‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 76 sur 102 · SIS · texte numérisé non relu

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noan apprend qu'étant monté sur le trAne, il vint à un tel excès d'insolence et d'orgueil qu'il s'érigeait partout à lui-même des temples et autels ; car, s'étant mis à voyager, il savait avec tant d'adresse s'insinuer dans l'esprit des rois et des princes chez qui il passait, et il savait si bien le secret de se les attacher par les démonstrations d'une amitié Feinte et sous le spécieux prétexte des devoirs sacrés de l'hospitalité, qu'en les quittant il leur faisait promettre de lui bâtir un temple, comme pour servir de monument éternel de l'alliance qu'ils venaient de contracter ensemble. De là sont venus les noms d'Atabirien, de Labranden, de Laprien , de Molion, de Gasien, et tant d'autres sous lesquels Jupiter est adoré en divers lieux , et qui sont les noms de ces princes crédules et de ces officieux hôtes, qui pensant éterniser leurs noms par de superbes édifices , ont bien plus travaillé pour la gloire du roi de Crète ^ que pour la leur : on remarquait même en ces rois une certaine estime religieuse qui faisait qu'ils se soumettaient avec joie à son empire, et qu'ils ordonnaient à leurs sujets de célébrer tous les ans des fêtes et des sacrifices en son honneur; c'est de cette manière que le culte de Jupiter s'est répandu par toute la terre, et l'exemple d'un dieu qui s'est en quelque sorte consacré lui-même a été suivi par tant d'autres qu'enfin tout l'univers s'est rempli de divinités.

Nous savons donc maintenant l'époque de la fausse religion; car, ou que ce soit Mélissée qui en ait jeté les premiers fondemens, ou que ce soit Jupiter, la différence du temps n est pas fort considérable, et l'erreur pour se faire recevoir ne saurait se prévaloir de son antiquité.

XXni. Après avoir fait connaître la véritable origine des vaines superstitions, ce qui nous resteàfaireest de marquer précisément le temps où elles ont été introduites dans le monde, et comme le moment de leur naissance. Nous en avons déjà touché quelque chose dans le chapitre précédent ; mais nous en parlerons un peu plus amplement dans celui-ci. Théophile, dans sa chronologie, rapportant le sentiment de Thalius, ancien historien, dit que Belus, dieu des Assyriens et de Babylone, a vécu 322 ans avant la guerre de Troie. Or Belus et Satome

' JupUer.

étaient contemporains, ce qu'il est ftdie de hire voir en supposant comme un fait certain qu'Agamemn(Hi, qui commandait les Grecs au siège de cette ville, était arrière-petit-fils de Jupiter, comme Achille et Ajax Tavaient pour trisaïeul. Ulysse était au même degré; pour Priam, il en était plus éloigné, et même il y a des auteurs qui assurent que Dardanus et Jasius , ancêtres de Priam , n'étaient pas fils de Jupiter, mais deCoritus; et ce qui rend cette conjecture vraisemblable , c'est que si ce prince > eût été du sang de Jupiter, il y a de l'apparence que le roi de Crète ^ n'aurait pas voulu en so Mller la pureté, en disant servirGanymêde', son parent, à l'usage infâme auquel il le consacra.

Depuis la prise de Troie jusqu'aujourd*hui, l'on compte 1470^; ainsi il n'y a pas pins de 1800 ans que Saturne vivait Or, de l'aveu même de tous ceux qui ont écrit des choses divines, il est le père de tous les autres dieux et comme la souche d'où ils sont sortis. Qu'on juge maintenant quelle est l'antiquité d'une religion dont on connaît l'établissement, l'origine de ses dieux, leur naissance et leur consécration.

Il y aurait encore quelque chose à dire pour adiever ^'abattre entièrement le culte des ianx dieux; mais il est temps de finir, et ce livre n'a déjà que trop d'étendue. Nous allons maintetenant travailler à écarter tous les nuages qui empêchent les hoounes de voir la vérité et d'embrasser la véritable religion. Le premier pas qui conduit les hommes à la sagesse , c'est de démêler le faux d'avec le vrai , et la seconde démarche c'est de s'attacher au vrai : ainsi, celui qui dans le livre des InstUations aura appris à se défendre des atteintes de l'erreur, se trouvera disposé à recevoir dans les autres livres qui suivent les impressions de ta vérité»

■ Ganimède ëuit dn aang de Priam.

* Lactanee écrivait en rannée 210.

LACTANCE

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