‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 81 sur 102 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

pourquoi ne rtgne-t-elle pas et ne reçoit-elle pas nos hommages toute seuleP Si elle n'envoie que du mal , pourquoi la vénëre-t-on comme une déesse? Pourquoi envie-t-elle la prospérité à ceux qui lui offrent des sacrifices? Pourquoi estelle plus favorable aux méchans qu'aux gens de bien? Pourquoi prend-elle plaisir à tendre des pièges, à tromper, à ruiner leç hommes, et à les jeter dans des tristesses mortelles? Qui lui a donné Tordre et le pouvoir de faire une guerre si cruelle aux hommes, et de disposer dç toutes choses par son caprice et sans aucune justice? Les philosophes devaient chercher Féclaircissèment de ces questions, plutôt que d'accuser légèrement la Fortune, tout innocente qu'elle est; car, quand il y aurait en effet une Fortune, ils ne sauraient rendre aucune raison de la haine si implacable qu'ils lui attribuent contre les hommes. Ainsi les plaintes continuelles qu'ils font de son injustice, et les vains éloges dont ils relèvent leur propre vertu , ne sont que d'extravagantes rêveries, qui font voir la faiblesse et la légèreté de leur esprit. Qu'ils n'aient donc point de jalousie de ce que Dieu a eu la bonté de nous révéler la vérité. Gomme nous savons qu'il n'y a point de Fortune, nous savons aussi qu il y a un méchant esprit qui est l'ennemi dé* daré de la justice, qui persécute les gens de bien , qui s'oppose à tous les desseins de Dieu par le motif d'une jalousie dont j'ai rapporté le sujet dans le second livre de cet ouvrage. 11 dresse des pièges à tous les hommes; il embarrasse aisément dans les filets de l'erreur ceux qui ne connaissent point Dieu ; il les enveloppe de ténèbres; il les accable du poids de leur propre extravagance, afin qu'ils ne parviennent jamais à la connaissance qui renferme la sagesse et la vie étemelle; il use de ruse et d'adresse pour surprendre ceux qui connaissent Dieu , et pour les porter au péché par le plaisir; et quand ce moyen ne réussit pas , il a recours à la violence. Dieu a difffiré à dessein le châtiment que mérite son péché, afin qu'il exerce notre vertu , qui ne saurait devenir parfaite que par répreuve; car la vertu est la patience qui a supporté le mal sans être vaincue. Ainsi nous n'aurions point de vertu si nous n'avions point d'ennemi. Gomme les philosophes ont senti la violence de celte puissance contraire et qu'ils ea ont i|;noré le nom j ils om inventé celui de

Fortune, ce qui est fort extravagant , comme Juvénal a ea dessein de le marquer par ces

Il n'y a point de divinité sans la prudence; mais à Téganl de la Fortune, nous la reconnaissons pour une dresse, et ooouim telle nous la plaçons dans le det.

Ge sont donc , comme Gicéron l'avoue , la folie, Terreur, lignorance et l'aveuglement qui ont inventé les noms de Nature et de Fortune : les philosophes n'avaient garde de connaître la vertu, puisqu'ils ne connaissaient pas l'ennemi contre lequel ils la devaient faire paraître. Si cette vertu est jointe à la sagesse , ou si c'est la sagesse même, comme ils le prétendent , ils ne savent en quoi elle consiste. Quiconque ne connaît pas son ennemi , ne saurait se préparer comme il faut aie combattre; il ne choisira pas des armes propres à remporter la victoire. Au lieu de poursuivre son ennemi , il ne poursuivra que son ombre. Il sera infailliblement vaincu , parce qu'il ne prévoit pas le coup qui le menace et qui le percera de part en part.

XXX. J'ai fait voir, autant que mon peu de suffisance me Ta pu permettre , combien les philosophes se sont éloignés de la vérité. Je sais que j'ai omis beaucoup de choses ; mais aussi je n'avais pas entrepris de combattre toutes leurs erreurs: j'avais seulement été obUgé de montrer , comme en passant , qu'un si grand nombre d'excellents esprits s'étaient misérablement consumés à la poursuite du mensonge, pour empêcher que ceux qui avaient reconnu qu'il n'y avait pas d'espérance de trouver la vérité dans les religions païennes , ne l'allassent chercher parmi les sectes si différentes de ces sages de l'antiquité. Il ne reste donc aucune espérance ni aucun salut que dans la doctrine que nous soutenons. Toute la sagesse consiste à connaître Dieu et à le servir. J'élève ma voix, autant qu'il m'est possible, pour déclarer et pour publier : que nous avons dans notre religion la vérité que les philosophes ont cherchée durant toute leur vie , et qu'ils n'ont jamais pu trouver parce qu'ils n'ont aucune religion , ou qu'ils n'en ont eu qu'une mauvaise. Éloignons-nous de ces maîtres qui ne font que nous troubler au lieu de nous instruire. Que pourraient -ils nous enseigner, eux qui n'ont rien appris? Qui ces malades pourraient «ib

LACTANCE

î^!îdrîr? Qui cesavengles pouiralent-îls Instruire? Que ceux qui désirent connaître la sagesse se rendent en foule à notre religion. Attendronsnous que Socrate commence à savoir quelque chose , qu'Anaxagore trouve la lumière au milieu des ténèbres , que Démocrite tire la vérité du fond du puits où elle est cachée , qu'Empédocle élargisse les chemins des sens par où les objets entrent dans Tàme , enfin qu'Arcésilas et Gaméade voient et comprennent? Une voix du ciel nous déclare la vérité ; une lumière plus éclatante que le soleil nous la montre. Pourquoi sommes -nous assez injustes envers nousmêmes , pour refuser la sagesse que les philosophes les plus célèbres de l'antiquité ont cherchée inutilement durant tout le temps de leur vie ? Quiconque veut devenir sage et heurenx n'a qu'à écouter la voix de Dieu , à apprendre la justice, à méditer le sujet pour lequel il a été mis au monde, à mépriser tout ce qu'il y a s(ir la terre, à faire profession du culte de Dieu, pour parvenir un jour au souverain bien , dont la jouissance doit faire tout son bonheur. Il faut pour cela renoncer à toutes les autres religions, rejeter tout ce que Ton dit pour leur défense, réfuter les erreurs de toutes les sectes des philosophes. La vérité s*élèvera sur les ruines du mensonge. Après avoir détruit les fausses religions , H est aisé d'établir la nôtre par des exemples, par des argumens et par des témoiga ges convaincans, et de iaire voir que Textravagance que les philosophes nous attribuent ne se rencontre que parmi eux. Bien qu'en réfutant leurs erreurs et en faisant voir qu'ils ne possèdent point la véritable sagesse, j'aie marqué assez clairement le lieu où elle réside, je me suis proposé de le prouver encore plus solidement dans tout le livre suivant.

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