‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 77 sur 102 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

MS l'ORIGIHB de l'i^UtSUm

I. Quoique j'aie parfiiitement , dans mon ppe-> mier livre , fait voir que la religion des dieux est feusse , et que ceux auxquels le consentement des hommes , fondé sur une persuasion ridicule , a attiré par toute la terre des cultes si variés et si dissemblables, n^étaient que des mortels qui , à la fin de leur vie, ont été contraints de subir la loi générale de la mort ; cependant , afin qu'il ne reste aucun doute sur cette matière , je tâcherai de découvrir dans ce second livre la propre source de cette erreur , et d'expliquer les causes qui , ayant d'abord trompé les hommes , les ont portés à croire à la pluralité des dieux , et ensuite , par des préjugés invétérés, les ont affermis dans les religfOtts auxquelles ils s*étaient d!abord soumis , ear j'en ai un extrême désir, Constantin , après avoir démontré jusqu'à révidence le néant de ees croyauoes et dévoilé la vanité impie des hommes , de manifester la majesté du seul vrai Dieu. Quelle mission plus utile et plus noble à remplir que celle de les retirer du mauvais chemin oA ils sont engagés , de les feire rentrer en grâce avec eux-mêmes, et d'empêcher qu*â l'imitation de certains philosophes, ils ne conçoivent do mépris pour eux-mêmes et ne se considèrent comme des êtres faibles, inutiles, nuls en un mot , et créés sans le moindre but P Car sitôt quils sont persuadés que Dieu s'embarrasse fort peu de nous, et qu'ils ne seront que néant après leur mort, ils s'abandonnent entièrement à leurs passions; et comme ils croient que tout leur doit être permis , ils s'efforcent d'assouvir leur soif ardente des voipptés, ce qui est le plus grand chemin de la perdition; car ils ignorent réellement et ne connaissent point ta raison qui est attribuée aux hommes ; et s'ils voulaient s'en sorvir , ils commenceraient à reconnaître l'existence du vrai Dieu , et n'auraient pour but dans toutes leurs actions que la justice et la vertu : rien ne les attacherait plus à tout ce qui est terrestre ; ils n'auraient plus aucune passion déréglée ; ils s'estimeraient même beaucoup plus qu'ils ne font, et reconnaîtraient toutes les prérogatives de leur être , qui ne peut subsister

qu'en renonçant à l'erreur et en adorant le vrai Dieu. Effectivement, quand je pense à Immensité de toutes choses, je ne puis m'empèdier d'admirer la grandeur et la puissance du mj Dieu, qui contient tout et qui gouverne toot; mais en même temps je ne puis assez m'étoancr que ce même Dieu, que l'homme devait perpé* tuellement connaître et adorer, soit la première chose qu'il ait commencé à négliger et à oubBer; et qu'il ait été aveuglé au point de préférer des hommes morts à un Dieu vivant ,des hommes qui sont terrestres et ensevelis dans la terreàcdoi qui est le créateur de cette même terre. Cependant les hommes ne doivent pas désespérer que Dieu ne leurpardonne cette impiété, si eDe ne vient que par l'ignorance où ils étaient do vni Dieu et faute de le connaître ; mais comme doqs voyons bien des hommes, qui font profession d'adorer les feux dieux, et qui néanmoios conviennent et publient même qu'il n*y en a qo'sn seul , quel pardon et quel grâce peoveot-ib espérer que Dieu fesse à leur impiété, ceux qui, ayant connaissance du vrai Dieu , ne connaissent point le culte qu'ils lui devraient rendre , ce qo'H n'est presque pas permis à un homme d'ignorer?Gar quand ils jurent , quand ils hoplorent la bonté divine , ou qu'ils lui rendent grioede quelque chose, ce n'est point Jupiter ni les antres dieux à qui ils s'adressent, mais ils nomment Dieu. Effet nngulier de la nature, qui leurarnche, pour ainsi dire, la vérité, et même malgré eux, quand ils sont dans Taccablement et le malheur , ce qu'ils ne font jamais néanmoins quand ils sont dans la prospérité. Eteneffet,Dieo n'est jamûs tant oublié des hommes que lonque l'homme jouit tranquillement des grkceset des biens qu'il lui envoie, ce qui néanoBoins devrait lui en rappeler la mémoire et l'engager à une reconnaissance proportionnée. Mab quand au contraire l'homme se trouve dans l'adversité , c'est pour lors qu'il a recoon ï Dieu. Si les horreurs de la guerre le menaceut et le font trembler, si une maladie contagieuse désole son pa]rs , si une grande sécheresse a desséché tous les firuits de la terre , si une tempête survient , ou un orage ou une grêle , pomr ion il a recours à Dieu ; il lui demande du seeoort; il l'invoque pour qu'iljesoulage dans ses peinei Si quelqu'un est siupris en mer par une tempête, et qu'il court risque de périr , il invoque aussi

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tôt Dieu ; s'îl se trouve dans quelque danger presttint, il a aussitôt recours à Dieu; si qa homme se voit très*affiiibli par la longueur d'une maladie et la violence des remèdes, il demande avec instance, en attestant le nom de Dieu, qu'on lui donne à manger, et il espère par cette supplication toucher les hommes de compasdon. Ainsi donc , les hommes qe songent jamais à Dieu et n'ont recours à lui que loriqu'tls sont dans Kadversité ; et sitôt que le péril est passé , et qu'ils n'appréhendent plus rien , en les voit recourir avec joie aux temples des fiinx dieui. Ils leur font des libations, ils leur offrent des sacrifices, ils vont jusqu'à les couronner, et ne songent pas seulement à rendre les moindres actions de grâces au vrai Dieu qu'ils ont pourtant imploré dans leurs afflic* tions. Et de même que ta luxure n'est produite que par la trop grande aisance et la jouissance des commodités de la vie, de même cette luxurq et tonales autres vices ne produisent que l'oubli et Hmpiété envers Dieu. Mais d'où cela peut-il provenir, si ce n'est qu'il j a quelque puissance perverse et mauvaise qui est ennemie déclarée de la vérité , qui s'applaudit des erreurs des hommes, qui n'est uniquement occupée qu'à répandre les ténèbres et à aveugler les hommes, de peur qu'ils ne voient la lumière et de peur qulls n'élèvent les yeux au ciel, et ne fassent attention à leur nature et à leur origine , dont nous parlerons en son lieu? Mais pour le présent, BOUS nous attacherons seulement à combattre les erreurs des hommes. Gomme tous les animaux ont le corps et le regard tournés vers la terre, parce qu'ilsn'ontpasété doués de la raison et de la sagesse, et les hommes au contraire portent le corps droit et la tète élevée toujours vers le cSel, on peut induire de U que la religion des feux dieux n'est pas un effiet de la raison des hommes, puisque l'homme, qui doit être tout divin, est obligé de s'abaisser pour adorer des choses terrestres. Car Dieu, qui est notr^ seul et unique père, quand il forma l'homme et qu'il le rendit capable d'intelligence et de raison, Il s'éleva, pour ainsi dire, hors de terre pour pouvoir contempler plus (^tellement son créateur. Cest ce qu'a dit fort ingénieusement DnpoCte:

' tt ^liod le rate dit «uiinaiix parts le eorpe et Is nsara eut a terre, il (Diea) a donné à l'homme un Tûage Heré,

mdantqtt*il ooQiemplêl ledel et «ilt4ifeelMM m NfanU ▼ert les ailive.»

Cest ce qui a fiût que les Greci ont donné à l'homme le nom d'antbrOpos, pares qu'U regarde en haut. Ainsi on peut dire que ceux qui n'cHit point (^ y^x éleviéa vers le ciel , et qqt ne pensent uoiqpeuicnt qu'aux choses terrestres, renoncent pour ainsi dise à la qualité d'boipme et abdiquent leur <tat , à moins qu'ils ne se figurent que la strveture droite et élevée de l'homme ne swt pas un attribut particulier que Dieu lui ait donné. Ce n'est pas en vain que Dieu a voulu que nous eussions toujours la tète élevée vers le eiel. De tous les animaux et de tous les oiseaui, H n'y en a pr^que pomt qui puisse voir le ciel ; mais cette faculté a été accord^ à l'homme, afin qu'il puisse y chercher son Créateur et son maître qui y foit son séjour; et, ne pouvant pas le voir ftMre à foce, le contempler au moins en esprit et l'adorer avec ardeur, c'est certainemsBt es que ne peut pas faire celui qui s'amuse à sdorer de l'airain ou de la pierre, tovtes cboiss tcrrestfss ; il est même déraisonnable d9 penser que la structure du corps de l'homme étant droits et élevée, bien qu'il ne soit que terrestre et temporel, son âme, qui est (éternelle i soit bomble et s'abaisse aux choses terrestres ; car la figura et la structure de l'homme signifient tout simplement que l'homme doit avoir toutes les pensées tournées du même .^té et au même endroit que le visage, et que <on esprit doit être aussi droit que son corps , le peur qu'il ne ressemble à tons les autres anim^ nx sur lesquels tl doit dominer. Mais nous voyons aucootraire que les homaseii, oubliant et leur prééminence et leur raison , détournent les yeux du del et ne les ont attachés qu'à la terre ; ils craignent même des dieux qui ne sont l'ouvrage que de leurs mains, comme si quelqu'un pouTSit être plus grand que sonctda^ teur.

II. N'y a-tMl pas bien de la folie, et ii'est*es pas une erreur bien grande à l'homme, de forw mer de ses mains des dieux qu'il doit craindre quand ils sont faits , ou de craindre lui - même ces mêmes dieux quand il les a formés ?« Mais es ne sont pas, me dira*tH>n , ces mêmes dieux qui ont été fonnés p^r l'homme que nouseraignona, ce sont ceux à l'image et à la représentation desqnels ils ont été faits et auxquels ils ont éM

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nosacrés. « Ainsi donc y vous craignez cenx qne nous croyons être dans le ciel ; et cela ne peut être autrement s*ils sont véritablement dieux. Pourquoi, dans cette pensée, n'élevez-vous pas toi^ours les yeux vers le ciel et faites-vous en secret des sacrifices à vos dieux quand vous voulez les invoquer? Pourquoi vous adressezvous à des murailles, h du bois, et surtout à des pierres, seuls objets que vous voyez dans vos temples, où vous croyez que vos dieux résident? Ces temples, ces autels, et enfin ces simulacres de vos dieux , sont-ce autre chose que des représentations de personnes mortes ou absentes? L'idée que tes hommes ont eue, en imaginant de fiiire et de fabriquer de pareils simulacres, n'a été que de perpétuer la mémoire de ceux qui sont morts ou de ceux dont ils ont été obligés de se séparer et qui sont absents. Dans laquelle de ces deux classes mettrons-nous donc vos dieux? Si nous les mettons danscelle des morts, quelqu'un peut-il être assez insensé pour les adorer? Si nous les mettons dans celle des abaens, on ne doit point non plus les adorer, puisqu'ils ne voient point ce que vous faites et n'entendent point les vœux et les prières que vous leur adressez. Si , au contraire, ces dieux ne peuvent être absens d'aucun endroit , parce qu'étant dieux ils sont répandus dans toutes les parties du monde, qu'ils voient tout et quils entendent tout, les simulacres que les hommes font pour les représenter sont fort inutiles puisqu'ils sont présens partout, et qu'il suffit dese pouvoir faire entendre par ceux qu*on invoqucMais ils ne sont là présens que par rapportàleurs figures qui y sont,et comme autrefois les peuples croyaient que les Ames des morts erraient autour de leurs tombeaux et des restes de leurs corps. Cependant, après que leur dieu a exaucé leurs vcnix et leurs prières, leur simulacre est inutile ; car je demande si quelqu'un oontemplait souvent le portrait d'un homme qui serait dans un pays fort éloigné, dans l'idée de se consoler de son absence, cet houune seraitil bien sensé si son aiAi, étant revenu de ces pays lointains, et étant avec lui. Il continuait de contempler toujours son portrait, et avait plus de plaisir à le regarder qu'à regarder son ami? Sans doute cela serait ridicule, car le portrait d'une personne ne peut foire plaisir à voir que quand elle est abaenle; mais sit^ qu'elle est

présente, il semble qu'il devient inatile. Or Dieu, dont l'esprit est toujours répandu pariout ne peut être absent d'aucun endroit; par coq. séquent, il est inutile d'en avoir le simulacre oo la figure. «Mais il est à craindre, me dira-t-oo, que toute leur religion ne devienne yaioe ei inutile s'ils n'ont point un objet présent qulleor rappelle l'idée de celui qu'ils adorent; et c'est ce qui les a engagés à foire des simulacres et des représentations qui ressemUentà desmorts, ! parce qu'elles sont véritablement la Rpréseou- i tion de gens qui sont morts, n'ayant plus ao- | cune sensation, au lieu que le simulacre d'ao Dieu vivant et étemel doit être vivant et seostble. Si c'est la propre ressemblance qui leur a foit donner leurs noms , comment peut-oase figurer et croire que ces idoles ou simulacres ressemblent au dieu qu'ils représentent, po»qu'ils sont insensibles et ne sont capables d'aucun mouvement ? Ainsi donc le simulacre du yrai Dieu n'est point celui qui est fiiit par nuio d'homme avec une pierre, de l'airain ou quelqae autre matière; mais ce doit être l'homme loimême, parce qu'il a le don de sentir et de se mouvoir lui-même, et qu'il est capable de toote sorte d'actions. Mais ces adorateurs des bui dieux ne font pas attention que , quand même ces idoles qu'ils adorent auraient du senttmeot et pourraient avoir quelque mouveme^t,ODd^ vrait bien plutôt adorer ceux qui les auraient foits et y auraient mis la dernière main, puisqae, sans leur travail, ce ne serait encore quW masse informe, une pierre brute, ou queiqoe autre matière qui n'aurait aucune figure. Aios l'homme doit être regardé comme leur créatcnr, car ils n'ont pris leur naissance , leur forme, leor figure, leur beauté et leur perfection que da travail et de l'adresse de leurs mains. Aio» il fout convenir que celui qui a foit cette idole qoi devient si vénérable, doit être plusconsidéréqoe l'idole même qui ne serait rien sans lui. Cependant personne ne considère ni ne craint cet habile ouvrier, et il craint et vénère lui-mèise son ouvrage, comme si la statue qui sort de la main de l'ouvrier avait plus de pouvoir et de crédit que l'ouvrier lui-même. Ccst ce qui a si Men foit dire à Sénèque dans ses livres de morale : «Les simulacres des dieux sont révérés; on fléchit le genou devant eux, on ki adore , on est en prières et en méditationsdes

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE II

jours entiers devant ces figures, on leur ofFre et présente de Fargent, on leur immole des vio limes; mais pour peu que ceux qui leur rendent un pareil culte y veuillent faire attention , fls méprisent les ouvriers qui les ont ftiits.» Y at-il rien , je vous prie, de si opposé et de si contradictoire que d'adorer la statue et de mépriser Touvrier qui Fa faite, et de ne vouloir pas seulement admettre à la table celui qui a lait les dieux que nous adorons? Quelle fbrceet quelle puissance peuvent avoir ces dieux , puisque celui qui les a Faits n*ena aucune, n'ayant pas pu lui-même leur communiquer seulement les facultés qull avait , qui étaient de voir, d'entendre, de parler, de se mouvoir Peut-il donc y avoir quelqu'un d^assez insensé pour croire qu'il peut y avoir quelque chose de respectable dans le simulacre d'un dieu , dans lequel on ne trouve tout au plus que l'ombre et la ressemblance d'un homme? Cependant personne ne fait ces réflexions, et tout le monde demeure dans son erreur et dans sa prévention , étant comme enivré de son erreur et de sa fDlie. Ainsi nous voyons que des hommes qui ont du sentiment adorent des dieux insensibles; que des hommes qui sont raisonnables en adorent qui n'ont aucune raison; que des hommes qui vi« vent et qui respirent adorent des dieux sans vie^ sans force, et sans puissance ; et que des hommes qui tirent leur origine du ciel adorent des choses terrestres. Oh ! qu avec raison nous devrions nous écrier avec Perse, de manière que tout le monde puisse nous entendre :

Fsnninoi les bommet rampent-ilt taoienn Mrr te tcrre^ et ponniDoi s'éioigiienl-ito si fort da cieL

Mais élevons plutôt nos yeux vers le ciel , ce grand ouvrier et auteur de toutediose, doit nous y exciter et nous y porter. Il nous a donné un visage et unregardélevé,etvouslefixez seulement sur la terre; il vous a donné un esprit supérieur et capable de s'élever jusqu^aux choses divines, et vous ne pensez qu'à des choses abjectes et terresires , comme si vous étiez fSk:hé de n'être pas nés comme les bêtes brutes. Un homme , qui est né pour le ciel , ne devrait point s'égaler et se comparer à tout ce qui est terrestre et abject : et pourquoi, vous privant vous-mêmes de tous les biens et de tous les avantages célestes, vous attachez-vous volontairement aux biens terrestres ? LHiomme vit malheureux sur la terrequand

il cherche ici-bas ce qu^il ne peut trouver que dans le ciel; car tous les dieux que les hommes font, de quelque manière qnlls soientoomposés» sont-ils autre chose que de la terre? Ainsi, pour% quoi vous soumettez-vous à deschoses purement terrestres? Pourquoi élevez-vous des choses ter* restres au-dessus de vous? Car, quand vous vous soumettez à des choses terrestres, et que voua vous humiliez à ce point , vous vous condamnei vous-mtaies i la mort, et vous courez le grand chemin des enfers , parce qu'il n^y a rleb au* dessous et plus abject que la terre, excepte U mort et les enfers; et si vous voulez les éviter, il faut m^ser tout ce qui est terrestre , et n^ point laisser assujettir votre corps, afin que vous soyez toigours en état d'élever vos yeux et votre esprit vers celui dont vous tenez l'être. Quand je dis qu'il faut mépriser tout ce qui est terrestre , je n'entends dire autre chose que de ne point adorer les faux dieux , parce qu'ils ne sont Faits que de terre, tout comme de ne point s'attacher aux richesses, de mépriser toutes les voluptés du corps, parce que les richesses et notre corps même, qui sert de prison à notre àme^ ne sont que des choses terrestres. Adorez le vrai Dieu si vous voulez vivre ; car il faut nécessai^ rement que celui qui se consacre lui-même aussi bien que son âme à des morts, meure lui-même. UI. Mais que sert au peuple et à des geof • ignorans de les prêcher ainsi , puisque noui voyons des gens très-sages et três-savans qm\ quoiqu'ils connaissent à merveille la fausseté da ces religions, néanmoins ne laissent pas de persister dans leur erreur et de continuer d'adorer des dieux qu'ils méprisent Gcéron sentait fort bien que tous les dîeux que les Romains adoraient dans leurs temples étaient de faux dieux ; car après avoir dit plusieurs choses qui tendaient à faire voir l'illusion de leur religion et à la détruire, il dit ensuite : «Il ne faut cependant pas disputer sur cette matièredevant le peuple^ de peur que de pareilles disputes ne ruinent totalement une religion qui deviendrait suspecte.» Que peut - on faire à un homme qui s'égare vo« lontairement , et qui s'arrache les yeux pour que les autres deviennent aveugles? qui ne rend service ni aux autres , qu'il laisse dans Terreur, ni à lui-même, qui suit les erreurs des autres, qui ne se sert point de ses lumières et ne fait pas le bien qu il connaît, et qui s'embanasse luî-

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même dam le 8iet d*où il devait retirer le peuple P Employez , A Gioéron , ie$ talens que vous avez reçus du ciel pour inspirer quelque senliment de sagesse à vos ooncitoyens , c'est un sujet qui mérite que vous déployiez toute la force de votre éloquence, il ne Faut pas appréhender que les paroles vous manquent quand vous défendrez ainsi une sil)onne cause, puisque vous en avez souvent trouvé une merveilleuse abondance pour défendre les plus mauvaises. Mais tous feites difficulté d'entreprendre la défense de la vérité , parce que vous appréhendez d'être mis en prison comme Socrate; Tamour de la sagesse devait vous donner du mépris de la mort, et II valait mieux la soufFrir pour avoir feit des discours utiles à tout le monde que pour avoir feit de violentes invectives. Quelque gloire que vos Philippiques vous aient acquise , ce vous en aurait été une incomparablement plus grande d^avoir détrompé les esprits. Mais quand nous pardonnerions à la crainte qui vous empêche de déclarer la vérité, et qui est pourtant indigne d*iin homme qui fiait profession de Tétude de la sagesse , pourquoi demeurez-vous attaché à la même superstition que le vulgaire? Pourquoi adorez-vous des idoles que les mains des hommes ont faites avec de l'argile P Vous savez qu'il nY a que de la vanité et de Fimpiété dans le coite qu'on leur rend , et vous le leur rendez comme les plusignorans et les plus insensés. De quoi vous sert d'avoir connu la vérité , puisque vous n'avez le courage ni de la suivre ni de la défendre? Que si des hommes savans, et qui ont eu assez de lumières pour découvrir Terreur, se plaisent néanmoins à la suivre, faut-il s'étonner que les ignorans s'y plaisent encore davantage? Us aiment naturellement les spectacles, la pompe et la magnificence, les figures et les ornemens, mais ils ne sauraient pénétrer dans la nature des choses, ni reconnaître qu'il ne faut rien adorer de ce que Ton peut voir par les yeux du corps , parce que l'on ne peut rien voir de la aorte qui ne soit corruptible et périssable. Il ne fiaut pas s'étonner qu'ils ne voient pas Dieu, puisqu'ils ne voient pas même l'homme qu'ils croient voir. Ge que Ton voit de Thomme n'est qu'un vase qui le renferme; il faut juger de lui, 0on parla figure de ce vase, mais par ses actions et ses mœurs. Ceux qui adorent les idoles ne sont que des corps et non pas des boounes ,

parce qu'ils ne voient rien par les yeux de I esprit, qui sont les véritables yeux de l'homme, et qui sont beaucoup plus subtils et plus perçaas que ceux du corps. Un poëte, qui était aussi excellent philosophe, reprend fortement la lâcheté avec laquelle les hommes s'abaissent jusqu'à adorer des natures terrestres :

Un'yarleD, dit-U,qnialMiueiifort le coarage ni fi le rende $i rampant , $'il est pennif de parier ainsi, que U MpertUtlOQ et une tropftMie appribensîoa de la pQimiittdei

Quand il parlait de la sorte, il avait une aatre pensée que celle que ses paroles expriment, savoir, qu'il ne faut rendre aucun culte aux dieux parce qu'ils ue prennent aucun soin de dos affaires. Il avoue franchement en unaulre endroit que tous les devoirs de la religion sont entièrement inutiles, quand il déclare ouvertement

Que la piété ne oonsiste pat à tooroer plosiears foii aoloar d*uDe pierre, A se proaiemer contre terre, à s*approcfaer dei autels, à Icrer les mains aa ciel , à faire de knguci priera et à immoler des victimes.

Que si ces devoirs ne servent de rien,làtttil qu'un esprit aussi élevé que celui de Tbomme s'abaisse à les rendre et qu'il rampe sur la terre, au lieu d'être toujours par la pensée dans le ciel ? Les plus éclairés ont combattu la religion des païens parce qu'ils en avaient examiné la fausseté, mais ils n'ont pas établlla véritéde la nôtre, parce qu'ils neles connaissaient pas. L'impuissance où ils ont été de découvrir la véritable religion, a été cause qu'ils n'en ont point du tout, et qu'ils ont été plus crimineb que ceux qui en ont une feusse; car, bien que ceux qui avaient des idoles se trompent, parce gu'ils prennent des choses terrestres et oorniptibles pour les choses célestes et étemelles, ils sont pourtant excusables et même louables, en ce qu'ils ont dessein de s'acquitter du principal devoir de l'homme, bien qu'ils ne s'en acquittent pas de la manière qu'ils le doivent. La religion met la seule, ou au moins la principale différence qu'il y ait entre les hommes et les anlmaui Plus ceux dont je parie ont élésages et éclairés, quand ils ont reconnu que la religion des paleus est fausse , plus ils ont été insensés et aveugles quand ils se sont persuadés qu'il n'y en a point de véritable. Gomme il est plus aisé déjuger de ce qui regarde les autres que de oe qui nous regank nous*même, ils ont vu le précipice où

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tolpBilfiiiMHit tombéset n'en ont pas vu un aatre qai était à leurs pieds. Il y a de côté et diantre uae extrême folie, bien qu'il y ait aussi quelques traces de sagesse. Il est difRcile de direqueb soot les plus insensés, ou ceux qui admettait la finisse religion, ou ceux qui n'en admettent aneune. Oq peut pourtant pardonner, comme je l*éi déjà dit, i ceux qui ne sont pas flairés, et qui ibnt un aveu sincère de hnlir pea de science, mais on ne saurait pardonner à oeux qui, Msatit pH>fè8% sioo d'être sages et liaUIea^ tombent dans la dernière de toutes les extrivaganm. Je nVii pas si peu d*éqttitéqua de prétendre qu'ils devaient deviner et trouver la vérité d'eux - mêmes. J'avoue que eela ne leur était pas possible. Mais il leur était posublede découvrir par la lumière de la raison qu'il y a nne religion , de réAiterlea Aiua^es, et j'avoue franchement que la véritable ne leur était pas eonnoe. Il y a une objectioq qui ftit «ne fci^e impression sur Tesprit dn quelqnea*nns, c'est que s'il y avnt nne véritable religion, eUe ne manquerait pas de parétUw , et de dissiper par son édat tontes les antres. Que ceux dont Je parle n'aient pu comprendre corniWQt la véritable religion demeurait opprimée, €*eii en effet m mystère impâiétrable à Tesprit humalB^CrM iéi le principal point de notre sujet. Les igdorans prennent nne fensse religion pour la véritable, parce Qu'ils ne connaissent ni l'une ni l'autre. D'autrespluséidairés demeurent dans une ftiussè religion, paroe qu'ils ne connaissent pas la véritable, et qu'ils ont peur de n'en avoir aucune, ou bien ils n'en ont aucune de peurd'en avoir une fausse; ce qui est k plus grande de toules les errenra, et qui Mt mener à l'homme vue vie semblable i œlle des bêtes. Pour reeonnattrelafiiussetéd'tlne religion, il ne fout qu'une sa||«sss bttinaine et ordinaire. L'homme ne saurait ponrtant alM plils avant, et c'est pour cela que plusieurs philosophes ont nié absolument toutes les riions; maispoordéeoavrir la véritat>ie ; il hûi être éclairé d'une sagesse divine, que rhomme ne saurait avoirs! Dieu ne la lui donne. Voilà comment les philosophes ont découvert, par la lumière de la raison, la fausseté des religions païennes et n'ont pn découvrir la vérité delà Uûtre. Cette parole deCacêrottèstconnuede tout le monde : • Plût à Dieu qn'il ma fht ànsèl aisé de connaître la vérité que de réhiter l'errettr Is Cette oonnaisaanee est aa-dessas de la i

natnre ; mais Dieu nous raccorde par sa grâce. Nous tâcherons de la communiquer aux autres dans les quatre derniers livres de cet ouvrage. Mais cependantcontinuons de réfuter la fausseté du paganisme.

IV. Que peuvent avoir de divin des images qui ont été imites par un homme de qui il dépendait, ou de ne les point &ire du tout^ ou de les Aire autrement qu'elles ne sont? Voilà pourquoi Priape parie ainsi dans Horace :

Je n'était wlrefoii qa*nn |ro«o d« aiil|H-,k«|s ^

lon(ia*itik ouTiier, ioœrUin t^il ferait de moi aoe etcabelleM m Frtape» at>M Sdeut qiie Je drrlniie un dieu. Je mie donc on dle« |Mir MtQ raiaon, l'eAral dit volewt et det

Qui ne sera pas en SAreté ayant un gardien si vigilant et si redoutable 9 Les voleurs seront peut* être asseï timides poatr appréhoiderla présence de Priape, bien que les oiseaux que IVm croit mis en fuite par sa flux , s^ârrêtent souvent sur les images des dieux, font leur nid dans Tintérieur^ et les souillent de leurs ordures. Horace è^est moqué comme un poète satirique de la vifh nité des bmnmes. Mais cependant ceux qui adorent les images agisêent sérieusement. Un poète fort eélèbra, et d'ailleurs fort sensé, Virgile s'est trompéconme le plus fiiible de tous les hommes, quand dans ces Hvt^ quMl a corrigés avec tant de soin il a ordcmné ce qui suit :

Prkt Priape» afin qa'aTec la mux il cbane leioiManzqpii IKnmlHitmani^vôiffrtiiit, et époorante letTOleiin qui IKNUTfaieat Tem Sûre tort

Les hommes adorent donc des ouvrages périsâablesdela main des hommes,des ouvrages que l'on peut rompre et brûler. Us sont souvent brisés par la chute de ta couverture des temples qui tombent en mines; ils sont réduits en cendres par le feu, ou ils sont quelquefois enlevés par les voleurs, si ce n'est que la pesanteur de leur massé ou la vigilance des gardes les garantisse de cet outrage. Quelle folie de craindre des images pour lesquelles on craint, on qu'elles ne soient brisées par la chute d'un bâtiment, ou consumées par le feu , ou enlevées par les voleurs ! Quelle extravagance d'attendre protection de ces images qui ne se sauraient sauver elles-r mêmes ! Quel désordre d^avdr recours â des figures que l'on outrage impunément, si ceux qui les adorent ne prennent le soin de les venger ! Ot se trouve donc la vérité de la religion? file

LACTANCE

se trouve o& la religion ne peut scmffrir de violeoce, où Timpiété ne saurait commettre de sacrilège. Tout ce qui peut être ou vu ou touché est fragile, et partant ne saurait être Totû^t de notre culte. C'est donc en Tain que Ton fait des dieux d'ivoire, et qu'on les enrichit avec de Tor et des perles, comme s^ils pouvaient prendre quelque plaisir à ces ornemens. De quoi ces parures peuvent-elles servir à des images qui n'ont point de sentiment? Les honneurs que Ton rend . aux dieut sont semblables aux devoirs que Ton rend aux morts. On embaume les corps et on leur met de riches habits , avant de les enfermer dans les tombeaux. On pare de même les dieux qui n'ont aucun sentiment de ce que Ton prétend figuré pour les honorer. Perse ne trouvait pas bon que Ton mit des vases d'or dans les temples, et il fiait voir qu'il est inutile d'employer, dans Texercice de la religion, un métal qui est plus propre àexciter Tavaricequ'à entretenir la piété. Les présens qu'il veut que l'on offre à Dieu sont:

Un esprit rempli des aaninieiit de l'équité et de la Jottioe , et un ooear brûlint de l'amoiir de l*lioaiiéleté et de ii nrtn.

Il n'y a rien de plus raisonnable que ce sentiment; mais ce quil ajoute est ridicule, quand il dit que l'or tient le même rang, dans les temples

Qne les poupées qne les fflleidooneat à Véous, et qoeeette déeise méprise à caoïe de leur peUtesse.

11 ne songeait pas que les figures et les images des dieux faites d'or et d'ivoire par la main des Praxitèle, d'Euphranor ou de Phidias, ne sont autre chose que de grandes poupées consacrées, non en jouant parde jeunes filles à qui ce divertissement serait pardonnable, mais sérieusement par des hommes avancés en âge. Sénèque a raison de se moquer de la folie des vieillards , quand il dit : « Nous ne sommes pas deux fois enéans, comme on le dit communément, mais nous le sommes toujours. Toute la différence qu'il y a entre eux et nous, c'est que nous jouons plus grand jeu. » Quand les hommes ont paré les images, qui ne sont que de grandes poupées, ils leur offrent de l'encens, des parfums et des odeurs, et ils leur sacrifient de grasses victimes. Ces images ont une bouche, mais elle ne s*en peuvent servir pour manger. On leur présente des voiles et des habits dont elles n*ont aneun besoin. On leur donne de l'or et de l'argent, qu'elles ne possèdent non plus que ceux qui ne l'ont plus quand ils le leur ont donné*

Quand Denys, tyran de Sicile, eut remporté oae victoire qui le rendait maître de la Grèce, il cm raison de mépriser et de dépouiller les dieux, et d'ajouter la raillerie au sacrilège. Il fit eol^ ver à Jupiter Olympien un manteau d'or, et U en fit donner un de laine , en disant que le man teau dV était trop pesant en été, et trop froid en hiver, au lieu que celui de laine était ploi propre en l'une et en l'autre des saisons. Il ^ta la barbe d'or k Esculape, et dit qu'il était contre la bienséance qu'il eût une grande barbe, puisque Apollon son père n'en avait point. Il prit aussi des coupes et d'autres petits présens qui étaient aux mains des images, et dit que c'était les recevoir d'elles et non pas les lear ôter, ajoutant qu'il y avait de la folie ou même de l'ingratitude à ne pas recevoir des mains des dieux ce qu'ils nous offrent, puisque nous leur demandons tous les jours des grâces. Il en usa de Ij sorte, parce qu'il avait entre les mams la soove raine puissance, et que la victoire secondait ses entreprises. Le bonheur ne cessa point pour ceh de le suivre. Il vécut jusqu'à une extrême vidllesse, et laissa son royaume à son fils. Puisque les hommes n'étaient pas assez forts pour punir ces sacrilèges , les dieux ne devaient-ils pas eo" treprendre de le faire ? Si un homme de basse condition les avait commis, on aurait eu tout prêts, les fouets, le feu, les dievalets, les potences, et les autres instrumens de la colère et de la vengeance. Mais ceux qui punissent de h sorte les sacrilèges se défient du pouvoir de leurs dieux. Car s*ils sont persuadés quHs ont quelque pouvoir, ik leur doivent laisser te soin de venger leurs propres ii^ures. Ils croient que c'est par leur permission ou par leur ordre, que les coupables sont découverts et arrêtés; quaoâ ils les ont entre les mains, ils les châtient moim par colère, que par crainte d'être châtiés en leur place, rf est-ce pas une extravagance insupportable , d'appréhender que les dieux, qui n*ont pi faire de mal à ceux qui les ont dépouillés, ae fassent soufFî*ir à des innocens la peine de ces sacrilèges? On dira peut-être qu'ils ont qudqotfoispuni les coupables; s'ils les ont quelqucÀ» punis, ce n^a été que par hasard, puisqu'ils ne les ont pas toujours punis. Je ferai voir dans h suite de quelle manière cela est arrivé. Je d^ mande cependant pourquoi les dieux n*ont pa réprimé nue insolence aussi manifeste et mm

INSTITUTIONS DIVINES.- LIVRE II

publique qnecelle avec laquelle Denys le Tyran les avait joués? Pourquoi ne cbassaient-ils pas de leurs temples ce fisimeux sacrilège, et pourquoi ne lui défendaient-ils pas de regarder leurs images et d*assister à leurs cérémonies? Pourquoi permettaient-ils qu'il eût une navigation heureuse, et qu'il dit, en raillant , selon sa coutume , ceux de sa suite qui appréhendaient le naufrage : a Vous voyez combien les dieux sont propices k ceux-mèmes qui violent la sainteté de leurs temples.» G^est qui! avait peutêtre appris de Pluton que les dieux ne sont rien. Que dirons>nous de Verres que Gicéron compare à Denys, à Phalaris et aux autres tyrans? Quand il pilla la Sicile, n'enleva-t-il pas tous les orne* mens des temples et toutes les images des dieux? Je n'ai pas assez de loisir pour m'arrëter h toutes les circonstances ; je n'en marquerai qu'une seule sur laquelle ce fameux accusateur déploya toute 8on éloquence, je parle de la profonation des mystères de Gérés de Gatane ou d'Enna : l'une était honorée avec un si profond respect qu'il n'était pas permis aux hommes d'entrer dans son temple ; le culte de l'autre était si ancien que toutes les histoires font foi qu'elle inventa la première, dans le territoire d'Enna , où sa fille fut enlevée. Fart de semer les grains. Enfin, lorsque la tranquillité publique fut troublée par les séditions des Gracques, on trouva dans les livres des sibylles et on reconnut même par les prodiges qui parurent, qu'il fallait apaiser Fancienne Gérts, et on envoya à cet effet des ambassadeurs à Enna. Gérés, soit que ce f&t la plus mystérieuse, qtt*il n'était pas permis aux hommes de voir, non pas même à dessein de lui rendre leurs respects, ou bien que ce fût la plusancienne, que le sénat et le peuple apaisèrent par des sacrifices, cette Gérés, dis-je, fut enlevée impunément de l'endroit le plus secret et le plus saint de son temple, par des voleurs auxquels Verres avait donné cet ordre. Quand le même orateur exprime la manière dont les babitans de Sicile l'avaient prié d*entreprendre leur défense; il témoigne c qu'ils n'avaient plus de dieux dont ils pussent implorer la protection, comme si Verres eût chassé les dieux du ciel, en 6tant leurs images des temples.» Il paraît par là que les dieux ne sont autre chose que la matière dont leurs images sont formées. Les Siciliens eurent raison d'avoir recouca i vous, Qcéron^ après avoir

reconnu pendant trois ans combien leurs 'dieux avaient peu de pouvoir. Ils auraient eu fort peu de sens s'ils les eussent priés de les défendre contre Verres, eux qui n'avaient pu lui témoigner aucun ressentiment des outrages qu'il leur avait faits. Mais Verres fot condamné pour ces sacrilèges. Ge ne furent donc pas les dieux qui le châtièrent ; ce fut Gicéron qui eut l'adresse de ruiner ou le pouvoir ou la faveur de ceux qui le protégeaient. On peut dire de plus que l'arrêt qui fut prononcé contre lui, fut moins une condamnation qu'une décharge. Les dieux lui accordèrent une aussi agréable tranquillité qu'ils avaient accordée à Denys le Tyran une navigation heureuse. Sa condamnation même, qui l'éloignades emplois, le garantit des dangers qui en enlevèrent beaucoup d'autres durant la fureur des guerres civiles. Il demeura seul debout pendant que d'autres tombaient de tous côtés, lui qui semblait être tombé seul pendant que les autres élaient demeurés debout. Enfin il jouit longtemps des richesses immenses qui étaient le fruit de ses sacrilèges, et les posséda jusqu'à une extrême vieillesse , et jusqu^à ce qu'il fut enlevé du monde par la proscription du même triumvirat,par laquelle Gicéron, ce fameux défenseur de la puissance outragée des dieux , fut aussi enlevé. Il eut le plaisir même d'apprendre, avant d'expirer, le genre cruel de mort qu^on avait iait souffrir à son accusateur, comme si les dieux eussent pris soin que ce profanateur de la sainteté de leurs temples, eût en mourant la consolation de se voir vengé des déclamaiions de Gicéron.

V. Gombien est-il plus juste et plus raisonnable de renoncer au culte de toutes les choses insensibles, et de tourner les yeux du côté où est le palais et le trône du véritable Dieu, qui a affermi la terre sur des fondemens inébranlables, qui a attaché les astres au firmament, qui a donné la lumière au soleil, afin qu'elle fût une image delà m^esté invisible, qui a répandu k mer autour de la terre , qui a donné aux fleuves un mouvement perpétuel:

Qui a éleoda lei campaipiM , cpii a éleré les moatagoM , qfû a abaiM< les Talléet , et qai a rerèto d'arbm lei forfili.

Cest un principe dont il ne but point chercher le commencement , parce qu'il n'en a point et qu'on ne le saurait trouver. L'homme se doit contenter de savoir qu'il y a un Dieu, de

LAGTANCE.

IllOQorer oomoie le père da genre bumaîa et éomme Taateur des merveilles de TuniTers. Quelques-uns ont été assez grossiers et assez stupides pour adorer les éiémehs, bien qu*ils aient élé créés et qu'ils soient privés de sentiment. Quand ils ont considéré le ciel avec les astres, la terre avec les plaines et les montagnes, la mer avec les rivières et les étangs , ils ont été surpris d'une si grande admiration, qu'ils ont oublié Fouvrier pour ne révérer que les ouvrages. Ils n'ont pu comprendre combien il est élevé audessus des choses qu'il a tirées du néant, qu'il lient soumises à ses ordres, et qu'il fait servir aux besoins et aux commodités de l'homme. Us se rendent sans doute coupables de la plus criminelle de toutes les ingratitudes, quand, au lieu de conserver la mémoire des bienfaits qu'ils ont reçus de la bonté de Dieu, ils prennent les créatures pour des dieux, et les préfèrent à lui. Mais faut-il s'étonner que des ignorans soient tombés dans cette erreur, puisque les stoïciens sont persuadés que les astres doivent être mis au rang des dieux ? Lucilius, philosophe stoïcien, en parle dans Gcéronen ces termes : « Je ne saurais concevoir que les étoiles aient un mouvement si juste et si égal, ni qu'elles règlent comme elles le font par leur cours la diversité des saisons dans la suite de tous les siècles, si elles n'avaient une âme, une intelligence et une raison. Que si elles en ont une, nons ne saurions refuser de les mettre au rang des dieux. » Il avait dit un peu auparavant: a Le mouvement des astres doit être volontaire ; ce qui étant, on ne saurait nier non-seulement sans i{];norance, mais encore sans impiété, qu'ils ne soient des dieux. »Nous le nions cependant très-fortement, et nous faisons voir très-dairementque vous autres, qui prétendez être philosophes, n'êtes non-seulement que des ignorans et des impies , mais encore que des aveugles et des insensés , et que vous allez au delà de la stu|Hdité des peuples : car vous communiquez indifKremment les honneurs divins à tous les astres, au lieu que le peuple ne les a déférés qu'à la lune et au soleil. Découvrez-nous donc le secret de la religion des étoiles , et nons enseignez la manière dont nous devons bâtir des temples et élever des autels à chacune; en quel jour nous les devons révérer, sous quel nom, avec quelles cérémonies, par quelle prière nous les devons célébret, ou sll est

plus i propos de les prier toutes m ( en général. L'argument diwt ib se serrent pour prouver que les étoiles sont des dieux, peut servir i prouver tout le coatraire* Cest une erreur de prendre l'égalité de leur mouvement et de leur cours, pour une preuve de leur divinité. Au contraire si elles étaient des dieux « leur mouvement dépendrait de leur volonté , et elles paraîtraient où il leur plairait dans le cid , comme les animaux vont où il leur plaît sur h terre. Le mouvement des astres n'est donc pas volontaire , mais nécessaire, paroe qu'ils suivent la loi qui leur est imposée. Mais ce philosophe ayant reconnu, par Tordre si réglé des saisons, que le cours des astres ne peut être nn effet du hasard, il a cru qu'il dépendait d'une volonté libre , comme si les astres ne pouvaient avoir un cours si juste et si réglé , sans avoir la connaissance de l'utilité des secours et des avantages qu'en tirent les créatures inftrieurea. Que la vérité est difficile et obscure à ceux qui l'ignorent, mais qu'elle est aisée et claire à ceux qui la connaissent!! Si le mouvement des astres,disent ces philosophes, ne dépend pas du hasard , il dépenddu libre arbitre.>Aucontraire, il est anssi chir qu'il ne dépend pas du libre arbitre, qu^il est clair qu'il ne dépend pas du hasard. Gomment donc se peut-il faire que leur cours soit si réglé? C'est que Dieu qui a créé l'univers, les a disposés de telle sorte , qu'en faisant le tour du del ils mesurent le temps et r^ent les saisons. Archimède a pu inventer une sphère de cuivre où il a mis un soleil et une lune, qui imitent la marche des astres eux-mêmes et qui représentent des jours ; il a pu marquer dans ce globe artificiel les changemens de la lune, rinégalité du cours des planètes ou des étoiles fixes, et Dieu n'aura pu faire le véritable modâe de ce globe ! Un stoïcien, voyant la sphère d'Archimède , aurait-il dit que ces figures du soleil , de la lune et des étoiles se remuaient par un effet de leur volonté ou par celui des madiines qu'on mathématicien avait inventées? Il y a une raison et une intelligence qui règle le cours des astres, mais c'est la raison et l'intelligence de Dien qti a créé toutes choses et qui les gouverne , et non pas ces astres mêmes. Si Dieu avait voulu que le soleil fût demeuré immobile, il y aurait eu un jour perpétuel dans les lieux qui avaient éré éclairés de sa lumière; si les autres astres étaienl

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE IL

Inmobiletf, il est certain aussi qu'ils n^anraient point reçu d'autre clarté que celle qu'ils répandent. Mais Dieu leur a imprimé un mouvement accompagné d'une si merveilleuse diversité, que non-seulement il fait succéder tour à tour le jour h la nuit , dont l'un est destiné au travail et l'autre au repos , mais qu'il partage aussi le froid et le chaud entre les saisons, avec la justesse qui est nécessaire pour produire les fruits et les grains et pour leur donner une juste maturité. L'ignorance où les philosophes ont été de la sagesse admirable avec laquelle la puissance divine a réglé le cours des astres, les a portés à croire que ces astres étaient comme les animaux qui ont eui-mèmes le mouvement. Il n'y a cependant personne qui ne reconnaisse que Dieu a placé les astres dans le ciel, et leur t assigné la route qu'ils tiennent, de peur que quand le soleil disparaît, la terre ne soit couverte d'une très-grande obscurité. Voilà pourquoi il a attaché au firmament une multitude si prodigieuse d'étoiles, dont la lumière dissipe une partie des ténèbres de la nuit. Ovide en a jugé plus sagement que ces hommes qui font profession de l'étude de la sagesse, quand, dans un petit livTe où il décrit les phénomènes, il assure que, quelque merveilleuse que soit ou la multitude ou la diversité des astres , il n'y en a aucun que Dieu n'ait placé dans le ciel , et qu'il n'ait destiné à répandre quelque lumière sur la terre et h diriger une partie de l'obscurité de la nuit. Que s'il n'est pas possible que les étoiles soient des dieux , il n'y a pas plus de raison d'y mettre le soleil ou la lune , puisqu'ils diffèrent des autres astres, non par l'intelligence, mais par la grandeur; et si ce ne sont pas des dieux, encore moins le ciel qui ne fait que les renfermer tous. \l. On peut dire de la même sorte que si la terre que nous foulons aux pieds, que nous remuons et que nous cultivons pour en tirer de quoi nous nourrir, n'est pas un Dieu , les plaines ni les montagnes ne sont pas des dieux : si l'eau dont les animaux se servent pour boire et pour se laver n'est pas un dieu, les sources d'où elle coule, les fontaines, les rivières, les fleuves et la mer même qui se grossit de ces fleuves ne doit pas passer pour un dieu. Que si ni le ciel, ni la | terre, ni la mer, qui sont les principales parties ! du monde, ne sont pas des dieux, le monde entier n'est pas un dieu «bien que les stoïciens lui

aient attribué la vie, la sagesse et la divinité! Ha s^aocordent néanmoins si peu en cela avec eux* mêmes, qu'ils renversent ce qu'ils avaient des» sein d'élever. Voici comment ils raisonnent : Il n'est pas possible que ce qui produit des êtres qui ont du sentiment, soit privé du sentiment; le monde produit l'homme qui a du sentiment; le monde en a donc aussi bien que l'homme. De plus, le tout dont une partie a du sentiment, a aussi du sentiment; le molide est nn tout dont l'homme qui en est une partie, a du sentin^ent ; le monde en a doncLes deux premières propositions de chaque syllogisme sont véritables; savoir, que ce qui produit un être qui a du sentiment doit avoir dusentiment,et qu'un tout dont une parties du sentiment en a aussi. Mais les deuxsuivans ne le sont pas ; car le monde ne produit point l'home» me, et l'homme n'est point unepartie du monde. L'homme a été créé par le même Dieu que le monde, et il n'est point une partie du monde, comme un membre est unepartieducorps.Lemondepeot être sans l'homme , comme une maison ou une ville peut exister sans l'homme. Une maison est le lieu et la demeure d'un homme. Une ville est le lieu et la demeure d*nn peuple, et le mondeest le lieu et la demeure du genre humain. Autre chose est le lieu où demeure une personne, et autre chose la personne qui demeure dans ce lieu. Mais pendant que ces philosophes sVAbrcent de prouver la fausse opinion dont ils se sont laissé prévenir : «que le monde a du sentiment et quelque chose de divin , > ils ne prévoient pas les conséquences que Ton peut tirer contre eux de leurs principes. Si l'homme est une partie dtt monde, et si le monde a du sentnnent parce qne l'homme en a, il sera donc sujet à la mort parce que l'homme y est sujet, et ne sera pas seule» ment sujet à la mort, mais encore aux maladies et aux autres infirmités humaines. Où peut èD«* core tirer cette conséquence contre eux : SI le monde est dieu, les parties qui le composent seront immortelles : l'homme sera ilfimortei et partant Dieu, puisqu'il est une partie dn monde, selon l'opinion de ces philosophes, l^ l'homme est dieu parce qu'il est une partie du monde , les animaux , les dseaux et les poissons seront aussi des dieux, parce quils sont des parties du même monde et qu'ils ont du sentiment. Gela est peut-être supportable, parce que tes Egyptiens adorent ces animaux. Mais Oi

LAGTANGE.

pooita dire par la même raimi que les souris, les pnees et les foormis sont des dieux, parce 4iu'elles ont du sentiment et qu'elles sont des parties du monde. Voilà comment les faux principes produisent toiijours dimpertinentes conséquences. Quel jugement ferons-nous de ce que les mêmes philosophes avancent : que le monde a été bâti comme un palais pour loger les dieux et les hommes?Si le monde a été bâti de la sorte, ce tfest pas un dieu, et non pas même un animal; car les animaux sont nés et n'ont pas été bâtis. Que s'il a été bâti comme une maison ou comme un vaisseau , il y a eu un dieu qui Ta b&ti , et ce dieu est autre que le monde même. Ce qu'ils disent : que les astres et les élémens sont des dieux, s'accorde-t-ii avec ce qu'ils disent que le monde est un dieu? Gomment peut-on faire un seul dieu de l'assemblage de plusieurs dieux ? Si les astres sont des dieux , le monde sera leur palais et ne sera pas un dieu. S le mondeaucontraire est un dieu , les astres et les élémens ne seront pas des dieux, mais seulement les memhrt$ etks parties de dieu; et on ne pourra pas les appeler proprement des dieux, comme on n'appelle pas proprement homme la partie du corps d'un bomme. De plus, quand on compare le monde à un animal, la comparaison n'est pas juste ; car l'animal a le sentiment répandu dans tous ses membres. A quoi donc peut-on comparer le monde pour faire la comparaison plus Juste? Les philosophes le disent eux-mêmes quand ils avouent qu'il a été bàli comme un palais pour loger les dieux et les hommes. Puisqu'il a été bâti comme un palais, il n'est pas dieu, ni les élémens qui les composent ne sont pas des dieux. Un palais, ni ce qui entre dans la construction d'un palais, ne peut avoir aucun droit de disposer de soi. L'opinion de ces philosophes est donc détruite par leurs propres parolesaussi bien que par la vérité. Car le monde qui n'a point de sentiment dépend de Dieu qui l'a fait pour son usage, comme une maison dépend de l'homme qui l'a bâtie ou qui l'habite.

VU. Les païens tombent dans deux extravagances'.l'une est qu'ils préfèrent àDieu les élémens, qui ne sont que les ouvrages de Dieu; l'autre qu'ib donnent àcesélémens unefbrme humaine. Car, au lieu d'adorer simplement le soleil et la lune, on bien le feu, la terre et la mer qu'ils appellent Yulcain, Vesta, Neptune, ils leur donnent

une figure d'hommes. Ils prennent un si grand plaisir â regarder les images et les portraits, qu'ils semblent mépriser la vérité et les origi! naux. Ils ne veulent voir que de l'ivoire , de For et des perles. Ussont tellement éblouis de Tédat de ces riches matières, qu'ils croient que si» elles il n'y a point de piété. Ainsi, ils adorent h cupidité et l'avarice sous prétexte d'adorer la dieux. Ils se persuadent que les dieux aimentoe qu'ils aiment eux-mêmes, ce pourquoi ils coomettentdes vols, des brigandages et deshomici* des, et se font des guerres cruelles qai troublent la tranquillité publique; voilà pourquoi ilsconsacrent à leurs dieux une partie du butin et des dépouilles qu'ils ont remportés. D faut que ces dieux-là soient bien faibles , s'ils désirent des choses si misérables. Groyons-nuus qu'ils soient dans le ciel s'ils souhaitent les biens de la terre, qu'ils soient heureux s'ils ont besoin de nos présens, et qu'ils soient incorruptibles s'ils jouissent des plaisirs que nous ne saurions rechercher que par une cupidité blâmable? Les païens voot donc dans les temples non par piété, parcequ il n'y en peut avoir dans des biens on acquis par de mauvais moyens, ou sujets à la corruption, mais par la curiosité de voir de l'ivoire etda marbre bien travaillés, enrichis d'ornemens magnifiques, des vases d'or et des perles précieuses. Ils s'imaginent que plus les temples et les images sont bien parés, plus ils méritent de respect. Ainsi, toute leur religion se borne à adorer ce que leur cupidité admire. Voilà les religions qu'ils prétendent avoir reçues de leurs ancêtres, et qu'ils soutiennent avec une opiuiàtreté invincible. Us n'en examinent point la vérité. Us se contentent de savoir qu'elles sont anciennes, et l'antiquité a une autorité si absolue sur leurs esprits, qu'ils croiraient que ce serait un crime de douter de ce qu'elle a une fois approuvé. Us reçoivent comme une vérité généralement reconnue tout ce qne le temps autorise. Cest pour cela que Gicéron fait parler Gottai Lucilius en ces termes : « Vous voyez, mon dur Balbus, quel est letsentiment du pontife Gotia. Je vous supplie de me déclarer maintenant le vôtre : car un philosophe comme vous doit reo* dre raison de la religion, au lieu quela raison même nous oblige de croire ce que les anciens nous enseignent, bien qu'ils n'en rendent aucune rai* son. > Si vous croyezce que lesanciens cnscigoeat,

INSTITUTIONS DIVIiNES. — LIVRE II.

pourquoi demandez- vous à un philosophe une raison qui détruira peut-être votre croyance? Si vous demandez une raison et que vous souhaitiez de la connaître pour la suivre, c'est que vous ne croyez pas cequeles anciens vous enseignent. Supposons que la raison vous fiisse voir que la reUgion des dieux est fausse ; que ferez - vous en ce cas-là ? Suivrez-vous les anciens ou la raison? Si vous préKrez la raison, et que vous teniez qu'il n'y a de bon chemin que celui qu'elle montre , vous renoncerez à Tautorité de vos ancêtres. Que si la piété vous porte au contraire à écouter leur voix, il faut que vous reconnaissiez qu'ils avaient perdu le sens , quand ils ont suivi des religions contraires à la raison, et que vous n'êtes pas vous -^ même raisonnable quand vous aurez des dieux de la fausseté desquels vous êtes convaincus. Néanmoins^ comme on nous oppose perpétuellement les anciens , examinons un peu quels smit ces anciens à l'autorité desquels il n'est pas permis desespustraire. Quand Romulus eut résolu de fonder une ville , il assembla une troupe de pasteurs parmi lesquels il avait étéélevé ; mais parce qu'ils n'étaient pas en assez grand nombre pour la remplir, il en fit un lieu d'asile, où tout ce qu'il y avait de scélérats à l'entour se rendirent en foule. Ce furent là les premiers babitans de la ville,parmi lesquels il en choisit cent des plus âgés qu'il appela pères et séncUeurs, et sans l'avis desquels il ne voulait rien entreprendre. Properce parle de cette assemblée en ces termes;

Le léiut qui posaMe onaintcmint une anlortté û atuoloe et •i redoafaMe , ne toi compoié au eommenoemeot que d'une troupe de pjy tau Tètos de peant. lit l'asiemblaient ordinairement an «on d'un oor , et n'araient point d'antre liea de rfonion qa'nne prairie émailiée de fleur».

Voilà les vénérables vieillards au jugement desquels les plus éclairés et les plus sages se doivent soumettre, et dont toute la postérité doit recevoir les arrêts comme des oracles infaillibles. Ge sont pourtant les mêmes auxquels Numa imposa des lois et auxquels il fit accroire que les mystères qu'il enseignait étaient véritables et qu'il les avait appris d'une déesse. Leur autorité doit être sans doute fort grande après leur mort, puisque leur mérite a été si considérable durant leur vie, qu'il ne s'en trouve personne qui n'ait refusé leur alliance.

VIII. Chacun doit se fier à soi-même dans la plus Importante affaire de sa vie, et se servir de

ses sens et de sonesprit pour chercher la vérité, plutôt que de se laisser tromper en suivant les erreurs des autres. Dieu adonné à chaque homme une portion de lumière et de sagesse par laquelle il peut apprendre ce qu'il ignope et examinerce qu'on lui propose. Ceux qui nous ont précédés dans l'ordre du temps, ne nous ont pas pour cela surpassés en prudence. Les hommes de tous les temps en ont leur part, et les anciens n'en ont pas été si avantageusement partagés qu'il n'en soit point resté pour ceux qui lesont suivis. Elle estincorruptibIeetinaltérable,commelalumière. Elle éclaire Tesprit, comme le soleil éclaire le corps. Tous les hommes cherchent naturellement la vérité. Ceux qui approuvent le sentiment des anciens sans l'examiner, se privent eux-mêmes de l'avantage de leur raison et se laissent conduire comme des bêtes. Cest le nom d'antiquité, d'anciens qui leur impose, et qui leur persuade que les pères ont été phis habiles que leurs descendans. Mais qui empêche que, suivant leur exemple, nous ne découvrions la vérité à ceux qui viendront après nous, comme ils ont enseigné Terreur à ceux qui sont venus après eux? 11 nous reste une question fort importante, et dont la décision dépend plutôtde bi connaissance de Thistoire que delà sublimité de l'esprit. Je la proposerai un peu au long pour ne laisser aucun doute sur le sujet que je traite. Plusieurs ont recours à des histoires écrites par de célèbres auteurs, et par lesquelles il sembte être justifié que ceux que nous prétendons n'avoir point été des dieux , ont fait voir pardes prodiges , par des songes , par des présages el par des oracles, qu'ils étaient véritablement dea dieux. On raconte en effet divers miracles, et entre autres celui-ci : Anius Navius, grand au* gure, ayant averti Tarquin l'ancien de ne rien entreprendre sans avoir auparavant consulté le vol des oiseaux, ce prince se moquant de la superstition de cette cérémonie, lui ordonna de les consulter, pour savoir si ce qu'il avait dans l'esprit pouvait être exéaité. Navius lui ayant râ* pondu qu'il le pouvait, Tarquin repartit : Prenes donc un rasoir et coupez cette roche. Â l'heure même , Navius la coupa. Durant la guerre contre les Latins, on vit Castor et Pollux proche da lac de Suturne qui essuyaient la sueur de leurs chevaux, la porte de leur maison qui était prêt d'une fontaine s'étant ouverte d'elle-même. On

LAGTANGE.

dit que pendant kguore de Macédoine ils parurent sur des cbeTaax blancs à Vatieniis qui allait à Rome, et lui dirent que le roi Persée avait été vaincu et pris ce jour-là ; ce que bientôt après on apprit par les lettres de Paul Emile, être véritable. Ce que Fou dit de Timage de la Fortune des Femmes est fort merveilleux : qu'elle a très-souvent parlé. Après la prise de Véies, un soldat quiavaitétécbargédefaire porter à Rome Timage de Junon Monéta, lui ayant demandéenriantsi elieeonsent ait à ce transport, elle répondit qu'elle y consentait. On rapporte encore une action mémorable de Claudia pour preuve d*un mtrade extraordinaire. Quand pour obéir aux oracles contenus dans les livres des sibylles on eut fait venir Timage de la mère des dieux, comme le vaisseau où elle était demeurait tellement immobile sur le Tibre, que, quelque machine dont on se servit, il était impossible de le remuer , Claudia, dont la vertu avait toujours été un peu suspecte à cause du trop grand soin qu'elle prenait de sa parure, se mit à genoux et pria la déesse qu'elle se laissât attirer avec sa ceintnre , si elle avait conservé la pudicité ; et ainsi elle tira à bord le vaisseau qui n'avait pn être ébranlé par tous les jeunes gens de la ville. Ce que Ton publie d'Esculape n'est pas moins merveilleux : qu'ayant été amené d'Épidaure à Rome, il la délivra de la maladie contagieuse dont elle avait été longtemps tourmentée. On peut aussi rapporter un grand nombre de sacri- Mges dont les dieux ont puni Timpiété par des ebêtimens exemplaires. Appius Glaudius , censeur, ayant communiqué les mystères d'Hercule aux esclaves publics contre l'ordre qu'il en avait reçu perdit l'usage de la vue , et la nation des Potitiens qui avait trahi ce secret fut éteinte en tm an. Fulvius , censeur, ayant ôté le marbre dont le temple de Junon Lacinia était orné, pour en parer le temple qu'il avait élevé dans Rome énrhonneurde la Fortune Équestre, il perdit d'abord la raison, et ensuite sesdeux fils qui servaient dans les troupes rilllyrie, e( mourut en* •n consumé de chagrin et d'angoisses.TumUins, lieutenant d'Antoine , ayant fîiit couper dans nie de Gos un bois consacré ft Esculape pour m foire des vaisseaux, fut vaincu en ce lieu Mme par l'armée de Jules Gtor. On ajoute à iSès exemplei celui de Pyrrhus qui fit un triste ilaufirageaprèsavoirpilléletrésordeProserpine I

de Locres, et perdit toute sa flotte, I la réserve de l'argent qu'il avait enlevé à cette déesse. Gérés deMilet rendit autrefbissa puissance fort redoutable par l'exemple de la sévérité dont elle usa contre des profanateurs sacrilèges. Alexandre, s'étant rendu maître de la ville, et quelques soldats ayant fait irruption dans son temple à dessein de le piller, ils furent consumés par son feu qui s'alluma à l'instant même.

On rapporte aussi quantité de songes qui sont autant de preuves du pouvoir des dieux. On dit que Jupiter apparut à Tiberiiis Attinins,homme du peuple, et qu'il lui commanda d'avertir les consuls et les sénateurs qu'un certain Antonius Maximus, qui avait mené la danse aux derniers jeux publics, lui avait déplu pour avoir hit punir un esclave dans le cirque, et qu'ils eussent) recommencer les jeux. Ayant négligéd*obéîrà œ commandement, il perdit le jour même son fils, et fut frappé d'une dangereuse maladie. Jupiter, lui ayant apparu une seconde fois et loi ayant demandé si sa désobéissance n'avait pas é(é assei rigoureusement châtiée , il se fit porter dans une chaire au sénat, où il n'eut pas plutôt exposé son ordre, qu'il fut si parfaitement guéri qu^fl sVn retourna à pied chez lut Le songe par le moyen duquel on dit qu'Auguste évita la mort n'est pas moins merveilleux. Ayant été attaqué d'une Acheuse maladie, il résolut de ne se point trouverais bataille; mais Minerve apparat à Antorius, son médecin, et l'avertit que sa maladie ne devait pas Tobliger â demeurer dans son camp. Brutus entra le même jour dans le camp et le pilla. Mais Auguste s'était fait porter â son armée. Je pourrais rapporter quantité d'antres exemples semblables, si je n'appréhendais de m'éloigner trop de mon stget et d'être encore d'une longueur ennuyeuse.

IX. Pour ne rien laisser d'obscur sans l'éclair cir, je ferai voir que les prodiges et les songes dont j'ai parlé n'étaient que des illusions dont le démon s'est servi pour tromper les hommes, et pour les éloigner de la vérité. Mais je reprendrai les choses de plus haut, afin que ceux qui ne sont pas instruits de cette matière puissent apprendre d'où procède le désordre, et reconnaître le principe de leur erreur et la cause de l'^arement général des hommes. Dieu ayant une sagesse infinie pour former ses desseins et une puissance ^e à sa sagesse pour les exéciK

INSTITUTIONS DIVINES

1er, avanl de coauneiioer le grand ouvrage de FuDivers, fit le bien et le mal. J'expliquerai ceci le plus clairement qu'il me sera possible^ de peur qu'on ne s'imagine que je veuille imiter les portes qui revêtent de figures sensibles les choses les plus spirituelles. Gomme il n'y avait rien que lui, et qull était, comme il Test encore, l'unique principe de tous les biens, il produisit un esprit semblable à lui, un fils qui avait une puissance égale à la sienne. Je tâcherai d'expliquer dans le quatribne livrede cet ouvrage ce qui le porta à vouloir produire cet esprit. U en produisit ensuite un autre qui ne conserva pas la sainteté de la nature divine et qui, ayant été corrompu par l'envie comme par un poison, passa du bien au mal, et prit, par un efiet de sa liberté, un ncHn contraire à celui qu'il avait reçu. Gela montre que l'envie est la source de tous les péchés. U porta envie â celui qui avait été produit avant lui, et qui étant demeuré uni à son père, est toiûours chéri de lui« Get esprit, qui de bon qu'il avait été créé est devenu méchant, est appelé di:'ble par les Grecs et délateur par les Romains, parce qull défère à Dieu les crimes où il iàit tomber les hommes. J expliquerai, autant que mon peu de talent le pourra permettre, les rai^ sons pour lesquellesDieu, qui n'agit jamais qu'avec une parfaite justice, a voulu qu'il ait été tel qull est. Dieu ayant résolu de faire le monde, il commença I produire ce fils unique pareil i lui-même. Il lui commit le soin de tout ce grand ouvrage»et il l'établit comme coneiliateur, et en même temps et conjointement avec lui eomme principal inventeur de ce grand ouvrage qu'il innojetait, afin qull p6t l'orner et le perfeetioimer «itièrement, parée qu'il est lui-même la perfection en tout ce qui est conception^ raison et puissance. Nous en parlerons très^peu i présent, parée que nous rapporterons dans un autre endroit et sa vertu, et son nom, et ses autres attributs» Qu'on ne nous demande donc point de quelle manière il s'est servi pour faire un ouvrage si grand et ai merveilleux, car il a fait lout de rien. U ne faut point ajouter foi à ce que Isa poltes avancent» qu'il y avait au coromenceaaent un ebaos et une confusion étrange des Aémens, et quequandDieu fit le monde, il ne fit tien autre chose que d'en ôter la confusion et dTea mettre les parties en ordre. Mais 0 est aisé et kv répondre : qu'ils connaissent fort peu

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