‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 6 sur 102 · NÉ EN AURIQUË, VERS 210. — MORT A CARTUAGE, EN · texte numérisé non relu

NÉ EN AURIQUË, VERS 210. — MORT A CARTUAGE, EN

Schoell a donné dans son quatrième volume de f Histoire de la Liiiéraiure romaine, un article dans lequel saint Cyprien se trouve fort judicieusement apprécié comme homme et comme écrivain.

«Saint Cyprien ou Thascius Gœcilius Cyprianus, était, dit Schoell, né en Afrique, peut-être à Carthage. Il enseignait la rhétorique lorsque, dans les années 244 , 245 et 246 , un prèire de Carthage, nommé Cœcilius ' , le convainquit de la vérité du christianisme. Ce fut alors que, par reconnaissance , il ajouta le nom de ce prêtre aux deux noms qu'il portait auparavant. Son érudition et son zèle lui méritèrent , peu après , le baptême et l'ordre de la prêtrise. L'année suivante, il fut évèque de Carthage. Ce fut en 249 qu'éclato la persécution ordonnée par l'empereur Décius. Comme elle était principalement dirigée contre

* Cest à ce qu*on croit le même penonnage qui dans Icdialogne de ^Minucius Félix est représeoié comme upposaiit le« argum^us lot plus forts à la doctriue du chrijiuaiiisiiie, qu'il embrassa lui-même depuis

les chefs de l'Église , la populace païenne de Ca^ thage demanda avec fureur que saint Cyprien fût jeté aux lions ^ L'évêque crut devoir se soustraire à la fureur de ses ennemis et se cacha jusqu'en 251. Du lieu de sa retraite, il exhorta son troupeau à la constance. Après que la persécution se fut apaisée , il s'éleva dans l'Église catholique une dispute très-chaude sur la question du savoir si l'on pouvait recevoir dans le sein de l'Église ceux qui , au lieu de mériter la couronne du martyre, avaient eu la faiblesse de se sou** mettre à quelques-uns de ces actes dont les païens se contentaient , parce qu'ils les interprétaient comme une abjuration du christianisme. Saint Cyprien, d'accord avec le pape saint Corneille, conseilla de ne pas pousser trop loin la rigueur contre ces malheureux repentans. Novatus, prêtre de Carthage, qui était l'ennemi de Cyprien, parce que ce prélat l'avait cité devant son tribunal à cause de la corruption de ses mœurs, et

* Une peste avait éclaté et ou accusait les chrétiens des malheurs de l'empire.

NOTICE SUR SAINT CYPKIEN

Novatianus , l'antagoniste de saint Corneille à la papauté, refusèrent de rester en communion avec des apostats et formèrent un schisme que saint Cyprien ne cessa de combattre. Une nouvelle persécution des chrétiens fut ordonnée en 257 , par Yalérien. Le proconsul d'Afrique se contenta d*exiler saint Cyprien à Curubis. L'année suivante, on lui permit même d'habiter sa campagne près de Garthage. Cependant le proconsul ayaut reçu, pendant qu'il séjournait & Utique , de nouveaux ordres qui ne lui permettaient plus d'observer de ménagemens, ordonna d'amener saint Cyprien dans cette ville. L'évèque se cacha , non parce qu'il voulait se soustraire au martyre, qu'il disait lui avoir été annoncé par Dieu , même dans un songe , mais parce qu'il voulait mourir au sein de son troupeau. Aussi le proconsul fut-il à peine retourné à Carthage, que saint Cyprien sortit de sa retraite. Il fut décapité le 14 septembre 258. 11 existe 14 ouvrages de saint Cyprien, et de plus, 83 lettres intéressantes pour la connaissance de l'histoire ecclésiastique. Une des productions les plus importantes de saint Cyprien , est son traité de VUnilé de l'Église. Les protestans veulent le faire regarder, sinon comme l'auteur de cette maxime fondamentale de la religion catholique, au moins comme celui qui Ta le premier développée et lui a donné sa forme systématique. Ils lui reprochent aussi l'éloge excessif, selon eux , qu'il donne aux bonnes œuvres et aumônes , dans son traité qui porte ce litre. Tous les partis conviennent que saint Cyprien était un homme pieux et zélé pour le maintien de l'ordre et de la discipline dans son Église. Il ne se distingua pas comme dogmatiste, ni comme, interprète des saintes Écritures. Son principal mérite , comme écrivain , consiste dans sa morale. Lactance,qui a été professeur de rhétorique, loue son style ' , saint Jérôme son éloquence et sa clarté. Les modernes n'ont pas confirmé ce jugement dans tous ses points; on trouve que saint Cyprien a les défauts de son modèle, Tertullien ; et que, comme celui-ci, il manque de simplicité. La considération personnelle qu'il acquit par sa piété , par son zèle et par le courage avec lequel il mourut pour sa fèi , lui ont acquis dans l'Église catholique une grande autorité, et il est un de ceux qui ont fixé la dogmatique et la phraséo-

* « Saint Cyprien avait , dit Lactaoce , un esprit subtil , agréable et une grande netteté , ce qui est une des plus belles qualités du discoure. S(in style est orné, son expression facile, son raisonnement doué de force et de vigueur; il platt, instruit, persuade , et fait si bien ces trois choses qu'il serait difficile de dire dans laquelle il excelle le plus. {Institutions divines, liv. v, chap. 1.)

logie sacrée, ou ce qu'on appelle la latinUé ec* clésiaslique. Sa réputation fut cause qu'on forgea par la suite sous son nom beaucoup d'ouvrages que la critique a rejetés comme supposés; de ce nombre sont plusieurs pièces en vers.»

La lettre écrite par saint Cyprien à son ami Donat, quelque temps après leur baptême, complétera cette notice de Schoell, en faisant connaître plus intimement la direction d'idées habituelles de saint Cyprien.

< Vous avez raison , mon cher Donat, de m'avertir de m'acquiter de ma promesse. Car je me souviens de vous aToii" promis ce que vous me demandez, et cette saison est tout-à-falt favorable pour cela, puisque c'est le temps des vendanges , où Tesprit libre de tous soins se délaxse des fatigues du reste de l'année. La beauté même du lieu où nous sommes s^accorde fort bien avec celle du jour, et la face riante de ces jardins conspire avec la douceur de l'automne à fiai ter agréablement les sens. Je suis donc d'avis que nous passions ici ce beau jour i nous entretenir, et à nous instruire Tun l'autre des divins préceptes. Et de peur que quelque profane ne vienne troubler notre entrelien, ou que le bruit de la maison ne nous incommode, allons nous asseoir là-bas où ces pampres de vigne qui serpentent alentour de ces ormeaux forment un couvert et une retraite agréable. Ce lieu , ce me semble, est fort propre à notre dessein; et en même temps que cette belle verdure réjouira nos yeux, notre esprit se nourrira avec plaisir des choses que nous dirons , quoique je voie bien que vous ne vous souciez maintenant que de m'entendre, et que méprisant tous ces objets qui pourraient charmer vos yeux , vous les tenez seulement attachés sur mol ; car l'affection que vous me portez vous rend extraordinairement attentif. Mais que puis-je vous dire qui soit capable de répondre à cette grande attention, et de vous satisfaire? La médiocrité de mon esprit n'est pas suffisante pour produire de grandes choses, et ne vous attendez pas à recueillir une moisson bien riche. Je m'efîorcerai néanmoins selon mon pouvoir, puisque aussi bien la matière que j'ai à traiter est avantageuse. Au barreau , ou devant le peuple, Téloquence a un vaste champ pour paraître; mais lorsqu'on parle des choses de Dieu , la vérité et la simplidié sont le plus bel ornement du discours. C'est pourquoi n'attendez pas de moi des choses éloquentes, mais fortes; ni que j'emploie ici des mots choisis et recherchés comme si j'avais à parler devant le peuple. Je vous enoretiendrai d'une façon simple et grossière , comme la plus propre au dessein que j'ai de relever la bonté et la miséricorde de Dieu. Car ce dont je vous veux parler se sent avant qu'on l'apprenne, et ne s'acquiert pas par une étude longue et pénible, mais est l'effet d'une grâce prompte et puissante.

« Lora donc que je languissais dans les ténèbres d'un» nuit profonde, et que flottant sur la mer orageuse di siècle, j'étais incertain de ce que je devais fiib^, rebelle « la lumière et à la vérité, je trouvais extrêmement dur ce qu'on me promettait de la bonté de Dieu pour être sauvé : qu'on pût naître encore une fois , en sorte que recevant une nouvelle vie dans les eaux du baptême, on se dépouillât de ce qu'on était auparavant , et qu'un homme cbati[;eât entièrement d'esprit, sou corps demeurant tou-

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jours le même. Comment, dliai»Je , un si fcrand changement est-il possible? Comment se défaire tout d*un coup de ce que la nature ou l'habitude ont tellement fortifié? Ce sont là des choses profondément enracinées dans l'âme. Comment un homme accoutumé à faire bonne chère apprendra-t-il en un moment la sobriété? Peut -on croire qu'une personne qui s'est toujours superbement vêtue, et qui a porté jusqu'ici des habits d'or et de soie, se puisse résoudre à s'habiller simplement et modestement? Du autre qui aura passé sa vie dans des charges et des emplois considérables , se réduira-t-il i une condition privée? Et celui qui s'est toujours vu accompagné d'une foule de personnes qui dépendaient de lui, ne refiarderai-il pas la solitude comme un supplice? Il faut que ceux qui ont vécu depuis si longtemps sous l'empire de leurs passions, en soient encore dominés ; que la débauche les entrabie, que rorgueil les enfle, que la colère les enflamme» que ravarice les tourmente, que la vengeance les anime , que Tambition les charme, que la volupté les précipile. Voilà ce que je repassais souvent en moi-même. Car comme Je me trouvais engagé dans ime infinité de mauvaises habitudes dont je ne croyais pas pouvoir sortir, je secondais mes indînations vicieuses; et désespérani de devenir meilleur que je n'étais , je m'aoooutnmais avec mes maux, qui m'étaient déjà comme passés en nature.

Mais lorsque les souillures de. ma vie passée étant nettoyées par l'eau salutaire de la régénération, la lumière se répandit d'en haut dans mon coeur; lorsque, ayant reçu le Saint-Esprit, une seconde naîManoe m'eut fait devenir on nouvel homme.: aussitôt mes doutes s'éclairdrent, mon esprit s'ouvrit, mes ténèbres furent dissipées ; ce que je trouvais diffidle me sembla facile, et je crus qu'on pouvait faire ce que i'a^vaiis estimé jusque alors impossible ; en sorte qu'il était aisé de reconnaître que ce qu'il y avait auparavant en moi de charnel et de déréglé venait de la (erre, et que ce que le Saint-Esprit animait déjà venait de Dieu. Vous savez vous-même aussi bien que moi , et vous le reconnaissez, ce que cette mort de nos crimes et la vie des vertus a ôté en nous et y a mis. Vous le savez , et je n'ai que faire de le publier ; car la louange de soi-niême est odieuse ; quoi qu'on puisse dire que ce n'est pas une vanité, mais une reconnaissance d'attribuer la gloire d'une chose à Dieu et non pas à l'homme, et d'impaur à la gràœ de la foi de ce qu'on ne pèche plus, eoaimeà l'erreur humaine de ce qu'on a péché autrefois. Oui c'est de Dieu^cpie nous tenons tout ce qu'il y a de fEMxe en nous. C'est lui qui nous fait vivre; c'est lui qui nous anime, et qui, nous donnant -une nouvelle vigueur, fait que dès ce monde nous avons déjà des pressentimens de l'avenir. Ayons seulement soin de vivre toiqours dans ta crainte, comme étant la gardienne de notre inmH eesioe, afin que Notre-Seigneur qui a fslt reluire les rayons de sa guftce en notre âme, soit convié à y demeurer par le plaisir que nous prendrons à bien faire, et qu'A n'arrire pas que Tassuranoe du pardon de nos butes nous rende négligens, et laisse une porte ouverte à l'anden ennemi pour rentrer en nous. Mais si vous ne sortez point de la voie de la justice et de l'innocence; si vous y mardiezd'ui: pas ferme et ^1 ; si, vous tenant attaché à Dieu de tout votre pouvoir et de tout votre cœur, vous demeurez toujours le même que vous avez commencé d*éf re , la grâce spirituelle s'augmentera en vous et vous donnera de nouvelles forces. Car les dons célestes ne res-

semblent pas aux bienfaits des hommes ; ils ne reçoivent ni bornes ni mesure. Le Saint-Esprit qui se répand abondamment, n'est resserré par aucunes limites, et ne se renferme point dans un espace fixé. Ses eaux coulent toiqours, et se débordent de toutes paru. Que notre cceur seulement soit altéré et ouvert, et elles l'inonderont à proportion que la grandeur de sa foi le rendra capable de les recevoir. Lorsque nous serons chastes et purs, modestes dans nos actions, retenus dans nos paroles, nous pourrons même guérir les malades, et éteindre la malignité du poison qui les infecte; nous pourrons rendre la santé spirituelle à ceux qui l'ont perdue, la tranquilfitéaux outrageux, la paix aux colères, la douceur aux emportés; nous pourrons obliger par nos menaces les esprits immondes et vagabonds qui tourmentent les corps des hommes à confesser ce que nous leur demanderons, les presser de se retirer par des fouets invisibles, et lorsqu'ils résisteront, qu'ils pleureront, qu'ils gémiront, redoubler leurs cbâtimens, les battre de nouveau de verges spirituelles, et les brûler par le feu de nos prières. Car les exorcismes que nous faisons sur les possédés se voient; mais les toormens qu'en souffrent les démons qui les possèdent ne se voient point Ainsi le Saint-Esprit agit avec liberté et autorité à cause de la grâce que nous avons déjà reçue par le baptême; mais parce que nous n'avons pas encore changé de corps , nos yeux sont couverts de nuages et ne sauraient apercevoir ce qui se passe. Combien un esprit ainsi renouvelé par les eaux du baptême est-Il fort ! combien est-il puissant ! puisqu'il n'est pas seulement délivré des attachemens qu'il avait au monde et à couvert des efforts de rennemi par la pureté et Pinnocence qu'il a reçue; mais que sa vigueur et ses forces étant encore augmentées, il commaiide avec empire à toute Parmée des démons.

Mais afin que vous compreniez encore mieux l'éroinence de cette grâce, je veux éclaircir cela davantage , et mettre cette vérité dans un plus grand jour. Imaginez-vous donc que vous êtes transporté sur le sommet d'une haute montaîgne, d'où vous voyez tout ce qui se passe au-dessous de vous; et que jeUnt les yeux de tous ofttês, vous contemplez dans un calme d'esprit tout entier toutes les tempêtes et les agitations du monde. N'est-il pas vrai que vous commencerez à en avoir pitié , et que cela vont faisant faire réflexion suf vous-même, et sur la grâce que Dieu vous a faite, vous serez encore plus aise d'être échappé d*im si grand péril ? Considérez leschemins remplis de voleiuY, les mers couvertes de corsaires, les guerres qui répandent partout refFk*oi et l'horreur. Toute la terreest teinte du sang des batailles. L'homicide est un crime quand an particulier le fait, mais on l'ap pelle vertu et courage lorsqu'on le commet plusieurs em« semble; et ce n'est pas la raison de l'innocence, mais la grandeur de la cruauté qui le rend impuni. Que si vous tournez la vue du côté des villes, vous y trouverez une compagnie plus à craindre que la plus affreuse solitude. On y prépare des spectacles de gladiateurs pour repaître les yeux des assistons de sang et de carnage. On nourrit ces victimes publiques de viandes solides, et on huile leurs membres charnus, afin qu'ils soient pins forts et plus souples, et qu'ils vendent plus chèrement leur vie. Un homme est tué pour donner du plaisir à un homme. Ainsi l'on ne commet pas seulement les crimes, mais on enseigneà les commettre. Se peut-il rien inuiginer de plus barbareetde plus inhumain que oela?Mais que di-

GooqIc

NOTICE SUR SAINT CYPRIEN

m-Toas de ceux qui s'expoieot aux bétes, quoique per •oooe ne les y ait coodamoéa? Des gens à la fleur de leur âge, bien foiu, bien Têtus, s'apprêtent de sang-froid & faire eux-mêmes leurs funérailles, et sont assez misérables pour se glorifier de leur misère. Les bêtes combattent ainsi contre des bêtes, non pour expier leurs crimes, mais pour assourir leur fureur. Les pères refi^rdent combattre leurs enfans; un frère est dans l'amphithéâtre, et sa sœur est présente; une mère assiste au triste objet de sa douleur, et elle-même fournit aux frais et à la dépense. Et ils croient qu'au milieu de ces spectacles impies et ftinestes leurs yeux ne sont pas parriddes! De là jetez la rue sur d'autres spectacles qui ne sont pas voins dangereux , et tous Terrez sur les théâtres des choses pitoyables et honteuses tout ensemble. La tragédie se fait gloire de représenter les crimes passés, et l'on y renourelle l'horreur des parricides et des incestes, de peur que la mémoire de ces belles actions ne s'effoce par le temps. Tout le monde est averti par là qu'on peut faire œ qui s'est déjà fait. On a trouvé cette invention pour ne laisser jamais mourir le souvenir des crimes, et pour les faire passer à la postérité. Ces crimes ont cessé , et on en fiait des exemples. Les bouffonneries honteuses des comédies représentent les infamies qui se font dans les maisons, on apprennent celles qu'on y peut faire. Car l'on apprend à commettre des adultères , lorsqu'on en voit ; et l'autorité du magistrat qui approuve ces désordres flattant nos mauvaises inclinations, une femme qui était peut-être allée chaste à la comédie , en revient impudique. D'ailleurs, combien les postures indécentes des farceurs sontrellès capables de corrompre les mœurs et de fdmenter les vices! Quoi! voir représenter des incestes, et des actions infâmes qui violent les lois de la nature ! Les hommes y deviennent efféminés ; tout l'honneur et toute la vigueur du sexe y est énervée par des actions molles et lascives, et celui qui est plus femme est celui qui platt davanuge. Les crimes y tournent à gloire, et l'on est estimé d'autant plus habile qu'on est plus infâme. Quelles impressions n'est point capable de donner un homme de cette sorte? Il éroeat les sens, il flatte les passions, il bannit toute honte des cœura les plus chastes. Ajoulei à cela qu'ils ne manquent jamais d'autoriser ces crimes par des exemples illustres , afin que se faisant écouter favorablement, ils les insinuent davantage dans l'esprit de ceux qui les écoutent, ils représentent les impudicités de Vénus, l'adultère deMars, leur Jupiter, qui est plutôc le premier des dieux à cause de ses crimes que de son sceptre, brûlant avec ses foudres pour des beautés mortelles, tantôt prenant la forme d'un cigne, tantôt se changeant en pluie d'or, et tantôt se servant du ministère d'un aigle pour enlever des enfans. Demandez-moi maintenant si une personne qui voit ces choses peut demeurer chaste? Ils imitent les dieux qu'ils adorent , et ils consacrent leurs crimes.

c Mais si du haut de ce lieu élevé vous pouviez pénétrer dans les secreudes maisons, :combien verriez-vous de crimes que commettent leshnpudiques, qu'un homme qui a un peu de pudeur ne saurait même r^parder sans rougir? Vous verriez des crimes que c'est même un crime de voir. Vous verriez des actions si horribles , que ceux qui sont bien aises de les commettre n'oseraient les avouer. Les hommes poussés d'une volupté ftirieuse et brutale se déshonorent l'Un l'antre. Us font des choses que ceux mêmes qui les font ne sauraient approuver; ils sont les

premiers à en blâmer les autres. Un infâme crie contre des infâmes, et croit par là être moins coupable, comme si la conscience ne suffisait pas pour le rendre criminel. Ils coudamnenten public ce qu'ils font en particulier; et en censurant les autres, ils se censurent eux-mêmes. C'est ainsi qu'ils joignent l'impudence à l'impudicité. Et ne vous étonnez pas de cette effronterie, c'est le moindre de leurscrimes. Mais après aroir ainsi considéré les chemins pleins d'embûches , les combats répandus par toute la (erre, les spectacles ou sanglans ou honteux , les impudicités qui se commettent dans les lieux consacrés à la débauche , ou celles qui se font dans les maisons des particuliers, et dont la licence est d'autant plus grande que les fautes sont plus secrètes, peutrêtre que vous croirez que le palais de la justice est un lieu saint et exempt de toute sorte de désordres. Mais jetez les yeux dessus, pour voir ce qui s'y passe, et vous y trouverez encore plus de choses que tous détesterez et qui vous feront horreur. Car quoique les lois soient gravées sur douze tables d'airain , et qu'elles soient exposées en vue à tout le monde , on pèche au milieu des lois mêmes , et l'innocence est violée jusque dans le lieu où elle est défendue. Les plaideur^ y font éclater leur fureur et leur rage, et les cris différons dont retentit le barreau forment au milieu de la paix une image de la guerre. L'on y voit des épées et des haches, des ongles de fer, des chevalets, des roues, enfin plus d'instrumens pour gêner le corps d'un seul homme qu'il n'y a de membres dans son corps. Parmi tout cela qui est-ce qui secourt ceux qui sont opprimés? Les avocau ? Ce sont des traîtres et des prévaricateurs. Les juges ? ils vendent leurs jugemens. Celui qui est assis sur le tribunal de la justice pour venger les crimes, les commet , et un juge devient coupable pour faire périr un innocent. Les vices y régnent de toutes parts, et s'y font tout sous toutes sortes de formes. Celui-ci suppose un testament ; cet autre falsifie un acte public ; ici on arrache aux enfans la succession de leurs pères; là des étrangers sont mis en la place des héritiers légitimes. L'on y Yoit partout des ennemis, des calomniateurs , des faux témoins, des bouches vénales prostituées au mensonge. Encore , si les coupables éuient enveloppés dans une même ruine avec les ionocens ! L'on s'y moque des lois et des magistrats; car on ne craint point ceux qu'on peut corrompre. C'est même une espèce de a*ime d'être innocent parmi des coupables; qui n'imite point les méchants, les offense. Les lois mêmes sont en quelque sorte d'aooord avec les crimes, et ce qui est public conunence à être permis. Quelle pudeur, quelle int^ité peut-il y avoir en on lieu où il n'y a personne pour condamner les coupables , parce qu'il n'y a que des criminels? Mais de peur qu^il ne semble que nous choisissons les plus mauvaises choses pour les décrier toutes, et que nous ne vous fassions arrêter la vue que sur des objets ftanestes qui offensent tous ceux qui ont de l'honneur et de la conscience, je veux tous montrer les choses que l.igoorance du monde appelle biens, et vous verrez si elles ne sont pas à fuir aussi bien que le reste. Qu'est-ce que vous pensez que ce soit que ces charges, ces faisceaux, ces commandemens, ces magistratures, cette opulence? C'est une misère véritable couverte de l'apparence d'une félicité trompeuse; c'est un poison qu'on boit dans une coupe d'or. Car , Toyez-Yous cet homme-là qui nutfche avec une robe tout éclatante d'or et de pourpre ? par combien de bassesses est^l arrivé on vous le voyez? Combien d'indignités lui a-t-il faUu e^

NOTICE SUR SAINT CYPRIEN

nyer? Combien de fois s*e8t-il morfondu à la porte d'un srând ?€orabien a-tril souffert d'affronts lorsqu'il accompsgnatt les autrespar honneur , afin de pouvoir lui-même un jour être accompagné d'une troupe de gens qui font plutôt la cour à sa dignité qu'à sa personne? Mais considérez un peu la fin de ces gens-là ! combien eUe est bonteuse, lorsqnils ne sont plus enrironnés de cette foule de flatteurs, lorsqu'ils se trouvent seuls et abandonnnés! Cest alors qu'Us connaissent le désordre de leurs affaires , et qu'ils se repentent à loisir d'avoir tant dépensé d'argent pour acheter la faveur et les bonnes grâces du peuple. Folle et vaine dépense, également inutile à œux qui la font, et à ceux pour qui elle se fait ! Et quant k ces antres que vous estimez riches, qui joignent héritage à héritage , qui envahissent la terre des pauvres pour étendre la leur et se foire des parcs sans bornes, qui ont des monceaux d'or et d'argent et des trésors tachés, ne sont-ils pas continuellement agités de flrayeurs au milieu de leurs richesses? n'appréhendent-ils pas sans cesse les voleurs , ou les ennemis , ou l'envie des personnes puissantes ? Ils ne mangent ni ne dorment en repos. Vous les voyez soupirer dans les festins , où ils boivent des perles et de l'ambre gris. Et lorsque, après t être remplis de toutes sortes de mets délicats , ils se vont coucher dans leurs lits mous et douillets, ils veillent an milieu delà plume. Et ces pauvres malheureux ne comprennent pas que toutes ces choses ne sont que de beaux supplices , qu'Us sont liés de chaînes d'or, et qu'ils sont plutôt possédés de leurs richesses qu'ils ne les (nmiMcnt Misérable aveuglement d'une convoitise insensée ! Se pouvant décharger du poids qui les accable, ils font tout ce qu'ils peuvent pour en être encore davantage accablés. Ils cherchent de nouvelles matières de peines et de toormens. Ils ne font aucune largesse de leurs biens à ceux qui leur appartiennent, ils n'en font aucnne part aux pauvres , et ils appellent leur un argent qu'ils gardent chez eux avec autant de soin et de précaution que s'il était à d'autres; car bien loin de distribuer quoi que ce >oit A leurs amis ou à leurs enCans , ils n'en prennent pas seulement pour eux-mêmes, lis ne le possèdent qu'afin qu'un autre ne le possède pas. Cependant, voyez quel renversement, ils appellent biens, des choses dont ils ne se servent que pour faire du mal. Mais ne croyez-vous pas au moins que ceux-là soient en assurance au milieu de'leurs richesses à qui la fortune a mis Qiie couronne sur la tête , et qui sont environnés de gariKS et de sentinelles? Ils sont encore moins assurés que jrs autres, et craignent au moins autant qu'ils se font craindre, ils ont beau avoir des gardes à leurs e6tés , ils se sauraient se garantir des misères qui accompagnent la grandeur. Leur propre puissance les épouvante avant qu'elle donne de la terreur à leurs sujets. La fortune ne leur rit que pour leur être ensuite plus cruelle; elle ne les flatte que pour les tromper ; elle ne les attire à soi mieiiKNir les perdre ; elle ne les élève que pour les précipiter. Plus elle les avantage de ses biens, plus elle leur eu fait payer de gros intérêts.

< Le seul moyen donc de vivre en paix et en assurance, c'est de se mettre à l'abri des tempêtes du siècle dans un port favorable ; de lever sans cesse les yeux au ciel ; et lorsqu'on a été une fois admis au bain salutaire , et qu'on se voit déjà proche de son Dieu , de regarder combien est au-dessous de soi ce que les autres estiment de plus haut K de plus élevé. Et en effet, qu'est-ce que peut souhaiter

dans le monde celui qui eft plus grand que le monde ? Que c'est un état heureux et assuré d'être sorti des pièges du siècle, et de contempler avec un œil pur la lumière céleste et immortelle! Considérez les dégâts que l'ennemi faisait auparavant en nous; car la considéraUon de notre vie passée nous doit donner plus d'amour pour celle que nous menons à cette heure ; et pour arriver à celle-ci, il n'est point besoin d'argent, de faveur, de crédit, comme il en faut pour entrer dans les charges. C'est un don gratuit de Dieu , et une chose très-aisée ; car le Saint-Esprit se répand comme le soleil répand ses rayons, comme une fontaine répand ses eaux, comme le ciel verse la ploie. Après qu'une âme en contemplant le ciel a connu soli créateur, élevée au-dessus de toutes les puissances de la terre elle commence à être en effet ce qu'elle croit qu'elle est. Vous seulement qui êtes déjà enrôlé dans l'armée céleste, prenez garde de conserver inviolables les lois de cette milice spirituelle, et de vous affermir de plus en plus dans la vertu. Priez ou lisez sans cesse. Tantôt parlez à Dieu , et tantôt que Dieu vous parle. Qu'il vous instruise de ses préceptes et vous forme. Celui qu'il aura enrichi ne deviendra jamais pauvre. On ne doit plus appréhender llndlgence, depuis qu'on a été une fois rassasié des biens célestes. Vous n'aurez plus que du mépris pour ces lambris dorés, et pour ces planchers de marbre et de jaspe, lorsque vous penserez que c'est vous même qu'il faut orner, vous qui êtes cette maison dont le Seigneur fait son temple, et où le<8atait-Esprit a commencé à habiter. Que linnocence donc pare cette maison, et que la justice réclaire. Jamais elle ne tombera en ruine par la rieillesse, et les peintures effacées, ou l'or terni et emporté par le temps, ne la gâteront point. Tout cequi estfardé est frêle, et l'on ne saurait s'assurer de posséder longtemps des choses qui ne sont pas solides. La beauté de cette maison au contraire est toujours firalche, toujours nouvelle, toujours durable; elle ne peut être détruite ; elle peut seulement être changée en mieux, lorsque le corps ressuscitera. En voilà assez pour cette heure, mon cher Donat. Car encore que votre oomplaisance, la solidité de votre esprit, et la grandeur de votre foi vous fassent prendre plaisir à ouïr des choses saintes et salutaires, et que je reconnaisse bien qu'on ne vous puisse rien dire qui vous soit plus agréable, je crois, néanmoins, qu'il n'est pas mauvais que nous nous modérions un peu , puisque nous sommes toujours ensemble, et que nous nous pourrons encore entretenir quand il nous plaira. Et puisque nous sommes maintenant au temps des vacations, et que nous n'avons rien à faire, passons joyeusement le reste de cette journée, et que l'heure même du repas ne soit pas exempte des grâces du ciel. Chantons des psaumes avant de nous mettre à table ; et comme vous avez bonne mémoire et la voix belle, que ce soit vous qui preniez la peine de le faire, s'il vous platt. Nourrissons-nous de ces cantiques spirituels, et qu'une si divine harmonie charme nos oreilles et nos cœurs. >

A la mort de saint Gypnen, les fidèles enterrèrent son corps avec un grand respect , près du chemin de Mappalia. Dans la suite une église fut élevée sur ce lieu vers Tan 806. La tradition des Églises catholiques rapporte que des ambassadeurs de Gharlemagne revenant dç Perse et passant

à Mappalia , obtinrent d'un souverain mahométan la permission d'ouvrir le tombeau de saint Gyprien et d'en enlever les reliques. Ils les dépo* sèrent, dit-on, d'abord à Arles, d*où elles furent portées à Lyon, et Charles le Chauve les fit ensuite transporter de là dans IVglise de l'abbaye de Saint-Corneille qu'il venait de faire bâtir àCompiègne.

Les plus anciennes éditions des œuvres de saint Cyprien avec date, sont de l'année 1471, l'une à Rome, de Conrad Sweynheim; l'autre à Venise, par Vindclinus de Spire; une troisième sans date parât t être à peu près de la même époque.

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Une des plus célèbres est celle d'Oxford, 1682, par deux évèques anglicans.

La plus belle et la meilleure est celle préparée par Baluze et achevée par dom Maran, et im» primée au Louvre en 1726, in-fol.

Les œuvres de saint Cyprien ont été réimprimées l'année dernière (1836), à Besançon, en uq vol. in-8® , à deux colonnes.

Les 14 traités et les 83 lettres de saint Cyprien ont été traduits en français par Jacques Tigeon. Paris , 1574 , in-fol. ; et par Lambert , Rouen , en 2 vol. in-4°, chez Antoine Leprev^t, 1716. C'est cette dernière traduction que j'ai adoptée.

LACÏANCE ,

FLORISSAIT AUX Ul« ET IV SlËaES.

il se trouve à la bibliothèque d u roi deux traductions inédites de tous les ouvrages de Lactanoe, à l'exception de son de Mortibus persecutorum, récemment traduit alors par Maucroix. La première est en 2 vol in-4® par M. Louis Chevalier, président au parlement de Paris, en 1726. Elle contient même une traduction de l'abrégé des Institutions divines. Le style en est traînant et diffus, et le sens de la phrase latine n'est jamais serré d'assez près. La seconde, sans nom d'auteur, porte le numéro 1340 et provient de Tabbaye de Saint-Victor; elle est en 1 vol. in-4^ d'une écriture cursive du xvu* siècle. Elle contient les sept livres ûts Institutions divines, le traité de la Coière de Dieu et le traité de V Ouvrage de Dieu. Le style en est ferme et précis, et le sens est toujours rendu nettement et exactement. Ce manuscrit est d'autant plus intéressant qu'on n'a jamais publié de Lactance que la Mort des persécuteurs , et le premier livre de tes Institutions donnes. J'ai fait prendre copie du numéro 1340, et on le trouvera publié enentierdans ce volume. L'auteur a fait précéder son travail d'un avertissement que je reproduis exactement et en entier. Ce morceau est d'un homme fort pieux.

«L'histoire de l'Église , dit le traducteur anononyme, a rendu justice aux écrits de Lactance; a loué l'élégance de son style, sou grand zèle pour la véritable religion et son parfait désintéressement ; mais elle oe nous a rien appris ni de son

pays, ni de ses parens, ni du lieu de sa naissance, ni de celui de sa mort, et n'a marqué que de légères circonstances de sa vie et de ses actions. Dès sa jeunesse il étudia sous Arnobe, et se proposant Cicéron à imiter, il fit de si merveilleux progrès d'ans l'art de bien parler et de bien écrire, qu'il approcha plus près que nul autre de la perfection de son modèle.

«Les Grecs, tout éloignés qu'ils étaient de vouloir céder à aucune nation en bel esprit et en politesse, n'osèrent en disputer la gloire à Lactance, et Eusèbe reconnut de bonne foi qu*il surpassait en éloquence tous les écrivains de son siècle. Sa réputation le fit rechercher par deux empereurs, Dioclétien et Constantin, d'ont l'un s'était déclaré ennemi de la religion chrétienne, et dont l'autre s'en était déclaré protecteur. Le premier l'attira à Nicomédie pour y faire des leçons publiques, et le second lui confia l'éducation de son fiIsCrispus. Mais ils mécontentèrent de lui avoir donné ces marques stériles de leur estime, sans se mettre en peine de reconnaître son érudition, ni de récompenser son travail. Ces emplois dont ils l'honorèrent n'empêchèrent pas qu'il ne souffrit les incommodités de la pauvreté, ni que dans un âge avancé il manquât souvent des choses les plus nécessaires à la vie. Ce n'était pas aussi au fantôme de leur faveur qu'il avait consacré ses veilles, et jamais il n'avait employé sa plume ni à excuser leurs défauts , ni à flatter leurs passions.

NOTICE Sl!U LACTANCE.

«U commença à écrire dès te temps qu'il étadiait tous Arnobe et fit un petit traité auquel il donna pour titre Entretiens de table. Pendant qu'il enseignait la réthorique à Nicomédie, comme il n'y était pas chargé d'écoliers, et que la langue latine n*y était pas communément entendue, il eut le loisir d'y composer plusieurs ouvrages, dont les uns ont été perdus et les autres consenrés. Ceux du premier ordre sont : une description, en vers hexamètres, des lieux qu'il avait tus en allant d'Afrique en Bythinie; un livre intitulé le Grammairien, deux livres à Asclépiade, et huit livres de lettres. Les ouvrages qui ont été conservés sont: un livre de la Persécution adonné depuis peu au public, en latin et en français * , les sept livres des Institutions de la religion chrétienne; Yabrégé des mêmes livres, un livre de la Colère de Dien^ et un livre de la Création de l'homme,

«Dans le premier livre des Institutions de la religion chrétienne, Lactance établit l'existence d'une providence souveraine et éternelle , l'unité de Dieu, et prouve d'une manière invincible que ceux que les païens ont pris pour des dieux n'étaient que des hommes que d'autres hommes avaient vu naître et mourir.

c 11 recherche dans son second livre l'originelle la superstition qui a abaissé les hommes jusqu'à se prosterner devant des idoles insensibles ; et suivant , en général , le progrès qu'elle a eu dlans les descendans de Gain, il montre comment les uns ont adoré les deux et les astres, et les autres les élémens et les bètes. Descendant ensuite au particulier, il H\i voir de quelle manière les Romains ont élevé des temples à un grand nombre de dieux étrangers.

« Dans le troisième livre il découvre la h\blesse de la sagesse humaine, les égaremens des philosophes et l'inutilité de leurs études, incapables d'étouffer les vices et d'apaiser les pas siens.

c Dans le quatrième livre il explique le mystère de l'incarnation du Verbe, parle des deux natures du Fils de Dieu, de ses souffrances et de sa mort. Sur la fin, il montre que les hérésies qui ont altéré la pureté de la f6i ne sont nées que de l'ignorance de l'Écriture sainte et que de l'avarice et de l'orgueil de ceux qui les ont inventées.

« Dans le cinquième livre il représente quelle est l'injustice des païens, et envers Dieu auand ils

« Bahue le publia pour la première fois, en lalin, en 1688, et le chanoine Maucroix fit paraître, en 1690, m tradoction qoe je reproduis dans ce Toluine. Les mou depuis peu déterminent ainsi l'époque de la traduction donnée dans le manuscrit 1340, et publiée ici pour la première MSi

Fabandonnent pour adorer ses ouvrages, et en* vers les chrétiens quand ils exercent toutes sortes de cruautés pour les obliger à renoncer à la foi.

« Dans le sixième livre il leur reproche la fausseté du culte où ils s'engagent, lorsqu'ils immolent des victimes à leurs dieux, comme s'ils étaient altérés du sang des animaux et affamés de leur chair, puis il convainc les philosophes de s'être éloignés de la vérité dans les principaux points de leur morale, puisque par tous leurs préceptes ils n'ont pu arracher aucun vice du cœur humain, ni inspirer de la libéralité à un avare, ni de la tempérance à un débauché.

«Dans le septième livre il examine en quoi consiste le souverain bien, propose plusieurs argumens pour prouver l'inmiortalité de l'âme, montre que l'on ne peut parvenir à cette immortalité que par la vertu, marque les présages qui précéderont la fin du monde, décrit la rigueur du dernier jugement, et conclut enfin son ouvrage en exhortant ses lecteurs à renoncer à l'erreur et à embrasser la piété.

« Le sujet du livre delà Colère de Dieu est de combattre les épicuriens, qui soutenaient qu'il n'y avait point de dieux, ou que , s'il y en avait, ils étaient également insensibles et aux services et aux injures que les hommes prétendaient leur faire. Le principal argument dont Lactance se sert contre eux est que leur opinion détruit la Providence et la religion, et qu'en ^tant aux dieux le soin de gouverner le monde, elle 6te aussi au monde le soin d'honorer les dieux. Pour bien entendre sa pensée il est nécessaire de remarquer qu'il prend toijyours la colère pour un mouvement de l'âme qui se porte à punir les péchés , ce qui l'aida à justifier que la colère qu'il attribue à Dieu est exempte du trouble auquel celle des hommes est pour l'ordinaire très-sujette.

« Quant au livre qui a pour titre de l'Ouvrage de Dieu, il tend principalement à prouver la Providence par le soin particulier qu'elle a pris de former le corps de l'homme et de l'animer. 11 est divisé en deux parties , dont la première est employée â répondre aux plaintes que certains philosophes formaient sur la condition humaine, en exagérant avec excès la faiblesse de notre naissance, la difficulté de notre éducation, les douleurs de nos maladies et la nécessité de mourir, à laquelle nous sommes sujets. Elle contient aussi une description détaillée du corps humain et des fonctions auxquelles chaque partie est destinée. Dans la seconde partie du livre il est traité de l'âme raisonnable, des opinions dei phes touchant ses actions et de sa véri gine, qui n'est antre qne Dieu i

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