‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 91 sur 102 · ATA · texte numérisé non relu

ATA

LACTANCR

en meurtres puhtlca. Quand Dieu nous a dé* fendu de tuer , il nous a aus&i défeodu nonseulement de voler, ce qui n*est pas non plus permis par les lois , nuis aussi de faire beaucoup d'autres choses qui sont permises par les lois civiles. Il n'est pas permis à un homme de bien d'aller à la guerre, parce qu'il ne connaît point d'autre guerre que celle que sa vertu fait continuellement au vice. Il ne lui est pas permis d'intenter une accusation capitale , parce qu'il n'y a point de différence entre celui qui tue par le fer et celui qui tue par la langue , et qu'il est défeodu de tuer de quelque manière que ce soit. Ainsi la défense que Dieu a faite de tuer ne souffre point d'exception. Que personne ne se persuade qu'il soit permis d'écraser des enfansqu^ viennent de naître; c'est une horrible impiété de leur <^er la vie que Dieu leur a donnée. Cependant s'il se trouve des personnes qui, voulant se souiller des crimes les plus atroces, envient à ces faibles et innocentes créatures la jouissance de la lumière que leur créateur leur avait accordée, comment ceux qui n'épargnent pas leur propre sang épargneraient- ils celui des autres ? Ûénormilé de leur crime est si manifeste, qu'il n'y a point de couleur par où on puisse la déguiser. Que dirons-nous de ceux qui , par une fausse piété, exposent leurs enfans? Peuvent ils passer pour innocens, quand ils abandonnent aux dents des chiens leurs propres entrailles? Et ne fontils pas mourir ces enfans d'un plus cruel gence de mort que s'ils les avaient étranglés? Qui doute que ce ne soit une impiété de priver ces innocentes créatures de l'effet de la compassion des personnes charitables ? Quand ils auraient le bonheur de tomber entre les mains de quelqu'un qui prit le soin de les élever, celui qui les a exposés, les a mis en danger ou d'être réduits en servitude , ou d'être prostitués dans les lieux de débauche. Qui est-ce qui ne sait pas les outrages que Ton peut faire , soit par méprise ou autrement, aux deux sexes , lorsqu'on les confond, et dont Œdipe est un exemple funeste? Ceux qui déposent leurs enfans sont donc aussi coupables que ceux qui les tuent. ! CSes parricides prétendent trouver une excuse légitime dans leur pauvreté , qui ne leur a pas permisde nourrir un si grand nombre d'enfans. Il n'est pas au pouvoir des hommes d'avoir du bien : Dieu donne tous les jours des richesses aux pau-

vres, et réduit les riches à la pMvreto^ Queii quelqu'un se trouve en effet si pauvre qu'il n'ait pas de quoi nourrir des enfans, qu'il s'abstienae de la compagnie de sa femme plutôt q«€ de détruire l'image de Dieu. Ainsi rboaûcide étaat défendu , de quelque manière qa on le coometle , il n'est pas permis de le regarder, de peur que la conscience ne soit souillée par b vue du sang que l'on ne répand que pour donner un cruel plaisir au peuple.

Je ne sais si la corruption du théâtre n'est point encore plus criminelle que celle des spec* tacles et des combats. La comédie ne représente le plus souvent que de jeunes filles corroopoes et violées, que des femmes qui font Tamoar; et plus les poètes qui ont décrit ces désordiet ont d'élégance, plus leurs seatimeos entrent avant dans l'esprit, et plusieurs erreurs s*aita> chent à la mémoire. Les tragédies ne oonticDnent autre chose que les parricides et les iocesto des méchans princes. Les mouvemeiis impudiques des bouffons n'inspirent que la délNuick. lis enseignent à commettre de véritables adoltères quand ils en représentent d^ifloaginairesu Quelles impressions ces sales représentations » font-elles pas dans l'esprit des jeunes geos, quand ils voient que tout le monde y assiste sans pudeur? Le plaisir, qui entre plutôt par te yeux que par les autres sens, s'allume dans kv cceur. ils approuvent les infamies quand ils ca rient ; et les jeunes gens dont il ne faut pu corrompre l'innocence , et les vieillards qui ne sont plus en âge de pécher, s'en retournent e& leurs maisons plus corrompus qu'ils n^étaîeot venus au théâtre.

11 n'y a que de la légèreté, de la vanité et de l'extravagance dans les jeux du cirque; les spcfr tateurs entrent dans une fureur égale à Timpétuosité avec laquelle les tenans courent dâos la carrière. Ceux qui semblaient n^ètre vea» que pour regarder , se font regarder eux-mêmes par l'excès de leurs clameurs et par le dâi^i6 ment de leurs gestes. 11 faut donc éviter absolument tous les spectacles, de peur qu'ib n'impriment les roouvemens inquiets des vices dans des âmes qui doivent être tranquilles et paisibles, et que les attraits de la volupté « nous détournent du service de Dieu et de la praline des bonnes œuvres. Les jeux sont des fêtes des feux dieux ; ils n'ont été institués que

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE VI

our honorer le jour de leur naissance, ou pour endre la consécration de leurs temples plus élèbre. Les chasses et les présens ont été or- ODné8 au commencement en Thonneur de Sajrne, les fiiux dieux du théâtre en Thonneur de âcchus , et les jeux du cii4ue en Thonueur de [eptune. Ils ont été attribués par la suite du ?n)p8 aux autres dieux , comme Sisinius lapiton le prouve fort au long dans les livres u^il a faits des spectacles. Quiconque va à ces pectacles, qui sont des cérémonies de la suerstition païenne, quitte le service de Dieu et 'attache à celui des démons.

XXL Le plaisir de Toule procède de la doueur de la voix et du chant , et n'est pas moins icieux que celui de la vue, dont je viens de •arler. Qui ne prendra pour des hommes perdus e débauche , ceux qui ont dans leur maison un quipage de tliéâtre? Il n'y a pas moins de dééglement à avoir chez soi un théâtre et des aceurs, que de les avoir en public et de les regarder avec tout le peuple. J*ai assez parlé des pectacle8;tl ne me reste plus qu'à donner des vis à ceux qui prendront la peine de lire cet ouvrage, qui est de ne se pas laisser charmer »ar les plaisirs qui s'insinuent jusqu'au fond de *àme.

Il est aisé de mépriser des sons que l'on le peut écrire , et les concerts des instrumens |ui ne s'attachent pas fortement ft Tesprit. Mais un poème composé avec art, surprend ^esprit par sa douceur , l'attire et Tenchante. a est de là que procède le peu de créance que es savans ajoutent à nos mystères ; car étant iccoutumés aux ornemens et aux figures de l'éloquence et de la poésie, ils méprisent les in- ^ructions solides, mais peu élégantes que leur donnent nos doctrines , et la simplicité du angage de l'Écriture. Us ne cherchent que ce ]ui chatouille leurs sens ^ et ils ne se laissent [)ersuaderquepardes discours agréables. Est-ce lue Dieu , qui est l'auteur de l'esprit , de la langue et de la parole , ne saurait parier en termes légans ? H a proposé la vérité sans fard et sans rnemcDs , afin que tout le monde la pût conattre. Ceux qui aiment la vérité et qui ne venant pas être trompés, doivent rejeter les plaisirs ui corrompent lame de la même sorte que les );T«ûts corrompent le corps, et doivent pré- :icr les biofr véritables aux foux, les éternels

aux tempurels , les utiles aux agréables. Rien ne doit plaire à leurs yeux que ce qui se fait avec piété et avec justice; rien ne doit plaire à leurs oreilles que ce qui peut nourrir l'àme. Il faut bien se garder d'abuser d'un sens qui nous a été donné pour recevoir la doctrine du ciel. Si nous nous plaisons â entendre des airs et des chansons, entendons les louanges de Dieu, voilà le plaisir solide, parce qu'il est joint à la vertu. C'est un plaisir qui ne passe pas promptemeat comme ceux du corps , mais qui dure toujours. Ceux qui en cherchent d'autres , cherchent la mort, parce que la mort est dans le plaisir, comme la vie est dans la vertu ; car quiconque voudra jouir des biens temporels et terrestres , sera privé des éternels et des célestes.

XXII. Je n'ai rien à dire des plaisirs du goût et de l'odorat , qui sont les deux sens les plus grossiers , et qui ne se rapportent qu'au corps, si ce n'est qu'il serait honteux à un homme et à un homme de bien d'être l'esclave de sa bouche et de son ventre , de se couvrir de parfums et de fleurs; ce que nul ne peut faire pour peu qu'il ait d'esprit, et pour peu qu'il lui reste de vertu. Quelqu'un demandera peutêtre : pour quelle fin ces choses-là ont été mises au monde, s'il n'est pas permis d'en jouir. J'ai déjà dit que la vertu ne pourrait remporter aucune victoire, si elle n'avait des ennemis ) combattre. Les attraits de la volupté sont les armes de celui dont Tunique occupation est d'attaquer la vertu et d'exterminer l'innocence ; il enchante l'âme par ces charmes dont il sait que le poison est mortel. Il nous jette dans la mort par le plaisir, de la même sorte que Dieu nous attire à la vie parle travail.ll nous engage dans le véritable mal par de faux biens , de la même sorte que Ton parvient au véritable bien par de faux maux. Il faut donc éviter cesdivertissemens comme des filets et comme des pièges, de peur qu'ils ne nous assujettissent à l'empire de la mort^

XXIH. Je dirai maintenant quelque chose de l'attouchement, qui est un plaisir qui se répand sur toutes les parties du eorps. Je ne crois pas devoir parler des habits ni des ornemens, mais seulement de la volupté, et faire voir combien elle est dangereuse et avec combien de soin on est obligé de la réprimer. Quand Dieu a créé les deux sexes , il leur a donné une inclination par laquelle ils se recherchent l'ua

LACTANCE

raatre, et |>ar laquelle ils se joignent ensemble avec un plaisir très-sensible. Cest par l^aooomplissement de ce désir, si général et si ardent, que les espèces de tous les animaux se conservent. U semble que ce désir est plus vif et plus impétueux dans les hommes que dans les bètes ; soit que Dieu ait voulu qu'il y eût sur la terre une plus grande multitude d'hommes que d^autres animaux, ou qu'il leur ait donné à eux seuls la vertu, afin qu'ils eussent la gloire de résister aux charmes de la volupté. Notre ennemi sait combien est grand le pouvoir de cette cupidité, que quelques-uns appellent une nécessité, et qu'ils détournent de son véritable objet, pour la porter vers un autre. U inspire aux hommes de mauvais désirs, afin qu'au lieu de se contenter des plaisirs permis, ils en cherchent de défendus. Il met devant les yeux des beautés qui excitent les passions; il allume dans le cœur ie Feu de Tamour et Fexcite jusqu'à ce qu*il ait réduit l'homme en cendre. Il a établi des lieux de prostitution, de peur que quelqu'un ne fût détourné de la débauche par l'appréhension des lois; il y expose de misérables femmes qui ont renoncé à la pudeur, et il fait son divertissement et son jeu des infamies qu'elles y souffrent. Ainsi il plonge dans le bourbier des âmes que Dieu a créées pour être saintes. U les dépouille de la pudeur, de l'honnêteté. Il a inventé les copjonctions abominables et contraires à la nature par lesquelles les mâles se corrompent réciproquement. De quel crime peut-on espérer que ceux-là se puissent abstenir, qui sacrifient k leur brutalité un âge pour lequel sa faiblesse et l'innocence ne leur devraient donner que de b compassion et du respect? Il n'y a point de paroles qui égalent Ténormité de ce crime. Je ne saurais rien dire de ceux qui en sont coupables, sinon que ce sont des impies et des parricides, qui ne se contentant pas de jouir du sexe dont Dieu leur ancoordé l'usage, outragent le leur propre par une brutalité sacrilège. Cependant ces actions-là passent pour honnêtes parmi eux, ou n'y passent tout au plus que pour des fautes ibrt légères. Que dirai-je de ceux qui s'abandonnent à une débauche, ou plutôt à une folie détestable? H me fâche d'en parler. Mais que voyons-nous qu'il doive arriver à ceux qui ne rougissent pas de la pensée de se plonger dans CCS abominations? Il ne faat point avoir de

honte de publier ce qu'ils n'ont point de hM de feire. Je parle de ceux dont liiorrible impt dicité et l'exécrable fureur n'épargnent pash tête, cette partie lapins élevée et la plos sacrée du corps. Gomment poorrai-je témcHgneras» d'indignation et assez d'horreur d'un crisieâ infâme et si détestable? Je n'ai point de parob qui ne soient au-dessous de son énormité. Noe avons besoin d'une très-grande vertu pour mm préserver d'un si funeste débordement Qeconque ne peut arrêter Fimpétuosité de c^ furieuse passion, la doit renfmner dans le bornes d'un mariage légitime, afin que, s»!s devenir criminelle, elle jouisse du pbis qu'elle recherche. Que peuvent dire lesdébasdiés pour excuser leur dérèglement? £st-œ quMl n'y a rien que d'honnête dans le plaisir? On demeure d'accord qu'il est quelquefois permis; mais quand il est défendu, il fiiot lai opposer la continence. Dieu n'a pas seulemeot défendu de jouir des personnes qui ont doooé leur foi à un antre et qui sont engagées daosk mariage, mais aussi de celles qui n'étant potâ dans cet engagement, s'abandonnent à rimpcdidté publique. Il nous enseigne qoe,qii3iMl deux corps sont joints ensemble, ils n'en kM plus qu'un. Quiconque se plonge dans iaboK, se salit. Ceux qui se sont salis de la sorte pesvent se laver bientôt après. Mais ceux qui oc^ souillé leur conscience par l'attouchement d'iiK débauchée ne peuvent effacer cette souilJsrf qu'en beaucoup de temps et par un gnod nombre de bonnes œuvres. Ghacan doit rap|xler souvent cette pensée dans son esprit :qie Dieu n'a établi la distinction des sexes que par la conservation de la nature, et que runin n'en est permise que pour la géoération 1^ time des enfans. Gomme il ne nous a pas doneê les yeux afin que nous prissions plaisir à tt garder ce qu'il y a de beau et d^agréé^ ici-bas, mais afin que nous vissions tout or qu'il est nécessaire de voir pour l'usage et poa la commodité de la viq il ne nous a pas doimé les parties naturelles pour remfriir les ààki d*une insatiable brutalité, mais pour mettre des enfans au monde. C'est une loi à laquelle i faut obéir avec une profonde soumission. Tcis ceux qui font profession de servir Dieu doivent se rendre maîtres de leurs passions; or ceux qui s'abandonnent au plaisir et qui as»

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE VI

jettissent leur esprit aux sens, se condamnent i la mort, puisque c'est sur les sens et sur le ^orps que la mort exerce sa puissance. Chacun loit conserver avec un soin particulier la puleur et la chasteté, et ne suivre pas seulement m cela les lois des hommes, mais s'élever aulessus dalles en observant exactement celle de Dieu. Quand il aura h\t une fois habitude de dette vertu, il aura honte des moindres désor- 1res, et trouvera plus de satisfaction dans la ;>rivation des plaisirs, que les débauchés n*en trouvent dans la jouissance.

Ce ne sont pas là tous les devoirs de la dias- :eté : il y en a quelques autres. Dieu a renferné la fidélité conjugale dans l'étendue du lit luptial. Il ordonne que celui qui a une femme lui garde la foi qu'il lui a promise, sans pouvoir en avoir une autre^ soit libre, soit esclave : la loi de Dieu n'est point semblable à celle des tiomme^. Si le droit romain ne déclare adultère ]ue la femme qui connaît un autre homme que son mari, et qu'il exempte de ce crime un liomme qui a plusieurs femmes outre la sienne, rÉvangile ne met point de distinction à cet ggard entre l'homme et la femme, et tient coupable celui qui Jouît d'une autre que de celle o|u'il a épousée. C'est pour ce sujet que Dieu a voulu qu'au lieu que, parmi les animaux, les femelles ne souffrent plus le mâle après qu'elles ont conçu, les femmes le souffrent toi^ours ; car peut-être que si les femmes refosaient à leurs maris ce qu'ils désirent, ils le chercheraient dans la compagnie d'une autre, et violeraient la fidélité du mariage.

Les femmes ne conserveraient pas ellesmêmes la gloire de la chasteté s'il n'était en leur pouvoir de la perdre. Quand une bète refuse de souffirîr le mâle après qu'elle a une fois conçu, on ne dit pas que ce soit en elle une marque de continence; elle ne refuse de le souffrir que parce que si elle le souffrait, elle en sentirait de la douleur ou encourrait du danger. On ne mérite pas d'être loué pour n'avoir pas feit ce qu'on n'a pu faire. On loue la continencedansFhomme, parce qu'elle nelui est pasnaturelle,et qu'elle dépend de sa liberté. Le mari et la femme doivent la garder également, et le mari doit donner à la femme l'exemple de la fidélité qu'il exige d'elle. S'il l'exige sans la garder, il est injuste, et c'est de cette injustice

que sont venus les adultères, lorsque les femmes ont cessé d'être fidèles à des hommes qui n'avaient plus pour elles d'amour ni de tendresse. Les plus effrontées usent de cette excuse dans leurs déJDauches, etdisent qu'en manquant de fidélité à leurs maris, elles ne leur font point d'injure, mais qu'elles repoussent celle qu'elles ont reçue. Quintilien a excellemment exprimé cette pensée : « Celui, dit-il, qui ne s'abstient pas de la femme d'un autre, ne gardera pas aisément la sienne. Il ne verra pas le désordre de sa maton pendant qu'il tâchera de le porter dans celle de son voisin. Une femme à qui ce malheur arrive se laisse aisément corrompre par l'exemple, et quand elle a manqué à la foi , elle croit avoir une excuse^ de dire ou qu'elle a imité son mari, ou qu'elle s*est vengée de sa perfidie. »

Il fout prendre garde que notre incontinence ne soit Toccasion de celle d'un autre. Il faut que le mari et la femme se rendent réciproquement la fidélité qu'ils se doivent , et qu'ils portent également le mente joug auquel ils se sont soumis. Traitons les autres de la même manière que nous voulons être traités, et ne faisons jamais à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fit.

Voilà les obligations que nous impose le précepte de la continence, joutons-y néanmoins encore quelque chose pour ne pas le renfermer dans des bornes trop étroites. Les personnes mariées se doivent conduire de telle sorte, que jamais elles ne se tendent aucun piège. Quiconque épouse une femme qui a été répudiée par son mari commet un adultère, et quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet aussi un adultère, si ce n'est qu'elle l'ait commis la première. Dieu ne veut point que ceux qu'il a unis et qui ne font qu'un seul corps se séparent. Il ne défend pas seulement l'adultère, il en défend la pensée et le regard accompagné d'un mauvais désir. La seule image du plaisir suffit pour rendre Tàme coupable: c'est l'âme qui commet le péché et qui en est souillée. Ce n'est pas être chaste que de conserver la pureté du corps et perdre celle de l'âme. Que personne ne s'imagine qu'il sok difficile de garder la continence et de résister à la volupté : i'est une ennemie que tout le monde est oW^é de combattre et sur laquelle

LACTANCB

plusieurs remportent la victoire. Ge n'est pas que Dieu impose la nécessité de se priver absolument des plaisirs du corps ; ils sont permis dans le mariage, et Tusage en est nécessaire pour la multiplication des hommes. On sait combien les mouvemens de celte passion sont violens. Mais quiconque les pourra réprimer en aura une plus grande gloire, et remportera une récompense qui n'est due qu'à la plus éminente vertu. Dieu reconnaîtra pour son serviteur et pour son disciple celui qui aura eu le courage et la force de la pratiquer ; il le fera triompher de la terre, et relèvera au ciel. Je demeure jd'accord que cela parait difficile; mais je parle aussi des personnes qui ont assez de générosité pour fouler aux pieds les plaisirs terrestres et pour en chercher d*incorruptibles. La vertu consistant dans la Qonnaissance de DiGu,pendant que Ton est privé de cette connaissance, les peuples paraissent pesans, au lieu qu'après cela lis deviennent fort légers. Ceux <pii aspirent comme nous à la perfection , y doivent arriver au travers des plus Eftcheuses difficultés.

XXIV. Que si néanmoins quelqu'un étant ou vaincu par la cupidité , ou charmé par le plaisiri^ ou aveuglé par Terreur, ou contraint par la force, s'éloigne du chemin de la justice, il ne Aat pas qu'il perde pour cela courage, ai qu'il •'abandonne aii dés^poir; il peut rentrer dans le bon cberaîn, ou #e délivrer de la tyrannie de •es passions , en concevant un regret sincère de •es fautes, en fonnant le dessein d'une couver* mon sérieuse, et en satisfaisant par de bonnes ««livres à la justice divine qu'il a offensée par •es aimes. Cicéron n'ayant pas cru que ce chaogemetit fftt possible, en ^ parlé en c^ termes dans le troisième livre des Questions académiques :. <Si.ceux quj se sont écartés du chemin de la vérité y pouvaient rentrer en détestaol leur erreur, ils se trouveraient fort heureux dans leur égarement. »

Ils k peuvent certaiDement : car si nous croyons que nos enfins ont changé de vie, nous voyons qu'ils témoignent du repentir de leurs fautes ; et si, au lieu que nous les avions chassés de notre présence et menacés de les priver de Botre succession, nous ks recevons avec joie, et les embrassons avec tendrease^ pourquoi désespérerions-nous de te clémence de notre père ? Cest le plus doux de tous les pères, et le plus

indulgent de tous les maîtres, qal promet de pardonner à ceux qui se repeutiroat Mmment de leurs fautes. Gomme l'iDDoceoce nesot de rien i celui qui l'a perdue par ses crinn, les crimes ne nuisent en rien à celui qui la i effacés par la pénitence. Quiconque en acoap les aentimens, reconnaît sa fiiute, et duof^a quelque sorte d'esprit , comme il est marqué pt le termegrecquiest plusconvenablequelenôtrt et qui pourrait être rendu par celui de résipiv cence; car ceux qui renoncent aui désordres (k leur vie passée et qui réforment leors mam. retournent en quelque sorte à la sagesse d'où ils s'étaient éloignés. Quand les bètes ont ne fois échappé d'un péril, elles se tieDoentsurkvs gardes plqs qu'auparavant, et évitent arec pi» d'adresse les filets où elles s'étaient laissé prodre. Ainsi ceux qui se repentent sérieusenie&t de leurs péchés, veillent sur eux-rotacs m une plus grande application pour n'en pie commettre de semblables. Il n'y a pensooiK, pour vigilant qu'il puisse être, qui ne soit quelquefois surpris et qui ne fasse quelque teu. Dieu, qui connaît notre faiblesse, a eo la bnté de nous accorder le remède de la péniteod C'est pourquoi ceux qui se sont égarés, doiRot revenir au bon cliemin le plus t6t qu'il est p^ sible. Je sais bien qu'il est aussi difficile dex relever, qu'il est facile de tomber. Il est diilidk de renoncer aux plaisirs dont oa i goèiéb douceur : on a'en priverait avec moins de peiK, si l'on n'en avait jamais joui. Ceux ïïknmm qui auront le courage de se délivrer de cetk tyrannie, obtiendront de Dieu le pardon. Qa personne ne se flatte, dans rifnpéoiteDK,<k Tespéraoce de l'impunité, sous préteitequilia point de complices, et que ses crimes sont à connus. Quand ils seraient iocoosus aox hoomeS) ils ne le seraient pas à Dieu. Sénèqseï fini aes exhortations par «oe ancrveillewe i» teoce : «Le Dieu , dit-il , au culte duquel Mt la suite de notre vie se rapparie en qadqtf manière, est quelque chose de plus grand qv nous ne saurions penser; nous de\XNtt»»

conduire de telle sorte qu'il approuve notit conduite.» Le secret de notre conscienaK nous servira de rien ; il n'y a point de secriip* lui. Un homme instruit des vérités de bo(r religion, aurait-ii pu mieux parler qn'aprt ce philosophe, qui n'en avait nullecoDnaissaotf.'

INSTITUTIONS DIVINES. — LIVRE VI

n a exprimé la grandeur de Dieu, quand il a dît qa^il eRC «i-dessas de nos pensées. Il a puisé dam la aouree de la vérité, quand il a reconnu ^|iie les hfymmes B'ont pas été mis en vain sur la teire, eomme les épicuriens le prétendaient/ mais qn^fls y ont été mis pour servir Dieu et pour lui rendre un culte qui consiste en des aclionsde jnatice et de piété. Il aurait sans doute embrassé notre religion, si qucIqu^un la lui avait enseignée, et il aurait quitté Zenon et Sol ion poor suivre nn docteur de la véritable sa(]^esse : «Gonduisons-nous , dit-fl , de telle manière que Dieu approuve notre conduite, b Cette parole pourrait paraître divine si elfe n^avait été précédée par Paven de son ignorance. Le secret de notre conscienee ne nous servira de rien : il n'y a point de secret pour Dieu; il n*y a nul moyen de nous déguiser. Nous pouvons dérober nos actions aux yeux des hommes en fermant les portes ; mais nous ne saurions cacher si bien notre esur que Dieu n'en voie tous les mou* vemens.

Le même Sénèqae dît, dans les premiers livres do même ouvrage :«Que Faites-vous? que médi« lez-voQs? que prétendez-vous? Vous ne sauriez vous cacher ; votre garde vous suit partout. Vous pouvezètre séparé d'tm de vosamisparPoccasion d'un voyage , d'un autre par ht mort , d'un autre par la maladie ; mais edal-et ne vous abandonne jamais : pourquoi choisissez-vons le lieu le plus retiré, et pourquoi en éloignez-vous tout le iBonde?Êtes-vous assez imprudent poor espérer de a*étre point décomert? Que vous sert de n'avoir point de complice, puisque vous avez une conaeieiiGeP»

Goéron a pl»1édeDîeu et de la conscience ' d'une manière aussi admirable que Sénèquc. ^ «Souvenons-nous, dit-il, que nous avons Dieu ' pmir témoin , c'est-l-dîre notre conscience, qni .est la «hese h plus excellente et la plus divine ^œ Die« nous ait donnée. i» Faisant en un autric 'endroit le portrait d'tm homme de bien , il dit : m Ua bmmie tel que celui que je décris, ne fera Ml ne pensera jamais rien quil ne puisse publier.»

EfFaçoQS donc les toches de notre conscience , |0i est exposée aux yeux de Dieu; et, comme lie le ntèmt auteur, songeons, à chaque action fgte Dons faisons, que nous serons tenus d*en bndre compte , et que nous sommes exposés non

à la vue de tous les hommes, comme GIcéron a dit, mais à la vue de Dieu. Il nous serait plus aisé de nous cacher de notre propre conscience que de nous cacher de lui :il faut donc que nous lui découvrions nos blessures, et que nous en fassions sortir tout le venin.II n'y a que celui quia redressé lesboiteux,quia rendu la vue auxaveugles,,qui a guéri les lépreux et ressuscité les morts, qui les puisse réformer; il éteindra dans notre cœur Pardeur de la concupiscence, il en arrachera la racine de la volupté ; il y apaisera les mouvemens de la jalousie et delà colère. Il faut avoir reoours à ces remèdes avec d'autant plus d'epapressement, que les maladies de rânie sont plus dangereuses que celles du corps. Quand un homme au^it Pusage de tous ses sens, et qu'il jouirait d'une parFaite santé , il ne laisse pas d'être malade s'il est transporté de colère, s'il est enflé d'orgueil, s'il est consumé par le Feu de l'amour , et qu'il soit esclave des autres passions. Au contraire, celui qui ne porte point d'envie au bonheur d'autrui , qui n'admire point les richesses , qui ne regarde jamais une Femme avec un mauvais dé^ir pour elle, qui ne souhaite point lebiend*autrui, qui ne méprise personne, qui a dans le cœur la douceur, la modestie, la libéralité, Pamourde la paix , celui-là , dis-je, jouit d'unesanté parfaite. Ceux qui observent religieusement ces précepti's sont véritables serviteurs de Dieu , et Pbonorent par le sacrifice de leurs bonnes œuvres. Dieu i;ie nous demande point de victimes seii$il)les, il ne nous demande que la pureté de nos mœurs. Poi^r Faire ce sacrifice, il ne Faut ni herbes, ni g«izon, ni entrailles de bêtes ; il ne Faut que les mouvemens du cœur. L'autel sur lequel on oFFrc pst ^a milieu du cœur même, et cet autel n'est |M>ii9t souillé de sang, parce que l'on ne met desaus qi^c Pinnocence, la patience, la douceur, lacbaslo^ et l'abstinence. Voilà les cérémonies par lesquelles Dieu veut être adoré; voilà la loi ^xqbIlente et divine qui commande constamment 1^ bien, qui déFend constamment le mal, H qi|l porte inFailliblemcnt à la justice et à la saioti^t Je n^ai (oucl)é qu'une partie des commandement qu'elle renferme; ceux qui voudront savoir le^ autres pourront les puiser dans la source doni nous n'avons ici qu'un ruisseau. f

XXV. Je dirai maintenant quelque chose 4^ sacrifices. «L'ivoire, dit Platon, n'est pas ^m présent digne de Dieu. Quoi donc! seroat-cp^sl^

LACTANCE

tableaux ou des étoffes précieuses ? Ce qui se peut corrompre et ce qui peut être ravi n*est pas un présent dcDieu. » Platon, ayant fort bien reconnu qu'il ne faut rien offrir de mort à un Dieu vivant, comment nVt-il pas reconnu qu'il ne faut rien offrir de corporel à un Dieu incorporel? Sénèque en a beaucoup mieux jugé. Quand il a dit : «Figurez-vous un Dieu dont la bonté est égale à la grandeur, dont la douceur est infinie aussi bien que la majesté , qui est toujours présent , qui veut être honoré non parle sangdesanimaux (car quel plaisir pourrait-il prendre à les voir égorger?}, mais par la pureté et par la sainteté de la conscience.» Il ne lui faut point élever de temples d'une magnifique architecture , mais le consacrer dans soi-même. Quiconque s*imagine que Dieu prenne plaisir à recevoir de riches choses, des pierreries, ou qu*ii estime des choses que les hommes sages méprisent, ne connaît pas Dieu. Quel sera donc le présent digne de lui , si ce n'est ce qu'il demande par la loi? On offre à Dieu des présens et des sacrifices. Ceux qui n'ont aucune connaissance de la manière dont il veut être adoré se persuadent qu'il ne lui fout point offrir d'autres présens que des ouvrages d'or et d'argent, des étoffes de soie et de pourpre, ni d'autres sacrifices que celui des victimes et des autres matières qui peuvent être brûlées surTaulel. Mais Dieu étant ùicorruptible, il n'a besoin ni de ces dons, ni de ces sacrifices corruptibles. Ainsi il loi fiut offrir des dons et des sacrifices qui n'aient rien ni de corruptible ni de corporel. Le présent qu'il lui faut offrir, c'est l'intégrité de la conscience; le sacrifice, c'est la louange. Dieu étant invisible, le culte qu'on lui rend le doit être aussi. Il n'y a de véritable religion que celiequi consiste dans la vérité et dans la justice. 11 est lise de comprendre de quelle manière Dieu est honoré par la justice de l'homme. Si l'homme est Juste, il aura l'immortalité pour la récompense de sa justice, et servira Dieu éternellement. Gicéron et des philosophes plus anciens que lui ie sont doutés que l'homme n'a été mis dans le monde que pour y pratiquer la justice. Voici comment il en parle dans les livres des Lois : t Parmi les vérités qui sont enseignées par les lavans, il n'y en a point de si excellente, ni de ii glorieuse pour l'homme, que d'être né pour être juste. Nous ne devons donc offrir à Dieu ^ ce qu'il veut recevoir de nous. Trismégiste

reconnaît ces deux sortes de ncrito, (ti corde parfaitement avec nous, oa mcio; phètes que nous suivons, tant pour les tn que pour le sens, lorsqu'il parie de h ji t Adorez, dit-il, mon fils, et suivez celle pn le service unique que l'on rend iDn a s'abstenir du mal. » Dans le Ditcmsfsii après qu'Asclépius a demandé à uo fib m père avait pour agréable qu'oo loi pré»^ l'encens et d'autres parfums dans ksaaiis s'écrie : « Mon cher Asclépiii8,ooDeianit,i impiété, avoir de semblables peotéesiwta bien souverain et unique.» Des préseuits sorte ne lui conviennent point du M; ii plénitude de toutes ces choses, et n'aii besoin. Rendon»-lui de profondes «ti»

grâces et une humble adoratioo : ktanifisri autre chose que la béoédictioa et b N Dieu étant une parole, c'est par la |«*| lui faut offrir des sacrifices, ooauDeTrâiç l'a confessé. Le culte le plus parfait et lexr« le plus excellent que Dieu puisse reœmir.v! la louange publiée par la boucbe d'iiii bi juste; Q faut que cette iouaoge-tt, 1»^ agréable, soit accompagnéedIniiDilitéidMni et de respect , de peur quecdui qui b |Mtf ne mettant sa confiance dans son iDBO»^ dans sa vertu , n'en perde le méritept «' gueil. S'il veut plaire iDieueté(i«eie«< péché, il &ut qu'il implore sans cesses») corde, qu'il nedemandeautredioseqQeleiK de ses fautes, quand même an'enannitc» Que s'il désire quelque grâce, 3 ntptf ^ de l'exprimer, puisque Dicncoonilt»»** Quand il lui arrive du bien, qa11cBi<>^ Dieu. Quand il lui arrive du m\y(fl^^^ comme onepeinedueàsespMiés,e(tf> un moyen de satisfaire à la divine JsstiitV ne cesse jamais ni de remerderDieB» «^ auquel il lui arrive du mal, Dide«ti**J justice au temps auquel il loi arrive à^ afin qu'il soit toujours égal, ^^^"^ dans une assiette immobUeetioiDOV^ croira pas être obligé à s'acquilier de » voirs-là que dans l'église; il i'^^ tous lieux , dans sa chambre «'*"*!", fera un temple de son cœur , parce qsB^ même le temple deDieu. En ^^^^^^^^ souverain de l'univers et le père ^ tous les bomm^ avec (

INSTITUTIONS DIVINES. ~ LIVRE VIL

I arrivera â la perfection do cbristianteme, et "emplira tous sea devoirs.

Page 1