SOT
titts Félix < croit que Ton nomma Saturoe fik du Ciel et de la Terre , parce que s'étant réfugié en Italie, après avoir élé chassé de ses états, il iiarut tout d'un coup , ainsi qu'un homme loinbé.du ciel ; et que , comme d'ailleurs on i(]^norait quelle élait sa naissance et d*où il tirait son ori{pne, on Tappela enfant de la Terre. Uune et Fautre de ces manières de parler qui ont cours parmi le peuple , peuvent bien avoir donné lieu à celte fable. Cependaut, quelqu*in(i;énieuse que soit cette pensée, je ne pense pas qu'elle soit fondée en vérité; il y a plus d^appareoce de croire que Saturne étant un prince puissant ait voulu conserver » et comme consacrer la mémoire de ceux auxquels il devait la vie, en leur donnant, après leur mort , les noms de Ciel et de Terre, quoiqu'ils aient été connus sous d'autres noms. Et c'est ainsi que nous voyons des montagnes et des fleuves changer de nom , et recevdr celui de quelques personnes illustres : car il ne Faut pas s'imaginer que lorsque les poètes, ont donné une postérité à Inachus et à Atlas, ils aient eu dessein de nous hire croire qu'un fleuve et une montagne aient pu mettre des enfans au monde. Ils ont seulement voulu nous faire entendre qu^un prince grec et qu'un roi d'Afrique ont donné leur nom i un fleuve et à une montagne. Gda était fort en usage parmi les anciens , et surtout parmi les Grecs. Les différens noms que porte la mer qui mouille les c6tes de la Grèce , elle les a reçus des différentes personnes qui y ont péri. Egée, Icare et Hellé, ont donné les leurs à la mer Egée, à la mer Icarîenne, et à l'Hellespont. C'est ainsi que le mont Aventin reçut le sien d'Aventinus, qui a son tombeau sur cette montagne de Rome, et le fameux fleuve du Tibre de Tibérinus qui s'y noya. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'où ait donné au Ciel et à la Terre le nom de ceux qui avaient mis an monde de puissans princes. Il est donc claire que Saturne n'était pas fils du Ciel , mais d*un homme qui s'appelait Uranus , c'est-à-dire, Ciel; cette vérité est confirmée par le témoi<> gnage de Trismégiste, qui, après avoir dit qu'il y a eu fort peu d'hommes solidement sa- \ans, compte Uranus, Saturne et Mercure, ses
^ OaDs ton apologie pour la religion chrétiemie» lati- (ulée Oetannus, que Ton irouve dans ce volume.
parens parmi ceux qui l'ont été. Voilà de quelle manière cet écrivain a traduit cette histoire « parce qu'il n'en savait pas la vérité. Il a rai* sonné de la manière qui lui a ooovenu, Je dirai comment, et par qui le ciel fut nommé de la sorte , car ce ne fut pas par Saturne , mais par Jupiter qu il le fut.
Voici ce qu'en dit Ennius dans son Histoire sacrée. «Jupiter, dit«il, alla sur une montagne extrêmement élevée, d'où ayant jeté la vue de tous côtés, et s'étanl mis à considérer le pays d'alentour , il y érigea un autel qu'il consacra par un sacrifice solennel. Puis , levant les yeux vers cette vaste étendue qui est aurdessuft de l'air, et que jusque alors on avait nommé TÉther i, il lui donna le nom de Ciel 3 de celui de son aïeul , et il acheva ensuite le sacrifice en laissant consumer toute la vie** time ; mais ce n'est pas le seul sacrifice que Jupiter ait offert. Nous lisons dans César que ce fils de Saturne, marchant contre les Titans, et étant sur le point de quitter l'Ile de Naxos oA il avait mouillé l'ancre, il sacrifia sur le rivage; qu'un aigle vint fondre à ses pieds, et qu'en ayant tiré un heureux présage pour la victoire , après qu'il l'eut remportée, il prit par reoou^ naissance une aigle pour symbole. L*bistoire sacrée que nous avons alléguée plus d'une fois, témoigne aussi qu'un aigle se posa sur sa tète, et sembla par cette action lui promettre l'empire.»
Xli. Lessecretsdeapoêtesnenoussontpluscachés ; nous avons pénétré dans leurs phis sacrés mystères, la véritable naissance de Saturne nous est enfin connue. Examinons maintenant si ses vertus méritent que nous lui donnio» rang parmi les dieux. On oomuience son élogpe par la justice. U ftit juste, dit-on, en yoilà d'à* bord assex pour lui faire perdre sa divinité; et ce mot , il fut, l'en dégrade entièremoit. Mais il ne fut pas même juste, comme on le publie si hautement, et il commit la plus horrible de toutes les injustices , soit envers ses enEms qu'il fit mourir, soit envers son père qu'il mit hors d'état de lui donner des frères. J'avoue que les stoïciens lui ont rendu un bon office, et qu'ils ont donné à cette action barbare et impie un sens qui lui fait perdre une partie de l'horreur
* C'est la plus Haute réoton de Talr.
' Ou d'Dranui,
LACTANCE
que nous en avions conçue ^ Ils veulent donc, selon la remarque de Gioéron dans ses livres de la Nature des Dieux, que le père de Saturne, cet eunuque infortuné, ne soit autre chose que la sphère du feu, qui, ne produisant rien , n'a pas besoin des mêmes organes que la nature a donné au sexe le plus noble pour multiplier ton espèce. Gela se pourrait peut-être dire de Vesta ^, si son sexe pouvait souffrir cette application *; car on dit que cette déesse est toujours demeurée vierge, parce que étant la déesse du feu, elle représente un élément dont la stérilité est la marque de Textrème pureté 3.
XIII. Si donc cette explication est trop recherchée, si elle n'a rien de naturel ni de solide, que reste-t-il? sinon de croire sans façon qu'un homme a bien pu commettrece crime envers un autre homme; à moins qu'on ne dise que Saturne, tout dieu qu'il était , ne laissait pas de craindre que son père ne lui donnât un irèrequî vint mal à propos partager avec lui une succession qu^il regardait comme devant lui appartenir un jour tout entière. Mais il devait bien plutôt faire cette opération sur lui-même, et avoir la prévoyance de ne pas donner la vie à un fils ^ qui devait lui ôter la couronne.Il est vrai qu'ayant appris d'un oracle que ce fils lechasserait de sesËtats, il prit la précaution de dévorer (comme disent les fables ), ou plutôt de foire mourir ( comme raconte l'histoire), tous les mâles, que sa femme Rhéa, qui était aussi sa sœur, lui donnait tous les ans. A la vérité Ennius nous apprend, dans son Hisloiresacrée,que,dan8ce8 premiers temps, les hommes, dont les moeurs élaient encore rudes et sauvages, se nourrissaient de chair humaine : mais que les premières lois que donne Jupiter, lorsqu'il fut lemaitre, et qu'il s'appliqua â polir et â civiliser les peuples, que ces premières lois, dis-je, défendirent sous de rigoureuses peines ceshorribles repas.Quoi qu'il en soit, que Saturne ait tué ses enfens, ou qu'il les ait mangés, on ne voit pas par quel endroit il a pu mériter le nom de juste. Mais enfin Rhéa, ayant mis Jupiter au monde, elle eut assez d'adresse ou de bonheur pour le soustraire â la cruauté de son mari, et
* Les stoïciens réduisaient toutes les fables à un sens OQ moral on en rapport arec les phénomènes naturels.
* La déesse du feu. — * Jupiter.
* Ici Tient une cspèee de disserutîoD sur ropéraUoo faite i Saturne.
pour renvoyer en Crète, oft elle le fit nourrir secrètement. Mais je ne puis m'empècher d'accuser ici Saturne d'imprudence et de sottise : en fut-il jamais une pareille à celle qu'il fit paraître ' en cette rencontre. Il est dans le ciel, et il ne voit pas ce qui se passe sur la terre : il est Dieu, et il se laisse vilainement tromper par les Gorybantes^. Enfin, ce sage vieillard, ce puissant prince, ce politique raffiné, se voit en un instant dépouillé de tout par un jeune homme sans force et sans expérience : le voilà réduit à fuir et à chercher chez tous les peuples de la terre, un asile qu'il ne peut rencontrer qu>n Italie, o& il trouva en Janus, comme le raconte Ovide dam ses Fastes, un ami généreux, qui, pour bonorer un tel hôte, fit frapper exppès des monnaies, oA l'on voit d'un côté Janus avec deux visages, et de l'autre un navire qui représente celui smr lequel Saturne avait abordé en Italie.
Ainsi poètes et historiens, anciens et modernes. Grecs et Latins ^, tous sont d'accord en ce point, que le fils d'Uranus et le père de Jupiter ne furent jamais qu'un homme. Et qui serut assez crédule pourcroire que celui- là est un dieu, qui, se voyant chassé de chez lui, cherche sa sûreté dans la fuite, et se dérobe comme il peut i la violence et à la cruauté d^un usurpateur. Orphée, qui vivait peu de temps aprèsSatume,dit nettement que ce Fut lui qui fbnda le premier ropume de la terre et qui fut père du grand roi 3. Virgile le fait aussi régner sur la terre et lui donne un règne tout d'or. Ennius, à la vérilé, fiiit régner Uranus son père avant lui, mais il estfaciled'accordercesauteursendisant quUranus a jeté les premiers fondemens dans lapaissance souveraine, et que Saturne, ayant amané de grands trésors, s'en servit pour l'établir plus solidement, et qu'il prit le nom de roi que soa père n'avait osé prendre.
XIV. Mais afin que Tonne nous accuse pas de n'employer, pour combattre la fausse religioii, que le témoignage des poètes, qui peut-être n'ont pas un caractère assez grave pour servir de témoins dans un procès de cette importance, nous voulons bien ne rien avancer qui ne soit prisd'auteurs irréprochables. Voici done comme Ennius, qui peut passer pour tel, parle de Saturne et de sa famille d'après Ëvehmere, dont 1
^ Ceux qui avaient soin d*é1evar Jupiter.
* Diodore, F^épos, Cassius, Yarroo. — ' Jupiter.
INSTITUTIOJSS DIVINES. — LIVRE L
a traduit Thistoire -.«Après cela (disent ces deux liistoriens) Saturne épousa Rhéaou Opssa sœur; Il avait un frère atné nommé Titan, qui aspirait à la royauté; mais la mère de ces deux princes , et Gérés leur sœur, avaient beaucoup plus de penchant pour Saturne^ et lui conseillaient de ne point partager le royaume avec son frère : cela vint à la connaissance de Titan ; mais il le dissimula, et consentit en apparence que Saturne régnât seul. Cependant, comme il avait Tesprit plus subtil quelenouveau monarque,il rengagea à signer un traité par lequel Saturne s*obligeait à lui livrer de bonne foi tous les mâles qui lui naîtraient. L*intention de Titan était de faire passer le royaume dans sa maison après la mort de Saturne. On commença donc à exécuter le traité par la mort du premier fils de ce roi. Mais la reine sa femme ayant mis au monde un fils et une fîlle,on montra la fille qui fut nommée Junon,et pour le fils, qui fut le fameux Jupiter, on l'enleva secrètement, et on alla le cacher dans la solitude du mont Ida ^ La même chose arriva â la naissance de Neptune et â celle de Pluton et de Glauca; Glauca fut apportée â Saturne; mais Neptune et Pluton furent sauvés par la même adresse que Tavait été Jupiter. »
C'est ainsi que les Annales sacrées^ rapportent sa naissance et celle de ses frères ; et elles continuent de cette sorte â nous instruire de ce qui s*est passé de plus considérable dans cette famille, c Titan s'étant aperçu qu'on s'était joué de lui, et ayant appris que Saturne avait trois fils, malgré la précaution qu'il avait prise de ne lui en point laisser, obligea ses enfans, qu'on nommait Titans comme leur p^e, à se joindre à lui, et avec leur secours il enferma Saturne et sa femme dans une tour, et les y fit soigneusenientgarder.» La vérité de cet événement nous est confirmée parla sibylle Ërythréenne, et peut en même temps justifier Jupiter d'avoir, par une horrible impiété, mis lui-même son père dans les fers. Ce fut son oncle Titan qui commit ce crime, pour se venger de ce que Saturne avait contre sa parole laissé la vie â ses enfans. Jupiter, ayant appris que ce perfide retenait prisonnier le roi son père, leva aussitôt nne armée dans rUe de Crète, vînt fondre sur lltan et sur ses
* Dans nie de Crète ou Candie.
* De rhisUNien CTefamère.
fils, les défit , et délivra son père. Mais Saturne ayant trop facilement syouté foi â un oracle qui l'assurait que son fils avait dessein de le renverser du irOne, où sa main venait de le rétablir, il chercha l'occasion de le faire mourir ; ce qui étant venu â laconnaissanoedeJupiter, il prévint son père , s'empara du royaume , et en chassa celui qui le voulait perdre. Saturne, ayant longtemps combattu contre la mauvaise fortune, fot enfin contraint de lui céder, et foyant de ville en ville et de contrée oi contrée, il aborda enfin en Italie, comme nous l'avons déjà dit, où à peine put-il trouver un endroit pour se mettre â couvert de l'orage, et pour ne pas tomber entre les mains des meurtriers que son fils envoyait de tous côtés pour lui ôter la vie.
XV. Si Ton demande présentement comment Saturne et ses enfans n'étant que des hommes ont été honorés .comme desdieux,il estfocile de répondre à cela : que s'il est vrai , comme on le suppose, qu'avant Uranus et Saturne la royauté était inconnue aux hommes , qui n'étant encore qu'en petit nombre , vivaient à l'aventure et ne reconnaissaient d'autres lois que celles de Hn* stincty qui seul gouvernait alors, il ne fiiut pas douter que les premiers qui reçurent de ces peuples grossiers le nom et le pouvoir de souverain, n'en reçussent enmème temps des honneurs extraordinaires, jusqu'à ètreappeiés dieux par leurs nouveauxsujets : soit pour quelque vertuapparente qui était en eux (n'étant pas difficile d'en imposer à des esprits si peu éclairés),soit que la flatterie commençiât dès lors â corrompre les puissances par des louanges outrées , soit enfin que les sujets se fossent laissé corrompre eaxmèmes par les bienfaits de leurs souverains. D'ailleurs, considérant combien ils étaient redevables aux soins que leurs premiers rois avaient pris de les rassembler dans des villes , de les avoir civilisés, d'avoir changé leur vie toute brute et agreste en desmœurspolies et honnêtes, et ne les trouvant plus sur la terre, ils s'avisèrent, pour soulager leur douleur et réparer en quelque sorte leur perte, de les faire revivre dans leurs portraits; et poussant encore plus loin leur amour et leur reconnaissance, il se mirent à honorer leur mémoire d'un culte religieux ; peutêtre aussi dans iedessdn d'exciter par là leurs saooesseors dans leurs Ëtau à devenir aussi les héritiers de leurs vertus. Cfst ce que Cicéron
ftlO
exprime A pea près dans les mêmes termes :«Ç'a éré, dit-il^ en (fuelque fiaçon uti astf^e Hça de tout temps parmi les hommes, de mettre an Dombre des dieux, du moins par les mouremens d'une volonté reconnaissante, ou à Faide d'une tréputation vertueuse, les grands personnages qui par leurs bienfeiis ont su gagner le coeur des peuples. * C'est â ce charme des bienfaits qu^un Hercule, qu'un Castor, qu'un Pollox 800 frère, qu'un Esculape, que tant d'autres, doivent leur divinité. C'est oe qui a fait chez les Romains tant d'apothéoses, et tant de consécrations chez les peuples d'Afrique. Ainsi s'établirent peu à peu les diverses religions. Le culte passa des fils aux neveux, et des neveux à la postérité la plus éloignée.
H 7 en avait qui par la grandeur de leui^ exploits avaient rendu leur nom si célèbre , qu'ils étaieal adorés comme dieux du premier ordre pw toutes les nations du monde. Mais ceux dont les vertus moins éclatantes n'avaient eu pour témoins que leurs citoyens, et avaient été ren* fermées dans renceintc d'une ville, ou tout au plus dans les limites d'une province^ étaient reoonnus pour les dieux d'une province ou d'une ville , et quelqutfbîs d'une nation tout entière. Telle fut Isis parmi les figyptiens, le dieu Faune chez les Latins ^ et Quirinus dans Rome. C'est encore œ qui mit Âtliènes sous la protection de Minerve^ Samoa sous celle de Junon^ et Pathos sous celle de Vénus; c'est ee qui établit le culte particulier de Vulcain à Lemnos, de Bacchus à Nasos et d'Apollon à Delphes. Ainsi, à mesure que cet esprit de reconnaissance se répandait avec la politesse sur la terre, lenombredes dieux augmentait dans le ciel. Mais ce qui contribua beaucoup à l'établissement de cette erreur fut la piélé ou superstitieuse ou intéressée des snocesseurs de ces nouvelles divinités. Cars'imaginant qu'il leur serait glorieux d'avoir un dieu pour père ou pour aïeul , ils furent les premiers à mettre de ces dieux dans leur famille, et ils ordonnèrent ensuite aux peuples qui dépendaient d'eux d'adarçr ces idoles de leur vanité. Virgile ami notre garant de ce que nous venons d'avancer. Lorsque après la mort d'Anchise , Énée son fils le mit au nombre des dieux , ce prince troyeo dit à ceux qui l'accompagnaient:
Ti\iH lel erAjKMni ordfnàiiln devant Jtipiter, et hito- 4BK AntM«« notre três-ftonorl wlgMar ef ptm.
Mais 11 ne lui donne pas seulement rimmurtalité, et il n'en fait pas un dieu oisif, et qui ne soit bon à rien ; pour lui a tlirer de la considération, il lui donne un pouvoir absolu sur les ventst. Jupiter reçut les mêmes honneurs divins de quatre dieux subalternes ', qui il leur tour se les firent rendre avec usure pdf les pauvres mortels.
Les poètes vinrent ensuite, qui, parmi les égaremens de la poésie, ihélèrent des louanges excessives qui mettaient de plain-pied leurs héros dans le ciel. En cela, semblables & ces infâmes flatteurs qui ne rougissent point de donner un encens impur aux crimes des princes. Le mal vitit d'abord du côté de la Grèce. Cette nation naturellement légère, et qui sait joindre â cette légèreté un grande facilité â parler et i écrire, fit élever, si j'ose m'cxprimeratasf, une infinité de nuages remplis de fictions et de mensonges qui obscurcirent la vérité. Ce fut donc les Grecs qui les premiers instituèrent des fttes et des sacrifices à ces dieUx de leur façon « et firent ensuite passer chez les autres peuples ce culte sacrilège. Cest cette institution vaine et ridicule qui anime cohtre eux lé zèle de la sibylle et qui loi fait adresser k la Grèce ce^ paroles :
O «Tensle Gr«rp« poorqMl meft-tH M Iff ijriDoct? Que te sert d'offrir h dot morts in soards tes présens et les \asux ? Apprends que les dieux auxqnds In sacrifies, ne sont cpie de Taiftes idoles. Qai t*a ft^ toDBber dus une erreur si déplortbie, qae d'atandoiiiBr H Trai Dieu pour courir après des dieux imafflBairet t
Cicéron, qui u^est pas seulement un orateui parfait, mais encore un excellent philosophe , puisqu'il est le seul qui s*est conformé en toutes choses aux scntimens de Platon, Cicéron, dis-je, dans le discours qu il a composé pour Se consoler lui-même de la' mort cie sa fiUe, ne fait point de difficulté d'avouer que les dieux que Rome adorait n'avaient été que deS hommes, fit ce témoignage est d'autant plus important, qu il est rendu par un hothme revêtu de la dignité d'augure, et qui confesse ingénument qu'il les adore avec le peuple. Et certes, en nous apprenant que, pour donner quelque soulagement à sa douleur, il a résolu dé consacrer ri*
* Poscamus ventos. (VirgRe.)
* Pan, Bacchus, Apollon et
INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE I
mage de sa fille de la même manière que celles des premiers dieux furent consacrées, il nous apprend la mort de ces dieux, Je motif de leur consécration , et Torigine du culte qu'on leur rend. < Lors donc, ajoute- t-it, que nous voyons cette multitude de dieux de Tun et de l'antre sexe, et que nous rencontrons à chaque pas, soit dans les villes, soit à la campafrne^ les temples que la religion leur a élevés, reconnaissons du moins que nous devons à leurs soins officieux, à leur prudence consommée, et à l'excellence de leur esprit, les sages lois qui nous gouvernent, et l'extrême politesse qui nous distingue des peuples barbares. Que s'il fut jamais quelque créature dignedeshonneurs divins, sans doute c'est l'admirable personne dont je pleure la perte; et si on les a accordés à la postérité de GadmuSyOu à celle d'Âmphion et de Tindare^ qui peut te les refuser, ô ma fille! Reçois-lesdonc de mot, et attends-les de toute la terre, après qu'avec la permission des dieux immortels, j'anrai consacré ta mémoire , et que je t'aurai donné parmi eux une place , que la bonté de ton cœur et les lumières divines de ton esprit t'ont si bien méritée.» Quelqu'un dira peut-être que l'excès de la douleur faisait écrire à Gicéron tant d'extravagances; mais si Ton considère que tout ce discours^ est rempli d'une doctrine sublime, d'exemples choisis, et de toutes les sortes d'omemens que fournit l'éloquence, on changera de sentiment, et on demeurera d'accord que ce n'est point l'ouvrage d'un esprit accablé de tristesse et que le chagrin affaiblit , mais d'un homme qui parle de sens rassis , et qui fait paraître partout une fermeté et une constance digne d'un grand philosophe. Et je ne sai]rais mlmaginer qu'il y ait pu mettre tant de variété, une abondance si fleurie, et des orneméns si recherchés, si la raison, ses amis et le temps n'eussent adouci sa douleur, et n'eussent rendu son affliction moins vive et moins sensible.
Mais ce qui doit nous convaincre qu'il parie ici de sang-froid et avec réflexion, c'est que partout ailleurs il tient le même langage, datis ses livres de là République, dans celui de la GkdrCy et particulièrement dans celui des Lots,
fi;ie.
IjSl pièce entière de la Consolation sur ta mort de n
Car après avoir, à rimitati<m de Platon, établi des lois pour une république bien policée, lorsqu'il vientàparler de la religion, void ce qoll en dît : «Qu'on honore les dieux , soit qu'ib soient orî^ ginaires du ciel, sott qu'ils y aient fité reçus pour leur vertu; tels que sont Hertntle , Esculape, QuirinuS) etc. » Et dans ses Tuseukmes il avance hardiment que le genre humain remplit le ciel de toutes parts. « Si je voulais , dil-il , fouiller dans l'antiquité ^ et surtout dans les moQumens que nous ont laissés les Grecs, il ne me serait pas difficile de montrer que les dieux des nations les plus anciennes ont eu même origine que nous , et ne sont montés au ciel qu'après avoir longtemps demeuré sur la terre. Goodi^ien la Grèce montre-t^elle de tombeaux qui ont été dressés à ces hommes divins? Ouvrez les livres sacrés , vous qui êtes initiés aux mystères, et vous ootinattrez que le ciel est redevable à la terre de presque tous ses dieux.» Il confirme encore la même chose par la bouche d'Atticus, avec cette difKrence que lorsqif il parle d'Hercule, d'Eseulape» de Gastor, de PoUttx, il soutient sans hésiter qu'ils ont été des hommes. Mais quand il vient à parler de Jupiter^ d'ApoUoo, de Neptune, et des autres dieux qu'il appelle les dieux des nations, il ne propose son sentiment qu'en trembluU, et on voit bien qu'il craint de se commettre ou avec le peuple, ou avec les ministres de la religion. Mais enfin il nous fait assez entendre que Jupiter même et les dieux anciens doivent être compris dans cette notion générale qu'il nous donne de la manière dont s'est faite la consécration des autres. Et il est aisé de conclure de ce qu'il nous dit, que si les peuples ont 6^it leurs dieux par le même motif qull a eu de faire sa fille déesse , cette impiété trouverait peut-être quelque excuse dans la douleur, mais qu'il n'y en peut avoir pour la fausse prévention.
Et certainement il foui avoir perdu la raison pour eroire que le ciel s'ouvre selon le bizarre caprice d'une multitude ùisensée afin de recevoir ceux qu'il lui plaît d'y faire monter, ou qu'un homme puisse confërer à un autre homme la divinité qu'il n'a pas« A qui, par exemple le dieu Jules > est il redevable de la *
«JttIcsGter.
LACTANCE
sienne, sinon an pins scélérat de tons les hommes, à an Antoine? Et le dieu Quirinus ne serait encore aujourd'hui qaeRomuIas,si des hergers t ne s'étaient avisés d'en faire un dieu Cependant Fun^ est le meurtrier de son Frère et l'autre' de sa patrie. Et si le hasard n'avait donné cette année là le consulat à Marc Antoine , César, tout dieu qu'il est maintenant, aurait é^ privé des honneurs funèbres qu'on rend aux hommes ^, bien loin d'avoir reçu ceux qu'on ne défère qu'aux dieux.
Pour Romulus, ce fut la douleur que le peuple romain ressentit de sa perte qui lui fit ajouter foi à Julius Proculus, qui, gagné par les sénateurs, protesta avec serment que ce roi lui était apparu tout brillant de gloire , et qu'il lui avait ordonné de dire de sa part à ses chers Romains de lui bâtir un temple sous le nom de Quirinus. Ce rapportde Proculus mit Romulus dans le ciel, et déchargea le sénat du soupçon de sa mort.
XVI. Ce que nous avons rapporté jusqu'ici pourrait peut-être suffire pour ébranler le culte des faux dieux; mais il nous resteencorebeaucoup de choses à dire qui nous paraissent nécessaires au dessein que nous avons entrepris de le renverser entièrement. Car quoiqu'il semble que la tète de ce monstre étant abattue , le corps ait dû tomber par terre, nous estimons toutefois lui devoir encore porter quelques coups, et achever d'arracher de l'esprit des hommes cette fttale prévention où il sont depuis si longtemps : heureux si nous pouvons leur inspirer une oonfosion salutaire, et un sincère repentir de leurs erreurs! l'entreprise est grande, mais elle est digne d'un homme, et elle n'est pas audessus de ses forces.
No«s continuerons donc à dénouer ces nœuds, dont Terreur tient les esprits embarrassés. Cest ce qu'un poète philosophe * avait entrepris de fiiire; mais en vain , puisque ne connaissant pas la vérité, il n'avait garde de détruire le men-
* Il appelle ainsi \e% premiem Romains, qui en effet n'étaient qu'une troupe de berseni rasiemblés pa r Romulus aux fil virons d*Albe, et dont il fit les premiers citoyens de celle superbe république.
* Roiiiulns tua Rémus son frère.
•Jules César. .
^ Lucius César voulut empêcher qu'on ne fit ses fùnéraitles. cl le consul Dolabella renrersa une colonne sur laqut lie on avait enrayé son épitapbc
* l«iicrèce.
songe; il n*apar(ient qu'à ceux qui adomir vrai Dieu d'attaquer les faux dieux.
Ceux qui accusent les poètes d'avoir ntt> ftblesaux mystères de leur religion, ai io. duisant parmi les dieux une Daissanoesaà ble à la nôtre, et qui cependant croient (jv sexes s'y rencontrent , tombent sins y p dans l'impiété qu'ils condamnenLCardèsb qu'ils admettent plusieurs sexes, iisoepav! se dispenser d'admettre la fin que lautiT eue lorsqu'elle a mis cette diversité entrerEi l'autre; c'est-à-dire la naissance des entoj qui ne saurait convenir à la divinité, lis dosa des fils à Jupiter et aux autres dieu :m chaque jour en voit naître de doutcsui , or î auraient honte de céder aux hommes cd in dite. Cependant, comme il n'enmenrt pools les dieux sont immortels , le monde sVore:} plira de telle sorte , quil ne sera pasasKzgn pour les contenir tous. Que si le waiatt^ hommes qui sont sur la terre, et que b n» eu retire après quelques années , est en qoeiiii manière infini, puisqu'on ne le peut cob^ quel doit être celui des dieux qui ne mesn point, et qui se multiplient depobtutû siècles? Car dès qu'on suppose la msm^ quelques-uns , on doit supposer eo mèfloetai? que cette divine race se perpétue tffnjfxt^f de nouvelles naissances , et qu'il n'y a plos^ terruption , à moins qu'on ne nous apprend ^ qui la pourrait causer. Sénèqae à ce iiqei^ mande agréablement d'où vient que i^^ qui n'a jamais passé pour un dieu fort d»^ a sitôt cessé d'être père. Est-ce qu'il ests» génaire, et ne lui est-il plus permis (Tu»® mariage? I^ loi Papia le lui défcnd-*îft peut-être a-t-il allégué le privilège des n* enfans^ Ne serait-ce point aussi qu'il ««i" mettre au monde un fils qui le traite coaw" a traité le pauvre Saturne?
Mais enfin si les deux sexes se trourent p»» les dieux, il s'y doit foire des mariages :ooJ>J les suites de ces engagemens. Os ont trop « pudeur et de retenue, pour exposera b* de tout le monde ce qui sedoit passer cDS«ff et il n'appartient qu'à un cynique cffirooti'.* animaux sans raison et sans bonté, de fvst^
* Jltf trtum Uheronim.
* OioQènc.
INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE L
public une action qac la natore d'elle-même inspire de cacher. U leur faut donc des maisons on plutôt des palais; car comment des gens, accoutumés à loger dans des temples magnifiques, pourraient-ils se résoudre à vivre dans des cabanes ? Ovide, leur bon ami , y a pourvu ; il a eu soin de leur bâtir d'assez belles maisons dans le ciel, et même de les garnir de Pénates > : ces maisons forment des villes : ces villes sont environnées de campagnes propres au labourage ; il faut vivre; il iaut semer de l'ambroisie, il faut cultiver du nectar : que conclurons-nous de cette induction, sinon que les dieux sont mortels?
Que si Ton renverse Targument, il n'aura ]>as moins de force; car s'il parait ridicule d'imaginer dans le ciel des plaines et des coteaux, il n'y a donc ni villes, ni maisons , ni ménages, ni sexes difKrens. D'où vient donc qu'on trouve des femmes parmi les dieux? C'est qu'en effet il est faux qu'il y ait des dieux. Que celui qui pourra dénouer ce nceud gordien le dénoue, aussi bien que celui-ci. Des deux sexes, l'un se distin^pie par la force, Tautre par la faiblesse. Qui osera dire que la divinité est susceptible de faiblesse? Qu'on ne dise donc plus que le sexe qui l'a reçue en partage se trouve parmi les dieux; mais s'il s'y trouve, c'est qu'il est faux qu'il y ait des dieux.
XVU. Les stoïciens ne pouvant nier la justesse dece raisonnement, se sont efforcés, comme nous en avons déjà touché quelque chose, de rapporter à des raisons naturelles tout ce qui regarde les dieux et le culte qu'on leur rend. Gicéron, qui les a suivis en ce point, nous explique ainsi leur sentiment : «Voyez-vous, dit-il, comme la nature, et lesdivers effets qu'elle produit pour le bien et l'utilité de l'homme, ont donné lieu aux faiseurs de fables d'inventer diverses espèces de dieuxPCest ce qui a causé ce déluge de fausses opinions, d'erreurs grossières, de contes ridicules dont toute la terre a été inondée. On est entré i Tégard de ces prétendues divinités dans des détails qui ne nous ont rien laissé ignorer de tout ce qui les concerne. N<his savons quelle est leur figure, leur âge, leurs habillements, leurs différentes parures. On a pris soin de nous informer de leur généalogie de leurs mariages,
* lise espèce de dieux qui gardaient les locit.
de leurs alliances; le tout ajusté à rinfirmité humaine. » Peut-on rien dire de plus fort contre les faux dieux, que de les appeler des dieux fiiits à plaisir, de vaines productions de l'imagination. Cependant, celui qui les appelle ainsi est le prince de la philosophie romaine, un augure, un homme initié dans tous les mystères les plus saints et les plus augustes de sa religion. Il emploie même tout son troisième livre de la IVature des Dieux, à renverser les fondemens de tous ces cultes impies et sacrilèges. Que peut-on attendre de nous après cela P Nous croit-on plus éloquent que Gicéron? Non sans doute; mais toute son éloquence ne l'a pu garantir des surprises de l'erreur, et il confesse lui-même avec une ingénuité digne d'un esprit aussi droit que le sien , qu'il n'entrevoit la vérité qu'au travers d'un nuage, et qu'il lui est bien plus iîicile de dire ce que Dieu n'est pas, que de dire ce qu'il est. Gela s'appelle connaître le faux et ignorer le vfai. U fout donc encore le redire: il est plus clair que le jour que tous ces dieux n'ont été que des hommes , dont la mémoire a été consacrée par d'autres hommes ; et la différence qui se rencontre dans leur âge, leur habillement et leur figure, vient de ce que leurs images les représentent tels qu'ils étaient lorsqu'ils sont morts.
Considérons maintenant les infortunes de ces misérables divinités. Isis perd son fils < ; Gérés perd sa fille 2; Latone trouve à peine un rocher pour faire ses couches. Personne n'osait la recevoir, de crainte de s'attirer l'indignation de Junon. La seule tle de Délos fot assez charitable pour lui donner un asile contre la cruelle persécution de cette furieuse déesse , et elle y mit an monde Apollon et Diane. La mère des dieux, la bonne femme Gybèle, s'avise â son âge d'épouser un jeune homme'. Mais l'ayant surpris en commettant une infidélité, elle lui ôte le pouvoir de lui en foire jamais d'autre. Les prêtres gaulois , touchés de son malheur, et pour l'en consoler, instituèrent une fête en son honneur. La grande Junon, au désespoir de n'avoir point d'enfons de son firère^, se met i persécuter toutes ses mattresses. Le docte Varroa ,au sujet de cette déesse , nous a laissé par écrit que nia de Samos, qui lui est consacrée, portait autre*
* Mris. — • ProRerpine.
• Athis. — * Jupiicr.
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âl4
LACnNCE.
fois le nom de Partbénie S à eaiiae qu^elle y avait fsmé aa première jeunesse; qu'elle y (Épousa ensuite Jupiter, et qu'en mémoire de ce mariage on y b^it un temple qui subsiste encore, où Ton voit Timage de Junon vêtue en nouvelle Mariei Si donc elle a été jeune, si elle a été vierge, si elle a été mariée, quiconque après cela voudra la mettre au rang des dieuï, ne mérite pas lui-même d'être mis au rapg des tiommes.
Ne ^alisson^ point notri) pluq»e et la \À%^r cbeur de ce papier par le récit des prostitur tkms de rinfime Vénus ^ et par les désordres honteux mentionnés par les poètes K
XVllI. U faut maintenant réfuter Topinion impie tout ensemble et biaarre de cevx qui ne disconviennent pai, à la vérité, qull n'y ait plusieurs hommes dont on ait fait des dieux, mais qqi soutiennent que c'est avec justice qu'on Içur a donné un rang si fort au-dessus de leur condition de mortels; et que c'est une récompense qui était due à leur mérite, soit pour avoir donné des marques d'une valeur extraordinaire, comme Ifercule ; soit pour avoir enrichi la tenre de nouvelles productions ', comme Gérés et Bacchus; soit enfin pour avoir inventé des arts en faveur de Futilité publique, comme Esculape^ et Minerve^. Examinons tous ces difftrens motift de consécration, et montrons qu'il n'y en a aucun qui mérite que les hommes deviennent les ennemis de Dieu, et se rendent eriminels envers lui de la plus horrible impiété, en lui 6tant l'honneur qui n'est dU qu*à lui seul pour le transférer i ses créatures.
Commençons par ce qu'ils appellent vertu, non celle que les philosophes mettent au nombre des véritables biens de l'Ame, mais celle qui consiste toute dans la force du corps et que l'on nomme valeur. CTest parce que cette valeur parut dans Hercule avec plus d'éclat, qu'elle lui acquit rùBinortalité. Mais la force du corps, qui iM peut rendre l'homme ni meilleur, ni plus
*L11e de la Vierge.
* Cet alilléa n'est <pie l'abrégé de deux alinéas dans lesifods Ladanae raconte avee déiaîls une suite de désordrrs ^i ne peurent trouver pbce ici :
Le iaUo daos les moli bra?e rboonAelé , Mais le kctenr fraoçaii veut être respeclé.
^Lebléetiarigne.
* Inyenteur de la médecine.
' Qui inventa les inslnimens du taboBrage.
heureux, peut*eHe contribuer i faire on dieu? Qu'y a-t-il de moins divin que cette force, puisqu'une maladie la détruit, et que la vieillesse la fait entièrement perdre. C'est ce qui foisait dire à ce fameux athlète qui voyait ses bras s'afl^iblir insensiblement par des bleaaarts qu'il y avait reçues, qu'il ne voulait ni de la santé qu'on lui promettait, ni de lairieillease qu'on lui faisait espérer, de crainte de se voir un jour inférieur à lui-même, et de n'en être plus qu'une partie. Pour Hercule, on croit que du bûcher où il se brûla tout vif, il monta tout droit au ciel; et on a légué aux siècles à venir cette imagination ridicule, en la gravant sur le bronxe et la pierre, dont on s'est servi pour représenter les images d'un dieu à qui la divinité ne coûte que quelques eonps de massue donnés à propos sur quelqnos bêtes sauvages. Peut-être rejettera-t-on une impiété si monstrueuse sur les Grecs, cette nation crédule, qui aime à faire pass^ des actions fcft communes pour des prodiges éolatans? mab croit-on que nos Romains aient été en cda pfais sages et plus circonspects? Ils font peu de cas I ta vérité da cette force d'athlète, et ils ne regardent que comme des personnes viles et méprisables ceux qui l'ont reçue de la atture, quoique après tout cette vertu de gladiateur ne soit nuisible qu'à celui qui ta possède. Mais ils n'ont que des louanges et de l'admiratioa pour celle qui fait les conquérans , parce qu'elle porte partout le for et le feu. Ils ne croient pas qu'il y ait une voie plus glorieuse pour arriver à cette bienheureuse immortalité qui donne rang parmi les dieux, que de condoire des armées, désoler des provinces, ruiner des villes, renverser des trûnes, assujettir des nations entièi^, et faire couler sur la terre des terreos de sang humain. Éblouis par l'état trompeur d'une gloire fousae, ils donnent à de grands crimes ie nom et la récompense de la vertu. J'aime encore mieux les dieux desCrecs, puisque pour devenir dieu ohei eux, il n'en coûte la vie qu'à des lions ou à des sangliers ; mais pour être dieu diez lesRomains,il faut détruire les images vivaotes et animées de Dieu même<r Quoi f pour avoir malheureusement ôté la vie à un bomme. on est réputé immonde, rentrée des temples est interdite, on est chassé de la présence des dieuxl et on couvre de gloire, on place dans les
INSTITUTIONS DIVINES. ~ LIVRE ï.
te(Dple4 , on aMOcie «ux dieux celui qui remplit tout d'horreur et de carnage, qui fiaiit rougir les fieoves du sang de plusieurs miliers d'hommes! CTest dans cet esprit qu'Knnins feit parler ainsi le grand Scipion ^ :
Si le d«l Cit onrertl etloiqniarépaiida beauooapde sang, nul conquérait n^eut jamaif de droit que uioi (t*T entrer.
0 aveuglement dépIcHuble du conquérant et du poète , de croire que , pour monter au ciel , des monceaux de corps qu*on aura privés de vie, puissent servir de degrés I Et Qeéroa même ne rougit point d'applaudir à une vanité si peu humaine ; car répondant en quelque sorte I cette brutale saillie de Scipion: «Oui, grand africain, lui dit-il, vous avez droit id'y entrer, et le vaillant Hercule n'y entra jamais par une autre porte.» Gomme s! ce philosophe avait été de garde à la porte du ciel quand Hercule y fit son entrée. Et certes je ne sais si Ion doit rire ou verser des larmes, lorsqu'on voit de graves personnages si savans et si éclairés, et eomme ils se le persuadent, si sages et si habiles , se laisser emporter & ces opinions populaires , et flotter toute leur vie entre Terreur et la vérité , sans pouvoir se défendre de l'une ni embrasser l'autre. Si Ton doit Timmortalité à cette vertu meurtrière, je renonce à une vie qu^on ne peut obtenir que par la mort d'un million d'hommes. Mais de quel usage serait cette inhumaine vertu, que deviendraient tous CCS prétendans à la divinité, si tous les hommes s'étalent donné le mot de vivre bien ensemble, si l'innocence et Féquité retournant parmi eui en chassaient l'envie, l'intérêt et Tiiyustice. Le ciel ne s'ouvrirait-il plus alors? N'y auraitil plus dliommes vertueux, s'il n'y avait plus de ces ilhistres homicides?
Venons maintenant aux autres motifs qui ont €>bligé les hommes à fiiire des dieux. Nous trouvons que Gérés et Bacchus furent reconnus pour tels, pour avoir trouvé le b|é et le raisin : mais (fest i tort qu'on croit leur devoir deux dons si précieux. Nous montrerons par les divines Ecritures que le pain et le vin étaient en usss^ parmi les hommes , bien avant qu'on parlât dans le monde de Saturne et de sa race^. Supposons toutefois qu'une découverte si utile soi t due à leurs soins : quoi , couper du Ué , le
« L'Africain.
• Céffèit sœur de Saturne.
moudre et en ftiire du pain ; cueillir des raisros , les fouler et en tirer du vin, qu'y a-t- il en tout cela qui mérite les honneurs du cielP S'ils sont dus à quelqu'un , c'est à celui qui a produit et qui a fait naître Fépi; c'est lui qui , après avoir créé toutes choses , a bien voulu lal^er à l'homme la gloire d'en trouver quelques-unes? Mais il est toqjûurs Tauteur des choses que l*homme découvre et de Tesprit dont lliomme se sert pour les découvrir. On veut encore que les arts aient acquis à leurs inventeurs ce beau droit de se faire adorer ; Esculape et Vulcain en jouissent paisiblement du consentement des peuples : Fun pour avoir inventé la médecine, et l'autre pour avoir exercé le premier le métier de forgeron. Je suis d'avis que nous fassions des dieux cordonniers et foulons. Et pourquoi l'art de la poterie, si ancien et si utile , n'obtiendra-t-il pas le même honneur à celui qui l'a trouvé? Est-ce parce que les grands de la terre font peu d'état de ces ouvrages de Samos^ ? Il y a tant d'autres arts qui contribuent à rendre la vie de Tbomme ou commode ou agréable, qui travaillent ou pour la nécessité ou pour Tornement ; pourquoi seront-ils sans autels et sans temples? Enfin, Minerve, comme les ayant inventés tous, est invoquée par tous les artisans : chose étrange ! On néglige le culte de celui qui a créé la terre et les animaux qui l'habitent, qui a formé le ciel et les astres qui l'éclairent , pour adorer le fuseau et l'aiguille de Minerve. Un Esculape se vante d'avoir trouvé quelques secrets pour rendre la santé au corps , et le voilà aussitôt dieu , pendant qu on se met peu en peine de connaître celui qui a formé le corps , qui l'anime , qui le conserve , qui produit les simples dont se sert Esculape dans l'exercice de son art.
XIX. On me dira peut-être qu'il n'y a rien à la vérité déplus justeque d'honorer le Dieu qui a créé l'univers ; mais que cela n'empêche pas que ceux qui ont rendu quelque service au public ne reçoivent leur part de cet honneur. Je réjponds àcela : quelecultedes créatures est incompatible avec celui d|i Créateur ^} c'est ne lui en rendre aucun que de partager celui qu'on lui rend, parce que Dieu étant un et seul , la religion
* L*ne de Samo», renommée pour la beUe poterie qui t*j foisait.
* U ne l'affit id que du culte suprême.
LACTANCE
eonsiste dans une adorttkm indivisible. Seoutez le prince de voi poètes qui vous crie que tous ces inventeurs d^arts sont dans les enfers; qu'Esculape, le fameux Esculape^ malgré les importans services qu*il a rendus à Tborome, a senti la main d'un Dieu plus puissant que lui, qui l'a renversé d'un coup de ibudreet l'a envoyé herboriser sur les bords du Styx, pour vous apprendre quel doit être ce Dieu qui réduit les vôtres en poudre. On voudra peut-être me soutenir que la chose n'est pas, parce qu'il est impossible qu'un dieu soit foudroyé; et moi je dis que c'est parce qu'il a été foudroyé que ce n'était pas un dieu, mais un homme. La fiction du poète ne consiste pas dans le fait qui est véritable, mais dans le nom qui est faux ^ Le poète craignait le peuple. Et qui aurait osé s'opposer à une erreur si universellement répandue? Concluons donc: que de l'aveu même de vos poètes, qui sont aussi vos théologiens, vos dieux souffrent pour leurs crimes dans les enfers, et ne sont pas des dieux; car qui peut faire un dieu d'un méchant homme?
XX. Nous voici enfin arrivés à la religion des Romains. La louve qui nourrit Romulus se trouve la première dans le catalogue de leurs dieux. Je le souffrirais plus volontiers, si c'était en effet une de ces bêtes carnassières. Mais si nous en croyons Tite-Uve, ce n'en est que la figure sous laquelle les Romains adorent une prostituée, une Larentine, à qui les bergers des environs d'Albe donnèrent le nom infâme de louve, pour marquer le honteux commerce dont elle se mêhit. Rome suivit en cela l'exemple d'Athènes, qui, ayant été délivrée de l'oppression où elle gémissait sous la tyrannie de Pisistrate par le moyoi d'une courtisane, voulut témoigner sa reconnaissance à sa libératrice en la faisant déesse. Mais comme la loi ne permettait pas d'accorder cet honneur à une femme débauchée, les Athéniens trouvèrent le secret de l'éluder, en donnant à cette chaste divinité la figure d*une lionne, dont elle avait le nom et la gênélusité. Ainsi ce fut le nom qui dans Athènes mit une lionne parmi les dieux, et ce fut un métier honteux qui dans Rome y mit une louve. On institua même une fifcte solennelle qui fut nommée les Larentinales.
* Le Qor.i Je dira qu'il lui donne.
Mais les Romains, les hommes du monde les pluscompatissans à la faiblesse humaine, ne se contentèrent pas d'avoir élevé un autel à l'impudique Larentine, ils lui associèrent k cet honneur une nommée Faula de la même profession, qui avait,' dit-on, mérité autrefois les bonnes grâces du grand Alcide K De quel prix ne doit-elle pas être cette immortalité que des courtisanes crt>tiennent? Certes on peut dire qu'on récompensait en celles-ci les services qu'elles avaient rendus au public.
La belle Flore ne vit-elle paslejoarde sa naissance célébré à Rome par des courses de chariots, de combats de (j^diateurs, et par d'autres spectacles qui donnèrent à cette fête le nom de jeux Floraux. Et ce ne fut qu^â cette condition qu'elle légua au peuple romain les richesses immenses provenues de ses débauches et de l'incontinence de ses concitoyens.
Mais parce que l'origine de cette fête ne paraissait pas fort honorable à la république, le sénat supprimant le nom de courtisane loi substitua celui de déesse qui préside aux fleurs, et déclara que les jeux floraux avaient été institués pour rendre cette déesse favorable au peuple romain, et pour l'engager par là à prendre soin des arbres fruitiers, de la vigne et des blés, lorsqu'ils sont en fleurs. Et ainsi les Romaios couvrirent de fleurs les ordures de leur rdigioo. Le poète ^ dans ses Fastes, s'est conformé ao décret du sénat, car il prétend que cette Flore était une nymphe de bonne maison qui fat donnée en mariage à Zéphire, et reçut de lui pour présent de noces le pouvoir sur toutes les Beon Gela est fort honnête à dire, mais cela est fort honteux â croire. Et pour nous qui charchoos la vérité, nous déchirons tous ces voiles, et nous ne nous laissons pas éblouir par le fard dont la poésie sait couvrir les objets qu'elle nous pré^ sente pour nous les faire trouver agréables sobs cette beauté empruntée. Au reste ces jeux fioraoi se célèbreut d'une manière digne de celle dontils portent le nom. Car on expose ce jour-là, à la vue de toute la ville de Rome, des courtisanes toutes nues qui , par des paroles déshonnètes et des postures lascives qu'elles savent diversifier selon l'art des pantomimes ', oorronipent les
* Hercule. — * Ovide.
* Vji\yêce de bouffons qui eiprimaîent par tes sméi gistct» tout ce quils Youlaieot foire eulendre.
INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE L
\ des spectateurs, et rassasient d'impureté 9 si Ton ose se servir de ce terme , les yeux et les oreilles do peuple.
La déesse Gloacine viendra fort à propos après ces honnêtes déesses dont nous venons de parler. Tatius fit tirer sa statue de la grande Cloaque , et ne sachant de qui elle était , il lui donna le nom du lieu où il Tavait trouvée.
Le roi Hostilius bâtit un temple à la Fièvre et à la Peur. Sa piété méritait bien que ces dieux ne Tabandonnassent jamais.
Quoique Marcellus en consacrant un autel à nionneur et à la Vertu eût fait deux divinités dont le nom sans doute était moins odieux, leur existence n'en était pas pour cela moins chimérique.
Le sénat, prévenu de la haute idée de son pouvoir, crutqu'il pouvait retendre jusqu'à faire des dieux; c'est ce qui lui fit rendre un arrêt par lequel il donnait à l'Entendement (Mens) le nom, la qualité et tout Tattirail des divinités de cette espèce, c'est-à-dire un temple et des prêtres. Mais cet auguste corps marque bien par une conduite si peu raisonnable qu'il n'était guère rempli du dieu dont il venait d'enrichir sa patrie.
Cicéron estime que la Grèce fit un coup d'une haute sagesse, lorsqu'elle fit placer dans les écoles publiques et les académies où la jeunesse fiiisait ses exercices les images de l'Amour et de ses frères. Ce philosophe a voulu sans doute s^acoommoder en cela aux sentimens de son ami Atticus, on peut-être s'en railler. Car bien loin que la sagesse eût présidé à ce conseil, ce ne pouvait être au contraire que l'esprit de corruption qui l'eût inspiré aul Grecs, qui, au lieu de procurer à leurs enf^ns une éducation honnête et vertueuse, les prostituaient en quelque sorte anx désirs d'une jeunesse emportée , en leur proposant pour modèle de leurs actions, et pour objet de leur culte, des dieux qui ne sont connus que par leurs crimes, et surtout dans les lieux où la nudité des corps ^ exposée aux yeux des corrupteurs, ne fait encore qu'augmenter le feu impur qui les brûle. Et ce qui est le plus déplorable , c'est que leurs propres pères les abandonnaient à ces périls dans un âge tendre, susceptibles de toute sorte
< Ameierclceidelaluttt.
d'impressions, dénués d'expérience et de fDrce qui pût leur faire éviter les pièges tendus de toutes parts à leur innocence. Doit-on après cela être surpris si une nation qui , bien loin d'avoir de l'horreur pour les vices, les consacre par un culte religieux, les ait fait passer chez les autres peuples comme autant de divinités domestiques à la gloire desquelles elle s'intéresse? Cicéron, ne pouvant s'empêcher de reconnaître ce fait, et voulant en même temps insinuer qu'il avait des vues plus nettes et plus claires que les Grecs (quoiqu'il les eût d'abord loués de leur prudence), s^tty comme par réflexion, que ce sont les vertus et non les vices qu'on doit consacrer. Mais les Grecs auraient pu lui répondre qu'ils adressaient leurs vœux à deux sortes de divinités : à celles qui sont bienfaisantes comme les vertus, pour en recevoir da secours, et à celles qui sont nuisibles, comme les vices, pour être préservés du mal qu*elles peuvent fiire. C'est l'excuse ordinaire de ceux qui font des dieux de tout , des maux comme des biens.
Mais s'il est vrai que les vices ne doivent pas s'attendre à notre encens et à nos vcrax, en quoi nous sommes du sentiment de Cicéron, nous disons que les vertus ne doivent pas non plus y prétendre , qu'elles n'ont ni sentiment ni intelligence, et que ce n'est pas dans des temples de pierre et de marbre qu'on doit leur dresser des autels, mais au milieu du cœur de l'homme. Cest donc une loi ridicule que ce nouveau législateur 1 veut établir dans sa République en idée. «Qu'on élève, dit-il, des temples à l'Esprit, à la Piété, à la Valeur , à la Fidélité et à toutes les autres vertus qui donnent à l'homme l'entrée dans le del.» Ces divinités de Qcéron ne peuvent être sans l'homme seul, et l'homme seul leur peut servir de temple. Cest la vertu qui mérite notre vénération et non son image, et le culte qu'on lui rend ne consiste pas à brûler de l'encens devant elle , ni à ^;orger des bête sur scm autel ; mais il consiste dans une volonté sincère et une ferme résolution qu'on prend de l'acquérir, ou de la conserver si elle est déjà acquise. Car qu'est-ce que révérer en soi la vertu, shion la posséder et en exercer les actes? Cest donc en vam que notre philosophe veut
'Cicénm.
LACTANCE
embarrasser les villes de nouveaux édifices, et occuper inutilement un terrain ^ qu'on peut faire servir à un meilleur usage. Nous voulons lui épargner les frais qu'il serait obligé de ftiirc, soit pour Tentretien des prêtres, soit pour fondre des statues , soit pour acheter de» victimes. Le cœur de Tbomme est un temple bien plus digne de ces divinités morales; il n'est point sujet à tomber en ruine, ou à être renversé d'un coup de tonnerre. Qu on Tome tant qu'on vou» dra, qu'on le remplisse de ces aimables déesses, qu'on en fasse un Panthéon, nous y consentons; plus il sera plein, plus il sera auguste. Il est à craindre que ceux qui placent dans les teiiiples rimage de la vertu, n'en aient en effet que l'image. Us Tadorent en figure, et ils la déshonorent en elle-n)éme. On rend à la déesse Piété un culte extérieur et apparent , et l'on en rend un intérieur et véritable à l'Avarice qlti n'épargne ni parens, ni dtoyens, ni alliés. On donné de l'encens à la Paix et à la Concorde d'une main encore fumante du sang qu'on vient de répandre, ou dans une guerre publique, ou dans une querelle particulièire. On sacrifie à la Pudicité des taureaux et des béliers, pendant que Ton immole son propre corps à la déesse de l'impureté. On fait des effusions, et l'oh répand le lait et le vin devant l'autel de la Foi et l'Amitié, prêt à verser le poison à celui qui né meurt pas assez tôt au gré d'un avide héritier. Oil fait semblant d^adorcr la Vertu, et on la fuit; on feint d'avoir le Vice en horreur, et on l'adore. Mais achevons de démasquer la feusse reli« gion, et d'en faire voir tout le ridicule. Quelle imagination aux Romains d'édifier un temple à Vénus la Chauve, parce qu'étant assiégés par les Gaulois, et les cordages dont ils remuaient leut-s machines étant rompus par TéfFort continuel qu'elles ^lisaient , ils en firent des cheveux de leurs femmes. Y eut-il jamais rien qui ait pu mieux Paire connaître le faible d'une religion que ces sortes de monumens , plus propres à exciter la pitié on la moquerie, que la dévotion ou la surprise? Sans doute que les Romains avaient appris des Lacédémoniens à se faire des dieux selon les événemens, et à tes recevoir des mains de la Fortune ; car ces habitans de Sparte ^ ayant
* A bAtir des temples aux Vertus.
■ I^aoédémune.
mis te siégé devant Messène , et les 1 les amusant pa^ âe ftiusses sorties , Us allèrent à leur tour assiéger Laeédémone ; mais les femmes qui étaient restées dans la ville les repoussèrent vigout'eosement ^ et , noii contentes de les avoir chassés de devant leurs morailles, elles les poursuivirent bien avant dans la campagne. Cependant les Lacédémoniens s'étant aperçus dû sttutagème de leurs ennemis, et ayant appris qu'ils leur avaient domié le change, abandonnèrent leur siège « et coururent défendis leurs propres maisons ; ils n'en éttinit pas fort éloignés lorsqu'ils renebntrèrent ces brave! amazones qui retouHiaiettt de la poursuite des Messéniens , et , les preilant pour 1^ Messéniens mêmes , ils se préparaient à les combattre ; mais ces vaillantes femmes se désarmèrent , et partirent si belles eâ bel état i leurs oharis^ qu'ils ne furent plus lé^ maîtres de leur passion, qui devint si furieuse et si brutale, que tîkit se mèb, sans choix et sans disceriiement ; et , pour conserver la mémoire d'une aventure si mémorable et si digne de la curiosité des siècles suivails, on bâtit, au lieu où e!le était arrivée, un temple magnifique à Vénus Armée.
Mais, dans le même temps que les RMmiai élevaient un temple à Vénus la Chauve, ils en gratifièrent pareillement Jupiter le Boalanijer, pour un service signalé qu'il venait de leur rèhdre dans ce fiimeux si^ ; car il 1^ avertit par des songes qu'ils fissent du paiA dé IMI ce qu'il leur restait de Mé, et qu'ils en }etasèènt dans le camp dès ennemie : ce qni obUgea les Gaulois d'abandonner là place, désespérait dl^ la pouvoir forcer la toyant si bien munie. Quelle religion , grand Dieu ! où les sujets dli plsistnterie naissent à chaque moment. Pour moi, si J'avais à la défendre, rien ne ttie ferait pins de peine que de voir c^ paiivres divinités devenues à un tel point méprisables , qu'en ne fleiii même prononce!* leurs noms sans riit. Quel est l'homme sssei saturnien qui poisse garder son sérieux au nom de Fdmace, déesse des forgeh)ns , et en voyant de doctes persohna^ frap- I )tor gravement sur bne enelume pour célébrer plus dévotement les FomacalesP Et la déesse Muta, h'est-elle pas bien propre à secoarir èéui qui llhvoquent, elle qui pétant privée d£s sa naissance de l'usage de la parole , l'est aussi de celui de l'ouïe? Pour la déesse Caca, c'est
INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE L
une franche scélérate, car elle trahit son frère Hercule sur la promesse qu'on lui fit de la recevoir à la table des dieux.
La déesse des Berceaux (Gunina) est une assez bonne déesse; elle est d'un grand secours pour les nourrices : c*est elle qui berce les cnfans et quf les endort. Les laboureurs sont aussi fort rej devables au dieu Sterculus, de leur avoir appris à fumer la terre. Je n'aurais jamais fini si je voulais rapporter ici le nom et les divers emplois de ces monstrueuses divinités <, qui ne cèdent en rien à celle des Ëgyptiens; encore cèUes-ct avaient-elles quelques figures déterminées. Mais que peut-on dire de ceux qui adorent une pierre brute et mal polie, qu'ils appellent le dieu Terme? c'est, dit-on, cette pierre que Saturne avala, croyant avaler sou fils Jupiter, lorsque Tarquin consacra le Capitole à ce maître des dieux, comme il se trouve là plusieurs petits dieux qui y avaient leurs chapelles, il leur fit demander honnêtement par les augures s'ils ne voulaient pas bien se retirer, et laisser la place à leur souverain; ils ne se le firent pas dire deux ibis, et ils cédèrent de fort bonne grâce un logement destiné pour un dieu d'un tout autre relief qu'eux. Il n'y eut que le dieu Terme qui ne voulut jamais désemparer; peutêtre crut-il devoir être traité avec distinction pour avoir sauvé la vie à Jupiter'. C'est ce dieu informe qui est le gardien des limites de Tempire; il les conserve, et il empêche que les barbares ne les franchissent. Au reste , ce dieu n'est pas toujours une pierre, c'est aussi quelquefois une souche. Tels dieux, tels adorateurs. Il faut être une vraie souche pour adorer une telle divinité.
XXI. Après avoir parlé des dieux , de leur origine, de leurs emplois et de leurs diverses aventures, il nous reste encore quelque chose & dire des sacrifices qu'on leur offre, et des mystères qui sont enfermés dans le culte qu'on leur rend.
A Salamine, ville de Gypre, on immolait un homme à Jupiter ; ce fut Teucer qui institua cet horrible sacrifice , et qui en prescrivit la forme à ses descendans. L'empereur Adrien le fit cesser.
* On peat voir ce qu'en écrit saint Augustin dans son llTre de la CUé de Dieu.
* On a remarqué que c*étaît la pierre que Satvne avila pour Jupiter.
Les peuples de la Tàuride, nation Mroce, avaieiit une loi qu'ils observèrent fort longtemps, qui leur ordonnait de sacrifier k Diane tous les étrangers que leur mauvaise Fortune jetait sur leurs côtes; et les anciens Gaulois apaisaient avec du sang leurs dieux Hésiis, Teutatès et Taramis.
Les Latms ne forent pas plus innocens ni moins barbares dans leurs sacrifices; et le Jupiter du Lattum^ n'aimait pas moins le sang des hommes que le Jupiter de Salamine. Quelle vertu peut-on demander à ces dieux par un sacrifice qui est un crime? et quel bien ces dieux peuveut-ils taure, si on ne peut l'obtenir que par un homicide? Mais il n'est pas étonnant que des barbares aient une religion conforme à leurs moeurs, et des dieux qui leur ressemblent. Ce qui doit surprendre, c'est de voir lltalie , qui a toujours fait gloire d'élever ses peuples dans l'humanité, de voir, dis-je, l'Italie surpasser les barbares en cruauté, en répandant avec fureur le sang humain dans ces cérémonies impies et sacrilèges. Ceux qui, joignant la politesse des mœurs aux lumières de l'esprit, éteignent en quelque aorte ces lumières, et renoncent à cette politesse pour devenir barbares par un motiF de religion, sont sans doute bien plus coupables que ceul qui, nés dans Tignorance des lois et parmi les ténèbres d'une nature corrompue, font le mai éouVeut parce qu'ils ne connaissent pas le bien. U y avait même longtemps que cette coutume d'immoler des hommes avait cours en Italie (avant que l'empereur Adrien ne Fabn^eàt); et Saturne se plaisait à un culte si digne d'un dieu qui avait plus d'une fois bu le sang de ses enfans. Mais pour diversifier les mets qu'on lui présentait, on n'égorgeait pas la victime comme on faisait ailleurs, mais on la précipitait du pont Milvius ^ dans le Tibre. On dit qu'tlercule, à son ïetour d'Espagne, abolit ce sacrifiée, et en laissa seulement une vaine représentation , qui consistât à hxct sauter du pont en bas des hommes de bols ou de carton.
Mais où prendre des couleurs assez sombres pour peindre ces horribles hécatombes d'eû^ immolés au même Saturne, pour le consoler
* Gampaipia di Roma.
* finte mole.
LACTANCB.
de ce qu'un seul ^ lui avait (àkttppé^ A quel excès d'horreur les hommes ne sont-ils point capables de se porter par un excès de religion? On appelle sacrifice le crime le plus opposé à la nature ; on étouffe dans le berceau des créatures qui ne commencent qu'à vivre, et qui, par toute Finnocence de leur âge, ne peuvent exciter le moindre mouvement de compassion dans le cœur de leurs impitoyables pères, et obtenir d'eux qu'ils ne leur ôtent pas ce qu'ils ne viennent que de leur donner. Les animaux les plus farouches le sont beaucoup moins que ces hommes dénaturés. 0 pères infortunés I quelle aveugle fureur vous agite Pet que pourraient faire de pis vos dieux, si vous aviez mérité leur indignation? Leur colère, ditesrmoi, pourraitelle vous èlre plus funeste? Pour prix de vos hommages ils vous rendent parricides , ils vous privent de vos enfans, ils vous ôtent la raison : est-ce ainsi que s'exprime leur reconnaissance? comment , hélas ! s'exprimerait leur haine? Mais que peut-il y avoir d'inviolable et de sacré pour des hommes qui ont dépouillé tous les sentimens de la nature? On doit tout craindre de cdui qui fait un acte de religion du plus grand de tous les crimes. Les Carthaginois qui , au rapport du satirique Festus, suivaient aussi cette barbare, coutume, ayant été vaincus dans un combat par Agathocle, roi de Sicile, et attribuant leur débite à la colère de leur dieu, coururent l'apaiser en lui immolant deux cents jeunes gens, qu'ils dioisirent parmi leur plus illustre noblesse. Misérables ! quel avantage vous i«vient-il de ce massacre? Celui qui vous a vaincus vous a moins tué de citoyens que celui qui vous protège.
Mais Saturne n'est pas le seul des dieux qui aime à voir répandre le sang des hommes. Gybèle inspire une autre sorte de fureur à ceux gui sont initiés à ses détestables mystères. Elle les oblige à lui sacrifier de leurs propres mains ce que sa jalousie arracha au malheureux Athis; et ces infâmes victimes d'une plus infftme divinité deviennent, par un culte aussi bizarre qu'il est cruel, des monstres que hi nature abhorre.
Pour Bellone, déesse de la guerre, on ne doit pas s'étonner si elle aime le sang. Ses prêtres, tenant à chaque main un poignard , se font des
> Jupiier»
incisions aux bras et aux épaules; et, s'abandonnant à l'esprit de vertige qui les pousse, iis awrent, ils se roulent, ils s'agitent ; leur sang cooie de toutes parts, et leur raison se perd avec loi Sont-ce là des sacrifices , s'écrie Qnintilien, et ne vaudrait-il pas bien mieux être comme kt bètes, qui ne connaissent point d'autres dieu que la sage nature , que de rendre un culte impie et profane à des scélérats , à des dieux barbares, qui s'engraissent du sang des trop crt^ dules mortels. Nous découvrirons une autre fois la source de tant d'erreurs grossières et de crimes énormes. Et de peur qu'on ne nous soapçonne d'affectation , dans le récit que nous ?^ nous de faire des horribles excès qui se commet* tent dans les sacrifices, nous allons examiner quelques cérémonies qui sont, à la vérité, exemptes de crimes, mais que nous aurons de la peine à sauver du ridicule.
Toute TËgypte célèbre avec beaucoup de solennité la fête dlsis, et cette fête se diversifle suivant les divers événemens de la vie de b déesse ; car d'abord les prêtres qui lui sont consacrés se découvrant l'estomac, se le frappent rudement, poussent des cris lamentables, etdo» nent toutes les marques d'une violente afflio' tion, pour honorer celle que ressentit Isislors qu'elle perdit son fils <. Mais, dès que l'enilant vient à paraître, tout ce grand deuil cesse, et la joie de l'avoir retrouvé succède h la douleur de l'avoir perdu. Ainsi , ce fils si cher à sa mère, sans cesse se perd, et sans cesse se retrouve. On voit clairement, par la représentation d'une aventure autrefois arrivée, que cette Isis, si révérée des Égyptiens, n'était qu'une femme qui se serait trouvée sans enfans, si son fils unique ne lui eût été rendu. Lucain ne s'éloigne pis de cette pensée, lorsqu'il fait dire au jeune Pompée, qui vient d'apprendre la mort du grand Pompée son père^: «J'irai, et 1 Egypte me verra mettre le feu an bûcher qui consumera ses dieux ^ ; je donnerai aux vents les cendres d'isis et d'Osiris. » Cet Osiris est aussi quelquefois nommé par le peuple Sérapis; car ils ont coutume de changer le nom de ceox qu'ils consacrent après leur mort , de crainte peut-être aue leur premier nom ne les fasse re-
« Osiiis.
> Piolomée, roi âtgfpU, te fit
^ kit et Osiris.
Googl^
INSTITUTIONS DIVINKS. — LIVRE l.
connaître poar des hommes. Romulus fut ainsi changé en Quirinus ; Léda reçut le nom de Némésis; Gircé celui de Marica; Ino et son frère Mélioerte ceux de Leucothoé et de Palémon.
On observe presque les mêmes cérémonies à la fête de Gérés Éléosine qu'à celle dlsis; car si Ton pleure à celles! la perte d*Osiris, on se lamente fort à celle-là pour la perte de Proserpine, que son oncle Pluton a enlevée, sans se mettre beaucoup en peine de ce que le monde pourrait dire de voir un dieu commettre un rapt et un inceste. Et, parce que la tradition poétique porte que ce fut avec des branches de pin allumées que Gérés se mit à chercher sa fille par toute la Sicile , on allume quantité de torches durant cette ftte.
A Lampsaque S on sacrifie un âne à Priape : et Ton en rapporte celte raison. Les dieux s'étant trouvés à un festin solennel que Gybèle leur donnait, ils se mirent, après souper, à jouer à de petits jeux; mais Vesta, accablée de sommeil (peut-être pour avoir trop bu), s'endormit profondément , sans chercher d'autre lit que le plancher de la salle. Ge qu'apercevant Priape, Il s'approcha d'elle, et était sur le point de la déshonorer, si l'âne de Silène ne se fût mis à braire fort à propos pour la pauvre déesse, qui s^éveilla au cri , et sauva ainsi son honneur qui courait grand risque : or, les babitans de Lampsaque, fort dévoués à Priape, lui sacrifient tous les ans on âne, pour le venger du mauvais tour que cet animal lui joua dans une si nombreuse et si sainte assemblée. Quels dieux I quelle religion!
Mais si l'âne reçoit à Lampsaque un traitement si rude pour avoir empêché une mauvaise action, il en reçoit en récompense un fort honorable à Rome, où les vestales , pour reconnaître le service important qu'il rendit à leur déesse ^ , choisissent un des plus beaux ânes de la ville, lai font une guirlande de pains fort délicats et Ibrt blancs, qui servent ensuite à lui faire un Immi repas. Quelle honte à une déesse de devoir à un âne la conservation de sa virginité! On me dira que ce n'est qu'une fable : je le veux; mais cette fable est reçue des peuples comme une vérité et comme un point capital de leur religion.
« Lampsico, ville de Mysle.
» Veiu.
Je sais que les poètes ne prétendent pas assujettir notre créance à leurs folles imaginations; mais elles ne trouvent que trop d*ouvertures pour s'insinuer dans l'esprit des hommes, qui sont ravis de trouver dans leurs dieux ce qui peut autoriser et pour ainsi dire consacrer leurs vices.
Que dirons-nous des astronomes qui placent sérieusement deux ânes parmi les étoiles ^ ? Ontils aussi prétendu nous laisser la liberté de n'en rien croire PGependant on nous assure que ce beau privilège leur a été accordé à la sollicitationde Bacchus, qui, en leur procnrant un logement si magnifique , a voulu les payer du service qu'ils lui rendirent au passage d'un fleuve. Pent-on rien écrire de plus extravagant?
Mais voici une espèce de sacrifice bien difKrent des autres, car on y dit des injures au dieu à qui on l'offre : on l'accable de paroles outrigeuses et de malédictions, au lien des bénédictions et des louanges dont on a coutume d'honorer les dieux. G'est cependant le grand Hercule qu*on traite ainsi à tinde'ydans l'Ile de Rhodes ; et voici la raison qu'on apporte d'une chose si peu commune. On dit qu'Hercule ayant abordé à cette plage, et se sentant pressé de la faim , demanda à un villageois qui labourait là auprès, l'un des deux bœufs qu'il avait â sa charrue, offrant de le lui payer ce qu'il vaudrait. Le laboureur refosa de le lui vendre, s'excusant sur oe qu'il ne se pouvait passer de ses bœufs, qu'il n'avait pour tout bien que oe morceau de terre, dont la récolte lui servait à nouiw rir sa famille. Hercule, sans vouloir écouter les raisons du bonhomme , et usant de sa modération ordinaire, n'ayant pu avoir de gré un de ces bœufs, les enleva tous deux de force, les fit assommer sur-le-champ , et apprêter pour scm diner et pour celui de ses compagnons ; ce que voyant le malheureux villageois, il se mit â vomir mille injures contre Hercule; mais ce héros, prenant la chose en galant homme, les écouta sans s'émouvoir, et ne fit que rire avec ses compagncms de la colère du pauvre laboureur. Toutefois, après que l'admiration où on était de sa valeur lui eut fait déférer les honneurs divins, les babitans de cette contrée lui élevèrent
> DBMl'icrefiMe.
LACTÀNCB.
tta autel au mèine lien oft la chose s'était passée, qtt*il nomma lui-même VJuieldes deux Bœufs, et II ordonna qa*à Tâvenlr on lui immolerait denx IXBufe joints ensemble par un même joug. U se consacra aussi un prêt» auquel il eqcNgnit eipressément d'employer dans les sacrifices qui lui seraient offerts les mêmes injures que le villageois lui avait dites, avouant que de sa vie il n'avait fait un repas si agréable.
A queue autre fin a-t-ôti institué la fête de Jupiter Cretois^ sinon peur renouveler la mémoire de sa naissance , de son enlèvement dans Itle de Crèie, et de la nourriture qu'il y reçut? U nympbe Amaltbée n'est autre que la chèvre qui l'alhita ; c'est la pensée du poète Aratus qui Ait parler Germanicus en ces termes :
Cette nymphe Itat U noarrioe de Jairiter, «11 e«t Trai, eeniiue en ledit, i|a*iiiie chêne de llle de Crète l*«it noarri de MHi MU, et que œ divin Douitiiton, pour narquer la reconnaissanoe , lui ait donné ane place bonorable parmi 1» aitretdehnifll.
Mais, ayant résolu de faire de cette chèvre une étoile brillante , il lui ôta sa peau mortelle pour la revêtir d'immortalité ; et de cette peau de chèvre il s'en fit un bouclier, qui lui servit bien contre les Titans, ce qui a donné lieu aux poètes de l'appeler V Égide de Jupiter. On foit encore dans cette même iête de Jupiter Cretois diverses représentations de ce que sa mère fit pour le dérober à la cruauté de Saturne; ce quX)vide exprime ainsi :
onni oBt CHUfOBi ci amronpeiici m auueiuii reieiittr kl rodMrt dumontlda^depeur qnetea cri* dneâeite enlkot. que sa mère leur avait ooaSé, ne trahisient la lûreté de ton adie. kl toi Gurèlei frappaient amr des boucliers d'airain ; là tel Coryliantcs Hisafent entR^CboqiMr des CBtqoes dldcr. Enfin ; Tcnfaot ftat sauré, et to secret Ait gardé. Chaqoe anvêt reoouvelte la mémoire de oe grand événement ; mais les fliiesetksIiMiUttlsoet pris U place des uvoHMllei et des clairons.
Sallusle rejette ce récit et le traite de pure fiction; mais il faut avouer que le tour qu*il y donne est in^nleux. Il dit a que leis Culîktes représaitent ceux qui, lés premieirs, ont pAiétré dans les choses divines et en ont acquis la sdence; et que, comme nous attachons à tout ce qui cet étoïgné de nous une certaine idée qui en inapire la vénération, on s^esl avisé de nommer ces premiers sages les nourriciers de Jupiter, "• pour exprimer que les secrets de la divinité leur ont été confiés dès son enfioioe* si
Ton peut se servir de ce terme, c*est4-dire db le commencement et avant qae les autres hommes en eussent connaissance. Mais n'en déplaise à ce savant historien , il a suivi une iànsse lumière dans l'explication de cette foble; car si Jupiter est, selon les Curetés , le premier des dieux et le principe de toute religion , sans doute ils n'ont pas eu rintelligence des choses divines , ils ne sont pas les interprètes de la vérité, mais les maîtres de Terreur, et ils Pont répandue dans le monde en donnant à lenr Jupiter la divinité , dont il n'y a que le vrai Dieu qui sOit propriétaire.
Qu'on se donne la peine de consulter les livres sacrés , les registres des pontifes, ces monumens de la religion, qui en doivent être les titres les plus authentiques, et je suis sûr qu'on y trouvera de quoi se convaincre que tout ce qu'on estime saint et digne de vénération, ne mérite que le mépris et la risée des gens raisonnables , n'est que vanité , qu*extra?agance; en un mot, qu'impiété et que profanation.
S'il se trouve enfin quelqu'un qui, ayant honte de son erreur, vienne à considérer les choses avec des yeux purifiés par la sagesse, qud ridicule ne découvrira-t-il point dans la plupart des cérémonies qui font partie du cnlte religieux? Pourra-t-il s'etnpècher de rire, on plutôt de verser des larmes, pour peu que la charité le presse, lorsqu'il verra les sacrés ministres des dieux, les véritables interprètes de leors voibntés, les sages dépositaires des mystères, lors, dis-je, qu'il les verra danser en public, et mêler à des sauts de bouffon des postures de courtisanes; qu'il les verra courir dans les places, tantôt nus et frottés d'huile comme des athlètes, tantôt couronnés de fleurs comme des victimes, tantôt masqués, déguisés, barbooOlés comme d'infimes comédiens? Que dirai-je des boucliers sacrés que le temps a presque ridoits en poussière <? (^pendant ceux qui les portent sur leurs épaules, dans des processions solennelles, croient porter des dieux. Et Fou raconte d'un certain préteur*, qu'il voulut par un sentiment de dévotion porter un de ces boa* diers^ devant lequel il fit par honneur ma^ cher tous ses huissiers ^ quoique sa durge
I MlséUientenbois.
* Furtus BttMculut.
INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE I
Tëibiiptât de cette fbnctiôh. Ge bonhoitime n'était-il pas bien (ba de s'imaginer qu'on pareil minisière donnerait da liiMre à sa dignité? Peut-on enfin voir sans indîgnattoti pratiquer flérieusément, et par un esprit de religion, ce qu'on jugerait digne de censtire dans les jeux et les divertissemens du peuple ?
XXII. Celui qui commença h introduire dans Rome de vaines superstitions fut Numa Pbmpi- Ifus, son second roi, qui trouvant des esprits (grossiers et susceptibles de toutes sortes d'impressions, se servit de cette disposition pour leur inspirer ce qu'il voulut touchant le culte des dieux. Pour le faire avec plosd*autor!té et de succès, il Feignit qu'une certaine nymphe Ëgérie lui révélait de hauts mystères dans les entretiens qu'il avait avec elle durant la nuit. Assez proche de Rome, dans un bois épais, se voit un antre obscur et profond d'où sort une eau claire et pure qui va arroser le pied des arbres voisins ; c'est là que Numà passait les nuits sans témoibs, et , sortant le matin de sa i^etraite, il annonçait au peuple ce quil avait appris de son épouse immortelle, sur la manière dont les dieui voulaient èlh; servis.
H imitait eh cela l'adresse de Minos qui, vMIant rebdre ses lois plus vénérables, feignait que Jupiter les lui Avait dictées dans j'anlre sacré dé ce dieu, où il passait piusieura heures en conférence avec lui ; afin que les hommes apprissent â obéir non- seulement par an molil^ de crainte, mais aussi par on prihcipe d« religion.
Mais, après fout, il notait pas difficile â Numa d'abuser de la crédulité de simples bcr- );ers, qui faisaient alors la plus grande partie de ses sqiets. Il institua donc un souverain pon* tifk, des prêtres de Jupiter, des saliens, des augures ; it dmiposa la généalogie des dieux ; il ta forma diverses branches et diverses familles, et fournissant à ce peuple farouche divers amuaemens, il adoucit peu à peu sa férodté naturelle, et lé fit insensiblement passer de Tardeur quil avait pour la guerre à l'amour du repos et de la paix. Mais , s'il abusa de sa trop grande focilité â croire ce qu'il voulut lui inspirer, il tt cul ifarde de se laisser surprendre lui-mètoe
* On croyaktque le salul de la ré))llbltqir6 était attacbé I la conservai iou de ces boucliers.
aux fâux préjugée d*nnê religion dont il était l'auteur; car II composa en latin un traité du droit des pontifes, et un autre en grec, qui contenait les règles et les principaux axiomes de la sagesse; et dans ces deux ouvragés il s'applique non-seulement à détruire tes principes de la religion qu'il avait lui-même Imaginée, mais aussi à ruiner les fondemens des antres religions. Or, il arriva lon^emps après ta mort de ce roi , sous le consulat de GornéUos et de Bébius, que des ouvriers travaillant à remuer la terre daiis un diamp qui est au pied dn Jànicule et qui appartenait au aecrétaire d'ttat Pétilius, vinrent à découvrir deux eoffreèdè pierre , dans Tun desquels était le oorpa de Numa, et dans l'autre les deux tintés dcmt nous venons de parler; ce qui ayant été rapporté au sénat, il Ordonna qu'<m les supprimerait. Q. Pétilius les fit brûler dans uhe assemblée du peuple. Mais cette ordonnance me semblepen digne de la sage prévoyance d'une compagnie aussi éclairée et aussi politique que celle-là ; car son dessein en supprimant ces livres était de foire perdre le souvenir de ce qu'ils contenaient de contraire à la relig^n dn people romain^ et c'est ce qui Pa conservé.
Ainsi ces dévots sénateurs, en voulant apprendre à ta postérité avee quel zèle et qaelle piété ils avaient soutenu l'honneur de leurs dieux, lui ont appris en même temps qu'on pouvait impunément se dispenser de lu honorer, en lui découvrant les endroits foibles de leur cuites
Mais si Numa, chez les Romains, fot l'inven* teur d'une religion ridicule et vaine, les peuples du Latium^ en la personne de Faune reconnaissent le fondateur de la leur. Ge Faune était petit-fils de Saturne, et il fit une étrange pnv> fusion des honneurs divins à loua eeux de sa famille; car premièrement il mit son père* ah nombre des dieux, et de sa sœur' ayant foit sa femme, il en fit ensuite une déesse : outre le nom de Fauha qu'elle avait, on lui donna encore celui de Destinée, parce qu'elta disait ta benne aventure aux femmes, comtiM Faune, son frère et son mari, ta disait aux hommes. Varron écrit de cette Fauna qu'elle vécut si
* CampAc^ie de lloaie.
*PieiM.
LACTAKCE.
retirée et qu'elle fut d'une chasteté si exemplaire, que nul tiomme, liors son niari , ne put se vanter d'avoir vu son visage, ni lui avoir seulement ou! prononcer une seule parole. Cest elle que les femmes appellent la Bonne Déesse, et c'est pour honorer une vie si cachée et si éloignée de tout bruit, t|u'elles font soigneusement fermer les portes de son temple lorsqu'elles lui sacrifient, et que l'entrée en est entièrement fermée aux hommes ^ Mais cette bonne déesse, avec toute sa chaéteté, se laissait quelquefois surprendre au plaisir de la bouteille: ce fut après avoir vidé une bouteille de vin de Falerne que son mari la trouva ivre ; et étant outré de voir sa dignité royale si fort avilie par Tintempérancedesa femme, illapritet la fouetta si cruellement avec des branches de myrte, qu'elle expira sous les coups ; ce qui fut dans la suite si sensible à cet époux, qu'après que sa colère fot un peu ralentie, pour soulager son extrême déplaisir, il la plaça parmi les déesses. Il lui en donna Tappareil ; il lui assigna des sacrifices. Mais parmi les offrandes qu'on met sur son autel, on n'oublie pas des flacons d'excellent vin, comme une des plus agréables oblations qu'on lui puisse faire. Ce Faune, aussi bien que les autres faiseurs de divinités , a laissé à la postérité de quoi la faire tomber dans l'erreur; mais les sages s'en préservent par le secours de leurs lumières. Lucrèce, l'un de ces sages, parle ainsi de celui qui, par une superstition outrée, croit que toutes les statues qu'il voit sont autant de dieux.
« Cet homme , dit-il, a une supentitieuie ▼éoératioii pour tootei 0» petites dirinitét de la façon de Panne et de Nama; U tremble A leur aspect : il n'y en a pas une à laquelle il aille porter ses iranix et son offrande. Semblable aux cnftins qui s'fmaipnent que toutes les figures qu'ils voient sont des bomnes véritables, il prend pour des vérités œ qui n'est que pure fiction ; il oroit qu*il y a un esprit qui meut, instruit et anime œs statues de bronze et de marbre. 0 bomme crédule! M voyei-Tous pas que ce ne sont U que des ouvrages de l'art, et que les dieux que vous adores et devant qui vous tremblea ne doivent Icnr être qu'à quelque habile stainaire ?»
Le poète compare à des enfans ces gens qui
^ donnent dans tontes les superstitions, quelque
monstrueuses qu'elles soient, et moi je trouve
Çue les enfans sont bien plus raisonnables : les
* tJn des cheA d'accusation que Gcéron proposa contre Clandius, fut qu*il était entré dégataé en femme dans le lien où on sacrifiait à la bonne déene. Oraison pour
Milon.
enfans , il est vrai , croient que des statues iot. nimées sont des hommes vivans, et ceai-ii jurent que ce sont des dieux immortels. Un ip sans expérience rend les enfons susceptibles de ces fousses impressions, et les superstitieux reçoivent toutes celles que leur folie leur fait prendre; Tinnocente erreur où soat les enfans diminue à mesure que la lumière de la raison croit en eux, au lieu que la fausse persoasin oh sont ces malheureux esclaves de la superstition augmente, se fortifie et dure autant qne leur vie.
Ce fut Orphée qui institua la fête de Bacchus^, et il fut le premier qui lui sacrifia sur une montagne de la Béotie, assez proche da lieu où ce dieu était né. Il fut aussi nommé Githéron 2, parce qu'il jouait souvent de la cithare. On donna encore à cette fête le non d*Orphée, depuis qu'il y fut déchiré etmisea pièces par les Bacchantes. Ge nouveau cuite s'introduisit dans la Grèce à peu près dans le même temps que Faune établissait le àen en Italie. Il y a cependant quelque apparence qae Faune était venu après Orphée, puisque cet excellent musicien se trouva avec U» Argonaates au premier siège de Troie, où régnait Laomédon , pendant que Picus , père de Faune, régnait en Italie. Remontons donc encore plos haut, et cherchons si bien que nous puissions enfin trouver celui qui a commencé à honorer les faux dieux. Didyme , auteur grec, croit qoe ce fut Métissée qui le premier leur offrit des sacrifices; que ce roi de Crète régla les cérémonies qui accompagnent le culte divin , qu'il f mit de Tordre, et qu'il y ajouta la magnificence et réclat extérieur pour les rendre plos vénérables aux peuples. Ge prince eut den filles , Mélisse et Amalthée , qui nourrirent Jupiter de lait et de miel ; ce qui a donné lieu m poètes de feindre que des abeilles volaient chaque jour sur la bouche de cet enfant poor lui apporter le miel qu'elles faisaient. MelisK reçut de la main de son père la dignité de grande prêtresse de la mère des dieux, ceqoi a fait donner à toutes celles qui lui ont succédé dans celte charge le nom de Mélisses.
Pour Jupiter, l'Histoire Sacrée dtvchinèrt
* Autrement, Liber.
* tn latin Ciibara.
INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE I