‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 58 sur 102 · DE L'ENVIE · texte numérisé non relu

DE L'ENVIE

|MMie, et le jour ya venir. Quittons donc les «nvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lomière. Marchons avec bienséance conune dorant le jonr sans nous laisser aller aux débauches et aux ivrogneries, aux dissolutions et aux impudidtés , aux querelles et aux envies ^» Si les ténèbres se sont retirées de votre oœor , si le jour Fa éclairé, si vous avez commencé à être un homme de lunnère, faites des oeuvres de Jésus-Christ, car Jésus-Christ est le jour et la lumière. Pourquoi vous précipitez-vous dans Fabfane de Tenvie P pourquoi vous enveloppez- vous dans cette nuit obscure et épaisse, et éteignez-vous le flambeau de la paix et de la charité? pourquoi retournez-vous au diable à qui vous aviez raioncé? pourquoi vous rendez-vous semblables à Gain ? car Tapôtre saint Jean déclare dans son épltre que quiconque est envieux et hait son frère est homicide comme lui. c Celui, dit-il, qui hait son frère est homicide; et vous savez qu'aucun homicide n'a la vie étemelle demeurant en lui 3;» et encore : cGdtti qui se vante d'être dans la lumière, et hait son frère, est encore dansfes ténèbres. 11 marche dans les ténèbres et ne sait où il va, parce qae les ténèbres lui ont offusqué la vue '. > Celui, dit-il, qui hait son frère marchedansles ténèbres et ne sait oft il va , parce qu'il se jette sans le savoir dans le feu de l'enfer en se retirant de la lumière de Jésus-Christ qui dit : «Je suis la lumière du monde ; celui qui me suivra ne marchera pomt dans les ténèbres,maisaura lalumière de la vief » Or celui-là suit Jésus-Christ qui observe ses commandemens, qui marche par le chemin qu'il nous a tracé , qui fait ce que luimême a fait et enseigné. «Jésus-Christ, dit l'apôtre saint Pierre, a souffert pour nous, vous laissant Pexemple afin que vous marchiez sur ses pas^ > Souvenons-nous du nom que Notre- Seigneur dcmne à son peuple. Il l'appelle des

brebis*, pour montrer quelle doit être l'innocence des chrétiens. Il rappelle des agneaux , pour faire voir qu'il en d<Ht avoir la shnplicité. Pourquoi le loupse cache-t-il sous une peau de brebis ? Pourquoi celui qui se dit faussement chrétien déshonore-t-il le troupeau de Jésus- Christ? car prendre le nom de Jésus-Christ et

« Rom.» 13, 12. - M. Jean , 3, 15. - • y&ûf., 2, 9, 11. * lbid.,%, 12.-» 1. Pierre, 3,21.

•Jean, 21, 17.

ne pas marcher dans sa voie, qu'est-ce autre chose que de diffomer son nomP Ne dit-il pat lui-même que celui-là arrivera à la vie qui garde ses commandemens; que pour être sage il faut accomplir ses paroles; et qu'on ne peal être grand dans le royaume des deux si l'on ne fait ce qu'il a fait, et qu'on n'enseigne ce qu'il a enseigné , c'est-à-dire que pour instruve utilement les autres il fiiut pratiquer le premier ses instructions? Or parmi tant de préceptes salutaires qu'il a donnés à ses disciples, que leur a-t-il recommandé davantage que de s'entr'aimer de la même sorte qu'il les a aiu)és?Et comment celui-là peut-il aimer ses frères qui a une jalousie continuelle contre eux? Aussi l'apôtre saint Paul ftisant voir les avantages de la paix et de la charité, après avoir avancé comme une vérité certaine .que la foi, les aumônes et le martyre même lui seraient inn* tiles s'il ne gardait inviolablement la charité, ajoute : c La charité est généreuse, elle est bonne , elle n'est point jalouse < : > pour montrer qu'il n'y a que ceux qui sont généreux, bons, exempts d'envie, qui puissent posséder cette vertu. C'est ce qui fait qu'exhortant ailleurs celui qui est déjà rempli du Saint-Esprit et fait enfant de Dieu par une naissance céleste, à ne s'occuper plus que des choses divines et spirituelles, il dit : «Je ne vous ai pu parier, mes firères, comme à des personnes spirituelles, mais comme à des gens encore charnels, encore enfans en Jésus-Christ. Je ne vous ai nourris que de lait et non de viandes solides , car vous n'en étiez pas alors capables : et vous ne l'êtes pas même à cette heure, parce que vous êtes encore charnels. Car puisqu'il se trouve parmi vous des jalousies, des querelles etdesdissen* nons, n'est-il pas visible que vous êtes encore charnels, et qu'il y aencore bien de l'homme en vous3?]> 11 faut surmonter mes très-chers fMres, les vices de la chair et les fouler aux pieds; de crainte que si nous retournons aux pratiques du vieil homme, nous ne tombions dans des pièges mortels. Cest l'avertissement que nous donne l'apôtre lorsqu'il dit :c C'est pourquoi, mes frères, ne vivons point selon la chair ; car si vous vivez selon la chair vous mourrez. Mais

M. Cor., 13, 4.

M.Gor.,3^t

s^ vous faites mourir |wr r«$|^U les panions de Isi chair, vom Yivress. CSar toi» ceax qui «ool cenduita par Tesprit de Dâeu $oot eid^aos de I>teu ^ » Si nousaomiBeseafisuu de Dieu, si nous avfois déjà coimneiicé à être ses temples, si ayant reça le Siaiot-Esprit nous viyons saintement et spirituellement, si nous ayons retiré DOS yeux de la terre pour les lever au eiei, si nous portons aux choaea hautes et sublioes ua c«eur plein de Dieu et de «Msus-Ghrist, ne hh sons rien qui ne soit digne de Dieu et de Jésus- Gbrîst. L'ap6tre nous y exhoHe par ees^ paroles: «Si vous êtes ressuscites avec Jésus -CShrist, chercher les choses du ciel où Jésus<<3irist est assis à la droite de Dieu; goùtex ks choses du ciel et non celles de la (erre; car vous êtes morts, et votre vie est eadiée avec Jésus-Christ en Dieu. Mais lorsque Jésus-Christ qui est votre vie viendra àpara(tre,vous paraltrezaussi avec bu dans la gloire^*» Puis donc que nous sommes morts et ensevelis dans le baptême quant aux pochés charnels du vieil homme, et ressuscites pcHRT Jésus-Christ par un^ naissance céleste, ne pensons et ne faisons que les choses qui sont agiîfaUesà Jésus-Christ, ainsi que le même apé^re nous l'enseigne en ces ternes : «Le premier homtte a été tiré du limon de la terre, et k second est descendu du ciel. Tel qu'a été le. terrestre, tek swt ceux qui sont venu3 de lui ; et tel qu'a été k oékste, tds sont ceux qui rimitent. Gomme donc nons avons porté Timoge de Thonme terrestre, portons aussi Timage de rhomme câeste ^. » Connus ne pouvons pas porter limage de Thomme céleste si nous ressonblons à Jésus-Christ. Car vous commeneet proprem^it à n'être plus ce qne vous étiei^ et à .'être ce que vous^ «'étiez pas, lorsque vous, donnex des masques de votre naissance divine^ lorsque vous ne démenlea point par vos actions la;<palitéd'enfent de Dieu, lorsque vousl'hor norez par votre bcmne conduite et néritet par là qu'il vous honore selon qu'il le dil kù-mème : «J'honorerai ceux qui m'honorent, et mépriserai'ceux qui me méprisent^. > C'est ppnr nous apprendre à faire cet honneur à Dieu et à lui ressembler comme ses enfons que Notre-Seigneur dit dans son Évangile : «Vous savez qu'il est écrit : Vous aimerez votre prodiaiq^ et bal-

< AoOL» a, la.- • GokMS., 3» 1. - • L Roii, 3, a

SAINT CYPRIEN

rei votre ennevu. Makmolje vensdk:; vos ^nemis, et priei pour ceux qui vous persécutent, afin que vous soyei enfhns de votre Père qui est aux cîeux, qui bit kver son soleil sur ks bcNBs et sur ks méctians et pkuvaîr sur les justes et sur ks iiôustes^.» Si les hommes sont bien aises et font fi^oire d'avoir â»eniaiia qui kur resaenbknt, et si cette joie est d'autant iilus grande que cette ressemhtancn est phis parfiftite, condMen Dkn se v<ieuit^il 4nvantilge krsqu'il voit ceux qu* sent nésspiiitudlement e» hii faire édater dans knra actions des traits de kur Pire cékstei QneUe gWîre et qm^ avantage d'être tds qpie Dieu ne puisse pasdîre de nnus : «J'ai engendré cka enfens, je ks ai agrandis, et ik m'ont méprisé^;» mais plutôt que Notre-Seîgii^Mrnoi» Ions et noua invite à k récompense, en noua disant :«Venea, voua q«e mouPtre a bénis, possédez k rograuni^ qui voua a été pr^nié d^s k commencement du monde ^ ?»

Voilà ka méditations dont nous nouadevom servir, mes très^bers frtoea , pour fiortifitr notre cœur et k rendre invulnérable à tous ks traits de l'ennemi. Lisons la sainte Écriture, faisons de bonnes «uvres, pensons souvent i Jésus-Ghrist, prions sans cesse, et soyons toujours occupés de bonnes choses,a&i que lorsque notre adversaire s'approch«pa pour nous attaquer, il trouvei toutes les entrées de notre cœur fermées et remparées. Un chrétien n'a pas à lÉtendre la seule a»ronnedu martyre;^ la paixaaussiseaGonranncs, qui sont la récompense des différentes victoires que nous ren^portons sur notre ennemi. Surmon(ter k volupté, dompter la colère, sonfiErir les iojures^t triompher de L'avarice, supporter en patience ks afBictinns, tout cela. mérite une couronne. Celui qui ne s'enorgueillit point dans la bonoe fiurtune, sera réounpeosé de son bnmilité. Celui qui est aumAnier et charitabk, aura un trésor daoa le deL Cdui qui n'est point enmux et qui vit doucement et paiaihkmentavoB ses frères,, recevra le prix de sa don* cenr- Mous cenrons. tous ks jouc&dani cette carrière des vertus,, et nous nous avangons à grands pas pour cueillir ces palmes et ces couronnes. Afin donc que vous y puissiez aussi avoir part, vous qm avez été ponédé juaqiAâ

« Matth., s, la. - * Isaie , 1, 2. - • MatUL» 2S, 31

EXHORTATION AU MARTYRE

et Penvie, défiiites-vons de cette maligpiité poar entrer dans le chemin de la vie étemelle. Arrachez de votre cœur ces ronces et ces épines , afin que la semence du Seigneur y fructifie et produise une moisson abondante. Vomissez le fiel et le poison de la discorde; purifiez votre esprit du venin du serpent, et que Jésus-Christ ôte par sa douceur toute Tamertume de votre Ime. Si vous prenez la nourriture et le breuvage eucharistique comme le sacrement de la croix, le bois qui adoucit les eaux de Mara , et qui en était la figure, adoucira votre cœur, et il ne faudra point d*autre remède pour vous rendre la santé. Servez-vous des mêmes choses qui vous ont blessé pour guérir vos blessures. Aimez ceux que vous haïssiez auparavant et dont vous médisiez. Imitez les gens de bien si vous le pouvez; sinon, réjouissez-vous au moins de ce qu'ils sont meilleurs que vous. Unissez-vous à eux d'aflection afin d'avoir part à leurs mérites, et que le lien de la charité fraternelle vous fasse leur cohéritier. Vos dettes vous seront remises quand vous remettrez ce qu'on vous doit. Dieu

recevra vos sacrifices lorsque vous vous approcherez de lui avec un esprit de paix. Il prendra soin lui-même de vous conduire lorsque vou^ n'aurez que de bonnes et saintes pensées, suivant cette parole de TÉcriture. «Que le cœur de rhomme pense ce qui est juste, afin que Dieu conduise ses pas ^ » Qr vous avez bien des choses à penser. Pensez au paradis, où Gain n^est point rentré parce quMl tua son fir^e par envie. Pensez au royaume céleste où Dieu n*admet que ceux qui sont bien d*accord ensemble. Pensez que ceux-là seuls peuvent être appelés enfiins de Dieu, qui sont paisibles, et qui se servent de l'avantage de leur renaissance et des instructions divines pour se rendre semblables à Dieu et à Jésus<ihrist par l'union quils ont avec leurs frères. Pensez que nous sommes toujours en la présence de Dieu, que nous l'avons pour juge et pour témoin de toutes nos actions, et que Tunique moyen de le voir un jour, c'est de lui plaire ici-bas par nos bonnes oeuvres, et de nous rendre dignes de sa grâce en ce monde, pour l'être de sa gloire en Tautre.

EXHORTATION AU MARTYRE

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