‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 78 sur 102 · LIVRE IL sa · texte numérisé non relu

LIVRE IL sa

ré tendue de la puissance divine, quand fla se persuadent qu'elle a besoin d'une matière pouragir. Les philosophes ont soutenu la même erreur, et Gicéron Ta expliquée dans leslivresde la iVa/ure des Dieux, quand il dit : ail n'est pas probable que la matière d'où toutes les choses ont été tirées soit un ouvrage de b Providence. U y a plus d'apparence de croire qu'elle a toujours conservé et qu'elle conserve encore sa nature et sa force. La providence divine n'a point fait la matière. Elle s'est servie decelle qu'elle a trouvée, comme un artisan se sert du bois ou de la cire qu'il ne saurait foire. Que si Dieu n'a pascréé la matière, il n'a pas créé non plus la terre, Teao, l'air ni le Ceu.» Quel prodigieux amas d'erreurs en si peu de lignes! CTrst premièrement une chose étrange de voir que Gicérun , qui avait toujours soutenu la Providence dans ses autresouvrages, et qui s'était fortement opposé à ceux qui avaient entrepris de la combattre, Tait tout d'un coup trahie et abanUotiiiée Si quelqu'un voulait contester la vérité de ce luit , il ne serait pas nécessaire d'employer beaucoup de raisons pour le convaincre. Il n'y aurait qu'à lire les propres paroles de Gicéron ; car on ne saurait jamais mieux le réfuter que par lui-même. Mais quand on lui laisserait la liberté que les académiciens prétendent avoir de soutenir et de dire tout ce qui leur plaît, cela n'empêche pas que nous n'examinions ses sentimens et ses paroles.« U n'est pas probable, dit-il, que Dieu ait tait la matière. »Gomment le prouves-vousp car vous n'avez rienalléguéqui fasse voir que cela n'est pas probable. Je dis au contraire que cela est probable , et je le dis avec raison, attendu que Dieu ne doit pas être réduit à la condition d'un artisan, qui n'a rien dans son ouvrage que la façon. Quel avantage aurait la puissance de Dieu sur la faiblesse de l'homme s'il avait besoin de quelque chose P il en aurait besoin, s'il ne pouvait rien faire sans qu'on lui eût fourni une matière. S'il attendait qu'on lui fournit cette matière, son pouvoir serait linûté, et celui qui la lui fournirait serait en ce point |dus puissant que lui. Quel nom donnerions-nous i celui qui serait plus puissant que Dieu et qui pourrait faire quelque chose de lui-même, au lieu que Dieu ne pourrait que travailler sur le si^et qu'il aurait reçu d'un autre P Que s'il est impossible qu'il y ait aucun être plus puissant que Dieiii puisqu^il

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est infiniment parfiiit, il ftiut avouer que la matière n*est pas moins son ouvrage que les autres choses qui sont composées de matière. Rien n'a pu recevoir Tètre sans Tagrément dcDieu. Rien n'a pu être fait qu'il ne Tait bien voulu faire. cMais il est probable, dites-vous, que la matière dont toutes choses ont été tirées a toujours conservé sa force et sa nature, et qu'elle la conserve encore.» Quelle force et quelle nature peut-elle avoir si elle ne l'a reçue, et de qui peut-elle l'avoir reçue que de Dieu ? Si elle a reçu la nature, elle est née : car c'est de là même que vient le mot nature. Gomment a-t-elle pu nattre, si ce n'est queDieu Tait produite? Cette nature, d'où vous prétendez que toutes choses ont été tirées, ne les a pu produire, à moins qu'elle n'ait l'intelligence et la raison. Que si elle a l'intelligence et la raison , c'est-à-dire la sagesse pour former le dessein de ses ouvrages et le pouvoir de les achever, elle est Dieu. Cest pour cela que Sénèque, le plus subtil des stoïciens, a fort bien jugé que la nature n'est rien autre chose que Dieu même. «Pourquoi, dit-il, ne louerions-nous pas Dieu à qui la puissance est naturelle , puisqu'il ne l'a reçue d'aucun autre?Nous lelouerons sans doute, parce qu'il tient de soi cette puissance qui lui est naturelle, et qu'il est lui-même la nature.» Quand vous attribuez I la nature le pouvoir de produire que vous Atez à Dieu^ vous vous engagez dans l'erreur plus avant que vous n'y étiez, et vous ressemblez à ceux qui, pour payer de vieilles dettes, en font de nouvelles. Dsins le temps même que vous niez que Dieu ait fait le monde, vous confessez qu'il l'a fait. Sénèque dit après cela une compiaraison fort ridicule, c Dieu , dit-il , a besoin d'un svjH sur lequel il travaille , comme un artisan a besoin de bois ou de cire, et Dîen ne crée non plus ce sujet que l'artisan ne crée la cire ni le bois. » Au contraire, il n'en a pas besoin, et s'il en avait besoin son pouvoir en serait moindre. Un artisan ne fera jamais rien s'il n'a une matière comme du bois , et il ne saurait créer ce bois parce qu'il est faible. Dieu, au contraire, crée la matière sur laquelle il travaille, parce que sa puissance est infinie. L'homme ne saurait travailler s'il n'a un scyet sur lequel il travaille, parce que la condition mortelle le rend faible, et que sa faiblesse met des bornes fort étroites à son pouvoir. Mais Dieu Sût ce qu'il lui platt sans avoir besoin de siqet ,

parce que son éternité fait sa force, et que sa force lui donne un pouvoir aussi infini que sa vie. Faut-il donc s'étonner que Dieu, ayant dessein de faire le monde, en ait premièrement préparé la matière, et qu'il l'ait tirée du néant? Il fallait nécessairement qu'il en usât de la sorte, puisqu'il ne peut rien emprunter , et qu'il est le principe qui renferme et qui produit tous les biens. S'il y avait quelque chose avant lui, on qui eût l'être indépendamment de lui , il n'aurait plus le pouvoir, ni même le nom de Dieu «Mais la matière, dit-on, n'a jamais été faite, et elle a cet avantage particulier, qui ne lui est commun qu'avec Dieu, qui, de cette matière, a fait le monde. Il faudrait pour cela admettre deux êtres qui, étant également éternels, seraient tellement contraires entre eux , que leur combat et leur guerre ne pourrait être terminée que par la défaite et par la ruine de l'un ou de l'autre. S'ils sont contraires, il faut qu'ils se combattent l'on l'autre. S'ils se combattent, l'un des deux remportera la victoire. Ainsi il est clair qu'il n'y a qu'un être éternel , et qui est comme la source d'où sont sortis les autres. Il faut donc on que Dieu soit sorti de la matière, ou que la matière soit sortie de Dieu. Il est aisé de reconnaître lequel des deux est sorti de l'autre: Fun a dn sentiment, au lieu que l'autre n^en a point. Le pouvoir d'agir ne se trouve qu'où se trouve le sentûnent, le mouvement, la pensée et rintelligence. On ne saurait rien entreprendre, rien commencer, rien achever que l'on n'en ait formé le dessein par la raison, que l'on n'en ait résola l'exécution par sa volonté, et qu'enfin on n'ait mis la main à l'œuvre. Or, ce qui n'a point de sentiment ne met point la main à l'œuvre, et ce qui n'a point de mouvement ne produit aucune chose. Bien qu'il n'y ait point d'animal qui n'ait la raison, il n'y en a point qui puisse procurer aucune des choses qui n'ont point la raison. Enfin on ne saurait rien trouver , ni rien prendre dans un lieu qu'il n'y soit auparavant. Personne ne doit douter de la vérité de ce que je dis, sous prétexte que l'on voit des animaux qui naissent de la terre. Ge n'est pas la terre qui les produit, c'est l'esprit de Dieu, sans lequel rien ne se produit dans le monde. Dieu n'est donc pas sorti de la matière, parce que ce qui a du sentiment ne saurait sortir de ce qui n'a point de sentiment. Ge qui a de la raisoQ ne saurait sortir deoe 4»

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n*a point de raison. Ce qui est Impossible ne saurait sortir de ce qui est possible. Ce qui est spirituel ne saurait sortir de ce qui est corporel La matière est plutôt sortie de Dieu , car ce qui est solide, dur, et peu maniable, reçoit sa force du dehors. Ce qui reçoit sa force du dehors se peut dissoudre. Ge qui se peut dissoudre, finit. Ce qui finît a eu un commencement et un principe, c'est-à-dire un auteur qui a du sentiment, de la prévoyance, de la sagesse , et cet auteur là est Dieu. Gomme il a le sentiment, la raison, la prévoyance, la puissance et la sa(;esse, il peut feire des créatures animées et inanimées, et il sait de quelle manière il faut les faire. La matière ne peut avoir toi^ours été, parce que si elle avait toujours été, elle ne serait pas sijyette au changement. Ge qui a toujours été ne cesse jamais d*étre; et comme il n'a point eu de commencement, il n'a point aussi de fin. Il arrive même plus aisément que ce qui a eu un commencement n'ait point de fin , qu'il n'arrive que ce qui n'a point eu de commencement en ait une. Rien n'aurait pu être fait de la matière, si elle n'avait pas été fiiite elle-même , et si rien n'en avait pu être fait, elle ne serait pas matière; car la matière n'est que ce dont on lait quelque chose. Ge dont on fait quelque chose est changé et détruit par la main de l'ouvrier, et cesse d'être ce qu'il était pour commencer d'être ce qu'il n'était pas. Si la matière a cessé d'être ce qu'elle était auparavant, lorsque le monde a été fait d'elle, et si elle a eu une fin, elle avait donc eu un commencement. Ge qui est détruit a été autre- Ibis élevé. Ge qui est délié a été autrefois lié. Ce qui finit a commencé. Si de ce que la matière est sujette au changement et de ce qu'elle cesse d'être ce qu'elle était auparavant, on conclut bien qn^elle a eu un commencement et un principe, quel peut être ce principe-là, si ce n'est Dieu inème? Il n'y a que lui seul qui n'ait pas été fait. Il peut tout anéantir, et ne peut être anéanti. Il sera toi]|jours ce qu'il a toujours été. Il n'a point été engendré. 11 n'a point reçu la naissance d'un autre. Son être étant indépendant, il est aussi immuable. H subsiste par lui-même, et ainsi il est tel qu'il a voulu être, impassible, immuable, incorruptible, heureux, éternel. La conclusion par laquelle Gicéron a terminé son discours est encore plus absurde. « Si Dieu , dit-il, n'a pas bit la matière, il n'a pas fait non plus la terre ,

Teau, l'air ni le feu. > Qu'il évite adroitemenc la difficulté! 11 suppose la première proposition, commesi elle n'avait point besoin d*être prouvées, bien qu'elle soit moins certaine que celle qu'il prétend prouver par elle, c Si Dieu, dit-il, n*t pas fait la matière, il n'a pas non plus fait le monde, » U a mieux aimé tirer une faïusse conclusion d'un faux principe, que d'en tirer une véritable d'un véritable. Au lieu de prouver ce qui est incertain par ce qui est certain, il a dioisi ce qui est incertain pour combattre ce qui est certain. Gar pour ne parler ni de Trismégiste, qui déclare que l'univers est l'ouvrage de la divine providence, ni des sibylles dont les vers contiennent le même oracle, ni des prophètes que l'esprit de Dieu a animés pour publier la même vérité, presque tous les philosophes, les chefb des principales sectes, les pythagoriciens, les stoïciens et les péripatéticiens en conviennent. Enfin on n*en avait jamais douté, ni dans les premiers temps, ni au siècle de Socrate et de Platon, jusqu'à ce qq'Ëpicure, qui n'est venu qu'après une longue suite d'années, ait eu la témérité, par undésir déréglé d'avancer des nouveautés et de se faire chef de secte, de révoquer en doute ce qui avait presque jusque alors été évident et manifeste. N'ayant pu rien découvrir de nouveau, et n'ayant pas voidu paraître du même sentiment que les autres, il t entrepris d'ébranler ce qui était le plus solidement établi sur le témoignage de toute l'antiquité, en quoi il a excité l'indignation de toutes les sectes. U est donc certain que le monde est l'ouvrage de Dieu et non de la matière. Au lieu de se persuader que Dieu n'a pas fait le monde parce qu'il n'a pas fait la matière, il font croire qu'il a fait la matière, parce qu'ila faiit le monde. U est plus croyable que Dieu a lait la matière parce qu'il peut tout, qu'il n'est croyable qu'il n'a pas fait le monde, sous prétexte que rien ne se peut faire sans conseil, sans raison et sans esprit. Mais cette foute est moins particulière à Gicéron qu'à sa secte; car comme il avait entrepris de discourir sur la nature des dieux, l'ignorance de la vérité l'a engagé à soutenir qu'il n'y en avait aucun. U pouvait nier l'existence des dieux, parce qu'en effet il n'y a point dedieux.Maisquand il a entrepris de combattre la providence d'un seul dieu, il s'est trouvé sans forces et sans preuves, et il est tomb^ dans un

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dM H ni saurait ta retirer. D s'y lient attaché. Lucilius qu*ii a introduit perd la patrie. G*fe8t id la pliiâ importante question ; €'eit le point d'oâ dépend le reste. Que Ck)Ua 66 tire comme il pourra des embarras , et qu'il (tasse voir qu'il y a toujours en une matière indépendante de la divine providence; qu*il montre comment un corps solide et pesant a pu être saus avoir été créé, et comment il a pu être changé de telle sorte qu'il ait cessé d'è(re ce qu'il était , pour devenir ce qu'il n'était pas : quand il aura prouvé tout cela, je demeurerai d'accord que le monde n'est pas Fouvrage de la divine providenee, et.ne laisserai pas de le tenir enveloppé dans un filet, d'où il ne pourra s'échapper ; car il aéra obligé d'avouer, malgré tous ses efforts, que to monde et la matière d'où il a été tiré existent par la ftree de la nature. Qr je prétends que la natura n'est autre chose que Dieu même; car rien ne peut produire des ouvrages tout à fait admirables, s'il n'a la sagesse, la prévoyance et la puissance. Ahisi il est dair que Dieu a fiiit toatea choses, et qu'il n'y a rien qui ne tire de lui son origine. Quand Gicéron veut suivre les aentimoia d'Épicure et soutenir que Dieu n'a pas Mt la monde, il demande s'il a des mains, et de quelle machine il s'est servi pour construire un si précieux édifice. Il aurait peut-être va de quelles machines Dieu s'est servi pour achever son ouvrage, s'il eût vécu en ce temps- Mi. Mais Dieu n'a pas jugé à propos de mettre rbomme dana le monde avant que le monde fût aéhevé , de peur qu'il ne le vit travailler à son ouvrage. Il ne pouvait même être mis dans le monde avant qu'il fbt achevé: car comment y aurait-a subsisté pendant que Dieu étendait le Ciel, qu'il affermissait les fondemens de la terre, pendant que l'une était peut-être glacée par la rigueur du froid ou bouillante par l'excès de la chaleur , avant que le soleil eût répandu sa lumière, que la terre eût produit des fi*ufts et que les animaux fussent nés? Dieu ne devait donc créer l'homme qu'après avoir mis la dernière main au reste de ses ouvrages. Enfin, l'Écriture témoigne qu'il fut créé le dernier, et qu'il fut placé dans le monde comme dans un palais qui avait été bâti et préparé exprès pour le recevoir. Les poètes en demeurent d'accord; et après qu'Ovide a décrit la construction de IVmiverset la production des animaux, il ajoute:

s Gomme il manquait encore à l'univers une créature pourvue d'un esprit éclairé et pénétrant, qui eût en elle-même quelque chose de saint et de sacré, et qui fût capable de comoiander à celles qui avaient cfejà été faites, l'homme fut produit. » II. n'est pas permis de pénétrer ce que Dieu a voulu nous tenir secret. Cicfron n'entreprenait pas aussi de le pénétrer i deaseîn de s'instruire, mais à dessein de réfuter l'opinîM contraire à la sienne, et sous ce seul prétexte que persmine ne s'est trouvé au odmmenoement des choses. Est-ce une preuve que Dieu h^ paa fait le monde, dédire c|u'il n^y a point d'homme qui l'ait vu travailler à cet ouvrageP Si voua aviez été élevé dans une maison bieti bâtie et bien parée, sans avoir vu travailler à la bâtir et à la parer , vous croiriez sans doute qu'elle ii^arait pas été bâtie par des hommes, et voua de« manderiez de quels instrumens ils se serairat servis pour faire un si grand ouvrage, pour tailler et pour placer de si grosses pierres, pour élever de si hautes colonnes ; vous jogeriei sans doute que la construction d'un si superbe édifice serait au-dessus de la force des hommes, parce que vous ne sauriez pas que la force y contribue moins que l'adresse. Que si lliomme, bien qu'il n'ait aucun avantage qui soit tellement parfait qu'il n y manque quelque cbose, ne laisse pas de faire par son industrie des ouvrages qui semblent être au-dessus de sa nature, quelle raison y a*t-il de douter que Dieu , qui est souverainement parfait et qui a une sagease et une puissance infhiies, ait pU produire le monde? Ses ouvrages sont exposés à la vue. Mais la manière dont il les a fiiiia est incompréhensible. Ce qui est mortel ne peut, comoie dit Trismégiste, s'approcher de ee qui est immortel, c'est-à-dire il ne le peut comprendre. Ce qui est périssable ne peut s'approcher de ce qui est éternel. Ce qui est corruptible ne peut s^approcher de ce qui est iucorruptible. Une créatore aussi terrestre que l'homme ne saurait pAoétrcr parfaitement les choses célestes. Son corps eat comme une prison qui le retient, et qui Fanpêche d'user de ses forces et de son eqnît. Que ceux qui recherchent ce que Foâ ne saurait trouver, reconnaissent combien leur oocupaiioB est vafaie. Cest passer les boroes de notre nature et ignorer jusqu'où se peuvent étendre nos connaissances. Quand Dieu a révélé la vérité A

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Hiommey il lui a découvert tout ce qu'il avait intérêt de savoir pour son salut, et lui a caché ce qui n'aurait servi qu'à entretenir une curiosité profane. Pourquoi donc cherchez-vous ce que vous ne sauriez trouver, et pourquoi voulezvous savoir ce dont la connaissance ne contribuerait en rien à vous rendre heureux? L*bonune sera assez savant, quand il saura qu'il y a un Dieu, et que ce Dieu a fait toutes choses.

X. A présent que nous avons réfuté ceux qui ont du monde et de Dieu son auteur une opinion contraire à la vérité , retournons à cette œuvre divine de Tunivers dont parlent les livres mystérieux de notre sainte religion. Dieu créa le ciel avant toutes choses, et il le suspendit dans la partie la plus élevée de l'univers pour y établir le trône de sa gloire. 11 a ensuite affermi la terre qui devait servir de demeure aux hommes et aux animaux. Il a répandu sur sa surface la mer et les fleuves. Il a rempli le lieu de sa demeure de lumière , en y attachant le soleil , la lune et une infinité d'autres globes éclatans. Il a placé les ténèbres sur la terre, car cette masse grossière et opaque n^a pas d'autre jour que celui qu'elle reçoit du ciel ; elle est le lieu de la nuit, de la mort et du tombeau, comme la partie qui lui est opposée est le lieu de la lumière et de la vie. La terre est autant éloignée du ciel que le mal est éloigné du bien, que le vice est éloigné de la vertu, il a divisé la terre en deux parties qui semblent contraires, l'orientale et Toccidentaie. L'orient a un rapport particulier avec Dieu, qui est le véritable principe de la lumière, le soleil spirituel et invisible qui nous éclaire et qui nous conduit à une vie immortelle. L'occident, au contraire , ressemble à cet esprit ténébreux qui nous dérobe la lumière et qui nous jette dans hi mort du péché. U a encore distin^jué sur la terre deux autres parties : le midi, qui ap* proche plus de l'orient et qui est exposé aux ardeurs du soleil, et le septentrion qui approche de l'occident, et qui est couvert de neige et de (;Iace. Le froid est contraire au chaud, comme les ténèbres sont contraires à la lumière. Le midi approche de l'orient, comme la chaleur ap* proche de la lumière, et le septentrion approche de l'occident, comme le froid approche des ténèbres. Il a assigné à chaque partie une saison qui lui est propre, savoir : le printemps à l'orient, rc\x: au midi, rautomne à l'occident, et l'hiver au

septentrion. Le midi et le septentrion éont aussi des images de la vie et de la mort, parce que la vie consiste dans la chaleur qui procède du feu,' comme la mort consiste dans le froid qui procède de l'eau. Ces saisons apportent une grande variété dans la longueur des jours et des nuits, dont la révolution continuelle suit les années et les autres mesures du temps. Le jour que l'orient répand appartient à Dieu, comme tout ce qu'il y a de bon et d'excellent lui appartient; la nuit, au contraire, que l'occident répand, appartient à l'esprit qui, comme nous l'avons dit, eft ooptraireà Dieu. Ce souverain seigneur de l'univsrs a trouvé bon de tracer dans le jour et dai^s la nuit des figures de la religion et des superstitions; car comme le soleil, bien qu'il soit seul ainsi que son nom le porte, est le père du jour et remplit toutes les parties du monde de sa lumière et de sa chaleur. Dieu de la même manière, bien qu'il soit unique, a une mauesté, une grandeur et une puissance infinies. La nuit, dont nous avons dit que l'intendance est donnée à l'esprit ennemi de Dieu, représente en quelque sorte par sa noirceur l'aveuglement et l'erreur des superstitions païennes; car quelque grand que soit le nombre des astres qui brillent au milieu des ténèbres , ils n'en sauraient jamais dissiper Tobacurité, et ayant fort peu d'éclat ils n'ont point du tout de chaleur. La chaleur et l'humidité sont deux principes que Dieu a établis pour la production et pour la conservation de tous les êtres. Gomme la force de Dieu consiste dans la chaleur et dans le feu, si l'excès de cette ardeur n'avait été en quelque sorte tempéré par l'humidité et par la fratcheur de la matière, elle aurait entièrement consumé tout ce qui lui au-» rait été eiposé, de aorte que rien n'aurait reçu la vie qu'il ne l'eût aussitôt perdue. CTest pour cela que quelques philosophes et quelques poètes ont dit que le monde subsiste par raccord et par la discorde qui se rencontrent entre les partie^ qui le composent. Heraclite a dit que toutes choses étaient nées du feu. Thaïes de Milet a dit qu'elles étaient nées de Teau. Ils ont tous les deux découvert quelque chose de la vérité, et se sont pourtant trompés tous les deux ; car sll n*y avait point eu d'autre principe que le feu, jamais l'eau n'en serait sortie; et s'il n'y avait eu d'autre principe que l'eau, jamais le feu n'au* rait été produit. La vérité est que le méteogo

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de ces deux élémens est la cause de toutes les productions. Ce n'est pas que le feu puisse être mêlé avec Fean, parce que ce sont deux contraires dont Tun détruirait l'antre; mais la chaleur qui procède du feu et rhumiditéqui procède de Feau peuvent être mêlées, et Ovide a eu raison d'en parler de cette sorte. Quelle que soit la contrariété apparente entre la chaleur et Thumidité, et quelque combat qu'il y ait sans cesse entre Peau et le feu , il est vrai pourtant qu'il n'y a rien dans Funivers qui ne soit composé du mélange de ces qualités contraires. L'un de ces deux élémens est comme le mftle et l'autre comme la femelle; l'un agit et l'autre souffre. Les anciens se servaient du symbole du feu et de Peau dans la célébration de leurs mariages, parce que la chaleur de l'un et l'humidité de l'autre servent â former et à animer les corps des animaux. Tout animal étant composé de corps et d'âme, l'humidité sert de matière à J'un et la chaleur à l'autre. Gela parait principalement dans la formation des oiseaux; car bien qne lesoeufs d*où ils sortent soient remplis d*une humeur épaisse, jamais cette humeur n'est animée qu'elle n'ait été auparavant rendue féconde par la chaleur. C'était autrefois une coutume de défendre l'usage de l'eau et du feu aux coupables; car on était encore persuadé en ces premiers temps que, quelque crime qu'un homme eût commis, il ne fallait pas le punir de mort ; mais en le privant de l'eau et du feu sans lesquels on ne saurait presque conserver la vie, on disait presque la même chose que si on la lui eftt 6tée. Voilà commentées deux élémens ont tiNijours paru si nécessaires, que l'on a cru que sans eux l'homme ne pouvait ni recevoir l'être m le conserver; l'usage de l'un de ces élémens nous est commun avec les bêtes, et l'autre nous est propre. Nous nous servons seuls du fou, qui étant descendu du ciel , et tendant vers le ciel par un mouvement perpétuel, nous avertit en quelque sorte de l'immortalité de notre âme. Les autres animaux, qui sont entièrement sujets I la mort, ne se servent que de l'eau, qui est un élément grossier et terrestre, dont la pesanteur tend toujours vers le bas, et marque le lieu du tombeau ; les animaux qui sont privés de l'usage du fou ne regardent jamais le ciel et n'ont aucun sentiment de religion. Il n'y a que Dieu, qui est l'auteur de ces deux élémens^ qui sache de quelle

manière il en a allumé un, et de quelle manière il a répandu l'autre sur la terre.

XI. Lorsque Dieu eut achevé le monde, 1 commanda que les animaux de diverses formes et de diverses espèces, grands et petits, fussent faits. Ils furent faits deux de chaque espèce et de différent sexe, et ils se sont tellement multipliés depuis qu'ils ont rempli la vaste étendue de l'air, de la mer et de la terre. Dieu leur permit de se nourrir des alimens qui croissent sur la terre , afin qu'ils puissent servir les uns à la nourriture de l'honune, les autres à son vêtement, les autres au travail et au labourage. Lorsqu'il eut ainsi rangé les parties de l'univers dans cet ordre admirable qui en fait la principale beauté, il se fit à lui-même un royaume éternel, en créant un nombre infini d'àmes auxquelles il donna le privilège de l'immortalité. Il fit ensuite un portrait sensible et intelligent de lui-même, et le plus excellent que Ton puisse voir. Il forma le corps de l'homme du limon, et c'est ce que le nom d'homme marque dans la langue latine. Platon a dit que la forme de l'homme ressemble à celle de Dieu , et celle pensée a assez de rapport à celle que la sibylle présente à l'esprit , quand elle dit que l'homme est une image de Dieu , mais une image animée et raisonnable. Bien que les poètes n'aient parlé que fort imparfaitement de la formation de rhomme, ils n'ont pas laissé de dire qu'il a été iàit de limon par Prométhée. Ils ne se sont pu trompés dans le fond, ils ne se sont trompés que dans le nom de l'ouvrier: car ils n'avaient m aucune connaissance des livres sacrés qui eipliquent clairement la vérité ; ils n*avaient rien la des prophètes dont les prédictions étaient achées dans le secret de Dieu. Ils n'ont mis dans leurs poèmes que ce qu'ils avaient appris de h fob!e , et l'ont mis corrompu par le mélange des erreurs populaires sur lesquelles chacan avait enchéri à l'envi, comme il arrive ordinairement quand on rapporte les faux bruits qui ont été une fois répandus. C'est sans doute une impertinence d*attribuer à l'homme, comme ils ont fait, un ouvrage si excellent et si divin. Qu'était-il besoin que Prométhée prit du limon poar faire l'homme, puisqu'il le pouvais engendrer de la même façon qu'il avait été engendré par Japhet son père? Le supplice qu'il subit sur le moot Caucase ne fait que trop voir qu'il n'était pu da

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nombre des dieux. Japhet son père, ni Titan son oncle, n'ont jamais élé honorés par personne de ce titre, il n'a été attribué qu'à Saturne et à ses descendans, en considération de la dignité royale dont il avait joui. Il n'y a rien si aisé que de détruire cette vaine imagination des poètes touchant la formation de Thomme; tout le monde demeure d'accord que le déluge n'a été répandu sur la terre que pour la laver des crimes dont elle était toute salie; les philosophes, les poètes et les historiens conviennent de cette vérité avec les prophètes. Si Tunique fin du déluge a été d^arrèter le cours des crimes que le grand nombre des hommes avait rendus trop publics et trop communs, comment Prométhée a-t-il formé Thomme, puisque les poètes assurent que Deucalion, qui était son fils, fut seul préservé à cause de sa justice? la terre a-t-elle pu être si fort peuplée dans l'espace d'ane seule génération? Les poètes ont changé ces circonstances aussi bien que d'autres dont nous avons déjà parlé , parce qu'ils n'ont rien su de ce que les livres saints enseignent touchant le temps auquel le déluge inonda la terre, touchant la personne dont la vertu mérita d'être préservée de l'inondation, et touchant la manière dont elle fut préservée et le nombre de ceux qui furent aussi sauvés avec lui. Il est donc clair que ce qu'ils avancent, de la manière dont Prométhée forma l'homme, est contraire à la vérité ; ce n'est pas qu'ils l'aient tout à fait abolie, ils n'ont fait que l'obscurcir et l'envelopper. Prométhée inventa en effet le premier l'art de faire des figures et des images avec de la terre et du limon, et il vécut au temps de Jupiter, où on commença à élever des temples et où on inventa le culte des dieux. Voilà comment la vérité a été altérée par le mensonge, et comment on a attribué l'ouvrage de Dieu à un homme qui n'en avait fait que la figure; au reste il n'y a que Dieu qui ait formé de limon un homme vivant et véritable. Trismégiste reconnaît cette vérité, et non-seulement avoue que Dieu a fait l'homme à son image , mais tâche même d'expliquer le soin qu'il a pris de travailler à chaque partie , dont il n'y en a aucune qui ne soit aussi admirable pour son usage que pour sa beauté. Les stoïciens remarquent à peu près les mêmes choses lorsqu'ils parlent de la Providence, et Gicéron les a imités en plusieurs endroits de ses ouvrages; il n'a pourtant

touché que légèrement cette matière, quoiqu'elle soit fort abondante. Je ne la traiterai pas en ce lieu-ci, parce que je l'ai traitée fort au long dans un livre quej'ai adressé à Démétrianus, mon disciple. Je ne puis néanmoins admettre l'erreur où sont tombés quelques philosophes, qui ont soutenu que les hommes et les autres animaux étaient nés de la terre, sans qu'aucun ouvrier eût travaillé à les former; c'est ce qu'il semble que Virgile ait voulu faire entendre , quand il a dit que la race des hommes est sortie de dessous les sillons de la terre. Ce sont principalement ceux qui nient la Providence qui ont été dans ce sentiment; car les stoïciens qui la reconnaissent, tiennent que Dieu a pris le soin de produire les animaux. Aristote a évité cette difficulté en sou< tenant que le monde est étemel, et que la nature humaine n'a point eu de commencement et n'aura point de fin; mais puisque nous voyons que chaque animal natt en un temps et meurt en un autre , il faut nécessau*ement que l'espèce entière soit sujette à la même loi, qu'elle ait autrefois commencé et qu'elle doive un jour finir. Il n'y a rien au monde qui ne soit renfermé dans l'espace du passé, du présent et de l'avenir; le passé est le temps de la naissance , le présent celui de la consistance , et l'avenir celui de la dissolution. Ces trois degrés se font remarquer dans le cours de la vie de tous les hommes. Nous commençons quand nous naissons, nous demeurons en un état de consistance durant toute notre vie , et nous finissons par la mort C'est pour cela que les poètes ont inventé trots Parques,dont l'une commence la vie de l'homme, l'autre la continue, et la dernière la termine. Bien que Ton ne voie que le présent dans le cours de la vie humaine , on ne laisse pas de reconnaître par là même, et le passé qui est le temps de l'origine, et l'avenir qui est celui de la mort. Car tout ce qui est a autrefois commencé, et parce qu'il a commencé, il finira. La nature ne peut être immortelle , puisqu'elle ne subsiste que dans les individu qui sont mortels. Gomme chaque individu meurt séparément, il peut arriver que tous les individus ou au moins un grand nombre d'entre eux soient enlevés , soit par la stérilité de la terre et par la disette des grains , ou par la corruption de l'air et par une maladie contagieuse, ou par un em* brasement général semblable à celui qui con*

«mu Funivisrs âu temps de Phaeton, ou par une pluie telle que celle dont Deucalion eut seul le bonheur d'être préservé. Si ce fut par hasard que le déluge inonda la terre, il pouvait par un hasard semblable enlever Thomme qui en édiappa seul, mais cet homme fut sauvé seul par Tordre de la divine providence. Il est clair que la conservation et la ruine du genre hu« main dépendent uniquement de Dieu; si la nature entière peut finir parce que les individus qui la composent finissent , il est clair qu'elle a commencé, et ce commencement est une marque aussi naturelle et aussi nécessaire de sa fragilité que sa fin. SI tout ceci est véritable, Aristote n^a pu soutenu* comme il Ta iàit que le monde a toiqoursété. Si Platon et Ëpicure convainquent Aristote sur ce point , Épicure convaincra Aristote et Platon , malgré toute leur éloquence sur ce qu'ils ont cru que le monde n'avait point de fin , car il but nécessairement qu'il en ait une puisqu'il a eu un commencement. Je traiterai plus amplement ce sujet dans le dernier livre, mais maintenant je continuerai à traiter ce qui reste touchant la formation de l'homme.

Xn. Quelques-uns assurent que la révolution du ciel et des astres a amené une saison propre à jeter la semence de toutes sortes d'animaux, que la terre, l'ayant reçue et l'ayant conservée, s produit comme certains petits étuis dont Lucrtce a dessein de parler, quand il a dit que le sein de la terre semblait s'enfler et s'ajuster aux racines des plantes et des arbres. Lorsque ces étuis sont venus à une juste maturité et qu'ils se sont rompus, il en est sorti quantité de petits animaux. La terre a été trempée en même temps d'une humeur semblable au lait, et qui leur a servi de nourriture. (Comment ont-ils pu éviter ou supporter le froid et le chaud ? Gom* ment ont-ils pu naître pendant qu'ils étaient ou gelés par la glace ou brûlés par les ardeurs du soleil ? Cest, dit-on, qu'au commencement du monde, il n'y avait ni hiver m été. Cétait un printemps perpétuel et une température d'air toujours égale. Pourquoi ne jouissons -nous plus de cette agréable température? C'est qu'elle n'éuit nécessaire, expUque-t-on, qu'au commencement du monde pour favoriser la naissance des animaux , mais depuis qu'il sont venus à une juste grandeur et qu'ils ont ,eu la puissance d'engendrer leurs semblableSi la terre

a cessé d'en produire , et les saisons ont été réglées comme nous les voyons. Qu'il est aisé de détruire le mensonge! Premièrement, il n'y a rien dans le monde qui ne se conserve en Tétat où il a été créé. Le soleil la lune et les astres avaient été créés avant ce temps-là. Ils avaient déjà un mouvement et un cours réglé par l'ordre de la divine providence. De plus, quand ce que prétendent ceux dont je pairie serait vrai, ils retomberaient dans le mal qu'ils veulent éviter, et seraient contraints de reconnaître une providence. Il fallait en effet qu'il y eût une puissance intelligente qui, pour empêcher que la terre ne demeurât déserte, présidât à la naissance des ammaux; qui préparât la terre pour la rendre propre à les produire d'elle-même, et à leur donner cette variété si merveilleuse de formes et défigures qui les distinguent. Il fallait sans doute un soin toat particulier pour faire en sorte que les animaux sortissent des étuis où ils étaient enfermés, et qu'à ce moment-là même ils reçussent la vie et le sentiment. Que s'ils ne l'ont reçu que par hasard, n'est-ee aussi que par hasard que la terre a lait couler comme une espèce de lait pour les nourrir , et que l'air est devenu doux et tempéré de peur de leur nuire ? Il est certain que cela n'est pas arrivé sans un soin particulier, et qu^il n'y a que Dieu qui l'ait pu prendre. Mais examinons s'il est probable que l'homme ait pu naître de la terre, comme l'on dit. Quioonqqe considéroa avec attention la peine qu'il faut prendre , et le temps qu'il faut mettre à élever des enfins, reconnaîtra certainement qu'il aurait été impossible que des enfans nés de la terre eussent po vivre sans que quelqu'un eût soin de les nourrir. Il aurait fallu qu'ils eussent été étendus sur la terre l'espace de plusieurs mois durant lesquels leurs nerfs étaient trop faibles ponr les soutenir. Ils n'auraient eu presque point de mouvement. Il n'y a personne qui ne juge fort bien qu'il est impossible qu'un enfant demeure plusieurs mois dans la même posture où il aurait été jeté au moment de sa naissance. Mais sll était demeuré en cet état, lesd^ections nese serâient-elles pas mêlées avec l'humeur que la terre aurait fait couler pour le nourrir, et si elles s'y étaient mêlées, ne l'auraient-elles pas étoafK? n a donc fallu qu'il y ait eu quelqu'un qui aie eu le soin d'élever l'homme ; car personne ne s'est

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encore avisé de dire que les animaux ne sont pas nés bibles, mais qu'il sont nés capables de se nourrir. Cette manière dont on explique la naissance des animaux est donc ridicule, vaine, dépourvue d'apparence et de raison. En effet , dire qneles animaux sont nés d'eux-mêmes^ sans qne la Providence ait pris aucun soin de les produire, c'est combattre ouvertement la raison; ainsi nier la Providence et combattre la raison sont la même chose. Il faut donc avouer que Dieu a fait Thomme comme il a fait toutes les autres créatures. Bien que Gicéron n'eut aucune connaissance des saintes Écritures, il n'a pas laissé de découvrir cette vérité et d'en parler de la même manière que les prophètes avaient fiait avant lui. Je rapporterai ici ses paroles. « Cet animal, dit-il, si subtil , si pénétrant, si éclairé, qui se souvient du passé, qui connaît le présent, qui prévoit l'avenir, qui agit par raison et par conseil, et à qui l'on a donné le nom d'homme, a été produit d'une manière toute particulière par le souverain Seigneur de l'univers. Il n'y a que lui parmi tous les animaux qui ait l'avantage de penser et de discourir. 9 Voilà comment Gicéron, tout éloigné qu'il était de la vérité, a eu pourtant assez de lumières pour reconnaître que Thomme n'a pu être placé daûsle monde que par un effet delà divine toute-puissance. Si ces témoignages ne suffisent pas, produisons-en de plus forts. La sibylle déclare que l'homme est l'ouvrage de Dieu quand elle dit : Dieu, qui a seul tiré le monde du néant par un effet de sa puissance infinie, a pris aussi le soin de former le corps du premier homme et de lui inspirer l'âme et la vie. Les livres saints nous enseignent la même vérité. Dieu nous a donc rendu les véritables devoirs d'un père. Il a formé nos corps et répandu en eux la vie qui les anime. Ainsi, nous tenons de lui tout ceque nous sommes. S11 avait été à proposquenous connaissions deqneOe manière il aachevé cet ouvrage, il nous l'aurait enseigné comme il nous a enseigné ce qui nous était nécessaire pour nous retirer de Terreur et pour nous conduve à la vérité.

XIIL Dieu ayant feit l'honmie à son image fit ensuite la fenune à l'image de l'homme , afin qu^ils pussent mettre des enfans au monde et avoir une postérité qui se multipliât de telle Mirte qu'elle remplit toute la terre. Pour faire l'homme, il se servit du feu et de Peau, de ces

deux matières que nous avons dit être si con* contraires. Dès que le corps fut achevé, il l'anima par le souffle de son esprit et par la communicaticm de sa vie éternelle. Ainsi l'homme est un petit monde formé par le mélange d'alimens contraires et composé d'âme et de corps, dont Tune ressemble au ciel et l'autre â la terre. L'âme qui nous fait vivre est descendue du ciel et nous est conununiquée par l'effusion de l'esprit de Dieu , et le corps a été tiré de la terre et formé de limon. Empédocle, que l'on ne .jsit en quel rang on doit mettre, on en celui des poètes, ou en celui des philosophes, parce qu'il a écrit sur les choses naturelles en vers grecs,conmieVarron et Lucrèce en ont écrit en vers latins , a admis quatre élémens, savoir : le feu , l'air , l'eau et la terre ; en quoi il a suivi Trismégiste qui avait dit avant lui que nos corps ne sont ni feu, ni air , ni terre, ni eau , mais un composé de toutes ces choses. Ge qui certainement est très-vrai ; car la chair a quelque chose de la terre, le sang a quelque chose de l'eau , les esprits ont quelque chose de l'air , et la chaleur a quelque chose du feu. Le sang ne saurait pourtant être tout â fait séparé de notre corps commel'eaupeutrètredela terre, ni la chaleur ne saurait être séparé des esprits vitaux comme le feu peut l'être de Tair. Ainsi il ne se trouve proprement que deux élémens qui aient contribué à la formation de nos corps. L'homme est donc composé aussi bien que le monde de contraires, delà lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort Dieu a voulu qu'il y eût entre ces contraires un combat perpétuel dans l'homme, afin que si l'âme qui est descendue du ciel remporte la victoire , elle soit immortelle et demeuré toujours dans la r^ion de la lumière, et que si au contraire elle est vaincue, elle demeure dans les ténèbres et dans la mort. L'effet de cette mort n'est pas de détruire l'essence de l'âme et de la réduire au néant ; ce n'est que de la châtier d'un châtiment qui n'aura point de fin. Nous appelons ce châtiment la seconde mort , qui est d'une éternelle durée aussi bien que Tâme. On définit la première mort de cette manière: la mort est la destruction de la nature des animaux , ou bien la mort est la séparation du corps et de l'âme. Voici comment on définit la seconde : la mort est la souffrance d'une douleur étemelle, ou bien la mort est la condamna-

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tioD de Fâme à un supplice éternel et égaU ses crimes. Les bétes ne sont pas sujettes à la seconde mort, parce que leurs âmes n'ont point été créées de Dieu, mais formées d'air et qu'elles finissent avec leurs corps. L'âme qui vient de Dieu et qui doit commander au corps tient la première place dans rbomme,qui est une image et un abrégé du monde; et le corps qui vient du démon tient la dernière place, et parce qu'il est terrestre il doit être soumis à Tâme, comme la terrePest au ciel :c'est en quelque sorte un vase où Fâme est renfermée comme une essence fort précieuse. Le devoir réciproque de ces deux parties, est que celle qui vient de Dieu et du ciel commande, et que celle qui vient du démon et de la terre obéisse. Cette vérité a été reconnue par Salluste lui-mème,tout vicieux qu'il était. Voici ce qu'il en dit: a Toute notreforce consiste dans l'esprit et dans le corps , l'esprit doit commander et le corps obéir, d Gela est fort bien dit, mais il devait vivre comme il a parlé. Cependant il s'est rendu l'esclave des plus sales voluptés et a démenti ses sentimens par le dérèglement de sa vie. Que si l'âme est un feu comme nous l'avons dit, elle doit tendre comme le feu vers le ciel et s'élever à Timmortalité. Mais comme le feu a besoin pour brûler et pour vivre d'une matière épaisse qui l'entretienne , ainsi l'âme pour vivre a besoin d'une nourriture qui est la justice. Quand Dieu eut fait l'homme de la manière que je l'ai décrit , il le plaça dans le paradis , c'està-dire dans un jardin très-agréable et très-fortile, assis en Orient et planté de toute espèce d'arbres dont les fruits devaient le nourrir et lui fournir une vie facile et sans autre soin que de servir Dieu. Dieu lui fit certains commandemens, à condition que s'il les gardait il obtiendrait l'immortalité, et que s'il les violait il deviendrait sujet à la mort. Le principal commandement qu'il lui fit, fut de ne point manger du flruit d'un arbre qu'il avait planté au milieu du paradis, et auquel il avait attaché la connaissance du bien et du mal. Alors le calomniateur, animé par la jalousie qui lui donnait l'excellence de l'ouvrage de Dieu , employa tout ce qu'il avait de ruses et d'artifices pour tromper l'homme , et pour le priver de l'immortalité. Il persuada premièrement à la femme de goûter du fruit défondu , et se servit ensuite de la fomme pour porter l'homme à violer le comman-

dement. Dès que l'homme sut le bien et le mal, il eut honte de sa nudité , et tâcha de se cacher et de se dérober à la vue de Dieu , ce qu'il n'avait jamais fait jusque alors. Dieu le condamna à vivre de son travail, le chassa du paradis, entoura le paradis de fou de peur qu'il n'en appror chat jusqu'à ce que Dieu juge la terre eè jusqu à ce qu'après avoir détruit la mort il rétablisse ses serviteurs dans ce lieu des saintes délices, comme l'Écriture et la sibylle même le témoigne quand elle assure que ceux qui auront rendu à Dieu les honneurs et le culte qui lai sont dus , jouiront en récompense d'une vie éternelle dans un lieu délicieux. Mais comme cela n'arrivera qu'à la fin du monde , je n'en dois parler aussi qu'à la fin de mon ouvrage. Parlons maintenant de ce qui a précédé. L'homme est mort comme Dieu l'avait ordonné , et comme la sibylle le déclare quand elle rapporte la manière dont, après que l'honune eut été formé des mains de Dieu , il fut trompé par les ruses do serpent, et tomba dans la mort , au lieu d'arriver à la connaissance du bien et du mal. Ainsi la vie de l'homme devint limitée par le temps, quoique ce temps fût d'assez longue durée, et qu'il s'étendit jusqu'à mille ans. Ce foit dont l'Écriture fait mention est devenu si public que Varron, en ayant entendu parler, voulut rediercher la raison pour laquelle on a étendu jusqu'à mille ans la vie des premiers hommes, et dit que parmi les Égyptiens les mois tiennent lieu d'années. Mais son argument est évidemment faux; car jamais personne n'a vécu plus de mille ans. Or ceux qui en vivent seulement cent, œ qui n'est pas rare, vivent douze cents mois. Mais parce que Varron ne savait ni le sujet pour lequel la vie des hommes fut accourcie , ni le temps auquel cela arriva, il l'a accourcie luimême de la manière qui lui a paru la plus probable, sur ce qu'il savait que Ton peut vivre jusqu'à cent vingt ans qui valent quatonoe cents mois.

XIV. Lorsque Dieu vit que la terre était toute couverte de crimes, il se résolut d'exterminer le genre humain par le déluge; et néanmoins, pour le réparer, il choisit un homme qui dans la corruption générale avait conservé son innocence, il s'appelait Noé. A l'âgede six cents ans il construisit sur le commandement de Dieu une arche où il fut préservé avec sa fenune, ses trois fils et ses trois

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belles-filles de Feau du déluge qui avait couvert le sommet des plus hautes montagnes. Lorsque celte eau fut dissipée et que la surface de la terre eut commencé à paraître et à se sécher , Dieu, en haine des crimes qui avaient attiré cet épouvantable châtiment, et de peur que la trop longue durée de la vie humaine ne servit qu'à en accroître la corruption, la raccourcit peu à peu, et la borna à Fespace de cent vingt ans. Lorsque Noé fut sorti de Tarche, il cultiva la terre et planta la vigne. Gela fait voir clairement la fausseté de Fopinion de ceux qui attribuent à Bacchus Finvention et la manière de faire le vin; car Noé a précédé de plusieurs siècles non-seulement Bacchus, mais Saturne et Uranus. Aux premières vendanges qu'il fit, il but jusqu'à perdre Fusage de la raison, et s'endormit sans se couvrir. Un de ses fils nommé Cham l'ayant vu en cet état, au lieu de couvrir sa nudité, alla en avertir ses frères. Ils prirent un manteau , entrèrent au lieu où leur père dormait, et le couvrirent en tenant toujours le visage et les yeux tournés d'un autre côté. Quand Noé sut ce qui lui était arrivé, il maudit Gham et le chassa. Gham s'enfuit au pays que Fon appelle aujourd'hui Arabie et que Fon appelait autrefbis de son nom terre de Ghanaan , comme on appelait ses descendans Ghananéens. Ce furent les premiers peuples qui ne connurent point Dieu , parce que leur chef n'avait pas ap* pris à le connaître et n'avait point été instruit par Noé son père , qui Favait maudit et chassé. CTestd'euxqucles peuples voisins sontdescendus. Les descendans de Noé son père furent depuis appelés Hébreux. Us furent dépositaires de la véritable religion. Lorsqu'ils se furent si fort multipliés que le pays où ils demeuraient ne pouvait plus les contenir, quantité de jeunes gens en allèrent chercher un autre, soit qu'ils eussent été envoyés par leurs parens ou qu'ils y eussent été contraints par la disette, et, s'étant répandus de côté et d'autre, ils peuplèrent les lies. Alors étant comme séparés de la racine d'où ils avaient tiré le sentiment de la véritable piété, ils se firent d'autres mœurs chacun selon son caprice. Les Égyptiens commencèrent les premiers à regarder le ciel et les astres, et à les adorer. Mais parce qu'ils n'avaient point encore de maisons et qu'ils jouissaient d^un air fort pur , et qui n'était couvert d'aucun nuage, ils considérèrent

attentivement les astres et en observèrent le cours et les défaillances. Us furent quelque temps après excités par des prodiges à adorer des animaux d'une figure monstrueuse. Ceux qui se dispersèrent en d'autres pays, admirèrent le ciel, le soleil et les élémens, les adorèrent et leur offrirent des sacrifices , bien qu'ils n'eussent fait encore ni temples ni images et qu'ils ne les aient inventés que dans la suite des temps, en l'honneur des plus puissans princes auxquels ils présentèrent de l'encens et immolèrent des victimes. Voilà comment ils s'éloignèrent de la connaissance du vrai Dieu et tombèrent dans l'aveuglement du paganisme. Ainsi ceux qui croient que Fidolàtrie est aussi ancienne que le monde et que notre religion est nouvelle sont dans un erreur manifeste.

XV. Dieu, ne voulant pas permettre que le démon, à qui dès le commencement il avait donné un grand pouvoir sur toute l'étendue de la terre, corrompit ou dissipât les hommes qui commençaient à se multiplier, envoya ses anges pour les garder, et leur recommanda sur toutes choses de ne rien perdre de la pureté de leur nature par le commerce qu'ils entretiendraient ici-bas. Il leur défondit de faire ce qu'il savait bien qu'ils feraient, et il le leur défendit afin que quand ils l'auraient fait, il ne leur restât aucune excuse. Le prince du monde qui a quantité de moyens de tromper, les engagea peu à peu dans le crime et les souilla par l'habitude cri- «inelle qu'il leur fit contracter avec des femmes. Ges péchés leur ayant fermé l'entrée du ciel , ils tombèrent sur la terre, et au lieu d'anges et d'envoyés de Dieu qu'ils avaient été, ils devinrent les ministres et les esclaves du démon; les enfans qui descendirent d'eux ne furent ni de la nature des anges ni de ceUe des hommes, mais d'une nature qui tient le milieu entre ces deux là. Aussi furent-ils exclus de Fenfer comme leurs pères l'avaient été du ciel. Ainsi il y eut deux espèces de démons : savoir, les démons du ciel et ceux de la terre. Ges derniers sont des esprits impurs qui sont cause de tout le mal qui se commet et qui obéissent au diable comme à leur prince. G'est pour cela que Trismégiste l'appelle Démoniarque c'est-à-dire prince des démons. Les grammairiens ensei* gnent que le nom de démon vient de datmôn^ ' qui signifie savant . et ils croient que les dé*

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mons sont des dieux. Ils savent quelque chose de Tavenir, mais ils ne savent pas tout, car ils n'entrent pas au conseil de Dieu. C'est pour cela qu'ils ne font que des réponses ambîguCs. Les poètes les ont connus et ont parlé d'eux. Voici ce qu'en dit Hésiode:

«Le* démons <mt été créés par la Tokmté de Japtter poor lire tes ipardicns des bomincs.»

Hésiode a parlé de la sorte parce que les dédions avaient été chargés de garder les hommes, et parce qu'ils veulent que l'on c#oie qu'ils les gardent, bien qu'au lieu de les garder ils les corrompent et se fassent adorer par eux. Les philosophes ont parlé d'eux fort an long. Platon a tâché d'expliquer leur nature. Socrate disait que dès sa jeunesse il avait toujours eu auprès de lui un démon par le conseil duquel il s'était conduit dans les actions les plus importantes de sa vie. La puissance et les effots de la magie dépendent d'eux. Quand ils sont évoqués par les cérémonies de cet art, ils enchantent de telle sorte les hommes par leurs illusions, qu'ils ne voient plus ce qui est devant eux et qu'ils s^maginent voir ce qui n'y est pas. Ces esprits impurs sont errans et vagabonds sur toute la terre, et n'ont rien qui les console de leur chute, que la malheureuse satisfaction de Mre tomber les hommes dans le même précipice. Cest pour cela qu'ils usent de tant d'artifices et de tant de ruses ; qu'ils dressent tant de pièges et tant d'embûches. H n'y a personne à qui ils ne s'attachent pour cet effet, ni de maison ckmt ils ne s'emparent sous le nom de génie, qui signifie en latin la même chose que démon. On les consacre dans les maisons, on répand chaque jour du vin devant eux, on les révère comme des esprits remplis de science, comme des dieux terrestres, comme des génies qui détournent et éloignent le mal de nous, bien qu'en effet ils l'attirent etleprocurent. Gomme ce sont des êtres subtils et impalpables, ib s'insinuent dans les entrailles, y altèrent la santé , y excitent des maladies, troublent le repos par des songes affreux , ébranlent Tesprit par de farienx mouvemens, et épouvantent si fort les plus hardis qu'ils les contraignent d'implorer leur protection.

XVI. deux qui ne connaissent point la vérité ont peine à éviter ces tromperies; car ils croient qu'ils servent quand ib cessent de nuire, bien

quils n'aient aucun pouvoir, si ce n'est de nuire. Quelqu'un dira peut-être que, puisqu'ils ont le pouvoir de nuire, il faut les révérer de peur qu'ils ne nuisent ; mais ils ne nuisent qu'à ceux qui les craignent, qu'à ceux qui ne sont pas déftndus par la main toute-puissante de Dieu, et qui n'ont point de part au secret de la vérité. Mais ils craignent si fort les gens de bien et les serviteurs de Dieu, qu'aussitôt qu'ils entendent prononcer leur nom, ils sortent du corps qu'ils possédaient, étant quelquefois pressés et comme battus , non à coups de bâton, mais par la voix de ces fidèles adorateurs du souverain mettre de l'univers. Us confessent qu'ils sont des démons, et déclarent les noms sous lesquels ils sont adorés dans les temples, et le déclarent à leur honte en présence de leurs adorateurs, parce qu'ils ne peuvent en imposer ni à Dieu, au nom duquel ils sont conjurés, ni aux personnés saintes qui les pressent et qui les tourmentent par la force de leur parole. Us protestent quelquefois avejc d*horribles hnrlemens qa*ils sentent qu'on les bat et qu'on les brûle, et qu'ils sont prêts à sortir des corps qu'ils possèdent. Voilà le pouvoir que la foi et la sainteté exercent sur ces esprits. A qui peuvent-ils donc nuire , si ce n'est à ceux qu'ils tiennent sons leur puissance? Trismégiste assure que ceux qui connaissent Dieu sont exempts des insuites des démons , et que de plus ils ne dépendent point de la destinée. «Toute la force , dit-il , et tonte l'assurance de l'homme consistent dans la piété. Le démon ni la destinée ne peuvent rien sur les hommes pieux. Dieu les délivre de toute sorte de mal, et la piété est Tunique bien. «Expliquant en un autre lieu en quoi consiste la piété , il dit qu^elle consiste en la connaissance de Dieu. Asclépius , son disdple , a enseigné plus au long la même doctrine dans un discours dédté à un roi. Ils conviennent tous deux que les déuMms sont les ennemis qui tourmentent l'homme, et Trism^fiste dit que c'est pour cela qu'ils ont été appelés les mauvais anges. D parait par là qu'il n'a pas ignoré qu'ils tiraient du ciel leur origine, et qu'ils ne sont devenus terrestres que par leurs crimes.

XVII. L'aslrologie judiciaire, les auspices, les augures, les oracles, la nécromancie, la magie, et tous les mauvais arts que les hommes exercent, soit en particulier, soit en public, sM

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE II

des inventions des démons , et ces arts-li sont faux, comme la sibyUe Erythrée le témoigne quand elle dit : que tout ce que les hommes dé- ^ pourvus de sagesse cherchent par Texplication ; des songes, n'est qu'illusion et tromperie. Mais bien que ces moyens de parvenir à la connaissance de la vérité soient faux , les démons qui les ont inventés abusent tellement de la crédulité des hommes , qu'ils les leur font recevoir comme véritables. Pour les détourner du culte du vrai Dieu , ils leur ont appris à faire des images et des idoles, à embellir les portraits des princes défunts , et à les consacrer dans les temples , et ils ont pris eux-mêmes les noms de ces princes comme des marques pour attirer les adorations des peuples. Mais quand les magiciens font les cérémonies exécrables de leur art , ils appellent les démous par leurs propres noms et non par les noms sous lesquels ils se font rendre un culte de religion. Ces esprits impurs et vagabonds mêlent la vérité avec le mensonge, pour tout confondre et pour répandre des erreurs. CTest dans ce dessein quils ont feint un grand nombre de dieux , dont Jupiter est le roi. Cette fiction obscurcit la vérité : savoir que dans le ciel il y a un grand nombre d'anges et un seul Dieu qui est leur Seigneur, et elle la dérobe à la vue des hommes ! Dieu étant seul n'a pas besoin de nom pour se distinguer, comme je l'ai dit au commencement de cet ouvrage. Les anges , bien qu'ils soient immortels , ne veulent pas pourtant qu'on les appelle dieux. Ils mettent toute leur gloire dans leur devoir, et leur devoir consiste uniquement à obéir au souverain mattre de l'univers. Nous disons que Dieu gouverne le monde à peu près comme un gouverneur administre sa province. Bien que le gouverneur fasse beaucoupde choses par le ministère de ses officiers, il n'y a pourtant personne qui dise que ces derniers partagent avec lui l'honneur du gouvernement. Cependant ils agissent très-souvent contre ses ordres, sans qu'il le sache , et cette ignorance oik il est , est une misérable dépendance de notre condition. Mais le souverain mattre de l'univers, qui sait tout et qui voit tout, possède seul avec son Fils la puissance du commandement, et les anges n'ont que Tobéissance en partage. Ils ne s'attribuent aucun honneur, et toute leur grandeur consiste à être soumis à Dieu. Mais ceux qui

ont renoncé i son service et déelaré la guerre 1 la vérité tAchent d'usurper des honneurs divins, non par aucun désir qu'ils en aient, car quel désir en pourraient avoir des esprits qui se sont perdus par leurs crimes? ni à dessein de nuire à Dieu à qui nul ne peut nuire, mais à dessein de nuire aux hommes, en les détournant du culte de la maijesté éternelle, et en les privant de l'immortalité dont il se sont privés euxmêmes. C'est pour cela qu'ils mettent des voiles sur la vérité, et qu'ils charment les hommes de peur qu'ils ne reconnaissent leur père et leur Seigneur. Pour tromper plus aisément ils se cachent dans les temples aux heures auxquelles on offre des sacrifices; ils y font de iâux mirtdes, par lesquels ils épouvantent les simples et leur font prendre des idoles pour des dieux. Cest ce qui a fait croire qu'un augureavait coupé une roche avec un rasoir, que Junon avait déclaré qu'elle voulait être transportée de Yeles A Rome, que la Fortune des Femmes a averti du péril dont la ville était menacée, que Claudia a attiré à bord un vaisseau que toute la jeunesse n'avait pu ébranler, que Junon, Proserpine, Cérès, se sont vengées des sacrilèges qui avaient été commis contre elles, qu'Hercule, se vengea aussi d'Appius comme Jupiter d'Attinius, et Minerve de César. Cest aussi ce qui a Eaiit croire que le dragon amené d'Épidaure avait délivré Rome de la maladie contagieuse. On peut dire qu'alors le Démoniarque, c'est-à-dire le prince desdémons, fut amenépar lesambassadeurs sans aucun déguisement et sous sa propre et naturelle figure de serpent Mais jamais ces démons ne trompent tant que quand ils rendent des oracles, dont ceux qui sont privés des lumières de notre religion ne découvrent pas les illnsions et les impostures. Ils s'imaginent que ces oracles promettent les dignités et les royaumes, la victoire, les richesses, l'heureux succès des entreprises; ils se persuadent que ces oracles ont souvent averti des dangers .dont les États étaient menacés, et déclaré le moyen de les éviter en apaisant la colère des dieux par des sacrifices ; mais ce n'est que tromperie et ilIusioiL Comme les démons connaissent l'ordre que Dieu, dont ils ont été les ministres, a établi dans le monde, ils se mêlent à ses ouvrages pour lui ravir la gloire qui lui est due et pour se l'at* tribuer A eux-mêmes. Quand ils savent que*

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sdoQ la disposition de l'éteradle providence, il doit arriver quelque avantage ou à une ville ou à un peuple, ils promettent ou en songe, ou par des prodiges , ou par des oracles, de le procurer, au cas qu'on leur élève des temples, qu'on leur offre des sacrifices , qu'on leur rende des honneurs. Quand ces honneurs leur ont été rendus , et que l'avantage qu'ils avaient promis est réalisé , le peuple conçoit pour eux une admiration et une révération qu'on ne saurait exprimer. On leur élève ensuite des temples, on consacre leurs images et on égorge en leur honneur une prodigieuse quantité de victimes. Mais ceux qui s'acquittent de ces devoirs sont eux-mêmes des victimes qui sacrifient la vie non de leurs corps, mais de leurs âmes. Quand les démons prévoient un danger extraordinaire qui est proche , ils protestent qu'ils sont en colère, bien qu'ils n'en donnent le plus souvent que de fort légères raisons , comme quand Junon prostesta qu'elle était en colère contre Yarron parce qu'il avait placé un jeune garçon dans le temple de Jupiter pour y veiller et pour y servir de sentinelle. Ce fut pour cela que les Romains perdirent la bataille de Cannes qui enleva la fleur de leur armée et qui éteignit presque le nom de leur république. Si Junon était jalouse du jeune garçon dont j'ai parlé, fallait-il que la fleur de l'armée romaine en portât la peine? Si les dieux n'ont soin que des chefo, et s'ils négligent les soldats, pourquoi Yarron , qui était coupable, échappa-t-il, et pourquoi Paulus, qui était innocent, fut il tué? Lorsque Annibal tailla en pièces deux armées romaines par son habileté et par sa valeur, la haine que Junon avait conçue contre les Romains ne fut point cause de cette défaite ; autrement elle aurait entrepris de défendre Garthage, où elle avait son char et ses armes, et de repousser les Romains, puisqu'elle avait ou! dire qu'il sortirait de Troie une nation qui abattrait un jour les forteresses de Garthage. Ce ne sont que des illusions par lesquelles les démons, cachés sous le nom de quelques personnes qui ne sont plus, tâchent de surprendre ceux qui sont encore. Quand le péril qui est proche peut être détourné, ils font croire qu'ils l'ont détourné après avoir été apaisés par des sacrifices. Quand il ne peut-être détourné, ils disent qu'ils ne l'ont pas voulu, en haine du mépris qu'on a fait de leur puissance.

Yoilà comment ils se font respecter et craindre par des hommes qui ne les connaissent point. Yoilà quels sont les artifices dont ils se sont servis pour 6ter à presque tous les peuples la connaissance d'un seul Dieu. Depuis qu'ils se sont perdus par leurs crimes, ils ne travaillait plus qu'à perdre les autres. C'est pour cela qu'ils ont été assez cruels pour vouloir qu'on leur sacrifiât des victimes humaines, et qu'ils se sont repus avec tant de plaisir de leur sang et de leurs âmes.

XYIII. Quelqu'un demandera peut-être pourquoi Dieu souffre ces désordres et pourquoi il permet que les hommes tombent en des erreurs si déplorables et si dangereuses ? Cest afin qu'il y ait un combat entre le bien et le mal, entre la vertu et le vice, et qu'il y ait des gens de bien qu'il récompense et des coupables qu'il châtie. Je parlerai dans le dernier livre du jugement qu'il établira à la fin des siècles, et où il jugera les vivans et les morts. Il diffère cependant jusqu'à ce que le temps arrive auquel il répandra sa colère avec une force dont on ne saurait voir l'image dans les livres des prophètes sans être saisi d'horreur et d'effroi. Mais jusque-là il permet aux hommes de s'égarer et de se montrer impies à son égard , et il ne fait rien en cela de contraire à sa justice, à sa douceur, et à sa patience. Car quiconque a une vertu parfaite a aussi une patience parfaite. Quelques-uns croien t que Dieu n'encre jamais en colère, parce qa'il est exempt des passions auxquelles l'homme est siyet ; mais ce sentiment est contraire à la vérité et ruine entièrement la religion. Je Texaminerai dans un ouvrage exprès ou je traiterai fort au long de la colère de Dieu. Quiconque aura suivi ces esprits impurs, et les aura révérés , ne jouira jamais du ciel ni de la lumière de Dieu, mais tombera dans les ténèbres et dans les supplices qui sont préparés au prince et à l'auteur du péché. J'ai fait voir, si je ne me trompe , par trois raisons invincibles qu'il n^ a rien que de vain et de ridicule dans le culte qu'on rend aux dieux. La première est que les images que l'on adore représentent des hommes qui ont vécu autrefois sur la terre. Or c'est nne chose contraire à la bienséance et à la raison que l'image de Dieu adore l'image d'un homme, puisque celui qui rend Tadoration est plus élevé et plus puissant que cehii àqui il la rend. D'ailleurs c'est un crime énorme d'abandonner

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le culte de Dieu vivant, pour se soumettre à celui d'un cadavre et d'un tombeau qui ne sauraient donner la vie dont ils sont privés. Enfin il ne peut y avoir qu'un seul Dieu, de la souveraine puissance du quel toutes les créatures relèvent. La seconde raison est que les images , que les païens adorent par le dernier et par le plus déplorable de tous les aveuglemens, n'ont aucun sentiment puisqu'elles ne sont que de terre. Or il n'y a personne qui ait assez peu de lumière pour ne pas reconnaître que l'homme, à qui Dieu a donné une taille droite et élevée afin qu'il regarde le ciel d'où il est descendu et où il doit retourner, ne doit pas s'abaisser et se courber vers la terre qu'il foule aux pieds. La troisième raison est : que les esprits qui président aux religions païennes, ayant été condamnés par la bouche de Dieu et chassés de sa présence, sont errans et vagabonds sur la terre où, bien loin de procurer aucun avantage à ceux qui les adorent, ce qui n'appartient qu'à Dieu seul , ils les empoisonnent par des erreurs pernicieuses et les détournent de la fin à laquelle fls doivent tendre. II ne faut donc pas adorer ces esprits qui sont condamnés par la bouche de Dieu, et ce serait un crime de s'abaisser au-dessous d'eux , puisqu'il est aisé de s'élever au-dessus en suivant la justice, et de les chasser par la force du nom de Dieu. Si ces raisons font voir la vanité des religions païennes, il est clair que ceux qui prient les morts, qui se courbent vers la terre, qui adorent des esprits impurs, s'éloignent de la raison, et qu'ils subiront le supplice dû à l'impiété par laquelle ils se sont soulevés contre le père commun du genre humain et se sont souillés par d'exécrables sacrifices.

XIX. Quiconque veut tâcher de se rendre digne du nom qu'il porte, et conserver l'excellence de sa nature, doit s'élever au-dessus de la terre , regarder fixement le ciel, et bien loin de chercher sous les pieds un Dieu pour l'adorer, le chercher en haut, tout ce qui est au-dessous de l'homme étant sans doute moindre que Iliomme. Or comme Dieu est plus grand que l'homme, il est aussi au-dessus de lui dans la plus haute et non pas dans la plus basse région du monde. C'est pourquoi il est certain qu'il n'y a point de religion là où il y a des images et des idoles. La religion consiste dans les choses de Dieu : les choses de Dieu sont cé-

lestes. Les images ni les idoles n'ont rien de céleste , parce qu'elles ne sont que de terre , et par conséquent il n'y a point de religion dans les images. Tout homme qui aura un peu de pénétration reconnaîtra par le nom même d'image la vérité de ce que je dis ; car une image est quelque chose d'opposé à la vérité. Ce qui la représente et ce qui l'imite n'est pas elle. L'imitation et la représentation ne sont pas une chose sérieuse; ce n'est qu'un divertissement et un jeu. Ainsi il n'y a point de religion dans les images , mais seulement une imitation , ou, s'il est permis dcparler ainsi, une comédie de religion. Il faut donc préKrer la vérité à toutes sortes de faussetés. 11 faut fouler la terre aux pieds pour s'élever au ciel , car quiconque abaissera vers la terre son àme, qui est descendue du ciel , tombera lui-même au lieu où il l'aura abaissée. C'est pourquoi il faut toujours se souvenir de sa dignité et toujours tendre vers le lieu de son origine. Quiconque s'acquittera fidèlement de ce devoir aura la justice et la sagesse, et méritera le titre d'homme. Quand Dieu le verra non couché sur la terre comme les animaux, mais droit et élevé vers le ciel, tel qu'il l'a fait, il le reconnaîtra pour son enfant.

XX. J'ai achevé, je crois, une grande et difficile partie de l'œuvre que j'ai entreprise; et Dieu ayant daigné me suggérer mes paroles, j'ai réfuté assez fortement les erreurs invétérées. Mais maintenant ce qui me reste à faire sera sans doute encore fort difficile; car j'ai à combattre la philosophie dont on m'oppose la doctrine et l'éloquence. Au lieu que Ton n'avait employé jusqu'ici que le suffrage de la multitude et le consentement des nations pour opprimer la vérité, on emploie maintenant l'autorité des plus excellens hommes en toute sorte de sciences. Qr il est certain que le jugement d'un petit nombre de savans doit être préféré à celui d'un grand nombre de personnes qui n'ont que l'ignorance en partage. Je ne désespère pas pourtant de convaincre, avec l'aide Dieu, les philosophes, et je ne puis m'imaginer qu'ils aient une opiniâtreté assez déraisonnable pour nier qu'ils voient la lumière lorsque je la leur aurai mise devant les yeux. S'ils cherchent sincèrement la vérité, comme ils en font profession je leur ferai voir clairement qu'elle est trouvée et qu'elle ne pourrait l'être par la seule péné-

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tration de lear esprit, ni par la seule force de la nature.

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