‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 84 sur 102 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

genre de mort qui Fût plus honorable? Pourquoi est-il mort d'un supplice cnssi infâme qu'est celui de la croix, et si indigne d'un homme libre, quand même il serait criminel? j> C'est qu étant venu dans un état de faiblesse et de bassesse, pour secourir les hommes qui n'avaient rien que de foible et de bas , et pour leur Faire voir qu il n'y en avait aucun qui ne dût avoir part à l'espérance du salut , il choisit le genre de mort que l'on Faisait souffrir aux personnes les plus viles et les pi us méprisables. Il eut encore une autre raison, qui fut : de conserver son corps entier, parce que trois jours après il le devait tirer du tombeau. Personne ne doit ignorer qu'il avait prédit, bien avant sa passion, qu'il avait le pouvoir de rendre son esprit et de le reprendre quand il lui plairait. Quand il eut rendu Tesprit sur la croix, les bourreaux ne crurent pas qu'il F6t nécessaire de lui casser les os, comme ils avaient accoutumé de les casser aux autres crucifiés , mais ils se contentèrent de lui percer le côté. Ainsi, son corps fut détaché entier de la croix, et enfermé dans le tombeau, afin qu'il fût pins disposé à ressusciter. Il y a encore une autre raison pour laquelle il a préKré la croixaux autres supplices : c'est qu'elle le devait élever, et comme l'exposer à la vue de toutes les nations. Ceux qui sont attachés à une croix sont vus de tout le monde. Le Sauveur y a été attaché pour marquer qu'il serait un jour si Fort élevé et dans un état si éclatant que les peuples les plus éloignés viendraient en foule le reconnaître et l'adorer. Il n'y en a point aussi de si reculé ni de si barbare qu'il ne sache quelle a été sa passion, et quelle est la gloire dont il jouit. U étendit les mains sur la croix et embrassa en quelque sorte tout le monde, pour montrer qu'unélOQultitude prodigieuse, dans laquelle il se trouverait des peuples de toutes sortes de langues et de toutes sortes de tribus, viendrait d'Orient et d'Occident s'assembler sous ses bras et recevoir son signe au Front. On a une figure de cette merveille dans une cérémonie que les Juifis pratiquent encore aujourd'hui, quand ils marquent le seuil de leur porte avec le sang de l'agneau. Quand Dieu voulut Frapper de mort les Égyptiens et préserver les Hébreux de ce fiéau, il leur commanda d'immoler un agneau sans tache et de Faire une marque sur le seuil de leurs portes avec son sang.

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Ainsi tous les premiers nésdesÉgyptiens furent tués en une nuit sans que le» enfans des hébreux souffrissent aucun mal. Ce n'est pas que le sang d'une bète eût la force de les sauver; mais c'est que Tagneau que les Juifs immolèrent alors était la figure de Jésus-Christ, qui est l'agneau sans tâche, innocent, juste et saint, qui, ayant été immolé par les Juift, sauve tous ceux qui mettent sur leur front le signe de son sang, c'est-à-dire le signe de la croix sur laquelle il l'a répandu. Le front est comme le seuil de Fhomme. Le bois marqué avec du sang est une image de la croix. Le sacrifice de l'agneau est appelé pâque, c'est-à-dire passion. Quand il a été célébré de la manière que Dieu Tavait ordonné par le ministère de Moïse , il a servi à préserver les enfans des Hébreux de la mort du corps, mais il a été une figure de la force qu'aurait le sacrifice de Jésus-Christ pour sauver tout son peuple. J'expliquerai dans le dernier livre de cet ouvrage de quelle façon seront préservés ceux qui auront sur la partie la plus haute et la plus apparente de leur corps le signe du sang d'un Dieu.

XXVU. Je me contenterai de faire voir en ce lieu la grandeur et la puissance de la croix. Ceux qui ont vu de quelle manière les démons abandonnent les corps qu'ils possédaient dès qn'on les coiyure au nom de Jésus-Christ, savent quelle est la force de ce signe. Gomme le Seigneur chassait les démons par sa parole durant sa vie, et qu'il rendait la raison et le bon sens aux esprits qu'ils avaient troublés par leur violence; ainsi ses disciples mettent en fuite les mêmes démons par le nom de leur maître, et par le signe de la passion. La preuve en est fort aisée, car les païens ne sauraient ni offrir leurs sacrifices, ni tirer aucune réponse de leurs oracles en présence d'une personne qui ait le front marqué de la marque du Sauveur. Cest de là que les méchants princes ont pris le plus souvent prétexte de nous persécuter; des chrétiens, qui avaient des charges à la cour des empereurs et des rois , et qui , par la nécessité de leurs fonctions, assistaient aux sacrifices que faisaient ces princes , ont souvent dissipé les démons par la force du signe qu'ils avaient sur le front, et empêché qu'ils ne fissent paraître dans les entrailles des victimes aucun présage de l'avenir. Les augures,

excités par les démons dont ils étalent les ministres, se plaignirent qu'il y avait des profanes qui troublaient les sacrifices, et excitèrent une si furieuse colère dans le coeur de leurs princes, qu'ils attaquèrent le temple de Dieu , et coaimirent des sacrilèges, qui ont depuis été saivis de rigoureux châtimens. Cependant les païens ont été assez aveugles pour ne pas reconnaître que notre religion , qui remporte de si glorieuses victoires, est véritable, et que la leur qui n'ose ni combattre ni même paraître, est fausse, lis disent que c'est par haine et non par crainte que les dieux se retirent en notre présence. Od n'a de la haine que pour ceux qui nuisent ou qoi peuvent nuire ; mais puisque les dieux avaient de la haine pour les chrétiens, ils auraient es une conduite plus digne de leur grandeur si, au lieu de s'enfuir, ils les eussent punis sur-kchamp. Ils ne pourraient s'approdier de ceoi sur le front desquels ils voient le sceau de Diea, ni leur faire de mai, parce que ce sceau est comme un rempart qui les couvre, et pour cela ils les persécutent par la main des lionunes. Si ces hommes-là confessent qu'ils sont les ministres des démons, nous avons remporté la victoire; car il faut nécessairement qn^une religion qui découvre les ruses des démons , ({oi repousse leur violence, qui les dompte par de armes spirituelles, soit la religion véritable; s'ils le nient , il sera aisé de les confondre par les témoignages des poètes et des philosophes. S'ils avouent qu'il y a des démons, et qoe ces démons sont de méchans esprits, il hiut qu'ïb mettent quelque différence entre les démons et leurs dieux. Qu'ils nous expliquent donc qoelk est cette différence, afin que nous sachions qads sont ceux que nous devons haïr et ceux que noe devons adorer; s'ils ont quelque habitude eoire eux, ou s'ils n'en ont pas et qu'ils soient cooemis. S'ils ont des liaisons, comment les discernerons-nous, pour éviter de rendre aux de les respects que nous n'avons intention de ttt dre qu'aux autres? Si au lieu d'avoir qpéqjBt liaison entre eux, ils n'ont que de Tinimitié tf de la haine , d'où vient que les démons n^apprt hendent point les dieux, et que les dieux u mettent point les démons en fuite ? S'il se troofc quelqu'un qui, étant agité par les dénions, atf perdu l'usage de la raison, menons-ie au taafk de Jupiter dont la grandeur est ^le à la tn^

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ou plutôt , comme Jupiter n'a pas le pouvoir de guérir les maladies, menons-le à celui d'Esculape ou d'Apollon : le prêtre de Fun ou de Fautre de ces dieux commandera à cet esprit impur et criminel de sortir du corps qu'il possède, et il ne sera point obéi. Où est la puissance des dieux, si les démons n'y sont point assujettis? Cependant ces mêmes démons s'enfuient dès qulls sont conjurés au nom de Dieu. D'où vient qu'ils appréhendent Jésus-Gbrist et qu'ils n'appréhendent point Jupiter, si ce n'est que les démons et ceux que le peuple prend pour des dieux sont les même8?Enfin,si l'on mettait d'un côté ces possédés du démon et de l'aut re une prêt resse d'Apollon de Delphes, Pun et l'autre redouteront également le nom de Dieu ; et dès qu'on l'aura pro* nonce la prêtresse sera abandonnée par Apollon et réduite au silence , et le possédé sera délivré du démon. Il est donc clair que les démons, que vous avouez être dignes d'exécration et d'horreur, sont les mêmes que les dieux auxquels vous rendez un souverain culte. Si vous ne nous en croyez pas, croyez-en Homère qni met Jupiter au rang des démons; croyez-en les autres poètes et philosophes qui les appellent tantôt démons et tantôt dieux ; en quoi ils s'approchent en partie de la vérité et en partie s'en éloignent. Quand ces abominables esprits sont conjurés, ils confessent qu'ils ne sont que des démons. Quand ils sont adorés par les païens, ils supposent faussement qu'ils sont des dieux pour les engager dans l'erreur , afin de les détourner de la connaissance du vrai Dieu, par laquelle seule ils pourraient éviter la mort éternelle. Ce aont eux qui, pour perdre les hommes, ont inventé divers moyens de se faire adorer par les peuples sous le nom des princes anciens. Il n'y a rien de si aisé que de découvrir ces artifices et cette imposture. Il n'y a pourcela qu'à assembler ceux qui font profession de rappeler les âmes des enfers; qu'ils rappellent Jupiter, Neptune, Vulcain, Mercure, Apollon, et Saturne qui est plus ancien et le père de tous les autres; ils viendront, ils répondront, ils déclareront la vérité. Que ces mêmes personnes appellent Jésus- C hrîst, et qu'ils tachent de l'évoquer, il ne paraîtra point, parce qu'il n'a été que deux jours dans les enfers. II n'y a point de preuve pluscertaine que celle-là. Je ne doute pas que Trismégiste nen ait eu quelque connaissance, quand il a dit de

Dieu le père, tout ce que l'on en peut dire , et qu'il a dit beaucoup de choses du Fils, fort conformesâ ce que nos mystères nous en enseignent.

XXVIU. Ces vérités étant aussi incontestaMea que nous l'avons fait voir, l'unique espérance de l'homme consiste à renoncer à l'erreur, à connaître Dieu et à le servir ; le plus important et le plus nécessaire de tous nos devoirs, est de nous instruire des règles de la justice et des préceptes de la véritable religion. Nous n'avons été mis au monde qu'à condition que nous ren* drions nos hommages à Dieu qui nous y a mis; c'est une obligation étroite et indispensable par le lien de laquelle nous sommes attachés à Dieu, et c'est de là même que vient le mot de religion. Il ne vient pas du verbe relegere comme Gicéron l'a prétendu dans les livres de la Nature des dieux,oik il parle de cette sorte : «Ge ne sont pas seulement les philosophes qui ont mis une grande différence entre la superstition et la religion, ce sont généralement tous les anciens. On a appelé superstitieux ceux qui passent des jours entiers à faire des prières et à offrir des sacrifices pour obtenir que leurs enfans leur survivent. On appelle religieux ceux qui relisent et repassent dans leur esprit ce qui regarde le culte des dieux. On a fait le nom de religieux du verbe relegere, comme on a fait celui d'élégant du verbe eligere, celui de déligent du verbe deUgere, celui d'intelligent du verbe inteUigere.lo\x% ces mots sont sortis du verbe légère, comme de leur racine. Ainsi l'usage a voulu que l'on ait introduit les noms de superstitieux et de religieux, dont l'un ne marque qu'un vice et l'autre exprime une vertu. »

Les choses mêmes dont Gicéron parle en cet endroitfbnt voir clairement combien cette étymologie et cette explication sont ineptes. La superstition et la religion ont, selon son sentiment, le même objet, qui est de rendre aux dieux le culte qui leur est dû ; et ainsi il n'y a point de différence, ou il y en a peu.Quelle raison m'apporterait-il pour montrer que ce soit un acte de religion de prier une fois les dieux pour la conservation de la vie des enfans, et que ce soit un acte de superstition de prier dix fois pour le même sujet? Si c'est bien fait' de prier une fois pour obtenir cette grâce, c'est encore mieux fait de prier plusieurs fois. Si c'est bien fait de prier une heure, c'est encore mieux fait

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de prier tout le jour; sî une victime apaise la colère des dieux et les rend favorables, plusieurs victinoes les rendront encore plus favorables : des vœux redoublés plaisent platAt qu^ils n'offensent ; bien loin de haïr les servi* teurs qui sont assidus à leur devoir, on les aime. Quelle raison y aurait-il de blâmer ceux qui chérissent plus tendrement leurs enlans que ne font les autres, et ceux qui rendent aux dieux des devoirs plus fréquens, et de louer ceux qui tiennent une conduite différente P On peut encore proposer le même argument de cette sorte : si c'est on crime d'employer tout le jour à faire des prières et à offrir des sacrifices, c'en est un d'y employer un seul moment; si c'est une superstition de demander souvent que vos enfans vous survivent, c'en est une de le demander rarement. Mais pourquoi donnet-on le nom de religieux à ceux qui rdisent et qui étudient ce qui concerne le culte des dieux? Ceux qui lerelisent plusieurs foisen unseul jour, et avec plus de soin et plus d'application que les antres, doivent-ils perdre ce nom? où est donc la différence? La différence est: en ce que la religion a la vérité pour objet, au lien que la superstition n'a pour objet que la fausseté et le mensonge : il importe davantage de savoir ce que vous adorez, que d'examiner la manière dont vous l'adorez. Ceux qui adorent les dieux croient avoir de la religion , bien qu'ils n'aient que de la superstition : leur erreur procède de ce qu'ils ne connaissent pas la force de ces deux termes, et qu'ils ne savent pas la différence des choses qu'ils signifient. Le nom de religion vient du lien dont nous sommes attachés à Dieu : la piété nous tient comme liés à lui, et nous oblige à le servir comme notre mattre et de lui obéir comme à notre père. Lucrèce* Ta mieux expliqué, quand il a dit qu'il dénouait les nœuds de la religion. Les superstitieux sont ceux non qui souhaitent que kura enfiins leur survivent, car tous les pères le souhaitent, mais ceux qui révèrent la mémoire des morts, et ceux qui ayant survécu à leurs parens gardent leura images dans leurs maisons et les vénèrent comme des dieux domestiques. Oqx qui ont inventé de nouvelles cérémonies en l'honneur des hommes qu'ils s'imaginaient avoir été reçus dans le ciel et admis au rang des dieux, ont été appelés superstitieux, au lien que ceux

qui conservaient le culte qui tvwl été inltodhitt par l'antiquité et anlorisé par Fosage pnhiic étaient appelés religieux; c'est pour cela que Virgile a dit que

La vaioe supenlitioD ne conoatt point les andau éunsL.

Les plus anciens d'entre ks dieux n'ayant été consacrés que depuis leiir mort, ceux qui les adorent sont des superstitieux, et il nV t qoe nous, qui servons Tunique et le véritable Dieu, qni nous acquittons d^ devoirs de la ret^ion et de la piété.

XXIX. Quelqu'un demandera peut-être en cet endroit, d'où vient que, n^adoranl qu'un seri Dieu , nous ne laissons pas de dire qu'il y en a deux ; savoir, le père et le fils. Getia difBcnlié a extrêmement embarrassé plusieurs persooBcs qui, trouvant fort probable le reste de notre doctrine, se persuadent que nous nous trompons, en ce que nous confessons d'on c6té q«e Dien est étemel et de l'autre qu'il est mort. J'ai parié de la mort du Sauveur; je dirai i quelque chose de l'unité de Dieu. Quand disons que le père est Dieu et que leFils cslDiev, nous ne les séparons point , et nous n^admetlons point cteux dieux. Le père ne saurait être sans le fils, ni le fils sans le père. Le père et le fils ont un rapport réciproque ensemble. Le père est le principe du fils , et le fils est le terme du père. ils n'ont tous deux qu'une âme, qu^wi et qu'une substance. Le père est fontaine qui répand ses eaux avec le fils est comme on ruisseau qui en oonte. Le père est comme le soleil, et le fils comme k rayon. Le fils est fidèle à son père et est ébèn de lui , et n'en peut non plus être séparé que le ruisseau de la source, que le rayon du soMI, que la voix de la bouche, que la main d« corps;. Le fils est appelé par les prophètes la main da père , sa forme, sa parole. Il ne peut doam être séparé de lui, parce que c'est de la booche qae sort la parole, et que c'est de la main que ▼îrnt la force. On peut se servir encore d'un autre exemple, qui est plus familier et plus propre à exprimer cette pensée. Quand un père sa maison et sous sa puissance nn fils qn^il uniquement, on ne reconnaît, selon la dispositîoB du droit civil , qu'une maison et qu*an maitre. Le monde est b maison de Dieu. Le père et k fils qui y habitent ne sont qu'un. Ils aoot Tes

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sa pureté. H fout savoir, avant toutes choses,

dam fautre. I^e père esc dans le fils, parce que k fils obéit si fidèlement à la volonté du père, qu'il n'a jamais rien fait que ce qu'il lui a commandé. Le fils est dans le père, parce qu'il est aimé de lui. Je vous prouve, par lexemple que j'ai rappelé ci-dessus, que le père et le fils ne sont qu'un Dieu , quand il dit : a Ils se prosternèrent devant vous, et ils vous prièrent avec soumission ; et ils dirent : il n'y a de Dieu que (larroi vous, et il n'y a point d'autre Dieu que le vôtre. » Il dit encore en un autre endroit «Voici ce que dit le Seigneur, le rm disraêl, et son rédempteur le seigneur des années : Je suis le premier et le dernier, et il n'y a de Dieu que moi seul. » Après que ce prophète a pro« po5é deux personnes, savoir : IKeu qu'il appelle roi, c'est-à-dire Jésus-Christ, et Dieu qu'il appelle le Père, qui a tiré son fils des enfers, comme Osée le témoigne par ces paroles: «Je l'arracherai d'entre les mains de renfèr;» il conclut au singulier. «11 n'y a point d'autre Dieu que mm, » et ne conclut pas au pluriel en disant : «il n'y a point d'antres dieux que nous,» parce qu'il n'est pas permis de faire cette difKrence ni cette .réparation. H n'y a qu'un Dieu, qui est libre, indépendant, souverain et éternel, qui n'a point d'origine, qui est l'origine de toutes Ghoses,et qui comprend et son fils et toutes choses. L'esprit et la volonté de l'un, sont l'esprit et la volonté de Fautre; ou plutôt le même esprit et la même volonté sont dans l'un et dans l'antre, et tous deux ensemble ne sont qu'un Dieu, parce que le père n'a rien qu'il ne communique à son fils , et que le fils n'a rien qu'il ne rapporte à son père. Le père ne peut être adoré ni honoré qu'au nom du fils. Quiconque se propose de n'adorer que le père, n'adore ni l'un ni l'autre. Maïs qiûconque adore le fils, adore aussi le père, parce que le fils est l'ambassadeur du père, la porte du temple, le chemin de la lumière, le guide du salut, rentrée de la vie.

XXX. Gomme il y a des erreurs et des hérésies et que la malice du démon a mis la division parmi k peuple de Dieu , il est i propos de décrire en peu de paroles le lien où se trouve la vérité, afin que ceux qui désirent boire de reau qui donne la vie étemelle, la puisent dans la source qui est Dieu même, au lîau de la puiser dans des lacs où elle ne conserve point

que le Sauveur et les apôtres ont prédit qu'il s'élèverait des sectes et des hérésies, qui rom* praîent l'union du corps des fidèles, et nous ont avertis d'éviter les pièges que nous dresse Tennemi contre lequel nous sommes obligés de combattre, sans nous laisser jamais tromper par ses ruses. Plusieurs, au lieu de suivre ces avis si salutaires, ont pris des diemins écartés et bordés de précipices où ils ont traîné une foule de personnes simples et ignorantes jusqu'à la mort étemelle. Les auteurs d'une si funeste division ont été des hommes qui, n'é* tant pas assez fermes dans leur foi, assez solides dans leur doctrine, assez pradents dans leur conduite, ont brûlé d'un désir ardent de posséder des richesses, et de jouir des honneurs, et ont porté leur ambition sacril^ jusqu'à la dignité la plus sacrée, qui est celle du sacerdoce; en ayant été exclus par d'autres qui en étaient plus dignes qu'eux, ils ont mieux aimé se retirer avec ceux de leur parti que de se soumettre à ceux qui leur avaient été préférés. D'autres n'étant pas assez instruits de la science de l'Ëglise, pour répondre aux ennemis de la vérité qui leur objectaient qu'il était impossible qu'un Dieu se fût enfermé dans le sein d'une femme, qu'il se fût exposé au mé* pris,aux railleries, et aux outrages, qu'il eût souffert les tourmens les plus cruels et la mort la plus infiàme, et que toutes ces faiblesses et ces misères ne convenaient nullement à Fexcelr lence ni à la grandeur de sa nature; et n'ayant jamais compris les véritables raisons de ces mystères, ils se sont éloignés du bon chemin, ont corrompu l'Écriture, et ont inventé une doctrine qui n'a aucun fondement. Quelquesuns, trompés par de faux prophètes, selon que les véritables prophètes l'avaient prédit, ont renoncé à la doctrine du Sauveur et à la tradition de son Ëglise. Toutes ces personnes étant malheureusement tombées dans les pièges du démon, qu'elles devaient éviter, ont perdu le nom de chrétiens* En effet , quand on les appelle phrygiens, novaUens, valentiniens, mardonites, anthropiens, ariens, ou de tout autre nom particulier autre quecelui de chrétiens, on marque très-clairement qu'ils sont retranchés de la société des fidèles. 11 n'y a qu'une Église catholique qui conserve le vrai culte: c'est la

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source de la vérité, le domicile de la foi, le temple de Diea, où quiconque n'entrera pas, et d'où quiconque sortira sera privé de Tespérance du salut éternel. Que personne ne se flatte dans Ibpinifttreté avec laquelle il soutient ses sentimens. Il s'agit de la vie éternelle et Al salut, on ne saurait avoir trop de soin de les conserver. Il n'y a point cependant d'assemblée hérétique, qui ne donne à ceux qui la composent la qualité de chrétien, et qui ne croie être FËglise catholique. La véritable est celle où se trouve la confession et la pénitence, par laquelle les péchés, qui sont les blessures de l'âme, sont guéris. J'ai bien voulu donner cet avis, comme en passant, et pour que ceux qui souhaitent d'éviter l'erreur n'y tombent pas par ignorance. Je réfuterai plus au long et dans la suite les mensonges et les impostures de toutes les sectes. Maintenant , après avoir parlé de la véritable religion et de la véritable sagesse, je m'en vais parler de la justice.

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