‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 7 sur 102 · NOTICE SUR LACTANCE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LACTANCE

« Saint Jérôme admirant la force de notre auteur a témoigné qu'il aurait été à aoubaiter qu*il Teût aussi heureusement employée à établir les maiimes de la religion chrétienne, qu'à ruiner les erreurs du paganisme *. Mais parce qu'il est incomparablement plus difficiled'édiâer quededétruire « il a clairement montré les superstitions des païens et n'a pas sufOsamment expliqué la sainteté des mystères chrétiens. Pour le premier , il ne fallait qu'un sens exquis, un jugement solide, un esprit eiempt des préjugés populaires , une âme assez généreuse ( t assez intrépide pour mépriser les promesses et les menaces des princes. Mais le second demandait outre cela une connaissance exacte de l'Écriture sainte et une méditation profonde des vérités que Tesprit de Dieu a révélées à TËglise et que l'on ne trouve pas daos Lactance. Il a prouvé l'antiquité de la religion chrétienne et de rÉcricriture sainte, et donné une haute idée de Dieu en le décrivant comme un être souverain et indépendant de qui les autres procèdent et dépendent. J'ai déjà remarqué qu'il avait bien traité la matière de la Providence et bien expliqué en quoi consiste proprement le culte qui est dû â Dieu. 11 n*a parlé que légèrement du péché du premier homme, de la réparation de la nature humaine, de l'incarnation du Yerbe, de l'économie de l'Eglise, et en traitant toutes ces matières, il y a mêlé diverses sortes d'erreurs.

«Quelques-unes de ces erreurs ne regardent que la philosophie, comme quand il fait un grand discours, pour prouver qu'il n'y a point d'antipodes, d'autres ne regardent que la chronologie et l'histoire comme quand il fait Moïse près de neuf eents ans plus ancien que la prise de Troie, au lieu qu'il ne l'était que de trois et demi, selon le calcul d*Eusèbe ; mais les plus considérables et les plus dangereuses sout celles qui louchent la religion. C'est, pour rapporter quelques exemples, une erreur capitale de nier, comme il le fait, l'éternité du Ftls de Dieu, en disant que le père le produisit avant que de créer le monde. C'en est encore une de soutenir que les âmes, au sortir du corpsy sont enfermées dans des prisons où elles sont gardées jusqu'au dernier jugement. Enfin, Lactance a suivi les égaremens des millénaires, touchant les deux résurrections et le règne de mille ans. »

Je n'ajouterai que quelques dates à cette no-

* Lacuntius quasi quidam fluvius eloquentiae (ullianae uiinam tam uostra eonf&rmare potuisset, quàm facile aliéna dettmxit

(4pfti« 13 à Paulin.)

tice donnée, comme on le voit, par un catholique zélé que je crois de l'école de Port-Royal.

L'opinion commune est que Lactance naquit en Afrique puisqu'il étudia dans la ville de Sicca en Numidie, bien que son nom de Firmianus ait fait coiyecturer à quelques savans qu'il était né à Fermo dans la marche d'Ancône.

Dioclétien l'appela pour enseigner les belles lettres à Nicomédie vers l'année 290,

11 parait avoir renoncé au paganisme vers l'an 300, et composé ses Institutions vers 310.

De Nicomédie, où il ri^sida jusqu'en 317, Constantin rappela dans les Gaules pour lui confier l'éducation de son fiIsCrispus, déjà césar; et il mourut à Trêves, probablement vers l'an 325.

A peine l'imprimerie était-elle inventée, que les ouvrages de Lactance furent reproduits ; ils furent imprimés dans le monastère de Sublac, en 1465 , in-fol. C'est le premier livre imprimé en Italie , avec date. Le de R/ortibus persecutorwn ne fut publié qu'en 1689, par Baluze. Ce livre, dont personne depuis saint Jérôme n'«ivait parlé, fut trouvé dans les manuscrits de Tabbaye de Moissac en Quercy« d'où il passa dans la bibliothèque Colbert.

L'édition la plus complète et la mieux exécuU^e, est celle du père Edouard de Saint-François Xavier. Rouen, 1754-59, 14 vol. in-8^

Je me suis servi pour mes collations, de l'édition de Deux-Ponts, 1786, en 2 vol. in-S*", et de l'édition publiée en 1 vol. in-8^ à deux colonnes, en 1836, à Besançon.

Les Institutions de Lactance ont éi^ traduiies en français par Reué Famé. Paris, 1542,in-foi. Cette traduction est aujourd'hui illisible ; elU; est plate et diffuse. Le premier livre a été aussi traduit par Drouet de Maupcrluy, et imprimr ù Avignon, en 1710. La traduction de Drouet lïv Mauperluy est élégante et facile ; c'est celle dont je me suis servi pour ce livre, en regrettant qu'il n'ait pas donné suite ù son projet de publier le reste de:i ouvrages de Lactance.

La Mort des persécuteurs a été traduite parMau* croix, chanoine de Reims; Paris, 1680, ia-12; par Basnage, d'après la version anglaise de Burnet ; Utrecht, 1687 , in-S"" ; et par Godeacard. J'ai choisi celle de Maucroix.

Aucune traduction des autres ouvrages n'avait jamais été publiée ; il en restait cependant deux manuscrits à la bibliothèque du roi. J'ai fait choix de la traduction contenue daos le n^ 1340, ainsi que je l'ai indiqué au commencement de cette notice.

MATERNUS

Page 1