DE L'ENVIE
fl yen a <tui s'imaginent, mes très-chers frères^ que <fcst un i%er pédaéd\e&vier le bien d'autnii ; et parce qu'ils croient te p«dié léget) ils le dédaignent et ne se mettent pas en peine de Téfiter. Gepcbdant Notre- Seigneur nous aommande d'éore prudens et vigiians, de crainte que notre adversaire, qui veille toi^onrs et nous Aresse eontinnelienient des enAûdies, ne se glisse adroitement dans notre cœat , et d'une étincelie n'allume un gnnd embrasement; de crainte que, je le f^te^ tandis que nous reposant trop sur h booace nous ne nous tenons
Mm« ,4^ 13. - • /Wrf., 53, 7. - • ytW., 42, 2.
pas sur nos gardes , iln*exdte tout d'os (xap une tempête qui nous mette en danger de fs^ naufrage. Il fiiut donc veiller sur bous, mestrèschers frères, et employer tous nos cflfortsp* repousser les flèches que l'ennemi hnccconût nous de tous côtés , selon cet avis salutaire (p Vapôtre saint Pierre nous donne dans s» épttre : «Soyez sobres et vcîlleï, car Icdém* votre ennemi tourne autour de vous «^m»^ Kon rugissant, et cherche qui il pourra dé^ rcr ». » Il tourne autour de diacun de t0 comme tm ennemi qui assiège une place !»■
PhiUp, 2.-«Apoc,22, % «LPiant,*
DE L'BNVIB.
rcoonoaltre les endroits les plus fiiibles et tâcher d'entrer par là. Il présente à nos yeni des ftbjets agréables pour détruire la chasteté par la vue. Il tente nos oreilles par des musiques délicieuses , afin de relâcher notre courage et notre vigueur. Il porte notre langue à des in« jures, et nos mains â commettre des meurtres. Il nous présente des gains ii^ustes et des voies courtes de nous enrichir pour nous perdre par Tamour de l'argent. Il nous promet les honneurs de la terre pour nous ravir ceux du ciel. Il nous vante de Faux biens pour nous arracher les véritables; et lorsqu'il voit qu^ilne saurait sur* prendre par ses artifices, il a recours aux menaceS) et il tâche de nous effrayer par la crainte des persécutions; toujours actif et inquiet pour perdre les serviteurs de Dieu, rusé dans la paix, violent dans la persécution. C'est pourquoi , mes très-chers frères, nous devons être 4r^lement armés contre ses artifices et contre ses menaces , et toujours aussi prêts à lui résister qu^il est prêt à nous attaquer. Mais parce qu^il nous combat plus souvent par ses ruses qu*â Ibrce ouverte, et que les blessures qull nous fiiit sont d'autant plus dangereuses qu'elles sont eadiées, c'est principalement à celles-là qu'il ftat prendre garde. Or de ce nombre est l^nvie et la jalousie ; car si l'on considère bien ce vice, on reoonnattra qu'il n'y en a point qu'un chrétien doive plus soigneusement éviter, parce qu'il n'y en a guère de plus imperceptible ni qni nous fiisse plutôt périr sans que nous l'apercevions. Et afin que eela paraisse plus évidemment, remontons à l'origine de l'envie et voyons quand et comment elle a commencé; car il nous sera plus aisé de nous garantir d'un mal si pernicieux lorsque nous en connaîtrons la naissance et la grandeur. Cest cette malheureose passion qui dès le commencement du monde Mt cause que le diable se perdit et qu'il perdk k'bomme ; ear cet esprit angélique aupanvant si gtorieux et si chéri de Dieu , voyant rhomine créé à son image, en conçut une maligne jalousie, et par là il tomba Id-mème avant que de le fiure tomber, il devint captif avant que de le réduire en captivité , et 11 ne le fit déchoir de son immortalité qu'après être déchu lui-même de sa gloire. Combien grand est ce crime , mes très-chers firères, quia pu précipiter range da haut du dd» qni a renversé une
créature si noUe et si excellente , qui a trompé celui qui trompe les autres ! C'est de là que 1'^vie est venue sur la terre, qu'elle tue tous oeiix qui se rendent en cela les imitateurs du diable, suivant cette parole de l'Écriture : « La mort est entrée dans le monde par l'envie du diable , et ceux qui sont de son parti l'imitent ^ • Cest là la source de la haine que conçut autrefois un frère contre son frère, qui fut suivie d'un exécrable parricide, tandis que Caln est animé de jalousie contre le juste Âbel, tandis qu'un méchant homme possédé de cette passion forme ^n dessein criminel contre un homme de bien. La Fureur de l'envie le transporta de telle sorte qu'il ne put être arrêté ni par l'amour fraternel, ni par la crainte de Dieu , ni par l'énormité du crime, m par la punition qu'il en devait attendre. Celui qui le premier avait montré le chemin de la justice est injustement meurtri ; celui qui ne savait ce que c'était que la haine en ressent la cruauté; et l'on massacré barbarement celui qui se laisse égorger comme un agneau.C'est l'envie aussi qui fut cause de Tinimitié d'Ësaû contre Jacob, et ÉsaQ ne persécuta son frère que parce qu'il était envieux de la bénédiction qu'il avait reçue de son père. Les frères de Joseph de même ne le vendirent que par une envie qu'ils oonçnrent contre lui , à cause qu il leur avait rapporté simplement quelques visions qui lui présageaient du bonheur. Qu'est-ce qui porta SaQl à hàir si cruellement David, le plus doux et le meilleur de tous les hommes , à le persécuter , à le chercher tant de fois pour le faire mourir , sinon une violente jalousie de ce qu'ayant tué Goliath le peuple lui donnait mille louanges? Et pour n'être pas obligé de rapporter en détail des exemples de tous ceux que l'envie a perdus, voyons seulement les maux qu'elle a causés à un peuple entier. N'est-ce pas elle qui a été cause de b perte des Juifs, pendant que remplis dp jalousie contre Jésus-Christ, ils ne voulurent point ajouter foi â ce qu'il leur disait? car étant aveuglés de cette passion, ils tâchaient de décrier ses plus grands miracles, et n'avaient pofait d'yeux pour voir les choses divines qu'il opérait. Considérant donc toutes ces choses, mes très-chers frères , travaillons de tout notre pouvoir à défendre de cette peste des cœurs
• a, ai
dévoués à Dieu. Profitons du mdhear desautres, et devenons sages à leurs dépens. Et que personne ne s'imagine que ce vice se renferme en des limites fort étroites, il s'étend extrêmement loin, et il n'est pas moins fécond que pernicieux. Cest la racine de tous les maux, la source de toute sorte de calamités, la pépinière des crimes, et la matière de tous les péchés. De là naissent la haine et ranîmosité. De là vient Tavarice, lorsqu'on ne saurait souffrir qu'un autre soit plus riche que nous. De là Tambition, tandis que pour s'élever plus haut que les autres on méprise la crainte de Dieu, on néglige les enaeignemens de Jésus-Christ, on ne prévoit point le jour du jugement , on est orgueilleux, cruel, perfide, impatient, colère, querelleur, sans qu'on se puisse jamais retenir depuis qu'on a une fois lâché la bride à cette passion. C'est Feu* vie qui est cause qu'on rompt le lien de la paix, qu'on viole lacharité fraternelle, qu'on corrompt la vérité , qu'on déchire l'unité pour former des schismes et des hérésies, pendant qu'on se plaint de n'avoir pas été ordonné évèque, ou qu'on ne veut pas obéir à celui qui nous a été préféré ; c'est ce qui bit révolter un orgueilleux et le rend plutôt ennemi de la dignité que de la personne. D'ailleurs, quelle pitié est-ce d'envier la vertu d'autnii ou sa félicité , c'est-à-dire de hàlr en lui ou ses propres mérites ou les grâces de Dieu, de faire son malheur du bonheur des autres, d'être tourmenté de leur prospérité, de s'affliger de leur gloire, et de nourrir sans cesse dans son cœur ces chagrins qui sont comme autant de bourreaux qui le déchirent? Qadle joie un homme de la sorte peut-il avoir m monde? Il soupire et se plaint continuellement, et la jalousie ne le laisse reposer ni nuit ni jour. Tous les antres crimes ont une &i et se terminent par l'accomplissement Un adultère est content quand il a joui de la personne qu'il aime. Un voleur se tient en repos quand il a fiiit son vol. Un fiinssalre est satisfait lorsqu'il a commis une fausseté; mais l'envie ne s'arrête jamais, c'est un péché toujours subsistant , et plnsceluià qui l'eum s'attache est heureux,plus eDe s'irrite et s'enflamme. Elle met les menaces dans la bouche , la colère dans les yeux, la pâleur sur le visage , fait grincer les dents et dire des paroles outrageuses, pousse les mains aux meurtres et à la violence i et les armes par ses
SAINT CYPRIEN
propres forces; c'est pourquoi le Saint-Esprit dit dans les psaumes : «Ne portez point ai vie à celui à qui tout succède heureusonent ^;9 et encore : a Le méchant observera le juste, et grincera les dents de rage contre lui. Mais le Seigneur se moquera de ses desseins , parce qu'il voit que le jour de sa mine approche 2.» Le bienheureux apôtre saint Paul désigne aussi les envieux quand il dit : dis ont sur leurs lèvres un venin d'aspic, leur bouche est pleine d'injures et d'aigreur, leurs pieds août prompts pour répandre le sang ; ils ne-aongent qu'à rendre les autres misérables , ne prennent jamais les voies de douceur , et n'ont point la crainte de Dieu devant les yeux'. » Les Uessnres qu'on reçoit dans le corps sont bien moins dangereuses que celles de l'envie; car comme on les voit , on en cherche aussitôt la guérison , au lieu que les autres étant secrètes l'on ne se met pas même en peine d'y appeler remède. Qui que vous soyez qui êtes malin et envieux , vous avez beau chercher les moyens de nuire à celui que vous haïssez , vous ne lui ferez jamais tant de mal que vous vous en faites. Celui que vous persécutez peut échapper de vous , mais vous ne vous sauriez fuir vous-même. Partoot où vous êtes, votre adversaire est avec vous. Vous portez toiûours votre ennemi; le mal est enfermé an dedans; vos liens sont indissolubles; vous êtes esclave de la jalousie, et rien n'est capable de vous tirer de cette servitude; c'est un mal opmiàtre que de persécuter un homme que Dieu prend en sa protection; c'est un malhenr sans remède de haïr un homme heoreux. Cest pourquoi Notre-Seigneur voulant prévenir un si grand mal et empêcher qu'il ne fit tomber personne dans les filets de la mort , répondit à ses disciples qui lui demandaient qui était le plus grand d'entreeuxuGdui qui sera le moindre parmi vous tous sera grand ^.» Par cette réponse il a coupé pied à toute jalousie et qd a retranché tous les sujets. Il n'est plus permis à un disciple de Jésus-Christ d'être envieux. Nooi ne pouvons plus disputer de gloire et d^élévatk» entre nous, puisqu'on n'y arrive que parlliomilité. Aussi l'apôtre saint Paul nous exhorcaat à faire des œuvres de lumière après être sortis de la nuit où nous étions : < La nuit, dit-û, est
» P«. 36, 7.-« Und.^ 12. - » Rom. , 3, 13. ♦ Luc, 22, 20.