SONT TOMBÉS
h cause de vos péchés qu'il a détourné sa face dedessus vous pour n'avoir point pitié de vouais Pensons donc aux offenses que nous avons corn» mises contre Dieu , et repassant par notre mémoire nos actions et nos pensées , examinons soigneusement notre conscience. Remettonsnous devant les yeux que nous n'avons point marché dans les voies du Seigneur, que nous avons rejeté la loi de Dieu , et n'avons jamais voulu garder ses avertissemens salutaires. Quel jugement pouvez -vous faire d'un homme de cette sorte? Quelle crainte de Dieu , quelle foi croyez-vous qu'ait pu avoir celui que la crainte de ses jugemens n'a pu corriger, que la persécution même n'a pu changer? Il marche la tète droite et levée , et pour être tombé il n'a pas fléchi. Cet esprit superbe et altier a été vaincu » mais il n'est pas humilié. Celui qui est couché par terre menace ceux qui sont debout f uil malade menace les sains, et l'impie se met en colère contre les évèques de ce qu'on ne veut pas qu'il reçoive le corps du Seigneur en des mains encore toutes souillées, et qu'il boive son sang d'une bouche toute corrompue. Etrange fureur ! Vous vous mettez en colère contre celui qui tâche de détourner de dessus vous la colère de Dieu; vous menacez celui qui implore pour vous la miséricorde du Seigneur, qui sent votre plaie que vous-même ne sentez pas, qui répand des larmes pour vous lorsque peut-être vous demeurez dur et insensible : n'est-ce pas augfmenter votre crime et le porter à son comble^ Et pensez-vous pouvoir apaiser Dieu « tandis que ses ministres ne vous sauraient apaiser vous-même? Écoutez plutôt ce que nous disons. Pourquoi fermez-vous les oreilles à nos avis salutaires , et les yeux au chemin de la pénitence que nous vous montrons ? Pourquoi votre esprit furieux et révolté rejette-t-il les remèdes que nous tirons de l'Écriture^ et qui vous pourraient rendre la vie ? Que si quelques incrédules ajoutent moins de foi aux choses à venir, qu'ils soierft au moins épouvantés parcellesquinous frappent les yeux. Car ne voyons-nous pas tous les jours les chàtimens terribles de ceux qui ont renié la foi, et ne pleurons-nous pas leur malheur ? Ils ne sont pas demeurés impunis même dès ce monde » quoique le jour de la punition ne ^1t
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SAINT CTPRIEN.
pas encore venu. Dien en châtie quelqaes-oos dès cette heure , afin que les autres deviennent sages, et que le supplice de peu de personnes soit un exemple pour tous. L'un de ceux qui étaient volontairement montés au Gapitole pour renier Jésus-Christ , devint muet aussitôt après ravoir renié. Sa langue qui avait servi d'instrument à son crime fut le sijyet de sa peine, et il ne s'en put plus servir pour demander à Dieu miséricorde. Une femme étant dans le bain (car il ne manquait plus que cela à son crime de se baigner , après avoir perdu la grâce du bain salutaire) devint possédée de l'esprit immonde , qui Tagita de telle sorte, qu'elle tomba , se coupa avec les dents la langue dont elle s^était servie pour manger des viandes détestables ou pour prononcer des paroles sacrilèges, et mourut quelque temps après dans les douleurs d'une colique effroyable. Mais écoutez une chose qui est arrivée en ma présence et dont je suis témoin. Un père et une mère s'enfuyant en hâte et en désordre , laissèrent chez eux une petite fille qui était encore à la mamelle, et que sa nourrice porta aux magistrats, qui lui donnèrent du pain trempé dans du vin , le reste du sacrifice des apostats , parce qu'elle était encore trop petite pour manger de la viande. Quelque tejnps après ta nourrice la remit entre les mains de sa mère. Mais cette enfant ne put non plus déclarer ce qui s'était passé, comme elle ne l'avait pu comprendre ni empêcher; de sorte que sa mère n'en sachant rien l'apporta avec elle comme nous sacrifiions. Mais la petite fille se trouvant dans rassemblée des saints , ne put supporter notre prière, et pleurant et se tourmentant comme si on lui eût donné la question, témoignait ce qui lui était arrivé par tous les signes qu'elle pouvait donner en un âge si tendre. Mais quand les cérémonies furent achevées , et que le diacre lui présenta le calice à son tour, alors poussée d'un Instinct que Dieu lui donna , elle se mit à tourner la tète , serrer les lèvres , et rejeter le calice. Le diacre néanmoins persista, et lui en fit boire de force ; mais aussitôt le cœur lui souleva et elle vomit. L'eucharistie ne put demeurer dans un corps et une bouche infectée. Le breuvage, sanctifié dans le sang du Seigneur, sortit des entrailles qui étaient souillées , tant la puissance et la majesté de Dieu est grande. Sa lumière découvrit ce qui était cacbé dans les
tendres , et un crime secret ne put tromper m minisire de Dieu. Voilà ce qui arriva â cette pe» tite fille qui était encore trop jeune pour pou^ voir déclarer le crime qu'on avait commis en elle. Mais une autre plus âgée qui avait commis le même crime , s'étant présentée pour recevoir l'eucharistie , ce ne fut pas pour elle une nour* riture , mais une épée et un poison qui lui ôta la vie ; car le sang du Seigneur demeura entre son gosier et son estomac, si bien qu'il Yétaoffait. Et ainsi , opprimée par son crime et non par la persécution, après plusieurs tremblemena et convulsions, elle tomba morte sur la place. Le crime qu'elle avait dissimulé ne demeura pas longtemps caché ni impuni; et celle qui avait trompé les hommes sentit les effets de la vengeance de Dieu. Une autre femme ayant ouvert avec des mains impures l'armoire où. elle avait mis le saint du Seigneur, il en sortit une flamme qui l'empêcha d^ toucher; et un homme souillé du même crime ayant eu la hardiesse , après la célébration du sacrifice , d'en prendre sa part avec les autres, ne put manger ni manier le saint du Seigneur , et trouva qu'il n'avait que de la cendre dans la main. Cet exemple fait voir que Notre-Seigneur se retire qmnd en le renonce, et que ce qu'on reçoit du prêtre est inutile pour le salut, lorsqu'on le reçoit indignement , puisque la grâce salutaire est changée en cendres , la sainteté se retirant. Ck)mbien en voyons-nous tons les jours qui, ne faisant point pénitence de ce crime et ne le confessant point, sont possédés par les démons? Combien y en a-t-il qui perdent Tesprit et deviennent furieu? Il n'est point besoin de rapporter en particulier tous ces accidens funestes. La diversité des châtimens qui se font de ce crime par toute la terre , est aussi grande que le nombre des coupables. Que chacun considère non ce que les autres ont souffert , mais ce que lui-mtaie mérite de souffrir, et qu'il ne se croie pas en sûreté parce queson supplice est différé, mais qu'y croie au contraire que la vengeance de Dieu est d^autant plus grande qu'elle vient plus tard; et que ceux qui â la vérité n'ont pas souillé leurs mains par des sacrifices détestables , mais qui ont souillé leur conscience par des billets , ne se flattent point comme s'ils n'avaientpas besoin de faire pénitence. Cette protestation qu'on y a faite est d*nn homme qui renonce au cbristît*
DE CEUX QUI
nlsme. Cest la dédaratkm d'un chrétien qui se désaTonepour ce qu'il est. Cest avoir commis un crime que de confesser qu'on Ta commis ; et puisqu'il est écrit a qu'on ne peut servir deux maîtres '9 » il n'a pas servi Dieu puisqu'il a servi un homme , puisqu'il a obéi à ses édits , puisqu'il a exécuté ses commandemens. Je veux que son crime paraisse moindre et moins honteux aux yeux des hommes , maïs peut-il éviter le jugement de Dieu ? puisque le Saint-Esprit dit dans les psaumes : a Vos yeux ont vu ce qu'il y a d'imparfait en moi , et tous les hommes seront écrits daus votre livre^. » Et encore, « L'homme voit le visage , mais Dieu voit le cœur \ 9 Notre-Seigneur dit aussi : « Toutes les Églises sauront que je pénètre le fond des €œurs^.»II découvre les choses les plus cachées, et personne ne se saurait dérober à ses yeux. «Je suis , dit-il , un Dieu proche et non pas un Dieu éloigné. Pensez-vous que si un homme se cache dans un lieu obscur , je ne le verrai pas? Ne remplis-je pas le ciel et la terre Kn 11 voit à nu le cœur et les desseins qui sont encore enfermés dans ses replis , et il ne nous jugera pas seulement sur nos actions , mais aussi sur nos paroles et sur nos pensées. Mais combien la foi et la crainte de ceux-là est-elle plus louable qui, bien qu'ils n aient ni sacrifié ni donné des billets , néanmoins , parce quils en ont eu la pen* sée, viennent s'en confesser simplement et avec douleur aux prêtres de Dieu , découvrent le secret de leur conscience , mettent leur esprit en repos, et cherchent un remède salutaire à leurs blessures quoique légères, parce qu'ils savent qu'il est écrit « qu'on ne se moque point deDieu^. » On ne peut se moquer de Dieu ni le tromper; et j'ose dire même que celui-là est plus coupable , qui traitant Dieu comme un homme, pense que son crime demeurera impuni, parce qu'il ne l'a pas commis publiquement. Jésus-Christ dit : c Celui qui aura honte de moi , le Fils de Phomme aura honte de lui 7 ;» et l'on s'imagine être chrétien lorsqu'on craint ou qu'on a honte de paraître tel ! Comment celui-là peut-il être avec Jésus-Christ, qui craint ou rougit d'appartenir à Jésus-Christ? Je veux qu'il soit moins coupable en ce qu'il ne s'est point présenté
« Natth., 9, 2i— «Piaumes 118,115. — * Roii,16, 7. ^ Èfiûc, 2, 23. -« JéréQle»», 23. - • Giiat., 6^7. » Marc, 3, 38.