‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 83 sur 102 · KOR · texte numérisé non relu

KOR

LACTANCF,

(Ici h ; bien que nulle des circonstances qut ont éic marquées par les prophètes ne leur puisse convenir. Jamais ils n'ont été couverts d'ordures, Tun ayant été prince, et l'autre prêtre. Jamais ils n'ont souffert de traitement injurieux pour être comparé à un tison tiré du feu. Jamais ils n ont été debout en présence de Dieu et des anges, et, s'ils y avaient été, le prophète aurait parlé du passé au lieu de prédire l'avenir. Il a parlé du premier avènement de Jésu.s , fils de Dieu, qui devait paraître dans un état d'humilité et de bassesse sous un corps mortel. C'est ce qui est marqué par le vêtement couvert d'ordures dont il s'était revêtu , pour préparer un temple au Seigneur , et par le tison tiré du feu, qui est comme une image de ses souffrances et de sa mort; car, en langage populaire, on appelle tison un morceau de bois tiré du feu et éteint. L'esprit de Dieu a déclaré , par la bouche du prophète , les commandemens qu'il devait recevoir lorsqu'il serait envoyé sur la terre, afin qu'après avoir fidèlement exécuté les ordres du père, il reçftt en récompense le pouvoir de jngcr,et un empire éternel. «Si vous marchet, dit-il , dans mes voies, et que vous gardiez mes commandemens, vous jugerez ma maison. »II est aisé de savoir quelles sont ces voies et ces préceptes. Quand Dieu vît que l'idolâtrie et les autres crimes avaient inondé de telle sorte toute la terre , que son nom n'y était presque plus connu, et que les Juift, auxquels seuls il avait révélé ses mystères , s'étant laissé tromper par les démons, adoraient les idoles, et n'écoutaient plus la voix des prophètes qui les rappelaient à la véritable religion , il envoya son fils, comme son premier ambassadeur, aux hommes, afin qu'il les retirât de la superstition et de l'impiiété, qu'il leur enseignât la justice, et qu'il leur inspirât la sagesse. Voilà les voies qu'il lui ordonna de tenir, et les préceptes qu'il lui commanda d'observer. 11 a gardé la fidélité à son père , en enseignant qu'il est le seul Dieu qu'il faut adorer, et en ne se nommant jamais Dieu lui-même. 11 aurait aussi manqué de fidélité, si, ayant été envoyé pour détruire la pluralité des dieux, il en avait prêché plus d'un. Il n*aurait plus prouvé la gloire d'un seul Dieu qui Tavait envoyé ; il aurait recherché ses propres avantages, et se serait séparé des intérêts de celui dont il devait publier la grandeur et la majesté. Mais

parce que, sans s'attribuer aucun taonnear, il a suivi avec une parfaite fidélité les ordres de celui qui l'avait envoyé. Il a reçu en récompense la dignité de prêtre, la puissance de roi, la qualité de juge, et le nom de Dieu.

XV. Après avoir parlé de la seconde naissance, par laquelle le Fils de Dieu s'est rendu visible aux hommes dans un corps mortel , parions maintenant de ses actions merveilleuses, qui, bien qu'elles fussent des preuves de sa puissance divine , n'ont pas laissé d'être prises par les Juifis pour des effets de Part magique. Dès sa jeunesse ri fut baptisé par le prcyphète Jean , dans le fleuve du Jourdain, pour effactr. par une eau spirituelle, non ses propres péchés, car il n'en avait point, mais les péchés de la nature qu'il avait prise, et pour sauver les gentils par le baptême, comme il avait sauvé les Juilîs par la circoncision. On entendit alors une voix du ciel qui disait : «Vous êtes mon fils , je vous ai aujourd'hui engendré.» Ce sont des paroles qui avaient été prédites auparavant par le prophète David. L'Bsprit-Saint descendit à l'heure même sur lui en forme de colombe. B commença aussitôt â (aire des miracles, ncm par l'art magique qui n'a que des illusions , mab par la puissance divine, comme les prophètes l'avaient prédit. Le nombre de ces mirades est si grand , qu'à peine un livre entier les pooirait-il contenir. Je me contenterai de les marquer en termes généraux, sans exprimer lescircoostanoes des lieux ni des personnes , pour foire ensuite le récit de ses souffrances et de sa mort , sujet dont j'ai impatience de traiter. Apollon a appelé ses opérations prodigieuses , parce qu'en passant dans quelque lieu que ce fût, fl guérissait en un moment et d'une seule parole toute sorte de maladies, si bien que des paralytiques qui avaient perdu l'usage de tous leurs membres le recouvraient en un moment, et remportaient les lits sur lesquels ou les avait apportés eux-mêmes. 11 rendait aux boiteox nonseulement le pouvoir de marcher , mais aussi la farce de courir ; il rendait la jouissance de la lumière â des yeux qui semblaient être condamnés & de perpétuelles ténèbres; il rendaii la parole aux muets , l'ouïe aux sourds. U purifiait ceux qui étaient tadiés de la lèpre , et faisait toutes ces merveilles par sa seule parole, comme la sibylle l'avait marqié, quand elle avait

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dit que pour chasser les maladies il ne se servait que de sa voix. Il ne fiatut pas s'étonner de ce qu'il feisait des merveilles par sa parole , puisqu'il était la parole de Dieu , soutenue par une force toute-puissante. Mais ce n'était pas assez quil eftt rendu la force aux paralytiques et la santé aux malades , il fallait qu'il rendit encore la vie aux morts. Quand les Juifs voyaient toutes ces merveilles , ils les attribuaient à la puissance du démon, bien qu*il y eût dans leurs livres des prophéties par lesquelles ces circonstances étaient marquées. Ils avaient ces livres- Jâ entre les mains; ils les lisaient continuellement, et surtout ces paroles d'Isale : « Fortifiez les mains languissantes et soutenez les genoux treroblans. Dites à ceux qui ont le cœur abattu : Prenez courage , ne craignez point ; void votre Dieu qui vient vous venger, et rendre aux hommes ce quMls méritent. Dieu viendra lui-même, et il vous sauvera : alors les yeux des aveugles verront le jour , et les oreilles des sourds seront ouvertes. Le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée, parce que des sources d'eau sortiront de terre dans le désert , et que des torrens couleront dans la solitude.» La sibylle a renfermé la même prédiction dans les paroles qui suivent :

Les moiti tortinmt da fonibeaii, les boHeuziiiaitlMioat d'an paê ferme et aMur^ les sourds entendront la Toix des autres hommes et entreront en conversation avec eux, les aveugles verront le jour et la Inmiére, et les muets reprendront rmaice de la langue.

Gomme le nombre et la grandeur de ses miracles attiraient autour de lui une foule incroyable de personnes qui imploraient son secours , il monta un jour sur une montagne à dessein d'y adorer, et, après y être demeuré trois jours durant lesquels le peuple qui l'avait suivi était pressé par la faim , il appela ses disciples et leur demanda quelles provisions et quelles vivres ils avaient. Quand ils lui eurent dit qu'ils n'avaient que cinq pains et deux poissons , il commanda qu'on les lui apportât et que Ton rangeât le peuple par troupes, dont chacune Fut de cinquante personnes , et qu'on les fit asseoir. Pendant que ses disciples exécutaient ses ordres, il rompit les pains et les poissons par morceaux qui croissaient et se multipliaient entre .ses mains. Cinq mille hommes en furent rassasiés, et il se trouva encore des restes pour remplir

douze corbeilles. QuepeutH>n faire et quepéuton jamais dire de si surprenant? La sibylle avait parlé de cette merveilleuse multiplication, quand elle avait dit qu'avec cinq pains et deux poissons il apaiserait la faim dont cinq mille personnes seraient pressées dans le désert, et que les restes seraient encore si abondans, qu'ils rempliraient douze corbeilles, et suffiraient au besoin d'une nombreuse multitude. Je voudrais bien que Ton me dit ce qu'aurait pu faire en cette occasion l'art magique dont on sait que tous les effets se ter* minent à tromper les sens et à éblouir les yeux? En se retirant un jour siur une montagne pour y faire la prière selon sa coutume, il commanda à ses disciples de prendre une barque et d'aller devant lui. Ils partirent sur le soir , et eurent le vent contraire. Gomme ils étaient environ au milieu du détroit qu'ils voulaient traverser , il marcha à pied sur les eaux , et non de la manière que les poètes feignent qu'Orion marcha sur la mer, ayant une partie du corps caché sous les flots et l'autre dehors. II s'endormit ensuite dans le vaisseau ; et une tempête s'étant élevée durant son sommeil et ayant épouvanté ceux qui étaient avec lui , il s'éveilla , commanda aux vents et aux flots de s'apaiser, et rétablit le cahne. On dira peut-être que l'Écriture en impose, quand elle témoigne que la mer, les vents , les maladies , la mort et le tombeau obéissaient à sa voix. Mais que 3ira-t-on de ce que la sibylle a rendu le même témoignage à son avantage ? Celle dont nous avons ci-dessas parlé a prédit clairement qu'il adresserait sa parole aux vents, et que les vents lui obéiraient et arrêteraient leur violence; qu'il abaisserait l'orgueil des vagues , et qu'après les avoir rendues aussi unies qu'un marbre poli , il marcherait dessus avec les pieds de la foi. Une autre a assuré qu'il marcherait sur les eaux , qu'il rendrait la santé aux malades , la vie aux morts, et qu'il rassasierait ceux qui seraient pressés de la faim. Quelques-uns ne sachant que répondre à des témoignages si formels , ont recours à une défaite, qui consiste à dire que ces vers-là n'ont pas été composés par les sibylles, mais qu'ils ont été faits à plaisir par quelques-uns de notre religion. Mais quiconque aura lu Gicéron , Varron et les autres anciens qui étaient morts avant que le Sauveur naquit , et qui ont parlé et de la sibylle Erythrée et des autres

LACTANGE.

dont nous avons rapporté quelques passages , ne se persuadera jamais que ce soient des ou« vrages supposés. Je ne doute pas néanmoins que ces poésies-là niaient été prises pour des rêveries dans les premiers temps où personne ne les entendait. Elles ne contenaient que des miracles fort extraordinaires, sans marquer ni leur auteur , ni la manière , ni le temps auquel ils devaient être Faits. Enfin , la sibylle Erythrée a prédit d'elle-même que plusieurs croiraient qu'elle avait perdu l'esprit, et qu'elle n'avançait que des impostures.

Je nt doate point , dil-elle , que ceux qid Terront met pvédidioiis ne m'aocnaent (Tafoir detieln d'en impoier et de triompher; mais œaz <iui en Terront racoomplisaement, recoanattront que j'ai reçn, par l'inapiralion de Diea, la edei dXMei le» plot aecrèlei.

Ce sont des mystères qui , après avoir été cachés durant plusieurs siècles, n'ont été enfin révélés qu'au temps de la vie et de la mort du Sauveur ; de même que les prédictions des prophètes; qui ont été lues par les Juifo l'espace de plus de quinze cents ans, n'ont pourtant été entendues que depuis que notre maître les a expliquées par ses paroles et par ses actions. Il est vrai que les prophètes l'annonçaient; mais ce qu'ils disaient ne pouvait être entendu avant qu'il e6t été accompli.

XVI. Je crois devoir parler maintenant de la passion duSauveur, qu'on nous reproche, comme si ce nous était une chose fort honteusede révérer un homme qui a souffert le dernier supplice. Je montrerai au contraire qu'il l'a souffert pour d'importantes raisons, et que ses souffrances contiennent des preuves convaincantes de sa sagesse et de sa puissance, et de la vérité de la doctrine qu'il a enseignée. S'il avait été heureux durant toute sa vie, nul homme sage ne l'aurait reconnu pour un Dieu et ne lui aurait rendu les honneurs divins. Ce qui est fort opposé à hi pratique de ceux qui, n'ayant aucune teinture de la véritable religion, admirent les richesses et la puissance,et révèrent la mémoire de ceux qui leur ont fait du bien; au Ueu que tout ce qu'il y a de gens éclairés et habiles ne dai* gnent pas seulement estimer leurs personnes durant leur vie. 11 n'y a rien, en effet, qui mérite nos respects, parce qu'il n'y a rien qui soit digne du ciel. Il n'y a que la vertu et la justice, que wm devions considérer comme un bien stable

et solide, qui ne peut nous être ni donné ni ^té par personne. Le Sauveur est descendu sur la terre avec cette vertu et cette justice dont je parle. Il a lui-même la justice et la vertu , et il est venu pour les enseigner aux hommes. Il s*eat excellemment acquitté de cette fonction, et a prêché et pratiqué la vertu d'une manière qui l'a rendu digne d'être adoré comme un Dieu par les peuples de l'univers. Gomme la saûiteté de sa doctrine et l'éclat de ses miracles attiraient autour de lui une foule incroyable de personnes de toute condition, les principaux des Juifs et des prêtres, émus de colère de ce qu'il leur reprochait leurs crimes, dévorés de jalousie de ce que le peuple les méprisait et les abandonnait pour le suivre, aveuglés par l'ignorance qui avait effacé de leur mémoire les oommandémens de la loiet les prédictionsdes prophètes, s'assemblèrent contre lui et formèrent le dessein impie de lui fsure souffrir la mort. David ayant prévu par la lumière de l'esprit de Dieu l'énormité de cet attentat, s'écrie dès le commencement de ses psaumes : «Heureux est l'homme qui ne se laisse point aller aux conseils des méchans. » Salomon a décrit le même conseil dans le livre de la Sagesse. Voici ses paroles : «Faisons tomber le juste dans nos pièges, parce qa'il nous est incommode, qu'il est contraire à notre manière de vivre, qu'il nous reproche les violations de la loi, et qu'il nous déshonore en décriant les fautes de notre conduite.» 11 assure qu'il a la science de Dieu et qu'il s'appelle le Fils de Dieu. Il est devenu le censeur de nos pensées même; sa seule vue nous est insupportable, parce que sa vie n'est point semblable à celle des antres, et qu'il suit une conduite toute différente. 11 nous considère comme des gens qui ne s^occupeut que de niaiseries ; il s^abstient de notre manière de vivre comme d'une chose impure; il préfère ce que les justes attendent à la mort, et se glorifie d'avoir Dieu potu* père. Voyons donc si ses paroles sont véritables. Eprouvons ce qui lui arrivera, et nous verrons quelle sera sa fin ; car s'il est véritablement Fils de Dieu, Dieu prendra sa défenseet le délivrera des mains de ses ennemis. Interrogeons-le parles outrages et par les tourmens, afin que nous reconnaisr sions quelle est sa douceur, et que nous fassions répreuve de sa patience. Gondamnons-Ie à la mort la plus infirme, car Dieu prendra soin de

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lui, ri ses paroles tont véritables. Ils ont eu ces pensées, et ils se sont égarés , parce que leur propre malice les a aveuglés, et qu'ils ont ignoré les secrets de Dieu. Salomon nVt«ilpa$ fait une aussi fidèle description de ce conseil tenu par les impies contre Dieu, que s'il y eût assisté? Cependant mille et dix ans se sont écoulés depuis le temps où Salomon a Fait cette prophétie, jusqu'à celui où Ton en a vu raccomplissement. Je n'invente rien, je n'ajoute rien. Les Juifs qui ont commis cet attentat avaient entre les mains le livre où la prédiction est contenue. Ceux-là mêmes contre qui elle a été faite la lisaient. Leurs successeurs, qui portent leur nom et qui imitent leur crime, ont chaque jour le même livre entre les mains, et répètent la condamnât ion prononcée contre eux par la bouche des prophètes, sans y faire jamais d'attention , ce qui est un des plus terribles effets de la condamnation même. Les Juifs se portèrent donc à faire mourir Jésus-Christ en haine de la liberté avec laquelle il leur reprochait leurs crimes, et de dépit d'être méprisés et abandonnés par le peuple. Il est vrai que Tétat de bassesse où il paraissait leur donna la hardiesse de commettre cet attentat; car quand ils lisaient d'un côté que le fils de Dieu devait descendre du ciel environné d'éclat et de gloire et plein de puissance et de majesté , et que de l'autre ils ne voyaient rien dans Jésus- Christ qui ne fût bas, sale et difforme, ils ne pouvaient se persuader qu'il fût le Messie. Us ne savaient pas que les prophètes avaient prédit qu'il devait venir deux fois ; que la première, il paraîtrait dans l'obscurité et dans la faiblesse de la chair, et la seconde, dans l'éclat et dans la force de la divinité. David parle de ce premier avènement dans le psaume soixante-onzième. « U descendra, dit-il , comme la pluie tombe sur la toison, et comme Teau du ciel qui arrose la terre; car conune la pluie tombe sur la toison sans f^ire debruit, ainsi le Sauveur est descendu sans bruit et sans être aperçu de personne, lorsqu'il est venu enseigner la justice et la paix.a Le prophète Isale en parle aussi de cette sorte: «Qui a cru à notre parole, et à qui le bras du Seigneur a-t-ilété révélé PII s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau , et comme un rejeton qui sort d'une terre sèche. Il est sans beauté et sans éclat. Nous l'avons vu, et il n'avait rien qui attirait rœil, ctDOus l'avons méconnu. Il nousa paru

un objet de mépris, le dernier des hommes , unhomme de douleurs qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché, il paraissait méprisable, et nous ne l'avons point reconnu. H a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié ; et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui qous devait procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes : chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie ; et Dieu Ta chargé lui seul de l'iniquité de nous tous. » La sibylle a décrit d'une manière fort semblable l'état où le Sauveur devait paraître.

II aert dans la difformité et dans IMnfamte, maUil m laiisera pas de soutenir encore alors Vespéraooe de ceux qpl seront dans raflliction.

La bassesse de cet état ayant mis sur les yeux des Juifs comme un bandeau qui les empêchait de reconnaître leur Dieu, ils ont condamné à la mort celui qui était venu pour leur apporter la vie.

XVII. La colère et la jalousie dont les Juifi étaient animés contre le Sauveur leur firent chercher des prétextes pour le mettre à mort avec quelque apparence de justice , et le plus spécieux qu'ils trouvèrent fut de l'accuser de violer la loi donnée par Moïse, c'est-à-dire de travailler le jour du sabbat, en guérissant des malades, d'abolir la circoncision, et de permettre de manger de la chair de porc. C'était dans l'observation et dans l'abstinence de ces choses que consistait principalement la religion des Juifs. Ceux du peuple qui n'avaient pas suivi Jésu^hrist furent excités par les Juifs à le con* damner comme un impie et comme un transgresseur de la loi, bien qu'il ne fit rien que de conforme à la volonté de Dieu et aux prédictions des prophètes. Michée avait prédit la publication d'une loi nouvelle, a La loi, avait-il dit, sortira de Sion, et la parole de Dieu de Jérusalem , et elle jugera plusieurs peuples. » La loi de Moïse a été donnée sur la montagne d'Oreb et non surcellede Sion, et la sibylle a prédit qu'elle serait abolie par le Fils de Dieu, endisant qu'après que tout ; cequ^elle avait expliqué auraitétéaocompliyakM

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LAGTANCE.

la loi serait abolie. Mobe même, dont les Jaift défeadent la loi avec une opiniâtreté si aveugle qu'elle les porte jasqu*à méconnaître Dieu, avait prédit que Dieu enverrait un grand prophète, qui serait au-dessus de la loi et qui enseignerait la volonté de Dieu aux hommes. Voici ce qu*il en a laissé par écrit dans le Deutéronome: «Le Seigneur m*a dit : Je leur susciterai un prophète d'entre leurs frères, comme je vous ai su»* cité ; je mettrai ma parole dans sa bouche. 11 leur dira ce que je lui aurai commandé , et qui* conque n'aura pas écouté ce que ce prophète aura dit en mon nom sera châtié. » Voilà comment le Seigneur a déclaré, par le ministère du législateur ancien, qu'il enverrait son Fils comme une loi vivante pour abolir Tancienne, et pour en donner une qui serait étemelle. Isale a prédit en ces termes que la circoncision serait aJbolie : «Voici ce que dit le Seigneur aux hommes de Juda qui habitent dans Jérusalem : Rappelez parmi vous la nouveauté et ne semez point sur des épines; circoncisez-vous au Seigneur votre Dieu, et circoncisez le prépuce de votre cœur, de peur que ma colère ne s'allume comme un feu, et que personne ne la puisse éteindre. » Moisedit aussi :aDans les derniers jours le Seigneur fera la circoncision de votre cœur, afin que vous Taimiez. » Jésus Navé, successeur de Moïse, a parlé de cette manière du même sujet : «Le Seigneur a dit à Jésus : Faites des couteaux de pierre fort tranchans» asseyez- vous et circoncisez une seconde fois les enfens d'Israël.» Il a dit qu'il y aurait une seconde circoncision ; mais il n'a pas dit que ce serait une circoncision de la chair, comme la première que les Juifs observent encore aujourd'hui, parce que ce devait être une circoncision du cœur et de l'esprit. Le Sauveur qui l'a apportée est le véritable Jésus ;car le pro* phète n'a pas dit : «Le Seigneur m'a dit,» mais: c il a dit à Jésus, > pour montrer qu'il parlait non de lui-même, mais de Jésus-Christ dont il n'était que la figure. Moïse, qui connaissait l'avenir par la lumière de la prophétie , ordonna qu'au lieu qu'il changeât son nomd'Ausês en celui de Jésus, afin qu'ayant été choisi pour aller àÂmalechqui avait attaqué les enfiins d'Israël, il le vainquit par la force du nom de celui dont il était la figure, et mit le peuple en possession de la terre qui lui avait été promise. Il fot aussi chosi pour succéder â Mobe afin de faire voir que la loi que don-

nerait Jésus, dont il portait le nom et dont 3 était la figure, succéderait à celle que Moïse avait donnée. La circoncision de la chair n'avait pas été ordonnée sans raison. Dieu aurait pu créer l'homme sans prépoce, s'il Pavait jugé à propos. Il l'a créé avec un prépuce, afin que la circoncision qui en serait Eiite fftthfignred'une seconde circoncision par laquelle le ccear est découvert. La partie qui est retranchée par la circoncision, est une partie qui est honteuse H qui a du rapport avec le cœor. La cérémonie par laquelle on le retranche nous apprend que nous devons avoir le cœur découvert , et ne cacher rien de honteux dans les repUs de nos eonactences. Voilà la circoncision du cœur qui a été prédite par les prophètes, transférée par le Saoveor du corps à l'âme, et qui durera toujours; car ayant eu la bonté de vouloir procurer notre sa* lut, il nous a proposé cette seconde cirooncisioo comme une pénitence , afin que si nous découvrons notre cœur par une confession sincère de nos péchés et que nous apaisions la colère de Dieu par une rigoureuse satisfaction, nous obtenions le pardon que n'obtiennent point les désobéissans et les rebelles, qui cachent leurs crimes comme s'ils pouvaient tromper celui qui regarde non le visage comme font les homoitt, mais le cœur. La défense de manger de la diaîr de porc tendait à la même fin. Le principal dessein que Dieu a eu quand il l'a fisiite,a été de faire entendre qu'il se faut abstenir do pédié et se préserver de toute sorte d'ordures. Le porc est un animal immonde, qui ne regarde jamais le ciel et qui est toujours attaché à la terre pour y chercher de quoi se remplir. 11 ne peut rendre aucun service, comme font d'autres animaux qui portent l'homme, ou qni trahient des diariots, ou qui labourent la terre, ou qui fournissent da lait, ou des matières pour faire des étoffes et des habits, ou qui gardent les maisons. Quand Dieu a défendu d'imiter la vie de ces animaux, qu'on ne nourrit que pour les tuer, il a défenda de rechercher les plaisirs du corps, de peur de devenir incapable de faire le bien et d'encourir ainsi h mort.lladéfondu de seplongerdansladâiauche, comme le porc se vautre dans la boue, et d^adorer des statues qui ne sont que de terre et de limon. Cest en effet se salir de boue que éi révérer des dieux qui ne sont que de la boue. Les autres eonmiandeniens de la loi îodaîqoe

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ont, aussi bien que celui-ci, un sens caché qui se rapporte à Inobservation de idjustioe, etqai, sous une figure grossière et sensible, cache des biens spirituels et éternels.

XVIII. Les Juif^ irrités de la fidéUté avec laquelle Jésus-Christ observait ce que Dieu lui avait ordonné et ce qu'il avait prédit longtemps auparavant par ses prophètes, et nesachant rien des mystères qui étaient contenus dans TÉcriture, s^assemblèrent à dessein de condamner leur Dieu. Bien qu'il n'ignorftt rien de ce qui lui devait arriver, qu'il eût souvent déclaré quil était nécessaire quil souffrit et qu'il fût mis è mort pour le salut de plusieurs, il se retira néanmoins avec ses disciples , non pour éviter ce qu'il était obligé d'endurer, mais pour montrer la conduite que nous devons tenir, lorsqu'il s'élève quelques persécutions contre nous, et pour nous apprendre à ne pas l'attirer par notre Imprudence. Il prédit aussi qu'il serait trahi par un de ses disciples. Judas se laissa en effet gagner par aident, et le livra aux Juift. Ils se saisirent de lui et le menèrent devant Ponce-Pilate, gouverneur de Sjrie. Ils l'accusèrent d'avoir dit qu'il était Fils de Dieu et roi des Juifs. Ils Taccusèrent encore d'avoir dit : « Si vous abattez ce temple qui n'a été bâti qu'en quarante-six ans , je le rebâtirai en trois jours, sans mains d'hommes,» marquant par là la mort que les Juifs lui feraient bientôt souffrir et sa résurrection qui arriverait trois jours après. Il était en effet le véritable temple de Dieu.

Les Juifs s'élevèrent néanmoins à cette parole, comme si c'eût été un blasphème. Quand Pilate eut écouté l'accusation, et qu'il eut vu que Jésus ne répondait rien pour sa justification, il prononça quil ne trouvait aucune raison de le condamner; mais ses très4njustes accusateurs s'écrièrent confusément avec le peuple qnlls avaient soulevé, et demandèrent qu'il fût crucifié. Pilate se rendit alors à leurs clameurs et aux sollicitations dHérode le tétrarque, qui appréhendait d'être chassé de son royaume. Il ne jugea point néanmoins le Sauveur; mais il le mit entre les mains des Juifs , afin qu'ils le jugeassent selon leur loi. Ils le fustigèrent et lui firent cent affronts ; ils le revêtirent d'une robe de pourpre, le couronnèrent d'une couronne d'épines, le saluèrent par nilkrieen qualité de roi, lui donnèrent du fiel

I manger et du vinaigre è boire; ils lui crachèrent au visage, lui donnèrent des soufBets; tirèrent sa tunique et son manteau au sort, pour décider la contestation qu'ils avaient eue â ce sujet. Il ne parlanon plus durant ces mauvais traitemens que s'il eût été muet. Us le crucifièrent après cela entre deux criminels qui avaient été condamnés â mort pour vol. Où trouveraije des paroles pour déplorer un si flineste mallieur et pour me plaindre d'un si cruel attentat? Je n'ai pas ici à faire la description du sunplict de Gavius Gonsanus, où Gicéron employa au^r trefois toutes les forces de son éloquence et d€ son esprit, déclamant avec une véhémence tout extraordinaire, et criant que c'était un crime atroce d^avoir crucifié un citoyen romain contre toutes sortes de lois. Quoique ce Gonsanus fût innocent et qu'il n'eut point mérité ce supplice, il était pourtant sujet â la mort , et 11 n'y fut condamné que par un scélérat qui ne savait rien de la manière dont on doit rendre la justice. Mais que diraî-je de l'indignité du supplice, que des gens attachés par leur loi au culte de Dieu firent souffrir â on Dieu? Qui aurait une assez grande abondance de penaéea et de paroles pour déplorer, autant qu'elle 1% mérite, une mort qui a été pleurée par toute la nature et par les élémens les pins inseosi blés? Gependant les circonstances prindpalea de cette mort avaient été marquées dans lea livres des prophètes et dans les vers des sibylles. Voici ce qui est éerit dans les prophéties dlsale : «Le Seigneur mon Dieu m'a souvent ouvert l'oreille, et je ne lui ai point contredit ; je ne me suis point retiré en arrière. J'ai abandonné mon corps â ceux qui me frappaient, et mes joues i ceux qui m'arrachaient le poil et la barise; je n'ai point détourné mon visage de ceux qui me couvraient d'injures et de crachats. » David en parie de la sorte dans le psaume trente-quatre : «Les hommes vils se sont assemblés contre moi sans que j^en susse le sujet. Ils m'ont déchiré et n'ont point cessé de médire de moi. Us ont frémi des dents contre moi avec des hypocrites qui font les bouffons dans les festins.» La sibylle a pré dit la même chose :

Dieu tombera , dit - die , entre les maint des Injoitei et des infidCkf . Dt lui donneront des tooflielt a?cc kart maint Impiet, et hii cracheront au fiMge avec leurs beucfaei eitfcrtble liltdédiarferont letcoapideJeiirftireiir»uriei4

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LAGTANCI.

Isaîe t prédit le siicnoe qa'a a gardé jusqu'à la mort :«IlserameDéà la mort corome une brebis qu*on va égorger. Il demeurera dans le silence comme un agneau est muet devant celui qui le tond. » La même sibylle Tavait aussi prédit par ces paroles:

Pendant (ia*OD loi dooncndettouffleU, il gardera le tlknoe» de aorte qoe penonne n'enlendra la moindre parole 4b m bondie.U ieFaeonrooné dMne oouroone d*épinet.

David parle , dans le psaume soixante-douze , de ce que les Juift lui présentèrent h boire et à manger avant de l'attacher à la croix: c Us m'ont donné pour mets du fiel très-amer, et lorsque j'ai en soif fls m'ont donné du vinaigre à boire.» La sibylle avait dit :

lU lui prtpareropt des repas détagrâablea ; lui donneront du flel à manger et da Tinaigre à boire.

Une autre sibylle a reproché aux Juife leur ingratitude et leur cruauté en ces termes:

Nation Mie et inienile, ta ne reconnais pas le Dlea que In dois adorer. An contraire, lu hii mets sur la tfile oneconlonne d'épines, et tn loi présentes ramertome do fld.

Plusieurs prophètes avaient prédit que les Joih se saisiraient de leur Dieu et le mettraient i mort. Yoid ce qu'il y a dans Esdras. Esdras a dit au peuple : « Cette pàque est notre salut et notre refuge. Songez bien que nous devons rbumilier par le bois, et après cda nous espérerons en lui, afin que ce lieu-ci ne soit point abandonné pour toiqours* Voilà ce que dit le Seigneur Dieu des vertus; si vous ne k croyez et que vous n'écoutiez sa parole, vous serez ezpoaés h la risée des nations.» Il pardt par ce passage que les Juiiti n'ont aucune espérance de salut, i moins qu'ils ne se lavent du sang dont ils se sont souillés, et qu'ils n'invoquent celui-là même auquel ils ont renoncé. baie explique leur attentat en ces termes : « 11 est BMHt an milieu des douleurs, ayant été condamné des juges. Qui racontera sa génération? Car fl a été retranché de b terre des vivans. Je l'ai frappé à cause des crimes de mon peuple, et il donnera les impies pour le prix de sa sépulture , et les riches pour la récompense de sa mort, parce qu'il n'a point commis d'iniquités , et que le mensonge n'a jamais été dans sa bouche. Mais le Seigneur l'a voulu briser dans son infirmité. S'il livre sonàme pour le péché, il verra sa race durer longtemps , et la volonté de

Dieu s'exécutera heureusement par sa conduite. » Voici ce que David en dit dans le psaume quatre-vingt-treize :aOs ont conspiré contre la vie du juste, ils ont condamné le sang innocent; mais le Seigneur a été ma forteresse : mon Dieu a été le rocher où j'ai mis ma confiance. » Jérémie en parle aussi de cette sorte : «Révélez-moi la vérité. Seigneur, et je la saurai. Alors j'ai vu leurs pensées. J'ai été mené au sacrifice comme un agneau sans tache. Ils ont formé de mauvais desseins contre moi, et ont dit : Venez mettons du boisdans son pain, et effoçons sa vie de dessus hi terre, et que l'on perde la mémoire de son nom. n Le bois signifie sa croix et le pain signifie son corps, parce qu'il est l'aliment et la vie de ceux qui croient au corps qu'il a porté , et à la croix à laquelle il a été attaché. Mais il a parlé encore plus clairement dans le Deutéronome , de cette croix et de cette mort, c Votre vie, dit-il, sera comme suspendue devant vos yeux; vous appréhenderez le jour et la nuit , et ne serez point assuré de votre vie.» Il a encore dit ceix dans le liyre des Nombres : cLe Seigneur n'est point attaché à la croix oonune un hoDmie,ct ne souffrira point de menaces comme un fils de l'homme.» Zacharieaditaussi : «Ils me regarderont , moi qu'ils ont percé. » David a exprimé la même chose par ces paroles du psaume vingtun : M Ils ont percé mes mains et mes pieds. On pourrait compter mes os. Us ont pria plaisir à me considérer. Ils ont partagé mes vètemens, et ils ont jeté au sort à qui aurait ma robe. > D est certain que David ne parlait pas de soi-même parce qu'il était roi, et qu'il n'a jamais souffert ces mauvais traitemens. L'esprit de Dieu parlait par sa bouche, au siget de ce Dieu qui devait souffrir ces traitemens mille chiquante ansaprès. Ceux qui ont fait ce calcul ont en effet trouvé ce nombre-là depuis le règne de Darius jusqu'au temps auquel le Sauveur a été crucifié. SalooKm, fils de David, fit bâtir la vUle de Jérusalem , a prédit qu'elle serait détruite en punition da crime des Juils qui crucifieraient le Sauveur : « Qoe si vous vous détournez de moi , dit le Seignem-, et que vous ne gardiez pas ma vérité, je chasserai Israël de la terre que je lui ai donnée, et je minerai la maison que je lui ai édifiée en mon nom. Israèl sera ruiné et couvert d'opprobres,et cène maison sera déserte, et quiconque passera auprès, dira avec élonnement : Pourquoi le Seigneur

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE IV

a-t-il fait te mauvais traitement à cette terre et à cette maison? Et on lui répondra : C'est par ce qnlls ont abandonné le Seigneur leur Dieu, qu^ils ODt persécuté leur roi très-chéri de Dieu , et qulls Font tourmenté d'une manière très humiliante. Voilà pourquoi Dieu leur a envoyé ces maux-là.»

XIX. Que peut-on dire après cela des Juifs, si ce n'est qu'ils ont été aveuglés et transportés d'une folie incurable qui les empêchait d'entendre ces prophéties qu'ils lisaient tous les jours, et d'éviter le crime qu'ils ont commis? Le Sauveur étant donc attaché à la croix cria à haute voix et rendit l'esprit. A l'heuremème laterrefut ébranlée par un tremblement , le voile du temple qui séparait les deux tabernacles fut rompu, le soleil s'éclipsa, et la terre fut couverte de ténèbres depuis six heures jusqu'à neuf. Le prophète Amos a rendu témoignage de toutes ces choses. «Voici ce qui arrivera en ce jour-là, dit le Seigneur : le soleil se couchera en plein midi, et le jour disparaîtra, et je changerai vos fttes en deuil et vos cantiques en lamentations.» Le prophète Jérémie en rend un semblable témoignage : «Celle qui enfante, dit-il, a été épou- |Vantée et saisie de tristesse et de déplaisir. Le soleil s'est couché pour elle au milieu du jour; elle a été chargée de honte et de malédictions.Je ferai passer le reste de ses enfans par le tranchant de l'épée de leurs ennemis. » La sibylle avertit que le voile du temple sera rompu depuis le haut jusqu'au bas, et que, pendant trois heures, l'air sera couvert d'obscurité et de ténèbres. Les Juifs ne purent reconnaître leur crime par tant de prodiges qui paraissaient au ciel et sur la terre. Gomme le Sauveur avait prédit qu'il ressusciterait trois jours après sa mort , ils appréhendèrent que ses disciples n'enlevassent son corps et ne fissent croire qu'il était ressuscité, et qu'ainsi ils n'excitassent un plus grand trouble parmi le peuple qu'auparavant; et pour l'empêcher, ils le détachèrent de la croix et le mirent dans un tombeau qu'ils firent garder par des soldats. Cependant le troisième jour, avant le lever du soleil, la terre ayant été ébranlée, le tombeau ouvert, les gardes épouvantés, le Seigneur en sortit sain et entier,et alla chercher ses disciples en Galilée. On ne trouva dans le sépulcre que les linceuls où le corps avait été enseveli. Or les prophètes avalent prédit qu'il

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ne demeurerait pas dans le tombeau et qu'il ree« susciterait le troisième jour. Voici ce que David en dit dans le psaume quinzième : «Vous ne laisserez point une âme dans les enfers, et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption.» Et dans le psaume troisième il dit encore ces paroles : «Je me suis couché et me suis endormi, je me suis levé parce que le Sen gneur m'a soutenu. » Osée , le premier des douze prophètes, a rendu ce témoignage de la résur^ rection du Sauveur : «Celui-ci est mon fils; il ne résistera point dans l'affliction de ses en* fans. Je le retirerai d'entre les mains de la mort. Maintenant , 6 mort , où est ton jugement P où est ton aiguilkm?» Et dans un autre endroit , il dit : «Et deux jours après, il nous vivifiera dans le trobième jour. » C'est pour cela que la sibylle a dit qu'après trois jours de sommeil il mettrait des bornes ft la mort.

pemUnt trait Joon dn de la mort; niait aprte oe tempi, il le réTctllera et tortira da sein des ténêbret poar jouir de la huniêre, et le ftra le pranier et le chef des reuoidlét.

Le Sauveur nous a acquis la vie par la victoire qu'il a remportée sur la mort ; nous ne saurions espérer obtenir l'immortalité qu'en croyant en lui et en nous chargeant de sa croix.

XX. Le Sauveur éunt donc allé en Galilée, car il ne voulut pas se montrer aux Juifii de peur de les attirer à la pénitence et de les guérir de leur impiété , il assembla ses disciples et leur expliqua l'Écriture qu'ils n'avaient pu entendre avant sa passion, parce qu'elle parlait de cette passion même. Yoilâ pourquoi Moïse et les autres prophètes ont donné le nom de Testament à la loi que les Juife avaient reçue ; car le testament n'est confirmé que par la mort dn testateur ; il demeure scellé et secret , et on ne sait point ce qu'il contient jusqu'à ce que cette mort soit arrivée. Avant la mort de Jésus<3irist, le Testament ne pouvait être ouvert; c'està-dire que le mystère de Dieu ne pouvait être révélé. Toute l'Ëcriture se divise en deux Testamens : l'Ancien contient la loi et les prophètes, et tout ce qui a précédé la naissance et la passion du Sauveur; le Nouveau contient ce qui a été écrit depuis sa résurrection. Les Juifs se servent du premier et nous du second. Ce ne sont pas cependant deuxTestamens difKrens, parce que le dernier n'est que l'accomplissement et

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rexécution de Tautre. Ils ont tous deux été faits par le même testateur, qui est mort pour nous et qui nous a laissés héritiers de son royaume dont il a privé les Juife, selon le témoignage que Jérémie en rend en ces termes: «Voilà que le temps arrive , dit le Seigneur, auquel je ferai un nouveau testament pour la maison dlsraêl et pour la maison de Juda; ce ne sera pas le même que je fis en faveur de leurs pères, lorsque je les pris par la main pour les tirer de FÉgypte, parce qu'ils n'ont pas persévéré dans mon testament; et c'est pour cela que je les ai négligés, dit le Seigneur. » Et dans un autre endroit, il dit ce qui suit: a J'ai abandonné ma maison; j'ai partagé ma succession et l'ai mise entre les mains de mes ennemis. Mon héritage est devenu à mon égard, comme un lion dans une forêt ; il a levé la voii contre moi, et pour cela je l'ai en aversion.» Il entend par son héritage qu'il a en aversion, non le royaume du ciel, mais ses héritiers qui ont été ingrats et impies envers lui. «Mon héritage , dit-il , est devenu à mon égard comme un lion.» G*est-àdire, je sais devenu la proie et la pâture de mes héritiers qui m'ont tué comme on immole une bête.all a élevé sa voixoontre moi. sCest-â-dire , mes héritiers ont prononcé contre moi un arrêt de mort ; ils m'ont condamné à être crucifié. Quant à ce qu'il avait dit auparavant a Qu'il ferait un nouveau testament pour la maison de Juda,» c'était à dessein de marquer que l'Ancien Testament qui avait été donné par Moïse n'était pas pariïiit, au lieu que celui qui devait être donné par Jésus-Ghrist le serait. «Par la maison dlsraêl et de Juda,» il n'entend pas les Juifs qu'il avait rgetés, mais il nous entend nous autres qu'il avait assemblés d'entre les nations et adoptés en la place des Juif^, comme k sibylle le témoigne quand elle assure que la nation juive est une nation heureuse, qui descend du ciel, et qui est chère à Dieu sur toutes les antres. Isàle nous apprend quelle est cette nation, quand il met ces paroles dans la bouche de Dieu le père: «Je suis le Seigneur qui vous ai appelé dans la justice, qui vous ai pris par la main et vous ai conservé, qui vous ai établi pour être le récoiiciliateur du peuple et la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour tirer des fers ceux qui étaient enchaînés , et pour faire sortir de prison ceux

qui étaient assis dans les ténèbres. » Noos étksna assis comme des aveugles dans les ténèbres, et enfermés dans la prison de notre propre folie avant que nous eussions été instruits par celui qui nous a adoptés par son testament, qui a brisé nos fers , qui nous a éclairés de la lumière de la sagesse, et misen possession de son royaume.

XXI. Après que le Sauveur eut ordonné à ses disciples de publier sonËvangile, il s^éleva au ciel et fut environné d*une nuée, qnarante jours après qu'il eut souffert la mort , ocmime Daniel l'avait prédit par ces paroles : «11 vient comme le Fils de l'homme sur les nuées et arrive jusqu'à r Ancien des jours.» Ses disciples s'étant répandus aussitôt dans les provinces, y fondèrent des églises et firent des miracles incroyables en son nom et par la puissance qu^îl leur en avait donnée , afin que la vérité de leur prédication fftt confirmée par leurs ouvres. Avant que de monter au ciel il leur prédit tout ce qui devait arriver; et Pierre et Paul le publièrent à Rome, et ce qu'ils publièrent a été conservé par écrit. Parmi les autres merveilles qu'ils découvrirent aux Romains , ils leur déclarèrent que Dieu enverrait bientôt un de leurs empereurs qui entrerait à main année sur les terres des Juifs , qui raserait leur ville et assiégerait la capitale ; qu'ils seraient pressés de la faim et de la soif, et réduits ft se manger les uns les autres; qu'ils tomberaient entre les mains de leurs ennemis ; qu'ils verraient prostituer leurs femmes, violer leurs filles, écraser leurs enfans , mettre leur pays à feu et à sang , et qu'enfin ils en seraient arrachés eaxHDêmes en punition de l'attentat qu'ils avaioit commis contre le bien-aimé fils de Dieu. La prédictioc de Pierre et de Paul fut accomplie après leur mort; et quelque temps après que Néron la leui eut fait souffrir, Yespasien extermina la natioq des Juifs, avec toutes les circonstances que ces saints apôtres avaient marquées.

XXII. J'ai établi fort solidement, si je ne' me trompe, tout ce qui paraît incroyable et éloigné de la vérité à ceux qui ne sont pas instruits de la doctrine du cid.Il ne reste plusqu*à répondre aux argumensde ceux qui, pour vouloir avoir trop de subtilité, n'ont point de foi, et de les convaincre par eux-mêmes que les mystères ont dô être accomplis de la manière dont j'ai prouvé qu'ils l'ont été en effet. Bieç

INSTITUTIONS DIVINES/ ~ LIVRE IV

que ce soit assez , devant des joges équitables , de produire des témoignages sans apporter de raisons , ou d*apporter des raisons sans produire de témoignages, nous ne séparerons point, en cette occasion, ces deux moyens de soutenir la vérité, et ainsi nous ôterons à ceux qui usent mai de leur esprit tout prétexte ou de ne la pas reconnaître ou de la combattre. Ils disent qu'une nature immortelle, telle qu'est celle de Dieu , n'a jamais pu souffrir de diminution, ni se dégrader en quelque sorte ellemême; qu'il était indigne de la msùestéd'un Dieu de se faire homme et de se charger d'un corps pour devenir siûet aux souffrances , aux douleurs et à la mort , puisqu'il lui était aisé de paraître sans prendre toutes ces fiiiblesses et d'enseigner la justice avec toute l'autorité que la manifestation de sa grandeur lui aurait donnée; que personne n'aurait osé violer des commandémens qui auraient été soutenus par une puissance infinie. < Pourquoi donc, joutent-ils, n'est-il pas venu entouré de tout l'éclat de sa gloire? Pourquoi s'esl-il rendu méprisable par la bassesse et par la faiblesse dont il s'est couvert? Pourquoi a-t-il souffert tous les outrages que des hommes mortels lui ont voulu faire? Pourquoi ne les a-t-il pas ou évités par sa providence, ou repoussés par sa force ? Pourquoi n'a-i-il pas découvert sa majesté, au moins au temps de sa mort? Et pourquoi a-t-il été naené devant des juges comme un homme qui n'est pas le plus fort, condamné comme un coupable, exécuté comme un mortel?» Je répondrai ai exactement à ces objections et les ruinerai de telle sorte, que personne ne pourra plus demeurer dans l'erreur. Toutes ces choses ont été faites par des raisons si merveilleuses que quiconque les aura une fois comprises, non-seulement cessera de s'étonner que Dieu ait voulu subir les tourmens que les hommes lui ont fait souffrir, mais avouera qu'il n'aurait pu être reconnu pour Dieu s'il ne les eût soufferts.

XXIII. Je voudrais bien que l'on me dit si ceux qui donnent des préceptes aux autres pour la conduite de leur vie et de leurs moeurs, sont obligées de les observer eux-mêmes. S'ils ne les observent pas, les voilà absolument abolis; car si ces préceptes sont utiles et qu'ils puissent servir à régler notre conduite, celui qui les donne ne te diiit pas distinguer des autres, en tenant une

manière de vivre difKrente de celle qu'il enseigne; autrement il démentfa*a sa doctrine par ses actions, et perdra toute sorte de créance* Tout le monde est jaloux de sa liberté; il n'y a personne qui aime qu'on lui commande, ni qu'on lui impose la nécessité d'obéir. Il y aura donc sans doute quelqu'un qui dira au législateur : a Je ne saurais exécuter ce que vous me commandez, parcequ*en effet celaest impossible. Vous me défendes de me mettre en colère, de souhaiter de devenir riche, d'être touché du plaisir, de fuir Poecasion de souffrir, et d'appréhender la mort; ce que vous me défendez de faire est si conforme à la nature, que tous tes animaux s'y portent par l'instinct qu'elle leur a donné. Que si vous prétendez que cette inclination puisse être surmontée, convainquezm'en par votre exemple. Tant que vous ne ferez rien de ce que vous ordonnerez, j'aurai droit de soutenir que c'est une manière d'agir trop impérieuse, que de vouloir donner à des hommes libres des lois de l'observation desquelles vous vous dispensez. Apprenez ce que vous voulez enseigner aux autres, et réformezvous avant qued'entreprendre de les réformer.» Qui peut douter que cette réponse ne soit fort juste et fort raisonnable? Ne la pourrait-on pas faire à un législateur qnin*observerait rien de ce qu'il commande , et ne pourrait-on pas se moquer de lui, comme il semble qu'il aurait voulu se moquer des autres? Enfin comment ôteraitil h des esprits désobéissant et rebelles le prétexte de mépriser ses lois, si ce n'est en faisant voir par ses propres actions qu'il n'est pas impossible de les observer. C'est pour cela que les préceptes des philosophes sont si généralement méprisés. On aime mieux des exemples que des paroles. Aussi est il aisé de parler, au lieu qu'il est malaisé d'agir. Plût à Dieu qu'il y eut autant de personnes capables de bien agir, qu'il y en a de capables de bien parler! Quiconque ne Mt rien de ce qu'il ordonne ne peut trouver aucune créance. Si c'est un homme, on le méprise comme un esprit léger ; si c'est un Dieu, on lui apportera l'excuse ordinaire tirée de la fragilité humaine. Il hut donc confirmer les paroles par des actions, ce que les philosophes ne sauraient faire. Us succombent aux passiortf qu'ils disent qu'il faut surmonter; ils n'inspirent k personne la vertu qu'ils enseignent mal , et ilé

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avouent aussi qu'il n*y a jamais eu de sage par* fait, c^est-à-dire qui possédât la scieuce, la vertu et la justice, dans un degré fort éminenr. Gela était très-véritable; car depuis que le monde est créé, il n'y a jamais eu que Jésus-Christ qui ait enseigné la véritable sagesse et qui ait soutenu la vérité de sa doctrine par les efforts merveilleux de sa puissance.

XXIV.Gonsidéronsmaintenants'ilest possible qu'un docteur descendu du ciel ne soit pas parFait. Je ne parle point id de celui que les infidâes ne veulent pas reconnaître comme envoyé de Dieu. Je suppose qu'il y en ait un qui doive être envoyé pour instruire les hommes et pour leur apprendre à garder la justice ; personne ne doute qu'un docteur descendu du cid ne doive être parfait en science et en vertu, parce qu'autrement il ne serait pas fort différent d'un docteur de la terre. L'homme ne saurait être savant de lui-même. Un esprit engagé avec le corps et accablé sous la pesanteur de la matière ne comprendra jamais la vérité sans que quelqu'un la lui enseigne. Quand il la pourrait comprendre, il ne pourrait acquérir une vertu parfaite, ni résister à quantité d'erreurs dont il a le principe au milieu de soi. Un docteur descendu du ciel étant d'une nature divine et étemelle, possède au contraire l'éminence de la science et de la vertu, et a tout ce qui est nécessaire pour enseigner parfisiitement. 11 ne peut pourtant s'acquitter de ce devoir sans prendre un corps mortel ; et la raison en est évidente. S'il parait comme Dieu, des yeux aussi faibles que les nôtres ne seront pas capables de soutenir l'éclat de sa majesté. De plus, il n'enseignera pas la vertu parce qu'il ne la pratiquera pas; et ainsi il manquera quelque chose à sa doctrine. Cest une vertu de souffrir la douleur pour la défense de la justice, de mépriser les menaces de la mort, et même de h subir. Un docteur, pour être pariait, doit non - seulement faire ces commandemens-lâ , mais aussi les confirmer par son exemple. Quiconque donne des préceptes, doit ôter toute sorte d'excuses de ne les point observer. Il faut qu'il impose la nécessité d'obéir, non nar aucune violence, mais par une honnête preuve qui ne détruise point la liberté, et qui n'empêdie point que ceux qui obéissent ne reçoivent leur récompense, parce qu'ils pourraient ne

pas obéir, et que ceux qui n'obéissent pas m reçoivent leur châtiment parce qu'ils pouvaient obéir s'ils avaient voulu. Il fout donc que cela qui veut enseigner fasse ce qu'il enseigne qu'il marche le premier, et qu'il tienne pvh main celui qui le suit. Mais comment poorra-t-îl faire ce qu'il enseigne , s'il n'est pas semblable à celui qu'il enseigne? Si celui qui enseigne es exempt de passions, celui qu'il enseigne la pourra répondre : « Je voudrais bien ne poisi pêcher, mais je succombe à la tentatioD. k suis environné d'une diair ftiible et fragile qal forme de mauvais désirs, qui entre en ootère, qui se laisse abattre par la douleur, qui appf hende la mort. Je suis entraîné mal(p*é moi, et je pèche par contrainte plutôt que par choiL Je sais fort bien que je fais mal, mais je k saurais surmonter ma mauvaise incllDatioiL i Que répondra le docteur de la justice, et comment montrera-t-il que l'excuse tirée de Tiflfirmité de la chair est une excuse vaine et frivole, s'il n'a lui-même une chair, et qu'il ne fuisse voir par son exemple qu'elle n'est point incapable de vertu ? L'expérience est le meillei^ de tous les moyens pour confondre les esprits désobéissans et rebelles. Jamais voos ne ferez recevoir votre doctrine si vous ne la pratiquez le premier. Les hommes sont portés d^eoiroêmes au vice, et quand Us le commettent, îb tâchent de faire croire non-seulement qullt ont des excuses qui méritent le pardon, m» encore qu'ils ont des raisons auxquelles on k saurait refuser des louanges. Il est donc néoessaire que celui qui entreprend d^enseigner b vertu soit semblable à l'homme, afin <pa surmontant le péché il fasse voir par son exenple que le péché n'est pas insurmontable. Si est immortel, jamais il ne servira (Texemple. n se trouvera tocgours des esprits rAdàa et opiniâtres qui lui diront: € Vous ne faîtes point de mal , parce que vous n'avez point de corps. Vous ne désirez rien, parce qu'étant immoiiei vous n'avez aucun besoin. Mats moi , j^ai besoin de beaucoup de choses pour conserver ma Tk. Vous n'appréhendez point la mort, parce qo*eie n'a pas de pouvoir sur vous. Vous méprisez Iz douleur, parce que vous êtes au-dessus de toota les violences qui peuvent venir de dehors. Ite j'appréhende la douleur et la mort , para qu'elles sont três-sensibles à une chair

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feible que la iiiienDe.« Celui qui voulait enseigner la justice, a dû ôter cette excuse, par la* quelle les hommes prétendaient que, quand ils fiiisaîent mal , c'était plutôt par nécessité que par leur faute. Il Faut que, pour être un docteur parfeit, son disciple n'ait rien à lui reprocher, et que s'il lui objecte quece qu'il commande est impossible, il lui puisse répondre :» Gela n'est pas impossible puisque je l'accomplis. « S'il lui dit : « Je suis revêtu d'un corps auquel le péché semble propre et comme naturel ;» qu'il lui réponde: «Je suis aussi revêtu d'un corps semblable, et cependant le péché ne domine point en moi.» S*il lui dit : cil ne m'est pas aisé de mépriser les richesses, parce que Ton ne saurait se nourrir à moins que d'avoir du bien ;» qu'il réponde : a J'ai un corps à nourrir, et je combats pourtant contre les désirs des biens de la terre. » S'il dit : CI Je suis trop faible pour supporter la douleur et la mort pour l'intérêt de la justice;» qu'il lui réponde : a La mort et la douleur ont le même pouvoir sur moi que sur vous, et cependant je les surmonte pour vous apprendre à les surmonter. Si je me contentais de commander, vous auriez quelque prétexte de désobéir; mais puisque je marche le premier, vous ne sauriez vous dispenser de me suivre. » Ainsi l'homme n'a plus d'excuse. Il est obligé d'avouer que s'il est injuste, c'est par sa faute, et qu'il n'est pas moins coupable d'avoir méprisé les exemples que d'avoir violé les lois. Il parait, par tout ce que je viens de dire, combien un docteur mortel qui peut servir de modèle est meilleur qu'un immortel qui n'en peut servir, et qui, étant exempt de toute sorte de maux, ne saurait enseigner la patience avec laquelle on les souffre. Je ne prétends pas parlà préférer Thomme à Dieu ; je prétends seulement montrer deux choses: l'une, qu'un homme ne saurait être docteur parfait, s' il n'est aussi Dieu et s'il n'a une autorité divine pour se faire obéir; l'autre, que Dieu ne le saurait être non plus, s'il ne se revêt d'un corps, afin d'obliger les hommes par son exemple à l'observation de ses lois. Il est donc clair que celui qui veut enseigner la justice doit avoir un corps, et que sans cela jamais sa doctrine ne pourrait s'élablir solidement parmi les hommes. Ce corps, tout faible qu'il est, le rend capable de pratiquer les vertus qu'il conseille,

en l'assujettissant à la douleur et à la mort, ou lui fournit la matière de la patience et des autres vertus, dont il ne saurait persuader la pratique autrement qu'en faisant voir par set actions qu'elle n'est pas impossible.

XXV. Que les hommes tik^hent donc de comprendre la raison que Dieu a eue, en en* voyant son ambassadeur sur la terre pour y enseigner la justice : de vouloir qu'il fût revêtu d'un corps passible, et qu'il souffrit en effet les tourmens et la mort. Au temps où il n'y avait point de justice sur la terre , il y a envoyé un docteur, afin qu'il fût comme une loi vivante qui élevât un temple nouveau, et qui, par ses paroles et par ses actions, établit un culte véritable. Néanmoins , afin que les hommes fussent assurés qu'il avait été envoyé de Dieu , il ne fallait pas qu'il naquit comme les autres et par la voie de la génération ordinaire. Il était né sans père , afin que l'on sût que , bien qu'il eût pris une humanité, il ne laissait pas d'être Dieu; il avait Dieu pour père; et comme Dieu lui avait donué sans mère la naissance spirituelle, la Vierge lui avait donné, sans père, la naissance corporelle. Il était Dieu et homme, médiateur entre l'homme et Dieu, pour conduire l'homme à une vie immortelle. S^il n'avait été que Dieu , il n'aurait pu donner des exemples; s'il n'avait été qu'homme, il n'aurait point eu l'autorité nécessaire pour obliger les désobéissans à l'observation de ses lois. L'homme est composé de corps et d'âme. Cette dernière ne peut mériter l'immortalité que par de bonnes actions. Cependant elle est attachée â un corps terrestre qui l'entratne par son poids vers la mort. Un esprit dégagé du corps n'aurait pu conduire l'homme à la vie étemelle, parce que le corps retient l'esprit et l'empêche de suivre Dieu. Le corps est faible et sujet au péché, et le péché est la proie de la mort. Le médiateur est venu ; c'est-â-dire que Dieu s'est revêtu d'un corps, afin que le corps le pût suivre, et que ceux qui prendraient empire sur leur corps fussent délivrés de la mort. Il a pris un corps pour dompter les désirs du corps , et pour faire voir que ceux qui pèchent, pèchent par un effet de leur volonté, et sans aucune nécesssilé. Nous avons un combat continuel â livrer au corps, qui presse l'âme par une infinité de mauvais désirs , cl qui , l'empêchant de re-

«to

LACTANCE

Jtenir Tempire qu'elle doit avoir sur les plaisirs , la fait tomber dans la mort. Voilà pourquoi Dieu nous a montré le moyen de vaincre le corps par une vertu parfaite, qui mérite une couronne qui ne se flétrisse point.

XXVI. J'ai rapporté les raiscms pour lesquelles Dieu a voulu prendre un corps fiiible et passible ; je dirai maintenant celles pour lesquelles il a subi le supplice de la croix, et je découvrirai la puissance qui est cachée sous rapparence de la faiblesse de sa mort. Il n'a rien souffert en vain. Toutes ses souffrances ont leur mystère et sont des signes de quelque vérité importante. Sa passion a ce rapport et cette conformité avec ses actions que, bien qu'elles aient produit sur-le-champ de fbrt notables effets , elles ont présagé de plus rares Ivénemens qui devaient arriver en un autre temps» Il a rendu la vue aux aveugles par sa puissance; mais en la leur rendant , il a marqué qu'il rendait celle du cœur aux nations qui étaient ensevelies dans l'aveuglement et l'erreur. H a rendu Touïe aux sourds ; mais sa puisance ne s*est pas arrêtée là; il a marqué qu'il AMit bien retentir la voix du ciel à Toreille iMtrieiire de ceux qui n'avaient jamais entendu if^rlfir de la vérité. Il a rendu la parole aux ^nuati; c'était sans doute un merveilleux effet ^ sa puissance; mats cet effet-là même n'était qu'un signe d'un changement plus surprenant , •qui devait être bientôt accompli en ceux qui, ayant vécu jusque alors dans une profonde ignorance des choses de Dieu, en devaient être instruits tout d*un coup et en parler avec une rare éloquence. Le plus fameux orateur du monde n'est qu'un muet quand il ne sait rien des mystères ; mais dès qu'il apprend à parler de la grandeur et de la majesté de Dieu , il commence à faire l'usage qu il doit de sa langue. Quand elle ne dit que des faussetés , elle ne fait pas la fbnction qui lui est propre , et quiconque ne sait pas parler des choses de Dieu est comme «n enfant qui ne fait que bégayer. Quand le Seigneur a redressé les boiteux , il a sans doute donné une preuve évidente de sa puissance infinie; mais il a donné en même temps une figure d'un plus grand miracle , qu'il a depuis accompli en ceux qu'il a retirés des égaremens de la vie du siècle et qu'il a mis dans le chemin da la Yéritéy afin qu'en le suivant ils arrivassent

heureusement à la grâce. Les véritables boitei;x sont ceux qui , étant embarrassés par leur propre ignorance, ne font que de foux pas dans le chemin de la mort. Le Sauveur a effacé les taches de la lèpre : c'était certainement un effet sensible du pouvoir absolu qu'il exerçait sur les maladies les plus malignes; mais c'était aussi un signe de la force que sa doctrine aurait d'effacer les taches du péché et de guérir les véritables lépreux qui, étant plongés par leur cupidité dans les plaisirs les plus incarnes, sont tout couverts de taches qui font autant de bonté que d'horreur. Le Sauveur a rendu la vie aux malades , et les appelant par leur nom, il les a retirés du tombeau et de la corruption. Il n'y a point de miracle si convenable à la grandeur de Dieu , ni si digne de l'admiration de tous les siècles, que de rendre la vie à ceux qui l'ont une fbis perdue , que d'ajouter des années à d'autres années dont le nombre semblait limité, que de révéler le secret de la mort. Mais celte paissance, tout inexprimable qu'elle est, n*est que l'image d'une autre plus grande que sa doctrine devait avoir : d'appeler à la lumière de la vie une infinité de peuples qui étaient ensevelis sous les ténèbres de la mort En eHet, y a*t-il des morts plus déplorables que ceux qui ne connaissent point Dieu, qui est le principe de la vie , et qui au lieu de s'élever vers le ciel, qui est le lieu de leur origine , s'abaissent vers la terre qui n'est qu'une région de mort î Ainsi les actions les plus merveilleuses du Sauveur étaient des figures de l'avenir. Les miracles qu'il a faits pour guérir les corps étaient des Images de ceux qu'il devait faire pour ^érir les âmes, et des preuves non -seulement du pouvoir qu'il exerçait sur la nature , mais de Celui qu'il avait de communiquer les dons célestes de sa grâce. Sa passion n'a pas été moins mystérieuse que ses actions : elle n'a rien en de Fortuit ni d'inutile. Gomme les actions miraculeuses qu'il a faites en faveur des corps ont signifié celles qu'il Ferait en faveur des âmes ; ainsi les tourmens qu'il a soufferts par la cruauté des Juifs, signifiaient les persécutions que ceux qui seraient animés de l'esprit de la sagesse souffriraient par l'injustice des juges et par la violence des peines. Le vinaigre qu'on lui a donné à boire, le fiel qu'on lui a donné à manger, ne promettaient que de l'aigreur et de

INSTITUTIONS DIVINES

l'amertume durant tout le cours de Celte vie I ceux qui auraient le courage de soutenir la v6* rite. Ses souffrances , qui d^elles-mèmes étaient lâcheuses et amères, nous représentaient les peines et les afflictions auxquelles la vertu est exposée sur la terre. Ce mets et ce breuvage mis dans la bouche de notre maître ^ nous ap«preonent combien ceux qui défendent la vérité doivent supporter de misères ; car la vérité est odieuse à ceux qui vivent dans les plaisirs. La couronne d'épines qui Fut mise sur sa tète, signifie quUl assemblerait autour de soi un peuple innocent qu'il avait choisi parmi des coupables. On appelle couronne une assem* b!ée de peuple qui est disposé en rond. Avant que nous connussions Dieu, nous n'étions que des épines, c'est-à-dire des injustes et des coupables. Mous étions éloignés de toutes sortes de bonnes œuvres et capables seulement de faire le mal. Nous avons été cueillis sur les buissons et sur les ronces, et mis sur la tète de notre Dieu , c'est-à-dire que nous sommes as« semblés autour de lui, que nous Técoutons comme notre maître, que nous le respectons eomme notre roi. Pour ce qui est de la croix, «lie renferme une puissance admirable que je tictaerai d'expliquer. Dieu ayant résolu de déli- Trer les hommes de la servitude du péché sous laquelle ils gémissaient , envoya sur la terre un «xcdient doctemr pour leur enseigner la route et pour leur montrer le chemin de la justice par où Rs pourraient arriver à la vie éternelle. Il se revêtit d'un corps pour pouvoir donner à l'homme Texemple des vertus qu'il lui voulait enseigner. H s'acquitta, dans le cours de sa vie, de tous les devoirs de la justice ; mais pour enseigner aux hommes la patience dans la douleur et le mépris de la mort qui consomme la perfeeliott et la vertu , il voulut bien tomber entre les mains d*«ne nation Impie, bien qu'il tiii fttt ailé ou de les éviter par la connaissance fttU avait de l'avenir, ou dTen échapper par la Ibree qu'il avait de faire des miracles. Il souffHt les coupa , les tourmens, la couronne d'épines, a&û que l'homme, suivant son exemple, triomphât de la mort et des tourmens qui Fenvlronnent. Dieu le père a eu d'importantes raitons pour choisir principalement ce genre de a»rt. Quelqu'ttn dira peut-être : «SHl était Dieu et s'il voulait mourir, que ne mourait-il d'un

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