‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 88 sur 102 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

qui,aprfes avoir vainea et chassé son pire,établit par la violence une tyrannie inapte et abolit le siècle d'or. 11 engagea les hommes comme malgré eux dans Timpiété, en les détournant du culte de Dieu par Tapprébeosion de Tinsoiente domination qu'il avait usurpée, et en les obligeant de lui rendre des honneurs divins. Qui n'aurait pas redouté un prince, qui ne paraissait jamais qu'entouré de ses gardes et au milieu de réclat et du bruit des armes? Qui aurait pu espérer un favorable traitement de celui qui n'avait pas épargné son pèreP Qui aurait osé résister ou entrepris de se fiaire craindre par celuiqui avait exterminé les Titans , c'est-à-dire la race la plus belliqueuse et la plus puissante qu'il y eut alors sur la terre P Faut-il donc s^étonner que tout le monde se soit soumis avec une iâdie complaisance à une si formidable domination , et que chacun se soit empressé de rendre de profondes soumissions à un roi auquel il était si dangereux de déplaire? Gomme on s'imagine qu'il n'y a point de service si «gréaUe aux princes que de les imiter, les hommes de ce temps-là renoncèrent aux exercices de la religion de peur de sembler lui reprocher par leurs actions son impiété et ses crimes. L'assiduité avec laquelle on suivit ses pernicieux exemples effaça peu à peu Timpres-* sion de la loi naturelle et autorisa le vice : il ne resta aucun vestige de la vertu du siècle précédent. La vérité disparut aussi bien que la justice, et il ne resta parmi les hommes que Tignorance, Terreur et l'aveuglement. Y a-t-il donc rien de si ridicule que ce que les poètes disent : « Que la juatice s'est retirée au ciel,» c'est-à-dire au royaume de Jupiter? car si elle était sur la terre durant ce siècle d'or, elle en a été chassée par lupiter qui a changé ce siède-Ià. Il a changé ce liède d'or et chassé la justice, quand il a aboli a religion, qui est l'unique lien qui attache traitement les hommes, comme des frères qui i^onl tous qu'on père commun, qui partagent également les Mens qu*il répand sur eux, qui ne font mal à personne, qui ne fetment point leur porte à Félranger, qui ne refusent point ceux qni leur demandent du secours, et qui font une généreuse profumon de tout ce qu% ont par une libéralité et pnr une magnificence qui, selon le jugement de Gicéron, sont des vertus toutes royales. Voilà un portrait fidèle de la

justice de ce siècle d'or, qui a été changé en un autre siècle par Jupiter^ lorsqu'il a introduit le cuite des dieul»

VIL Dieu qui a un plus grand soin et une plus grande tendresse pour les hommes qu'aucun père n'en peut avoir pour ses enfians, a envoyé son ambassadeur sur la fin des temps pour rappeler le siècle d'or, et pour rétablir la justice sur la terre d'où elle avait été bannie. La félicité de ce siècle est donc revenue, et la justice a paru , bien qu'elle n'ait été accordée qu'^à un petit nombre de personnes. Celte justice n'est autre chose que le culte du vrai Dieu. Quelqu'un s'étonne peut-être de ce qu'dle n'est pas communiquée indifféremment atout le monde, et de ce qu'elle n'est pas reçue généralement de tous les peuples. L'inégalité de traitement que Dieu a fait aux hommes quand il a rétabli la justice sur la terre, fournit un ample sujet de discourir. J'en ai déjà appoKé plusieurs raisons et en apporterai encore d'autres en leur lieu. Mais ici je me contenterai de dire que la vertu ne parait jamais tant que par l'opposition des vices qui loi sont contraires , et qu'elle ne peut être parfaite si elle n'est éprouvée. Dieu a placé le bien et le mal dans une telle distance que Ton ne les connaît que l'un par l'autre. Quand il a rétabli la justice, il n'a pas 6té le vice, parce que, s'il l'eût ôté, tl semble qu'il aurait ôlé aussi la vertu. Comment exercerait-on la patience, s'il n'y avait plus de mal que l'on pAt souffrir T Quelle louange mériterait la fidélité qu'on garde à Dieu , s'il n'y avait personne qui entreprit de détourner de son service? 11 a permis que les méchans eussent le pouvoir entre les mains, afin qu'ils en pussent abuser ponr contraindre les autres à faire le mal, et que les méchans fossent en plus grand nombre que les gens de bien, afin que la vertu fût autant estimée qu'elle serait rare. Quintitlen démontre cette vérité avec autant dMlégance que de brièveté dans une déclamatioù qui a pour titre : Le vtsage couvert d'un bandeau ^ «L'innocence, dit-il, serait-elle une vertu, si elle n'était d'autant plus louable qu'elle est plus rare.» Comme ta haine, la cupidité et la colère sont des passions qui aveuglent l'esprit, il semble qu'il faudrait être au-dessus de la nature pottr

« Elle est perdue.

LACTANCE

ne point fiirede taules. Si tout le monde était dans le même sentiment, la piété ne serait d'aucun osage. La raison en est évidente; car si la vertu consiste à combattre le vice, s*il n'y avait point de vice il n'y aurait point de vertu. C'est pourquoi Dieu , qui voulait la conserver, a retenu son contraire. Les maux qui s'efforcent de l'ébranler ne servent qu'à l'affermir. Voilà pourquoi le siècle d'or n'a pas été rappelé sur la terre dans le temps que la justice y a été iétablie. Dieu a permis que le mal demeurât, afin qu'il y e6t une diversité qui renferme un des plus rares secrets de notre religion.

YIII. Ceux qui sont persuadés qu'il n'y a point d'bommes justes sur la terre, ont la justice devant les yeux et ne veulent pas la ragarder ; car quel snjet ont-ils de se plaindre continuellement, dans les ouvrages qu'ils font soit en prose ou en vers, de ce qu'elle ne parait plus sur la terre P U ne dépend que de vous d'être gens de bien : pourquoi nous faites-vous de vains portraits de la justice, et pourquoi souhaitez-vous Qu'elle descende du ciel dans l'équipage où vous TOUS la figurez ? Elle est devant vos yeux ; vous' la pouvez mettre dans votre cœur. Ne vous persuadez pas que ce soit une entreprise trop difficile et réservée à un autre temps que le vôtre. Ayez seulement de bonnes intentions, et vous verrez revenir le siècle d'or. Vous ne le pouvez rappder que par le culte que vous rendrez à Dieu. Vous prétendez rétablir la justice sur la terre pendant que l'on y adore les idoles; cela ne se peut foire en aucune sorte, et cela n*a pu même se faire au temps auquel vous avez cru que cela s'était fait , parce que les dieux dont vous adorez les images n'élaient pas nés alors, et que l'on ne pouvait adorer que le Dieu véritable qui commande le bien et qui défend le mal , et qui a pour temple non un édifice bâti de terre et de pierres , mais l'bomme qui a été créé à son image. Les omemens de ce temple ne sont pas l'or et les pierreries, mais ce sont les vertus. Apprenez donc , s'il vous reste encore quelques lumières , que le crime et l'injustice des hommes consistent principalement dans le eulte qu'ils rendent aux dieux,et que les malheurs dont ils sont continuellement accablés ne procèdent que de l'ingratitude avec laquelle ils ont abandonné l'unique dieu, qui a créé iWivers et qui le gouverne, pour suivre des superstitions

extravagantes, et que de la violence qiiMU curcent pour empêcher qu'il ne soit adoré. S'il éuk seul reconnu , il n'y aurait plus de diffïreiidsij de guerres. Les hommes seraient unis parle lien d'une charité indissoluble, parce qulbse regarderaient tous comme les enfans du mte père. Perscmne ne dresserait des piéffes pour s défoire de son ennemi , parce que c^^acnn c» naîtrait la rigueur des châtimens que Diea, qs pénètre les pensées les pins secrètes et les replis les plus cachés du cœur , a préparés an meurtriers et aux homicides. Les fraudes et b hircins ne seraient point en usage, parce qt tout le monde se contenterait de peu, et prédrerait les biens spirituels et étemels aux tesporelset aux périssables. On n'entendrait jsnaii parler ni d'impureté, ni de prostitutioB, ci d'adultère, parce que personne nlgnoreraitqK Dieu condamne tous les désirs de la diairkiv qu'ils tendent à autre chose qu'à la gôiératisB légitime des enians. U n'y aurait point de feau» que la nécessité obligeât à se prostituer, pam que celles qui seraient dans la nécessité tr» veraient assez de personnes charitables qui ks secourraient dans leurs besoins, et qu^eUcsK trouveraient point d'hommes assez iMutaoi pov vouloir les sacrifier à leur incontinence à Toccasion de leur misère. La terre ne serait ys inondée de tous ces crimes, si tous les honao conspiraient ensemble pour observer la M è Dieu, et pour tenir la conduite que tiamentlb chrétiens. Le siècle serait véritablement no ^ de d'or, où régneraient la douceur, la picti. la paix, l'innocence, l'équité, la modératioa a la bonne foi. Il ne fondrait point une si proigieuse diversité de lois pour gouverner ks bmmes. Celle de Dieu suffirait à elle seule poveet effet U ne serait point nécessaire de lesépovanter par l'horreur des prisons , par la voeàs épées nues, par les menacies de châtimenLLi sainteté des commandemens divins s^insioBenl dans leurs cœurs avec une douceur incroyafaie. et les porterait à toutes sortesde bonnes cevm Les crimes procèdent de rignoraoce qui 6tik connaissance du bien, comme Cicéron h !t connu , et comme il l'a remarqué en ces \am dans le Ui^re des lois : cTandis que le mtè ne s'entretient que par l'union étroite qoilîe e parties qui le composent , les bonunes se vmei par leurs divisions, bien qu'ils n'aôeal M

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE V

^*une mfme nature, quils soient tous formés dn même sang^descendtts du même père, et gouvernés par le même prince. Et s'ils donnaient à cette loi d*union toute l'attention qu'elle mérite, ils mèneraient une vie semblable à celle des dieux. >

L'impiété de Tidolàtrie a causé tous les maux que les hommes se font souffrir les uns aux auttres. Les païens n'avaient garde de conserver les sentimens de la piété , après avoir , comme des prodigues et comme des rebelles, renoncé à leur père commun.

IX. Les louanges extraordinaires avec lesquels lespalens relèvent Tétat des siècles passés, font bien voir quils reconnaissent qu'ils ne sont pas gens de bien, et que quand ils font réflexion sur eux-mêmes , ils se trouvent fort éloignés de la justice. Il est vrai aussi qu'au lien de reconnaître cette justice qu'ils ont devant les yeux, et de la respecter, ils la méprisent, la baissent, la persécutent et s'efforcent de l'exterminer. Supposons pour un peu de temps que celle dont noos faisons profusion n'est pas la véritable; si celle qu ils cherchent se présentait à eux, comment pourraient -ils la recevoir? Us déchirent par toutes sortes de supplices ceux qui , de leurpropre aven , imitent les justes , et ils les exécutent à mort par le seul motif de l'aversion qu'ils ont pour la vertu. Quand ils n'auraient jamais hït mourir que des coupables , iU mériteraient que b justice s'éloignât d'eux, puisqu'elle n'a quitté h terre que par l'horreur qu'elle a eue de l'effosion du sang humain. Ils le méritent bien plus, puisqu'ils font mourir les personnes de piété et qu'ils les traitent plus mal que l'on ne traite les plus irréconciliables ennemis; car, bien qu'on les poursuive à main armée et qu'on emploie contre eux le fer et le feu , on ne laisse pas de leur pardonner dès qu'ils sont vaincus et d'user de démence dans h plus grande chaleur de la guerre. Ceux qui les traitent avec la plus extrême rigueur, leur ôtent seulement ou la vie ou la liberté. Cependant on ne peut exprimer les maux que l'on fait souffrir à ceux qui n'en pourraient faire à personne. Ceux qui sont seuls innocens, sont traités comme les plus grands de tous les coupables. Ciomment est-ce donc que ces scélérats, qui surpassent en cruauté les bêtes les plus farouches, osent parler de la justice? Ils déchirent le troupeau de Dieu comme des loups qui sont animés de rage; mais

cette rage a son siège, non dans l'estomac maia dans le cœur. Les violences qu'ils exercent contre l'innocent ne sont point enveloppéesdes nuages de la nuit ; elles sont éclairées des rayons dn soleil. Les reproches de leur conscience ne les empêchent point de dédiirer la justice et la piété avec une bouche qui est toujours pleine de sang. A quoi attribuerons-nous une haine aussi opiniâtre et aussi envenimée que celle-là? Est-ce que la vérité est odieuse, comme dit le poète? et je crois que , quand il Ta dit , il était inspiré de Dieu. Ou bien quand est-ce que la présence des gens de bien couvre les méchans de confosion P II semble que Ton peut soutenir l'un et l'autre avec un très-légitime fondement. En effet la vérité n'est aussi odieuse qu'elle l'est, que parce que celui qui fait le mal veut se maintenir dans la liberté de le faire, et qu'il voit que, pour jouir en sûreté du plaisir qu'il y trouve, il faut qu'il n'y ait personne qui n'approuve sa conduite. Les méchans ne veulent point d'autres témoins de leurs erreurs que ceux qui les autorisent ; et ceux qui les condamnent par l'exemple de leur vertu , leur sont tout à fait insup< portables. Et en effet, pourquoi faut-il qu'il y ait de ces vertueux incommodes, dont l'int^ité et la pudeur sont un reproche continuel à la corruption de leur siècle? Pourquoi ne sont-ils pas avares, fourbes, paijures, impudiques et adultères comme les autres? U faut se défeire de ceux en présence desquels on a honte de faire le mal. Us résistent en face aux méchans, non par leurs paroles puisqu'ils gardent le silence , mais par leurs actions; ils les reprennent et les confondent par roppositionde leurs sentimens et de leur conduite. Il ne faut pas s'étonner que les méchans traitent les hommes de la sorte , puisque les Juife, qui connaissaient Dieu et qui avaient l'espérance de ses promesses , se sont âevés pour le même sujet contre le Sauveur. Les gens de bien ne sauraient s'exempter des outrages que l'auteur et le modèle de leurs ver> tus a essuyés lui-même. Les païens inventent de nouveaux supplices pour tourmenter ceux qu'ils halssent,etilsneseraientpaacontensdeleuravoir 6té la vie , s'ils ne les avaient insultés aussi avec une cruauté inouïe. S'il arrive que quelques^* uns, on vaincus par la violence de la douleur^, on épouvantés par la crainte de Ja mort, oa abattus par leur propre infidélilé, penoooent

UOTANCR.

V^ v«n|«l qu'il! m «Fprisai , ^ aux OftïHèm qii'iU ooi recm t f t qu'ils consenleAt i a^crifier 9UX idçU^t les païens leur dooneat 4ea kinapget ft leur reudept des honnemii pour attirer les «Mires par l^wr ei^§mple dans ce même pr^ir fttce. ii/^h quand ils en trouvent qui préfisreiit la foi à toutes choses, M qui confessent librement q^*ils font professiop du culte de Dieu, iU dé* chargent sur ^ui, toute leur fureur et les déduisent avec toutes sortes d'instrumens, comme ^'ils f valant çqyif^ de boire leur sang* Ils les iippelM^ def d^P^^ P^t^ 4V*>is <^<MAt étQQ* nés de voir qu'ils prodiguent leur propre vie. Majs q^'y a-t-il de si désespéré que de tour-» fpenter et de mettre en pièces des personnes que vous savez être innocentes? U n'est pas étrange q^'s|ya^t renoncé aux sentimens de rhumanité, ils ai^t aussi renoiK^ i ceux de la pudeur, et qu'ils os^ dire k des personnes très-irrépro* ç(iahle#, des ioâurea qui ne conviennent qu'à fqx-qièmes. Ih les appellent des impies, eiu qfd oiU sjm doute beaucoup de piété, et qui u'oQt riea tant en horreur que de répandre le saw- ^^T peu qu'ils examinassent b vie de fW^Vl'^acciiseiil d'impiété,et pour peu qu'ils lia^ de ré<l«^ioos sur eHx-méiMs , il» pqoob^ Bfi|tr9Îexit.9omhieB ib so«l éloignés de ia vérité q| 4Me( cmMsa de justice ila nériteraknt de aooflv le traitemMt qu'ils fopt aux autres. Em effet, ce sont cea geasel leur religion, et non la lAf|ie , qui aimdent les passais sur les grande i^MPina, qiai coupeac les men pour voler, qui, quand ib-ne peuvent tnei* à fisrce ouverte, prépa<« sent des pèiiwnn Ce sont et ces homaes et leur aadequi sedùant de leurs femni^ pour proiter de lu dol qu'elles ont apportée, et ces fiMines^ qm se défaut de leurs maris pour épouasr kurs amans* Gn sont eux qui étrangieni tanes entes, on , s^ n'onS pas asseï de dureté pour kft étrangler^ qf|i les exposent. Ge sont eus qne nul respect de la religion, ni de la natnee ne détniment des incestes , et qui les com- ■ntient avec leucs fiUes, avec leurs sœurs, avec lenia mires el avec des personnes consacrées au enke de leurs dieux. Ce sont eux qui œi^urent CMMre leur patrie , sans appréhender ia rigueur des suppiicea déoemés conare les irahres. Ge ipnt enx qni proteient eS piUent les temples ém dkns qu'ils hnt profession d'adorer ; et, pone poskr de quelque! autres crimes moins

atroces, ce sont eux qui suppoaeni 4es t««u mens, qui enlèvent d^ successions i qui frns^ trent les héritiers %itimes, qui se prostituem aux plus iofilmes débauches, qui sooffrent ce que les femmes les plus perdues ont peine à souffrir, qui salissent par d'abominables ordures , la partie la plus honnête de leur corps . qui tranchent par le fer les témoignages de leur virilité, afin de pouvoir parvenir ù rhonneur da sacerdoce, et qui vendent en quelque sorte leur propre vie. Que s'ils sont élevés aux digaités et qu'ils aient entre les mains ce pouvoir de Juger des bîena et de la vie de leurs dtoyeon , Ils se laissent corrompre à prix d'argent poor cun> damner des innocens op pour absoudre des oon* paUes. Enfin ils portent leur insoleoce josquo au ciel, comme si la terre n'était pas capable de contenir le débordement de leurs crimes. Voilà jusqu'où monte l'insolence et la malignité de ceux qui font proffession d'adorer les dieui. QueMe place la justice pourrait-eiie trouver an milieu de tant de désordres? Je n'en ni choisi qu'un petit nombre que j'ai marqués de loin ao lieu de les découvrir de près. Ceux qui désireront les conaltre en détail, nVmt qu'à prendre entre les maîns les livres de Sénèque , qeà a apporté autant de fidélité à décrire les vices de son siècle que de force à les reprendre. Lncilius en a Mt aussi une peintnre fort exacie. En void qnriqnes traits :

U y n*a point de jour auquel let stoateurt et le peuple k •*oooupeMt depui» le mitin jusqu'au soir au mèatt exereio, V^ ea d9 cleoiier 4n parolst et dç tâdtier de turpnoilre «n i qui ils parlent, d'user de dissimnletion pour ooomr kmn pernicteu«es intentions et de tendre des pièges comme si ib naiem louft les ennemis dédarte et implacablet toi mu da

Que peut on reprocher de semblable aux chrétiens , dont tonte la religion consiste à mener une vie exempte de péché ? Quand les païens ont vu que ceux de leur secte commettaient les excès que je viens de toucher légèrement, et que les chrétiens , au contraire , ne Faisaient rien qui ne Fût parfaitement conforme à l'équité et à leur devoir, ils devaient reconnattre que 'la piété était de notre côté et l'impiété de l'autre. Gomment ceux qui prennent le bon parti dans tous les points de leur conduite , prendraient-ils le mauvais au foit de la religion qui est te pfais important de tous ? L'impiété du culte atiqad ' ils seraient atuchés se répandrait sur toute li

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE V

luite de leurs actiona. U fout dk^ par la iBénie raison, et pour parler conséquemmeot, que ceux qui se trompent dans tout le cours de ieur Vie, se trompent aussi au choix de la religiou , parce que s'ils étaient dans la véritable, elle réformerait tous leurs défauts, et lea rappellerait de leurs égaremens. Ainsi la diversité de conduite que Ton tient dans les deux partis , âtit voir clairement lequel est le meilleur.

X. Il est à propos de savoir quelle est leur piété , afin de pouvoir juger ce qu'ils font qui y soit conforme ou qui y soit contraire. Mais de peur qu'on ne s'imagine quêtai dessein de les maltraiter, je choisirai un persomiage que les poètes ont proposé comme un mo^ parfeit de piété. Voyons donc quels préceptes ie justice a donnés le roi que* Virgile décrit comme un prince plus juste que nul antre, plus vénérable par sa piété et plus redoutable par sa valeur. Les effets de sa jjustice forent de lier les mains derrière le dçs à ceux qu'il immolait aux dieux souterrains , et à ceux dont il répandait le sang. Que peut-on jamaç imaginer de II extravagant qu'une piété qui sacrifie des hommes en l'honneur des morts, et qui se sert de sang humain au lieu d'huile pour entretenir le feu? Peut-être n'est-ce pas la faute du héros et que c'est celle du poète qui a flétri par une accusation si ^roce un homme si célèbre par sa piété? Où est donc cette pîété? Où est cet Énée si religieux ? Voici une preuve fort authentique de Tamour qu'il avait pour cette vertu, U immola aux Mânes quatre jeunes hommes qui avaient été élevés par Ufens et arrosa le bûchec de leur sang. Pourquoi est-ce donc q^ue, dans le temps même qu'il envoyait à l'autel des hommes liés comme des victimes, il protestait souhaiiei^ faii^ ce qu'il pouvait, et ne faisait pas, c'est-à-dire leur sauver la vie ? Ne les avait-il pas entre l'es mains et ne dépendait-il pas de hii de ne pas les immoler P Mais ce n'est pas, commiî je Tai déjà marqué, la faute d'Ênée qui. n'avait peutêtre aucune teinture des^ lettres ni des sciences; c'est la vôtre , je vous le dis, Virgile, qui, avec toute votre érudition avez ignoré en quoi consiste la piété, et avez pris une action criminelle et très-délestable pour un des principaux devoirs de cette vertu. Vous dites qu'il a été fort pieux, parce qu'il a aimé tendrement son père. Pourquoi avec sa piété a-t-il refusé la yie î des

tô7

qui kr M demandaient par la mémoire de soft père, par Tespérance de son filsP et poorqtoi sJ'est-il tellement abandonné à la colère qui le possédait , qu'il les a fait immoler? Un homme qui entrait si promptement en fureur et qui ne se pouvait apaiser, lors mèa^e qu'on le coiQorait par les mânes d'Anchise ^on père, pouvait-O a'voFr la moindre vertu? Il n'avait atKitoe piété , puisqu'il a fait mourir des personnes qui, bien loin de lui résister, lui denandaient la vie avec toute la soumission pos- I sible. Quelqu'un me demandera peut-être : a Où est done la pîété P» Elle est parmi ceux qui ne coMiafhsent pas Tusage des armes , qui entretienfiefift Ha paix avec tout le monde, qui sont i amis^ de leiirs propres ennemis, qui chérissent r tous les hommes Comme leurs frères , et qui sont matlres de leur colère et de leurs autres pâsi $i0BS, De quels* nuages et de quelles ténèbres faut-it que soient couverts des esprits qui s'imaf ginent être fort pieux dans le temps qu'ils ne ! sont que des itapies; car plus ils sont attachés au culte des idoles, plus ils sont éloignés du respect et du service qu'ils doivent à Dieu. Lorsqu'en punition de leur impiété ils sont accablés de maux extraordinaires, ils en Ignorent la cause et en rejettent la faute sur la fortune , ou bien ils entrent dans les sentitaiens d'Épicure , qui était persuadé que les dieux ne se soucient de rien, etqu'ilstte sont nf adoucis par les marques de nos irespects , ni irrités par celles de notre mépris. L'opinion de ce philosophe était fondée sur la prospérité dont jouissent souvent ceux qui négligent le culte des dieux , et sur les disgrâces qui surviennenl â ceux qui les révèrent et qui parjôssant fort geUs de bien, semblent n'avoir pas mérité tes malheurs qui les accablent. Ainsi ils se consolent par les plaintes qu'ils font contre b fortune, et ils ne prennent pas garde que , s'il y avait en effet une déesse de ce nom, elle né' serait piiff contraire à ceux qui lui rendraient de» souihissiotts et dbs hommages. (Test donc avec justice qUe Dieu, offeusé par la fausse piété des païens, l'es châtie avec une grande sévérité ; car quand ils ne feraient mal à personne et qu'ils mèneraient une vie qui semblerait fort ianoéente , ils^ i^ useraient pas d'exciter i'iiidigoation dé Dieu et d'encourir sa haine par le culte qu'ils rendent aux idoles , et d^ètre en efEM très élDigUés de la justice et de la piété.

LACTANCE

Ia preuve ta est fort aisée : comment des hommes qui adorent des dieux aussi cruels que Mars et Bellone , s'abstiendraient-ils de répandre le sang ? Gomment pourraient41s ou respecter leur père, ou aimer leurs enfans, dans le temps qu'ils révèrent Jupiter qui a pris les armes contre son père , et Saturne qui a mangé ses enfans? Quel soin auront-ils de la pudeur, en adorant une déesse qui se montre toute nue et qui est comme prostituée à tous les dieux? Gomment s'absticndront-ils de tromper et de voler, ayant connaissance des vols de Mercure, qui enseignait que c'était une adresse fortj louable que de tromper? Gomment réprimeront-ils les mouvemens de la volupté pendant qu'ils révèrent Jupiier, Hercule, Bacchus, Apollon et les autres, dont les adultères et les abominables débordemens sont non-seulement connus des savans , mais encore publiés sur les théâtres, de peur qu'ils ne soient ignorés du peuple ? Quand ils auraient le meilleur naturel du monde , ils ne pourraient avoir aucune probité , puisque leurs dieux les corrompent; il n'y a point d'autre moyen de se rendre un dieu favorable que de foire ce qu'il approuve. Son exemple sert de loi , et l'imitation de ses actions est le plus religieux culte qu'on puisse lui rendre.

XI. Ges hommes qui imitent parfaitement les mœurs de leurs dieux, et qui n'ont que de l'horreur pour la vertu , traitent avec la dernière violence les personnes dans lesquelles ils la trouvent. G'est avec raison que les prophètes les ont appelés des bètes. Gicéron dit fort à propos à ce sujet : « S'il n'y a personne qui n'aimât mieux mourir que d'être changé en bète, bien que sous la figure de bète il conservât soi^ âme et son esprit , n'est-ce pas une misère beaucoup plus déplorable d'avoir une âme de bète sous une figure d'homme?» Elle est sans doute d'autant plus déplorable que l'âme est plus élevée au-dessus du corps. Ges hommes plus cruels que les bètes , ont de la complaisance pour eux-mêmes, et se glorifient de l'excellence de leur nature, bien qu'ils n'en aient que le dehors et la figure extérieure. Le Gaucase, l'Hircanie et les Indes n'ont jamais rien produit de si fiarpuche ni de si cruel. La rage des bètes se borne â remplir leur ventre; elle cesse aussitôt qiie leur faim est apaisée. Mais il n'y a point de rage si cruelle que celle des hommes qui répan-

dent le sang, qui portent partout h terreur et la tristesse, et qui font voir la mort sooslei ûnages les plus affreuses qu'elle poisse avoir. II est difficile de faire une fidèle pelntorede la monstrueuse cruauté de cette bète i qui, saoi sortir de l'endroit où elle est couchée, hit qd horrible carnage sur toute la surface de la terre, déchire les membres avec des dents de fer, b met en pièces , brise les os , et dissipe les cendres des morts pour les priver de la sépulture, comme si ceux qui, confiant le doid deDieo, aFFectaient que le peuple vint en foule aotoor de leur tombeau, et qu'ils ne souhaitassent p» plutôt aller trouver leur curateur et leurpèit. Quelle folie, quelle rage, de refuser auivivuis la jouissance de la lumière et aux morts le repos de la sépulture ! Il n'y a point, à mon seos, de condition si misérable que celle où sont es* gagés ceux que la fureur des autres a choisis pour en faire ses ministres. Ce n'est pas étrt élevé â une dignité que d'être destiné ii un tel office; c'est être condamné, par les événemeos, à faire le métier infâme de bourreau, et, par Dieu , à être éternellement malheureui II est impossible de raconter les cruautés exercée contre nous 'dans l'étendue de toute la terre. Il faudrait faire de gros volumes pour en marquff les espèces. Geux qui ont reçu le pouvoir de ooas persécuter en ont usé , chacun selon leur naturel. Plusieurs ont dépassé lesordres qu'ils aTaient reçus et en ont bit plus qu'il ne leur était commandé , les uns par une excessive timidité, b autres par l'aversion qu'ils avaient de la yerio, les autres par l'inclination naturelle qui les portait â la cruauté , les autres par conipliisance, par ambition, et par le désir de s'éleîcr. Quelques-uns ont commandé le meurtre m une étrange précipitation , commeunjagede Phrygie , qui fit brûler les chrétiens dansk lieu où ils s'étaient assemblés. Il éuiteocek d'autant plus doux qu*il paraissait pluscrodJ n'y a point de rigueur si terrible que cdleqn est cachée sous l'apparence de la démence; 1 n'y a poiut de bourreau si inhumain que cdâ qui est résolu de ne foire mourir personnt 1 n'est pas possible d'exprimar la diversité Di|> rigueur des supplices que les juges ont inraiits

* Les commentateun pensent quil s'^t id de Di»' détieu qui avail publié un édit conuns les cbrétien.

INSTITUTIONS DIVINES. - LIVRE V

pour venir à boat de ce dessein. Non-seulement ils sont bien aises de pouvoir se vanter de n'avoir fait mourir aucun innocent , mais j'en ai vu plusieurs qui faisaient gloire de n'avoir jamais répandu de sang. Mais aussi ils appréhendent d'être vaincus et que les chrétiens n'arrivent à la gloire A laquelle ils aspirent. Ils n'inventent tant de nouveaux supplices que par le désir de remporter la victoire. Ils regardent la persécution qu'ils nous font, comme si c'était une guerre et un combat. J'ai vu un gouverneur de Bithynie , qui témoignait une aussi grande joie de ce qu'un chrétien qui avait résisté durant deux jours à la violence de la douleur, s'était enfin laissé abattre, que s'il eût réduit une nation entière à l'obéissance de l'empire. Quand ils nous tourmentent en tant de façons, ils ne souhaitent rien tant que de vaincre , et ils ne craignent rien tant , sinon que ceux qu'ils tourmentent n'expirent entre leurs mains. Ils en usent de la sorte , comme s'il n'y avait que la mort qui pût rendre les chrétiens heureux, et comme si les supplices qu'ils subissent volontairement pour Tintérèt de la justice ne leur procuraient pas une gloire qui sera d'autant plus éclatante, que ces supplices auront été plus atroces. Ils commandent que l'on ait soin de ceux qui ont enduré les plus cruels tounnens^ afin qu'ils re* prennent des forces pour en endurer de nouveaux, et qu'ils renouvellent leur sang pour le répandre. Qu'y a-t-il là de si doux ou de si bienfaisant? Ils ne sauraient mieux traiter ceux qu'ils chérissent le plus tendrement. Voilà le culte que les dieux demandent et les sacrifices qu'ils attendent de leurs adorateurs. Ces scélérats . qui commettent les plus punissables de tous les meurtres , ont introduit , contre les gens de bien , une jurisprudence remplie d'impiété et compbsée tant des constitutions des empereurs que des commentaires des jurisconsultes. Domitius ^ a ramassé en sept livres, sous le titre de l'Office du proconsul, les rescrits des princes pour faire voir à quel supplice on doit condamner ceux qui confessent qu'ils adorent le vrai Dieu.

Page 1