant la persécution, et ne Fa pas seu^ lement enseigné, mais l'a fait Ini-ttCme. Ga^ comme la eouroiiAt do inartyre est une griee de Dieu qa'on ne peut recefoir que qnaM le temps est venu, quiconque demeurant Mêle à JésiK- Christ se retire, ne renie pas la foi, mats attend le tempe; au Heu que eehii qui ne s'éunt pas reth^ a renié iésus-GbrIst , n'est demeoré que poor le renier. Ke diaMmulMla point la vérité , mes frtrês; ne eadions polit la cause de nos maux. Un amour aveugle Ai Mao en a perdo plusieurs, et eeut que leurs richesse» tenaient comme enctiatfiéilf , n'ont pn ètiv prêts pour se retirer. Ce som les tiens qui ont arrêté les efforts de leur eoorage^ et qui les ont em^ pêchéade prendre avemerésotatiott généreuse; de aorte qu'étant attachés aux choses de ta terre, ils sont devenus la proie du Serpent que Dieu a condamné à manger la terre K Aussi Notro* Seigneur qui, comme un bon maître, noua donne toigours les avertisssemens nécessaires
' Me, aa Jl. - * Apoe., ti. -« < Gealiei 1, 14
pour notre coodoke : «Si vous voulez, dit-il, être parfait , allez, vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; et puis venez et suivez-moi ^ Si les riches faisaient ainsi, leurs richesses ne les perdraient pas; s'ils mettaient leur trésor dans le del, leurs biens ne seraient pas leurs ennemis domestiques, et leur cœur serait avec leur trésor. Le monde n'aurait point de prise sur eux pour les vaincre, et ils suivraient le Seigneur libres et dégagés comme les apôtres, et comme plusieurs du temps des apôtres et depuis , qui ayant abandonné leurs biens et leurs parens , se sont étroitement unis à Jésus-Christ. Mais comment ceux-là pourraient-ils suivre Jésus-Christ qui sont liés par leur bien ? ou comment s'élèveraient-ils au ciel, étant retenus contre terre par le poids de leurs convoitises? Ils croient posséder leurs biens , et c'est leurs biens qui les possèdent, et ils ne sont pas les maîtres , mais les esclaves de leurs richesses. L'apôtre a marqué ce temps et ces personnes , lorsqu'il a dit : «Ceux qui voudront devenir riches tomberont dans la tentation et dans le piège, et en. divers désirs inutiles et pernicieux qui précipitent les hommes dans la damnation et dans la mort ; car l'amour du bien est la racine de tous les maux; et quelques-uns ayant été possédés de cette passion, ont fait naufrage dans la foi et se sont engagés en une infinité de malheurs '. » Mais qudles sont les récompenses que Notre- Seigneur nous propose pour nous porter au mépris de nos biens ? Gomment nous promet-il de nous dédommager des pertes si légères que nous forons ici-bas ? s Personne, dit-il , ne quittera sa maison ou sa terre, ou son père, ou sa mère, ou ses frères, ou ses enfiuis pour le royaume de Dieu, qu'il n'en reçoive sept fois autant en ce monde, et la vie étemelle en l'autre 3. D Puis donc que nous savons cela, et que nous ne saurions douter de la vérité des promesses de Notre-Seigneur, tant s'en fout que nous devions craindre cette perte , que nous h devons désirer au contraire, puisque le même Seigneur nous dit encore: «Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous persécuteront, vous sépareront, vous chasseront et vons maudiront comme des méchans à cause du Fila
SAINT GYPRIEN.
de l'homme. R^ouisies-vous en ee tempa-li et soyez bien aises, car une grande récompeme vous attend dans le ciel ^» — «Mais Ton m^ naçait , direz-vous, de tourmenter horriMemeàt ceux qui refusaientde sacrifier. »Gelui-là sepent plaindre des tourmens qui a été vaincu par les tourmens, et celui qui a cédé à la douleur se peut excuser sur la douleur. Une personne de la sorte peut demander qu'on lui pardonne^ et dire : «J'ai voulu combattre vaillainment ; el me souvenant du serment que j'avais prêté, je me suis armé de zèle et de foi ; mais la longueur et la diversité des supplices m'ont vaincu. Mon esprit est demeuré forme, et ma foi constante, et mon àme immobile a lutté longtemps oontre la douleur. Mais lorsque la cruauté d'un juge barbare se redoublant , mon corps d^à lassé et affaibli a été encore déchiré par les fouets , meurtri de coups, étendu sur le chevalet, entamé par les ongles de fer , brûlé par les flammes, la chair m'a abandonné dans le combat, les sens ont été vaincus , et ce n'est pas l'esprit , mais le corps qui a succombé sous la douleur.» On peut pardonner plutôt à un homme qui se défond de la sorte, et son malheur est dq;ne de compassion. C'est amsi que Dieu a pardonné autrefois à Gastus et à Émilius , et qu'après avoir été vaincus au premier combat , il les rendit victorieux au second. D'abord ils cédèrent aux flammes ; mais ensuite les flammes leur cédèrent , et ils tirèrent du sujet de leur défoite, la matière de leur triomphe. Ce n'était pas leurs larmes , mais leurs plaies qui priaient pour eux, et leur corps blessé etdédiirt en cent endroits était une voix puissante qui demandait et arrachait leur grâce. Le sang qui coulait de leurs entrailles à demi brûlées, intercédait bien autrement pour eux que tous les pleurs ^ qu'ils eussent pu répandre. Mais.maintenant quelles plaies peuvent montrer ceux qui ont été vaincus ? quelles tortures de leurs membres ? puisque la foi n'est pas tombée après avoir combattu , mais que la perfidie a prévenu le combat ; puisque la nécessité ne peut pas excuser le crime qu'on a commis lorsqu'on Ta commis volontairement.
Je ne dis pas cela pour exagérer la foute de nos frères, mais pour les porter davantage I
Mattb. ,18, 21.-- M. TIm., 6, 9. ^ « S. Marci 10, 39.
«Luc, 6, a
DE CEUX QUI SONT TOMBÉS-
prier qoVm la lenr pardonne et à en faire une îastesatislîiction. Car puisqu'il est écrit : «Ceux qui vous disent heureux vous trompent et vous 4;arent V» Celui qui Odile le pécheur lui donne matière de pécher, et au lieu d'arrêter ses crimes il les fomente. Mais celui qui reprend son frère et lui donne des conseils généreux lui ouvre la porte du salut, a Ceux que j'aime, dit le Seigneurie les reprends et les châtie '. » De même il fitut qu'un prêtre de Dieu ne trompe pas les chrétiens par une complaisance perniciense , mais les guérisse par des remèdes salutaires. Un chirurgien qui n'ose toucher et sonder mie plaie est malhabile homme, et en aagmoite la pourriture et la corruption. Il la faat ouvrir, faire des incisions, couper les chairs, et guérir le mal d'une manière plus forte. Le malade a beau se plaindre et crier lorsqu'il souffre, il remerciera le médecin quand il sera guéri. Car une nouvelle espèce de mal s^est élevée parmi nous, mes très-chers frères ; et comme si la tempête de la persécution n'avait pas causé assez de désordres , pour comble de malheur une peste agréable et trompeuse s'est glissée parmi les fidèles sous le nom spécieux de compassion et de miséricorde. Contre la vigueur de l'Évangile, contre la loi de Dieu et de Jésus-Christ, il se trouve des gens assez téméraires pour accorder la paix et la oommonion à quelques personnes imprudentes. Inutile et fausse paix, pernicieuse à ceux qui b donnent, et infructueuse à ceux qui la reçoivent! Ils ne donnent pas le temps aux mabdes de guérir par une satisfiiction véritable et Intime. La pénitence est bannie du cœur des chrétiens, et on leur fiiit perdre le souvenir des crimes les plus énormes. On se contente de couvrir les plaies des monrans, et on dissimule des blessures profondes et mortelles. Au retour des autels du diable ils approchent du saint du Seigneur, les mains encore toutes souillées des sacrifices des idoles. Ayant à peine digéré les viandes offortes aux (aux dieux , et leur boQdie publiant encore leur crime par l'odeur iiineste qui en sort , ils viennent enlever le corps du Sauveur malgré l'Écriture qui crie : cQolln'y ait que ceux qui sont purs qui mangent de la chair du sacrifice de salut qui est
•liiîerarl3L-*Apoc,3,19.
celui du Seigneur ; car quiconque ne mangera étant impur, périra du milieu du peuple ^> Uapôtre déclare encore : « Qu'on ne saurait boire le calice du Seigneur et le calice des démons, ni manger à la table du Seigneur et à la table des démons'.» Et il menace les rebelles et les opiniâtres, quand il dit : «Quiconque mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indigne* ment ,^ra coupable de la profanation de son corps et de son sang. »
Au mépris de toutes ces paroles divines, on fait violence au corps et au sang de Jésus» Christ ; et ils Toffensent par là davantage que lorsqu'ils l'ont renié. Avant que d'avoir expié et confessé publiquement leur crime, avant que leur conscience ait été purifiée par le sacrifice et rimposition des mains de l'évêque , avant qu'ils aient apaisé un Dieu irrité qui les me* nace , ils croient que la paix que quelques-uns se vantent faussement de leur donner est une véritable paix. Ce n'est pas une paix mais une guerre , et celui qui se sépare de l'Évangile , ne peut être joint à l'Église. Pourquoi appellent* ils bienfait une injure P Pourquoi nomment-ils douceur une cruauté P Pourquoi paraissent-ils communiquer avec ceux qui devraient pleurer et prier sans relâche, après leur avoir ravi les larmes de la pénitence ? Ils sont à ces pécheurs ce qu'est la grêle aux fruits , une constellation maligne aux arbres , la peste aux troupeaux , et la tempête aux navires. Us leur ôtent ce qui seul les pourrait consoler, l'espérance. Ils coupent l'arbre par la racine. Ils les empoisonnent par des paroles mortelles. Ils brisent leur vais seau contre des écueils pour les empêcher d'arriver au port. Cette facilité ne donne pas b paix, mais la ravit ; ne remet pas dans la communion de l'Église, mais forme la porte du salut. C'est là une nouvelle persécution ; c'est une nouvelle tentation dont l'ennemi se sert pour achever de perdre ceux qui sont tombés j pour fairecesser leurs regrets, pour charmer leur douleur, pour leur faire perdre le souvenir de leur crime, pour arrêter leurs soupirs, pour sécher leurs larmes, et pour empêdier qu'après avoir cruellement offensé Dieu ils ne le fléchissent par une longue et pleine satisfaction. Cependant il est écrit : « Souvenez-vous d'où vous
tWrit.,7,».-M.Cor.,tO,31.-»i. Cor, 11,27
SAINT CYPRIEN
êtes tombé et faites pénitence ^ » Que personne nesetrompe.I(n^ya que Jésus-Christ qui puisse Paire miséricorde ; celui-là seul peut pardonner les péchés qui a porté nos péchés, qui a soufFert pour nous , que Dieu a livré à la mort pour expier nos crimes. tJu homme ne peut pas être plus grand que Diei^, et un serviteur ne peut pas faire grâce ni remettre par compassion les plus grands crimes qu'on a commis contre son mattre, autrement Ce serait ajouter une ^konde faute à la première, pour ne pas savoir que TÉcritare prononce malédiction contre celui qui met son espérance en l'homme^. C'est le Seigneur qull faut prier; c'est le Seigneur qu'il faut apaiser , lui qui a dit qu'il renoncera celui qui Taura renoncé, et qui seul a reçu de son Père tout le pouvoir de juger. Nous croyons, à la vérité , que les mérites des martyrs et les œuvres des justes peuvent beaucoup auprès du souverain juge , mais ce ne sera que pour le jour du jugement , lorsque après la fin du monde les chrétiens comparaîtront devant le tribunal de Jésus-Christ. Mais si quelqu'un est si téméraire que de prévenir le temps et de croire pouvoir donner â tons la rémission des péchés contre le commandement de Notre-Seignenr, qu'il sache qu^il ne sert pas , mais qu'il nuit à ceux qui sont tombés. Cest irriter Dieu que de ne lui pas obéir, et de croire, en abusant de son pouvoir par un mépris et une présomption Insupportables, qu^il n'est point nécessaire de fléchir sa justice. Les âmes des martyrs crient â haute voix sous Tautel de Dieu : « Jusques â quand , Seigneur, vous qui êtes saint et véritable, difKrerezvous à nous rendre justice , et à venger notre sang sur ceux qui habitent sur la terre^?» Et on leur commande de se tenir en repos et de prendre.patience! Et Ton croira que quelqu'un d'eux a assez de mérite pour remettre indifféremment les péchés i tout le monde contre Tautorilé du souverain juge , ou qu'il peut défendre les autres avant que d'être vengé luimême ! Les martyrs Ordonnent - ils quelque chose? Si ce qu'ils ordonnent esf juste , s'il est légitime , si cela ne va point contre Dieu , ses ministres le doivent faire. On leur accordera de bon cœur ce qu'ils demandent , si leurs demandes sont justes et modérées. Les martyrs ordon-
« Apoo, 3,6. - • Jérémie, 17, 5. - » Apoc., 6, 18.
nent-ils quelque chose? Mais ee qu'ils i n'est point écrit dans la loi de Dieu , il fani que nous sachions auparavant s'ils l'ont obtenu de Dieu , et puis nous le leur accorderons. Car il ne faut pas croire que Dieu accorde tout ce que les hommes promettent. Moïse pria pour les péchés du peuple , et cependant il n'en obtint pas le pardon. « Seigneur, dit-il , ce peuple a commis un grand crime , et ils se sont faits des dieux d'or, noais je vous supplie de leur pardonner ; sinon, effacez-moi de votre livre. > Mais le Seigneur lui répondit : « J'effacerai de mon livre celui qui aura péché contre moi^ » Cet ami de Dieu , cet homme qui parlait souvent au Seigneur face à face , ne put obtenir ce qu'il demandait, ni apaiser la colère de Dieu irrité. Dieu loue et relève Jérémie lorsqu'il dit : « Je vous ai connu avant que de vous former dans le sein de votre mère , et vous ai sanctifié avant que vous en sortissiez , et je vous ai établi pour être mon prophète parmi les nations >. » Gepeodant priant Dieu pour les péchés du peuple et le pressant de les lui pardonner : « Ne me priez plus pour ce peuple , lui dit Dieu , et n'intereé* dez plus pour eux ; car j'ai résolu de ne les point exaucer lorsqu'ils m^invoqueront dans le temps de leur affliction '. » Qu'y avait-il de plus juste que Noé, qui fut seul trouvé juste sur la terre lorsqu'elle était couverte d'iniquités? Qu'y avaitil de plus illustre que Daniel , de plus ferme dans la foi , de plus constant dans le martyre , de plus favorisé de Dieu, qui le fit vaincre tant de fois et survivre à ses victoires? Qui a été plus fervent que Job dans les œuvres de charité^ plus fort dans les tentations, plus patient dans la douleur, plus humble , plus fidèle ^ plus cran gnantDieu P Et néanmoins Dieu dit qu'il ne leur accorderait pas certaines choses quand ils les lui demanderaient. Car le prophète Ézécbiel priant pour les péchés du peuple , Dieu lui répondît ; c La terre qui péchera contre moi, quelle qu'elle soit, et qui me sera infidèle, j'étendrai ma main dessus et la rendrai stérile ; j'y enverrai la famine et en exterminerai les hommes et les bètes. Et quand il y aurait au milieu d'elle trois hommes comme Noé, Daniel et Job, eux seuls seront sauvés , et ils ne sauveront pas les autres ^. » Pour montrer que tout ce qu'on demande ne
» Kxodc, 32, 31. - • Jérémie , 1, 5. - */bUL, 7. 16* «Êzéchiel.14.13.
DE CEUX QUI
MpraA fHtt do dMi* decchii tpA étimniti ftkti» de la t(rioQté de cehiî qui donné, et que k pouvoir que le» hoonnes pourraient » attribuer e«t vain , si Dieu ne l'autorise. Notre -Seigneur dît dam FÉvangile : «Celui qui m^aura eoofiesêé derant les horomes , je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux, et je re^ noiiceraî celui quim^aura renoncé ^»S'iI ne re« nonee pas celui qui le renonce , il ne confessera pu» non plus celui qui Taura confessé. L'Ë vaogile ne peut pas subsister pour une chose et n^avoir pas lieu pour lantre. U faut que toutes deux soient fiiusses. Si eeux qui renient Jésus-Glirist ne sont point eoupabies , ceux qui le confessent ne seront point récompensés. Mats si la foi qui est victorieuse remporte des couronnes , il faut que l'infidélfté vaincue souffre des soppKces. Ainsi, si l'ÊvanglIe peut être détruH ^ les martyrs ne peuvent rien ; et s'il ne le peut être , ils ne peuvent rien faire contre lui, puisque e*est lui qui les hH martTrs^ Que personne, ilies trè^ ebcrs firères ^ ne d^bonore la dlgnUé des mur* tyrs ; que personne ne leur ravisse leur gloire et leurs couronnes. La fermeté de }e» foi de^ meure incorruptible et inébranlable ^ et ceux dcMiC la foi f loieonrage , respérance et la gloire est en Jésus-Christ, ne sauraient rien dire ni rien figiire contre Jésus-Gbrist. Ceux qui ont acetnnpii les commandemens de Dieu ne peuvent porter les évéques à les violer. Quelqu'un est-il pins grand ou plus dément que Dieu , pour ne Toniotr pas que ce qull a permis soit arrivé , on pom* prétendre que nous ayons besoin d'un secours étranger comme s'il n'était pas assez puissant pour prot^er son Église? Dira-t-on que toutes ces choses se sont foites à son insu , et sent arrivées sans sa permission ? pendant qne l'ficrilurt instruisant les incrédules et les ignorans dit : «Qui a donné Jacob et livré Israél à eeux qui Font ravagé? N'est-ce pas Dieu qu'ils Mt offensé? Car ils ne voulaient pas marcher dansiss voies, ni observer sa loi.Cest pourquoi il a déchargé sur eux toute sa colère ^. » Et en un autre endroit : « Dieu n'est-il pas assez puissant pour sauver son peuple? ou a-tnl clos ses oreilles pour ne point eu'ir les prières qu'on lui fait? Nullement. Mais ce sont vos péchés qui mettent une séparation entre Dien et vous ; c'est